Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PAKISTAN

Femmes pour la paix

· Inprecor n° 463-464, octobre-novembre 2001 · p. 22 · 809 mots

Femmes Inde et Asie du Sud

Femmes Pour Paix

Par Rizwan Atta* e nombreuses femmes se sont rassemblées à Lahore le 25 septembre. Elles ont chanté des slogans contre le terrorisme et le fondamentalisme religieux et mis en garde les États-Unis contre le bombardement des villes afghanes. Le rassemblement avait été organisé par la Women Workers Help Line (WWHL, Entraide des Femmes travailleuses) en collaboration avec le Labour Party Pakistan (LPP) et le Joint Action Committee for Peoples Rights (Comité d'action commune pour les Droits des Peuples). Nombre de militantes et militants de diverses ONG ont aussi participé au rassemblement.

Auparavant, plus de 500 femmes avaient pris part à la Convention des Femmes, tenue dans la salle du Club de la Presse, pour débattre des problèmes que rencontrent les travailleuses. Ce fut une des plus grandes mobilisations de femmes travailleuses organisée ces derniers temps. Parlant devant la Convention, Asma Jahangir, ancienne présidente de la Commission des droits humains du Pakistan, a expliqué que cette mobilisation témoignait du renouveau du mouvement féministe dans un pays dominé par le fondamentalisme religieux. Elle a déclaré : « Les hommes foulent les femmes à leurs pieds, mais ces dernières ne sont pas des carpettes, elles sont des citoyennes à part entière de ce pays et elles se battront pour l'égalité. On tente d'empêcher les femmes de sortir, de travailler et de se battre pour l'égalité des droits. Nous défierons toutes ces manifestations réactionnaires des Mollahs. »

Faisant des remarques sur la situation présente, Asma Jahangir a dit : « Nous n'avons pas besoin des conseils des Etats-Unis pour nous battre contre le terrorisme. Comme victimes du terrorisme pendant de longues années, nous savons très bien ce qu'il signifie pour l'humanité. Nous avons de la sympathie pour les victimes du 1l septembre. Mais nous ne voulons pas de carnage de gens innocents. Nous ne voulons pas que les Afghans et les Pakistanais innocents soient victimes d'une autre guerre au nom de la lutte contre le terrorisme. Aucun terrorisme contre le terrorisme ! La force brutale ne résoudra rien ! »

Farooq Tariq, secrétaire général du LPP, a félicité le WWHL pour l'organisation d'une mobilisation aussi massive. Il a déclaré que les travailleuses avaient besoin d'une organisation au sein de laquelle elles pourraient se battre pour leurs droits et que le WWHL est devenu un pôle d'attraction pour elles. « Nous sommes conscients des traditions culturelles arriérées qu'on nous impose, au nom de la religion, pour interdire aux femmes l'accès à l'emploi. Nous savons que les Jemmes travailleuses font face au harcèlement sur leur lieu de travail et ne reçoivent pas des salaires égaux. › Il a donné l'exemple d'une usine dans son secteur où les ouvrières ne sont payées que 1000 Roupies (15 $) par mois.. Tandis que les enseignantes dans les écoles privées reçoivent parfois encore moins. « Le travail des femmes est un travail d'esclave et nous devons nous battre contre cela. Mais les Talibans, qui interdisent au femmes de travailler, ne les protègent pas contre cet esclavage, au contraire. Le fanatisme religieux est un ennemi et nous devons ensemble construire un mouvement contre cet ennemi. Nous nous sommes toujours opposés au régime Taliban, alors que le régime militaire, qui l'a financé, découvre tout d'un coup qu'il doit s'y opposer aussi, pour se plier devant la pression américaine. Bush voudrait qu'on soit avec lui ou avec les terroristes. Nous nous opposons aux deux, car ils représentent deux faces du terrorisme. Nous sommes contre le terrorisme quel qu'il soit. Nous construisons un nouveau mouvement, un mouvement pour la paix et l'égalité ! »

Au cours de la Convention, Azra Shad, présidente du WWHL, Romana Shabnam, conseillère municipale, Nazli Javed et Balaghat Batool, syndicalistes, Shahtaj Oazalbash, du Comité d'action commune pour les Droits des Peuples, ont, entre autres, pris la parole pour présenter sous les différents angles la lutte des travailleuses.

A l'issue de la Convention. des représentant(e)s de diverses organisations de la société civile - dont South Asia Partnership, SEMORG, Shirkat Ghah, Women Foundation, Lok Rehs, AGHS... — se sont joints aux travailleuses regroupées dans la Convention pour sortir ensemble dans la rue manifester pour la paix.

Les manifestantes portaient des pancartes « Non au terrorisme ! Non à la guerre ! » et criaient des slogans contre les fanatiques religieux et contre le bombardement de l'Afghanistan. Les femmes étaient majoritaires dans la manifestation. Tous les médias nationaux et internationaux ont couvert ce premier rassemblement des forces progressistes contre la guerre et le terrorisme. La police, omniprésente, n'est pas intervenue, bien que le paragraphe 144 du code imposé par le régime militaire interdise tous les rassemblements. À l'issue de la manifestation Asma Jahangir et Farooq Tariq ont pris la parole.

Lahore, 26 septembre 2001 * Rizwan Atta est journaliste de Mazdoor Jeddojuhd (Lutte ouvrière), hebdomadaire du Labour Party Pakistan (LPP),

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