Guerre / Pakistan fondamentalistes au Pakistan
Par Farooq Tariq es Talibans ont annoncé plus de 30
, morts à la suite de la première attaque de missiles de croisière. L'ironie de l'histoire c'est que la puissances la plus riche du monde veut détruire l'une des nations les plus pauvres de la planète en employant pour cela les armes les plus sophistiquées. Les journaux pakistanais ont annoncé qu'il était même possible que les Etats-Unis aient recours à des bombes à neutrons si les armes actuellement employées n'apportent pas des résultats jugés "positifs". Il est très clair que ces attaques aériennes ont développé une hostilité massive envers les Etats-Unis.
Les religieux pakistanais, y compris les jeunes étudiants, ont envahi les rues partout au Pakistan le premier jour des bombardements de l'Afghanistan. À Lahore, a vu une douzaine de petites et grandes manifestations organisées par les partis religieux. Les deux grandes villes proches de l'Afghanistan, Peshawar et à Quetta, ont connu des démonstrations particulièrement massives.
L'attaque aérienne sur l'Afghanistan a outragé la population à travers le pays, bien que le niveau de colère varie d'un secteur à l'autre. Dans la province de la frontière nord-ouest (à majorité pachtoune) et dans celle du Baluchistan, les deux provinces bordant l'Afghanistan, il y a une mobilisation militante contre l'agression. En général, les travailleurs s'attendent à des représailles organisées par les Talibans ; ils pensent que les États-Unis ont commis un crime. « N'est-ce pas du terrorisme ? » m'a demandé ce soir un mécanicien, en faisant des remarques sur la situation présente. « Quand c'est un Américain qui meurt, c'est très mauvais, mais si des Afghans meurent, cela ne pose aucun problème pour les pays riches », a-t-il poursuivi. C'étaient aussi les commentaires d'un employé à Sahiwal, une zone au centre de la province de Punjab qui avait subi trois heures de bombardements. Le comportement des habitants urbains de cette province diffère de celui des villageois.
Dans les villages, Oussama Ben Laden est devenu un héros. Partout on l'adore et ses photos ont remplacé celles des chanteurs populaires. Pour le moment cela ne s'est pas encore exprimé par un engagement militant. "Vérités" d'hier et d'aujourd'hui
L'hypocrisie des dirigeants de l'alliance américaine, qui récemment encore donnaient des leçons de démocratie et de non-prolifération nucléaire au régime militaire pakistanais et qui aujourd'hui en font leur client privilégié, ne connaît décidément pas
A PRESPEC TLE AR TOLE
Mazdoor Jeddojuhd, hebdomadaire du LPP de limites. Après la visite de Tony Blair, c'est au tour de Colin Powell de se déplacer pour apprécier l'aide du Pakistan aux États-Unis et à leurs alliés. Rappelons que lorsque il y a seulement deux ans, l'ancien président américain Bill Clinton avait visité le Pakistan pendant seulement quatre heures, alors qu'il était resté quatre jours en Inde, le régime militaire s'était senti bafoué. L'amitié de l'impérialisme américain en était restée là jusqu'au 11 septembre.
Les Pakistanais ordinaires ne se préoccupent pas de cette amitié. Les masses payent le prix de l'alignement aveugle du régime sur les recettes du FMI et de la Banque mondiale, elles subissent l'accroissement du chômage et la hausse des prix. Les attaques en cours contre l'Afghanistan ne peuvent qu'accroître le rejet de l'impérialisme américain et du régime militaire.
Le 8 octobre, dans un discours télévisé, le général Musharaf a demandé aux États-Unis que leur solution militaire soit de courte durée et bien ciblée. Mais il n'y a aucune voie courte et ciblée lorsqu'on a affaire à ceux qui ont été formés et équipés par la même armée qui les déclare « terroristes » aujourd'hui. Ceux qui hier étaient qualifiés de « héros » dans le vocabulaire militaire ont été renommés « bandits ». Le Jihad (guerre sainte) devient aujourd'hui « terrorisme » pour le régime militaire.
Pour les fanatiques religieux, les États-Unis étaient une grande source de financement de leur Jihad au cours des années 1980. Maintenant ils sont devenus « le grand Satan sur la terre », qui doit être détruit à tout prix. Au cours d'un débat public avant le 11 septembre à l'Institut de planification de développement durable à Islamabad, le principal argument que j'ai opposé à Liaqat Baluch, deuxième dans la hiérarchie du parti fanatique religieux le plus puissant au Pakistan, fut de rappeler que les partis religieux ont toujours été liés aux régimes militaires. Ils ont été utilisés lors de tous les tournants importants de la politique pakistanaise par les régimes militaires successifs. Chaque fois que les militaires voulaient se débarrasser d'un gouvernement civil, les partis religieux se chargaient avec joie du travail sale, réclamant « le retour de la loi et de l'ordre ». Liaqat Baluch est devenu livide lorsque je lui ai rappelé qu'au cours des années 1980, c'étaient des dollars amé ricains et non le Jihad qui alimentaient le combat contre les Soviétiques. Aujourd'hui la plupart des partis religieux, y compris Jamaat-l-Islami, qui ont obtenu toutes sortes d'aides des militaires doivent s'opposer ouvertement à leurs maîtres du passé. Ce faisant ils veulent répercuter le sentiment général actuel des masses. Maintes fois dans l'histoire, les monstres créés pour toutes sortes de raisons se sont retournés contre la voix de leur maître (1). La junte militaire déstabilisée
Parmi les commerçants et les riches le régime militaire a gagné en popularité. Sa politique est perçue comme une bonne occasion pour. s'enrichir. Chaque jour, le Premier ministre ou l'un des ministres en visi-
te dans les provinces, proclame l'intention du régime militaire de développer les activités économiques, ce qui serait rendu possible par son attitude "courageuse" — le soutien apporté aux États-Unis et à leurs alliés dans la lutte « contre le terrorisme ».
Chaque fois que depuis le 11 septembre le général Musharaf a paru à la télévision, il semblait agité. Comme s'il voulait dire beaucoup plus de choses qu'il ne le pouvait. Il avait dû réfléchir à ses paroles. Son image à la TV nationale reflète bien la situation. Il sait ce qui peut lui arriver et joue avec le feu. En s'alignant sur l'impérialisme américain, il a transformé beaucoup de ses anciens amis en ennemis. Simultanément lors de l'attaque américaine du 7 octobre on a appris des changements à la tête de l'appareil militaire pakistanais. Deux proches alliés du général Musharaff ont été prématurément mis à la retraite alors que de façon apparemment surprenante un proche des forces fanatiques religieuses a été promu chef-adjoint de l'état-major.
Le général Musharaf peut recevoir chaque jours des ministres et Premiersministres étrangers - une situation sans précédent pour le Pakistan — mais cela ne stabilise pas pour autant son régime. Nous n'attendons pas d'aide économique spectaculaire qui pourrait permettre le rétablissement de l'économie toujours déclinante du
Pakistan. En Afghanistan le sang peut couler beaucoup plus que ce qu'escompte le régime militaire.
Le mouvement populaire en danger
Aujourd'hui Musharaf prétend que la
"nation" est avec lui. Sans doute par
"nation" entend-il les commerçants, les exportateurs, les féodaux et les capitalistes qui hument les retombées en dollars améri-
Répression d'une manifestation du LPP cains de sa politique, car les Pakistanais ordinaires s'y opposent de plus en plus. Il peut perdre son pouvoir plus tôt que beaucoup ne le pensent. Il peut être victime de l' attentat d'un fanatique ou victime d'un roque au sommet. Il n'est pas aussi fort qu'il se présente.
Tout cela permet d'envisager le développement d'un mouvement populaire contre la politique du régime. Cependant les forces réactionnaires sont aujourd'hui en situation de capter un tel mouvement et de le dévoyer. Car malheureusement, ceux qui avaient dit que l'impérialisme américain est un ennemi des travailleurs à l'échelle nationale comme à l'échelle internationale sont aujourd'hui en position de faiblesse. Même si le temps montre qu'ils avaient eu raison, ils n'ont ni la puissance ni les ressources pour le faire savoir à une échelle de masse. Les forces de la nouvelle gauche au Pakistan sont les seules à ne pas devoir changer de position à propos des fanatiques religieux qui étaient des fanatiques hier et le restent aujourd'hui, ni à propos de l'impérialisme américain, qui était notre ennemi hier, et qui le reste aujourd'hui. La nouvelle gauche, qui a commencé a émerger dans l'arène politique pakistanaise avec la fondation du Labour Party Pakistan, construit un mouvement pour la paix. Un mouvement qui s'oppose au langage de la terreur. Pour s'imposer face à la propagande fondamentaliste, ce mouvement a besoin d'aide.
Lahore, le 8 octobre 2001 1. Rappelons l'exemple de Sint Bhinder Singh Wale, un monstre créé par Indira Ghandi, l'ancien Premier ministre de l'Inde. Il était sensé limiter l'influence d'Akali Dal, le parti politique des riches au Punjab. Mais il a brisé ses chaînes et a conduit le puissant mouvement Khalistan dans le Punjab indien au cours des années 1980. Indira Ghandi a dû se résoudre alors à envoyer des forces pour l'anéantir et tuer des centaines de ses disciples au Temple d'Or d'Amretser. Elle en a payé le prix, assassinée quelques années plus tard par deux bandits sikhs assoiffés de vengeance.