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Le bilan de notre refondation peut nous
aider dans notre engagement futur. Nous avons fait des pas en avant et opéré quelques déchirements courageux. Cela nous a permis de défendre l'existence même de notre parti et, par là, de maintenir un projet politique antagoniste. Ce n'est pas rien. Mais notre survie nous a amené à un rendez-vous avec le mouvement qui exige un saut qualitatif, qui exige que l'innovation elle-même ne se réalise pas seulement par des déchirements, mais devienne systématique, par une lutte ouverte contre les vices et les conservatismes qui constituent une barrière face à ceux qui sont, sous d'autres angles, intéressés à notre recherche.
La rupture avec le centre-gauche et la sortie de la majorité qui soutenait le gouvernement Prodi fut l'un de ces actes de refondation, une rupture y compris avec la culture prédominante chez les dirigeants du Parti communiste italien (PCI) et avec l'héritage de Togliatti (1), pourtant fort et respectable. Par cet acte nous avons mis en question la priorité de l'action gouvernementale dans la bataille politique et déplacé notre attention du plan politico-parlementaire au plan politico-social. Nous avons ainsi refusé l'idée qu'il existerait un double terrain, celui « réaliste »
Ouverture et innovation (extraits) des faits immédiats, notamment du domaine gouvernemental, et le terrain utopique du socialisme futur. Le problème qui a été posé, et non résolu, est celui du lien entre la pratique politique quotidienne (action gouvernementale y comprise) et la transformation de la société capitaliste. Le problème qui a été annoncé est le déplacement du centre de la politique du niveau de l'État et de ses institutions à la dynamique des forces sociales et des luttes de masses (ce qui est, dans un certain sens, un retour aux origines du mouvement communiste). L'analyse de la mondialisation néolibérale a renforcé cette innovation et en a comporté une autre : ne plus privilégier dans les rapports avec des partis et même avec des Etats, une affinité idéologique et d'appartenance et en revanche privilégier les expériences et les élaborations critiques à la globalisation capitaliste, en plaçant dans ce cadre aussi l'effort de construire une subjectivité de gauche alternative au niveau européen.
Ce sont les problèmes des droits de la personne et de la démocratie qui ont provoqué la rupture radicale avec le stalinisme 1. Rappelons que le PRC avait soutenu le gouvernement Prodi sans en faire partie depuis les élections du printemps 1996. La rupture avec Prodi s'est produite en octobre 1998. Cf. Inprecor n° 429 de novembre 1998.
dans le mouvement ouvrier italien. Notre rupture radicale avec le stalinisme intègre ces raisons et les développe au nom du socialisme de la libération du travail salarié, de la critique de l'aliénation, de la critique de la séparation entre le citoyen bourgeois et l'État, de la révolution comme phénomène mondial indivisible. Cette rupture n'a pas été seulement une nécessité historique : elle a été également un effort visant à mieux comprendre d'où il faut repartir et avec quel bagage. La séparation définitive avec le stalinisme est aujourd'hui la condition nécessaire pour pouvoir proposer le thème du communisme et aussi une mise en garde permanente pour se libérer de tout résidu du stalinisme dans la pratique quotidienne. Ce fut le sens de notre rendez-vous à Livourne (2).
Le mouvement [anti-mondialisation] nous propose un travail difficile de reconstruction, sur le terrain aussi bien pratique que théorique, du sujet de la transformation et en même temps rend ce travail possible et à nouveau actuel Nous pouvons apprendre des erreurs de notre histoire que la libération du travail ne provient pas de son expansion et de son ubiquité ; que la conquête du pouvoir ne garantit pas une société nouvelle, par contre, elle peut engendrer de nouvelles oppressions; que le productivisme n'assure pas une nouvelle qualité de la vie. Nous avons même appris que, pour le prolétariat lui-même, le défi du futur n'a pas une issue certaine. Toutefois, nous maintenons l'acquis fondamental d'où nous sommes nés, c'est-à-dire que l'histoire, le passé, le présent, l'organisation de la société ne sont pas objectivement donnés et, que pour les comprendre et pour changer, il faut une science de la société dans laquelle nous vivons, qui est une société capitaliste, donc dialectique : la force de travail ne peut pas être réduite à un objet du capital et peut donc toujours engendrer le conflit de classes et l'antagonisme. Cette subjectivité (et non la donnée sociologique, le travail dans sa matérialité. l'OS au lieu de l'ouvrier qualifié), cette subjectivité, c'est-àdire ce qui « reste dehors », est l'objet de notre recherche sur le nouveau prolétariat en tant que sujet de la transformation. Ainsi on comprend mieux pourquoi il est possible et nécessaire de chercher les connexions, les liens sociaux et culturels entre la classe 2. Le 21 janvier dernier, à l'occasion de l'anniversaire de la fondation du Parti communiste d'Italie, Bertinotti avait prononcé un discours dont un thème essentiel avait été une critique sans appel du stalinisme.
ouvrière traditionnelle et les nouvelles subjectivités critiques qui sont en train de se former.
Aujourd'hui, dans la mondialisation néolibérale, le travail dépendant du capital croît en chiffres absolus au niveau mondial, mais cette croissance, qui concerne également son poids relatif dans la société, va de pair avec une fragmentation et une dispersion dans la composition sociale, avec une individualisation et une apparente autonomisation de nombre de ses composantes et avec une restructuration des rapports entre les classes et entre l'entreprise et le travailleur.
La mondialisation exploite l'incertitude et la précarité qui constituent le trait prédominant de la nouvelle condition sociale. Par
STRAORDINARIA
EDIZIONE
Liberazione
INVASIONE
DI PACE
Oltre trecentomila persone alla Perugia-Assisi. Un serpentone di venticinque chilometri na visto uniti uomint e gonne, cartonci e laici, novam e avoratort comunisti, verdi e no-global nell opposizione netta alla guerra e al terrorismo.
Indifferenti alle furbizie di piazza e alle alchimie di Palazzo ailleurs, la centralité des travailleurs a toujours résidé non dans leur quantité, mais dans leur possibilité-capacité d'unification.
Elle a toujours été déterminée non par leur force sur le terrain distributif, mais par leur opposition à la tendance à réduire la force de travail tout simplement au capital variable, par son affirmation en tant que travail vivant, susceptible d'ouvrir une perspective de libération. C'est pourquoi la réflexion qui revient sur les années 1968-69 n'est pas une réaction nostalgique. C'est le bond d'un tigre qui permet de saisir l'essentiel pour le proposer à nouveau : la contestation radicale et irréductible de la centralité du travail en tant que centre de l'accumulation capitaliste, la contestation de la centralité du travail en tant qu'activité humaine soumise au capital pour affirmer, en revanche, la centralité de la pratique critique et du sujet social qui la produit, dans le cadre du processus de travail et en dehors de lui. La nature ambiguë et double du travail dans la société capitaliste fait, à la suite de la mondialisation, un nouveau pas en avant. Elle ne disparaît guère dans une société marquée par la « fin du travail » et n'unifie pas les masses dans une condition de travail sociologiquement homogène. Elle assume, par contre, les formes multiples d'une prolongation du temps de travail pour certains et de son absence dans le chômage pour d'autres. Le travail devient dépendant et autonome, mais en tous cas hétérodirigé, il devient à temps déterminé ou à temps indéterminé, mais en tous cas de plus en plus organiquement précaire et il ne détermine pas automatiquement des appartenances sociales bien définies. Voilà donc une nouvelle frontière de classe. Le processus d'unification des sujets sociaux aliénés et exploités n'est pas inscrit dans la réalité en elle-même ; il peut se construire dans la subjectivité, dans la politique, mais aucune force organisée ne saurait l'apporter de l'extérieur. Le défi d'une première innovation réside, pour nous, dans le fait « d'être dans le mouvement », en stimulant cette nouvelle recherche, qui est possible et nécessaire, mais en même temps si difficile et inédite.
Après Gênes
L'organisation de la force politique du mouvement [anti-mondialisation] et la réorganisation de la force politique d'une gauche alternative en Italie et en Europe sont des problèmes distincts, mais désormais structurellement et intimement liés.
Après Gênes, la seconde ne saurait être résolue d'une façon efficace sans aborder la première et leur rapport réciproque.
Tout mouvement durable tend à se donner des formes d'auto-organisation, d'enracinement dans les territoires et de rapports réciproques. Ainsi émerge à nouveau le thème de la démocratie directe. La crise de la démocratie représentative et la nature du mouvement critique de la mondialisation, qui en constitue la cause principale, proposent une critique radicale de la délégation de pouvoir et la recherche d'un tissu d'expériences sociales susceptibles de produire des formes de démocratie directe. Il est, par ailleurs, très significatif que lorsque l'organisation syndicale des métallos [la FIOM, qui appartient à la CGIL] rompt la trêve sociale subalterne réalisée par les centrales confédérales, et lorsque les métallos relancent la grève nationale de leur catégorie, surgit immédiatement, pour le développent de leur lutte, un problème de démocratie L'organisation d'un programme bâti sur l'au-
tonomie des objectifs qui découlent du rapport entre les besoins et la critique de la mondialisation néolibérale ; la pratique sociale d'un conflit diffus, prolongé, multiple et la construction, dans ce conflit, d'un tissu de rapports positifs et d'éléments d'unification - processus constitutif du mouvement des mouvements, en condition de le structurer - tout cela esquisse les premiers éléments d'un projet, qui, par ailleurs, considère que son premier débouché politique réside dans la croissance quantitative et qualitative du mouvement lui-même. L'axe de ce parcours est la construction d'un autre monde possible.
C'est dans le cadre d'une telle croissance que la constitution d'une gauche alternative peut faire un saut qualitatif. Gênes représente une ligne de clivage et une énorme potentialité. Nos propres propositions pour une gauche alternative et pour une gauche plurielle doivent être radicalement repensées. La question du parti
(...) Le parti est pour nous un point décisif, fondamental, à l'égard duquel nous devons pratiquer l'ouverture et l'innovation. Nous avons défendu le rôle du parti dans la société contemporaine face à la vague ravageuse de la crise de la Première République, en Italie, face à une crise de la politique découlant de la révolution capitaliste restaurationniste et de la corrosion de la société des médias avec son cortège de spectacularisation, de leaderisme, d'individualisme, de réduction de tous les temps, y compris celui de la politique, à une consommation instantanée. Nous avons défendu le rôle du parti dans les institutions représentatives face à l'irruption de la culture du système majoritaire, de l'alternance et de la primauté des coalitions Nous avons également défendu les raisons d'être d'un parti communiste après l'écroulement du mur de Berlin, à l'heure de la pensée unique et dans le vif d'une réflexion profonde, dans le camp anticapitaliste aussi, sur le XXe siècle. Nous avons défendu les raisons et le futur d'un parti communiste y compris face aux prétentions d'homologation venant d'un centre-gauche à l'époque gagnant. Nous nous sommes refusés à jeter le bébé avec l'eau sale. Pour mener à bien cette lutte, une lutte pour notre survie, encore une fois, lors des dernières élections législatives, nous avons payé, pour notre part, un tribut à une attitude conservatrice qui est allée plus loin que ce . qu'on aurait pu considérer, dans une certaine mesure, comme inévitable. Il y a eu des expériences d'innovation, mais nous n'avons pas été capables de les transformer en un processus d'auto-réforme du parti (...) Ainsi, nous n'avons pas abouti à un réel processus d'ouverture à la société qui est la clé de voûte d'une réforme. Ainsi, alors que des éléments importants de refondation ont été introduits dans la recherche théorique, dans la ligne politique, et dans nos rapports avec les mouvements, le fonctionnement du parti est resté emprisonné dans les formes appauvries de la tradition, dans le cadre d'une société bouleversée par la modernisation capitaliste, dans le travail aussi bien que sur le terrain de la reproduction sociale, dans les cultures aussi bien que dans l'affirmation de l'appartenance, dans les lieux de socialisation et de communication aussi bien que dans les villes. Par conséquent la réalité du parti est marquée par une scission entre, d'une part, la richesse des apports des femmes et des hommes du parti lors des fêtes de notre journal, des manifestations de masse, des mobilisations aussi bien politiques générales que plus spécifiques, y compris sur les thèmes les plus inédits, ce qui fait apparaître un parti largement présent dans l'Italie des luttes et de la participation, et, d'autre part, son côté obscur, renfermé dans une autoreproduction réfractaire à cette réalité où pourtant il est plongé. Il apparaît ainsi comme un parti verticaliste, monosexué, fermé à l'expérimentation, réfractaire à l'articulation, allant jusqu'au paradoxe de nourrir des propensions bureaucratiques dans un parti presque dépourvu de bureaucratie ou de stimuler des très fortes tendances à l'institutionnalisation dans un parti qui souvent tend même à nier toute valeur à une présence dans les institutions. Si tout cela était nuisible, mais politiquement supportable, jusqu'à hier, cela ne l'est plus aujourd'hui, au moment où nous sommes entrés dans une nouvelle phase de mouvement et où l'ouverture et l'innovation deviennent une nécessité stricte.
(...) Nous estimons que dans cette phase aussi le parti, en tant qu'organisation permanente de femmes et d'hommes qui choisissent de se constituer en communauté politique dans le but de contribuer à réaliser un projet de société, est indispensable pour exprimer un projet unitaire de lutte qui soit présent dans la société, dans l'économie, dans l'organisation étatique, nationale et supranationale. Il continue non seulement de représenter une instance de participation, mais aussi une possibilité d'entrée des masses dans l'arène de la politique. C'est surtout une dimension internationale que le parti doit reconquérir à l'heure de la mondialisation.
(...) On peut mieux constater maintenant que nous n'avons pas opposé à l'innovation du centre-gauche la conservation de l'histoire du mouvement ouvrier, mais une innovation de signe opposé, celle du communisme de la libération (...). Nous devons être capables de réaliser l'ouverture aux mouvements, aux expériences de lutte, aux différentes cultures critiques dans le sens aussi bien d'introduire une réciprocité de rapports que de nous permettre, par ce parcours, de dépasser définitivement toute attitude avant-gardiste du parti. Il est nécessaire de poursuive son enracinement dans les lieux de travail, dans la production culturelle, dans la société, un enracinement fondé sur l'échange et l'accord sur un projet ou, au moins, sur une approximation féconde, susceptible d'engendrer les premiers éléments d'un autre monde possible.
Cette ouverture à la société, à ses mouvements, à ses expériences et aux connaissances critiques doit être liée à une ouverture définitive du parti. Il ne suffit pas que le désaccord soit accepté et reconnu, comme c'est déjà le cas. Il faut faire avancer notre capacité d'organiser une discussion vraiment libre. Ceux qui nous regardent du dehors avec intérêt doivent pouvoir comprendre pour être en condition d'intervenir de manière efficace. Cela vaut encore plus pour les membres du parti, femmes et hommes qui doivent être en condition de participer à ses élaborations et à ses décisions. Personne ne doit rien craindre s'il défend une position minoritaire, mais en même temps il faut démanteler résolument le vieux mécanisme d'autoprotection du «oui, mais... », visant à dissimuler un désaccord qu'on considère dangereux (sinon pour des personnes au moins pour leurs thèses politiques). L'ouverture implique une transparence tout à fait claire du débat politique, l'expression claire des positions (soit sur le ton « oui, oui », soit sur le ton « non, non »).
Il ne s'agit pas que d'une question d'éthique politique, question pourtant décisive pour la démocratie du parti. Il s'agit de l'idée de la société qu'on veut proposer et encore plus de la compréhension ou non de la nouvelle phase politique et des problèmes qu'elle pose. Les mouvements actuels ne se développent pas en continuité avec de grandes et solides constructions idéologiques et de grandes, parfois terribles, idées de primauté d'un parti-guide sur les mouvements : ils se développent ailleurs. C'est une telle prise de conscience qui a amené le PRC à choisir de vivre sa propre autonomie et en même temps d'être présent dans le mouvement comme l'une de ses composantes et qui est à l'origine de notre succès.