Contre le terrorisme et la guerre qui nous menace extraits du rapport de Fausto Bertinotti devant le Comité politique national du PRC Document ous avions dit qu'après Gênes rien ne serait plus comme avant. Maintenant, après les faits terribles de New York et Washington, nous devons affirmer à nouveau, mais dans un sens opposé, que rien ne sera plus comme avant. C'est une nouvelle, dramatique difficulté qui frappe les protagonistes du mouvement. Gênes et New York nous envoient des signaux opposés qui marquent un nouveau cycle.. De Gênes nous avons reçu le message qu'un autre monde était possible, puisque de nouveaux protagonistes existent et une nouvelle génération est sur le terrain.. De New York nous recevons un message réactionnaire, un avertissement terrible, selon lequel la nuit de la barbarie pourrait être commencée. La scène est la même : la mondialisation capitaliste, mais les deux événements vont dans des directions opposées. Sont opposées non seulement les directions mais également les Issues.
La mondialisation est une modernisation contre la modernité. Gênes a contesté la modernisation au nom d'une modernité libérée de la primauté des forces capitalistes. (...) Par contre, les événements tragiques de New York sont contre la modernisation et la modernité. Le terrorisme est l'œuvre d'une extrême minorité obscure, une minorité qui s'exprime uniquement sur le terrain de la destruction. Ces deux événements opposés nous parlent de deux évolutions possibles et différentes. C'est justement pourquoi nous ne pouvons pas nous laisser enfermer dans une angoissante perspective de guerre. Nous ne pouvons absolument pas sous-estimer le caractère tragique de cet événement du fait que ce sont les États-Unis qui ont été visés : ce délit est dirigé contre l'humanité toute entière L'indifférence pour la vie va jusqu'à négliger sa propre vie : toute technologie, y compris la plus sophistiquée, peut être mise au service de cultures anciennes et utilisée comme réaction contre ceux qui l'ont produite.
Rien ne saurait justifier le terrorisme. Aucune cause, fut elle vraie en tant que telle, ne saurait être avancée comme justification. Notre aversion du terrorisme doit être irréductible. Aucune lutte pour la justice sociale, fut-elle la plus vigoureuse, ne peut être menée par ce moyen. En fait, nous assistons à une issue du processus de globalisation qu'on pouvait craindre : l'affrontement de deux fondamentalismes. Le fondamentalisme du marché et le fondamentalisme religieux, selon lequel l'Occident c'est le Démon. Il est difficile de briser cette tenaille, mais il est absolument nécessaire de le faire, si l'on veut reprendre le chemin qui a conduit de Seattle à Gênes.
Le terrorisme opère dans la sphère de l'autonomie de la politique et finalement nie la politique elle-même. Il opère donc sur le terrain de la métapolitique, c'est-à-dire du conflit de civilisations. Il est nécessaire d'en saisir les causes, je veux dire les causes sociales. Mais cela ne doit pas nous empêcher de comprendre que le terrorisme est un phénomène politique. Il faut tenir compte de ces deux aspects, sinon notre politique sera
RIFONDAZIONES
muette. (...) Cet acte de terrorisme est-il dirigé contre une civilisation particulière ? Beaucoup de gens se posent la question, mais c'est justement cette question et sa réponse affirmative qui nourrissent un esprit de guerre : car, derrière cette question, il y a l'idée d'une hiérarchie des civilisations. Ce dérapage culturel a ses racines dans l'hégémonie du point de vue capitaliste, selon lequel ce qui existe aux États-Unis représente la condition la plus élevée pour le développement de la révolution capitaliste : seule, elle constitue le salut pour l'humanité.
Une variante de cette façon de penser est religieuse. Nous devrons rejeter l'idée selon laquelle l'Islam en tant que tel représente une conception réactionnaire dans son ensemble, sur le terrain politique et social.
En même temps nous devons combattre ouvertement l'idée selon laquelle il faudrait sauvegarder un Occident capitaliste chrétien. En opposition à toute appréciation hiérarchique à propos des civilisations nous devons nous battre pour la tolérance, pour le multiculturalisme, pour la contamination réciproque des cultures et des traditions. Voilà notre bataille culturelle.
Nous devons établir des rapports avec les forces non intégristes, avec celles qui se battent pour la paix, partout. Nous devons aller au-delà de la critique des États-Unis non pas pour la nier, mais pour combattre en elle-même l'idée qu'il soit possible de mener un conflit et une guerre de civilisation. Notre critique du modèle social et politique des États-Unis doit vivre dans la politique, mais elle ne peut pas être une discriminante prédominante. Nous devons nous unir — non seulement en Italie - avec ceux qui considèrent comme ennemis la guerre et la violence. Je pense même à des forces, qui, tout en étant conservatrices, réfléchissent dans un sens critique sur le recours à la guerre, aussi bien pour les risques qu'elle comporte que pour son inefficacité.
(...) Dans cette bataille difficile le recours fondamental doit être le mouvement des mouvements. Eux et nous, nous risquons ensemble d'être écrasés. C'est justement ce mouvement qui constitue le levier principal, bien que non exclusif, contre la guerre dont il pourrait être la première victime. Il va de soi qu'il est nécessaire d'élargir le mouvement, ce qui est aujourd'hui plus difficile qu'auparavant, mais non impossible. A l'agression réactionnaire nous devons riposter par une bataille que nous ne pouvons pas mener seuls. L'alternative ancienne entre socialisme et barbarie devient à nouveau aiguë et actuelle.
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