Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMÉRIQUE LATINE

Tentatives de rétablissement de l'ordre

· Inprecor n° 463-464, octobre-novembre 2001 · p. 26-27 · 1 518 mots

États-Unis Amérique centrale Brésil

Guerre / Amérique latine de retab dans l'ai

Par Ernesto Herrera* eux millions de personnes environ sont au bord de la famine au Honduras, au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala. Le Costa Rica et la zone côtière du golfe de Panama sont également touchés par les conséquences des "catastrophes naturelles", la chute brutale des prix agricoles et la désagrégation des économies de la région. Dans cette optique, l'aide "humanitaire" internationale relève presque du scandale : un dollar américain par personne... Mais cette réalité n'est déjà plus d'actualité Depuis le 11 septembre, c'est la « guerre contre le terrorisme » qui tient le haut du pavé.

L'attaque qu'a subi l'Empire a permis de brasser de nouveau les cartes. Dans un contexte de crise socio-économique sans précédent et d'une résistance populaire large et prolongée (1), les élites latino-américaines se sont alignées derrière la croisade de Bush, dans le but de faire face au péril de l'ingouvernabilité. Ce qui est à l'ordre du jour, c'est la mise en œuvre d'une immense opération de surveillance militaire, de contrôle policier, d'atteinte aux libertés démocratiques et de criminalisation de toute protestation sociale.

De fait, il s'agit pour ces élites d'un enrôlement dans l'armée que les États-Unis aspirent à mettre en place pour imposer la ZLÉA (Zone de Libre-Échange des Amériques) dans cette conjoncture d'instabilité politique et d'explosions sociales. Il y a déjà longtemps que Washington préparait un dispositif militaire à l'échelle du continent, visant à transformer les armées latino-américaines en milices ayant en charge la sécurité intérieure, les stratégies et les struc* Ernesto Herrera, membre du Secrétariat unifié de la IVe Internationale, est responsable de la coordination latino-américaine. 1. Cf. Entre insurrection de masse et blindage impérialiste, Inprecor n° 461-462 d'août-septembre 2001. 2. Cf. Qui est l'ennemi ?, Inprecor n° 461-462. 3. Clarin (Buenos Aires) du 7 octobre 2001.

Tentatives

lissement de l'ordre

rière-cour impériale

tures de commandement relevant du Pentagone. Avec la doctrine rénovée de la « guerre de basse intensité », la propagation de la « démocratie de marché » a acquis un caractère sécuritaire. Les attentats criminels du 11 septembre et l'hystérie collective qu'ils ont provoquée sont tombés à point nommé pour les États-Unis et pour ces gouvernements qui obéissent aux ordres sans discuter.

Le 28 septembre, les ministres de l'Intérieur du Mercosur ont créé un « groupe de travail permanent » visant à des « actions conjointes et coordonnées contre le terrorisme » et à « inclure dans le Plan de sécurité régionale » des initiatives telles que la

ER

Manifestation contre la guerre à Montevideo coopération des services de renseignement.

De même, la suggestion faite au sein de l'Organisation des États américains (OEA) de convoquer dans les plus brefs délais le Comité interaméricain contre le terrorisme a été réitérée à cette occasion. Réactiver l'idée de créer un réseau d'espionnage dans le cadre de cet organisme (créé en 1999 sur initiative du président Menem) est précisément un des projets puissamment soutenu par les secteurs les plus réactionnaires. Quelques jours avant, le président Fernando Henrique Cardoso avait autorisé la création d'un bureau de la CIA au Brésil.

Ce fut ensuite au tour de l'armée de sonner le tocsin. Forts de l'antécédent de l'opération Cabanas 2001 (2), des militaires argentins et brésiliens se sont réunis dans la zone sous tension de Foz de Iguazu, au beau milieu de la "triple frontière" partagée par le Paraguay, le Brésil et l'Argentine et où vivent des milliers de personnes d'origine arabe. Le chef du Commandement militaire sud du Brésil, le général Max Hoertel, affirme ainsi qu'après les attentats de New York et Washington par des commandos-suicides, « il ne fait aucun doute que nous devons adopter des mesures en matière de défense de l'environnement, mais aussi pour prévenir des désastres provoqués par des terroristes » (3). Le retour du TIAR

Depuis la formulation de la Doctrine Monroe, en 1823, l'Amérique latine et les Caraïbes ont été un espace traditionnel de la domination nord-américaine. A partir de cette date, les États-Unis ont considéré tout le continent comme une zone de sécurité nationale et d'expansion impérialiste. Les interventions militaires se sont succédées tout au long du XIX* siècle et la création de l'Union panaméricaine (1890) n'a pas été autre chose que la légalisation du processus d'intégration politique et économique sous la férule du "grand frère". . En février 1945, les pays membres de l'instrument panaméricaniste adoptèrent, à travers l'Acte de Chapultepec (Mexico), le principe d'une « défense conjointe des États américains contre l'agression extérieure ». Réunis à Rio de Janeiro en 1947, les 22 pays signèrent, à l'initiative d'Arthur V. Vanderberg, un des idéologues de l'anticommunisme, le protocole du Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR).

Selon un mécanisme typique de la guerre froide, le Traité considère qu'une agression contre un de ses membres doit être considérée comme une attaque contre tous. En sommeil pendant des décennies, le TIAR vient d'être ressuscité. Sur intervention du Brésil, et dans le cadre des réunions de l'OÉA de Lima et Washington, les États membres acceptent de participer à la chasse au terrorisme.

En réalité, l'invocation du TIAR relève

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surtout de la légitimation politique, à puiser dans le cadre d'une « charte démocratique » adoptée par l'OÉA. Militairement parlant, cela n'ajoute absolument rien. Les États-Unis ont déjà pris les mesures qu'ils jugeaient nécessaires.

Par contre, dans le cadre de la lutte contre le "narcotrafic", une trame de bases militaires et de radars, fixes ou mobiles, a été tissée. Dans le cadre du Plan Colombie, l'impérialisme américain a réorganisé ses installations dans la région : ArubaCuraçao, dans les Antilles néerlandaises, Manta, en Equateur, Comalaps, au Salvador, San Cono, au Honduras, occupation de l'île de Vieques, à Puerto Rico. Comme l'affirme James Petras, « la facilité avec laquelle les militaires des États-Unis ont pu construire ce réseau de bases a été due principalement à l'appui et à l'entraînement, par le USSouthCom, sur le long terme, d'officiers latino-américains assujettis » (4). La "voie rapide" en marche

Au Congrès, démocrates et républicains ont accepté la demande de Bush de mise en œuvre de la procédure de "voie rapide" (fast track). Ce mécanisme permettra au gouvernement d'instaurer des accords de libéralisation du commerce sans qu'ils puissent être modifiés a posteriori par le pouvoir législatif. Ainsi, l'avenir pour la ZLÉA semble se dégager (5).

Les députés et sénateurs des États-Unis semblent avoir entendu l'appel du secrétaire au Commerce, Robert Zoellik, qui a insisté sur le fait qu'après le 11 septembre, la priorité des États-Unis devait être la « libéralisation du commerce » pour « soutenir les

Pérouse 13 octobre

A L guerre!

Berlin, 13 octobre

¿FRİEDEN valeurs qui nous définissent contre notre adversaire » (6).

fonctionnaires gouvernementaux se retrotion régionale jusqu'à nouvel ordre » (7).

impérialistes seront plus difficiles.

les et le mouvement continental anti-ZLÉA

Londres, 13 octobre

La mise en route du fast track se produit dans un contexte d'étiolement du Mercosur, et alors que dirigeants politiques comme uvent autour de la proposition de l'Union industrielle argentine : « suspendre l'intégra-

La nouvelle conjoncture internationale fragilise pour le moins les timides avancées de ce que certains analystes ont appelé l'axe Brasilia-Caracas (soutenu avec enthousiasme tances sociales par Cuba), censé représenter une alternative à la ZLÉA. Désormais, les tentatives pour s'opposer aux prétentions commerciales

Ce sont également les résistances sociaqui s'étaient manifestés avec force au Forum social de Porto Alegre, à Buenos Aires et à Québec, qui peuvent être affaiblis par la nouvelle donne. Résistance et mouvement dont il dépend, sans doute, que l'Amérique latine ne devienne pas une "réserve indienne" des États-Unis.

Un scénario instable

Il est trop tôt pour se ris- 2001. quer sur les conséquences des attentats sur la gauche et les mouvements sociaux latino-américains et, sur- 2001.

Amérique latine / Guerre tout, sur le processus d'accumulation des forces qui se consolidait ces dernières années. Il est clair au moins que la nouvelle période de lutte rencontrera plus d'obstacles pour se développer.

Cependant, la crise socio-économique et l'instabilité politique continuent à être les éléments marquants du paysage continental. Les plans d'ajustement néolibéraux continueront, tout comme les attaques contre les droits sociaux et politiques du mouvement populaire ; les budgets policier et militaire seront en nette augmentation pour renforcer les appareils répressifs : c'est dans ce contexte que se développeront les résis-

Mais la dimension politique de l'après11 septembre peut encore se modifier : l'alternative "démocratie ou terrorisme" peut supplanter pour longtemps la confrontation qui jusqu'à maintenant prévalait, dans laquelle la lutte anticapitaliste était une figure centrale. On peut multiplier les hypothèses, et l'anti-impérialisme se verra certainement renforcé à la mesure des bombardements contre le peuple afghan et de l'escalade guerrière. Mais on ne peut écarter un repli de la gauche latino-américaine et des mouvements sociaux, ce qui serait le scénario le pire dans le moment actuel •

Montevideo, 6 octobre 2001 4. Cf. l'article de lames Petras dans la revue vénézuélienne Koeyú Latinoamericana de juillet 5. Cf. Claudio Katz, L'abîme entre les illusions et les effets de la ZLÉA, Inprecor nº461-462. 6. Washington Post du 20 septembre 2001. 7. Página 12 (Buenos Aires) du 27 septembre

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