Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

Charlie van Gelderen, d'Afrique du Sud en Grande Bretagne...

· Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 66-68 · 1 683 mots

Afrique australe Grande-Bretagne IVe Internationale Syndicalisme

(1913-2001)

D'Afrique du Sud en Grande

Bretagne et retours Chatie van Geleren était le demier militant

, actif de la IVe Internationale, survivant des participants à sa Conférence de fondation en 1938, à Paris, à laquelle il avait assisté comme observateur des trotskistes sud-africains, bien qu'il avait émigré en Grande-Bretagne. Il est mort paisiblement, chez lui à Cambridge, le 26 octobre 2001 à la suite d'une brève maladie, à l'âge de 88 ans, toujours membre de la section britannique de

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la IV• Internationale, l'International Socialist

Né en août 1913 dans la petite ville de Wellington, près du Cap, en Afrique du sud, il a habité la région du Cap jusqu'à son émigration à Londres, en décembre 1935. Il a commencé à militer très jeune : il a d'abord adhéré à la Fabian Society (social-démocrate) mais en 1931 il est devenu un partisan enthousiaste des idées de Léon Trotsky. Avec son frère jumeau, Herman, il a joué un rôle fondamental dans la fondation de la première organisation trotskiste en Afrique du Sud, la Ligue marxiste internationale. Il a également participé à la création du syndicat des travailleurs du commerce dans la région du Cap et fut son premier secrétaire à temps plein. Alors que les syndicats sud-africains étaient déjà, dans la pratique, ségrégationnistes, il a lutté pour que le syndicat représente les travailleurs noirs et blancs. Il a perdu son poste de permanent quand des opposants à l'intégration ont scissionné, en emportant

Le mouvement trotskiste sud-africain a lui aussi connu une scission en 1932 en réponse au " tournant français ": l'entrisme dans le Parti socialiste français que prônait Trotsky à ce moment-là. Charlie a soutenu la position de Trotsky, mais d'autres y étaient oppposés. Charlie a participé à la fondation d'une nouvelle organisation, la Communist League, et a rédigé son jour-

En 1935, il a suivi à Londres sa camarade, Millie Mathews, qui allait devenir sa première épouse et la mère de ses filles. Après son arrivée, il a rejoint le Marxist Group dont le membre le plus en vue était le marxiste trinidadien CLR James. Intégrant, en accord avec CLR James, le parti travailliste, il est devenu très actif dans la branche de East Islington, dans le nord de Londres, de la Labour League of Youth où les trotskystes étaient le courant dominant.

Avant le congrès de fondation de la IV° Internationale en 1938, le Marxist Group a éclaté. Charlie fit partie de la Revolutionary Socialist League (RSL), actif à l'intérieur du parti travailliste, tandis que CLR James avait créé sa propre organisation, dont il était délégué au Congrès. La montée du nazisme en Allemagne, la défaite de la république en Espagne, les procès de Moscou et les nuages de la guerre mondiale à l'horizon l'ont convaincu de la nécessité d'une nouvelle Internationale, contre les trahisons staliniennes. Il en est resté partisan pendant toute sa vie.

Au cours de la Deuxième guerre mondiale, Charlie a rejoint le Corps médical de l'Armée britannique, d'abord en Irak et ensuite en Italie. Il y a ouvertement organisé des cours de formation marxiste. Par la suite, il a participé à l'organisation du premier groupe trotskiste en Italie avec des camarades des États-Unis également postés dans la région et des camarades italiens, dont certains étaient déjà partisans du trotskisme alors que d'autres s'y intéressaient à cause de la situation politique. Un indice de l'importance du rôle de Charlie en Italie était le fait qu'après la guerre, la direction de l'Internationale a tenté de le persuader d'y retourner pour poursuivre ce travail. Or, il ne s'est pas senti en mesure de le faire car il avait une compagne et un enfant en Grande-Bretagne.

Avant son retour en Grande-Bretagne, la RSL avait fusionné avec la Workers' International League pour former le Revolutionary Communist Party. Ted Grant en était le secrétaire politique et Jack Haston le secrétaire général. Charlie est devenu presque immédiatement membre de la direction de cette organisation. La majorité du RCP, y compris Ted Grant à cette époque-là, s'opposait à l'entrée dans le parti travailliste, mais Gerry Healy avait déjà organisé une tendance minoritaire qui la soutenait. Pour sa part, Charlie était pour, mais il s'opposait à une scission minoritaire sur cette question. Il était également très

La direction de l'Internationale (en particulier Michel Pablo) a soutenu Healy et encouragé Charlie à faire de même. Bientôt, Healy allait scissionner pour former le Club, qui allait devenir la Socialist Labour League (et plus tard, le Workers' Revolutionary Party). Charlie est resté pendant un temps avec le RCP, puis l'organisation a choisi de se dissoudre et de rejoindre Healy.

Charlie est demeuré membre de l'organisation de Healy au cours de la période qui a suivi la scission de l'Internationale de 1953 marquée en Grande Bretagne par un débat confus sur le stalinisme et le rôle des partis communistes de masse. Il s'en est séparé lorsque Healy a refusé de prendre part à la réunification internationale en 1963. Charlie a toujours pensé que la scission à l'origine répondait davantage à des jeux de pouvoir entre les groupes autour de Michel Pablo et d'Ernest Mandel d'une part et de l'autre les Américains autour de James P. Cannon et qu'elle n'était pas justifiée.

Plus tard, ayant rencontré Ken Coates et Pat. Jordan, qui avaient déjà lancé The Week, Charlie a décidé de les rejoindre. De ce fait, il fut l'un des fondateurs de l'International Marxist Group, devenu la section britannique de la IV°

Son activité politique principale était la solidarité avec la lutte contre le régime raciste d'Afrique du Sud. Bien que Charlie ait quitté ce pays quand il était jeune, il est resté très engagé dans la lutte politique là-bas. Il a maintenu des contacts suivis avec des camarades sur place et a suivi les événements de près. Il a été longtemps membre du mouvement anti-apartheid et a fait partie de son Comité national. Quand la situation s'est mise à évoluer au début des années 80, il a su repenser les positions traditionnelles du trotskisme sud-africain, et, avec la poignée des camarades de Internationale qui militaient sur cette question, se pencher sur la gauche syndicale autonome et les nouveaux réseaux de la gauche socialiste révolutionnaire. Il était l'un des rares trotskistes de la vieille génération à comprendre comment mettre son expérience au service des nouveaux réseaux et groupes avec lesquels l'Internationale avait commencé à collaborer à partir des années 80. Les grèves récentes contre les privatisations en Afrique du Sud et l'action syndicale militante ailleurs sur ce continent représentaient des luttes exemplaires à ses yeux au cours des dernières années de sa vie.

Depuis la première scission qu'il avait connue, en Afrique du sud, Charlie a passé sa vie à soutenir que trop de camarades étaient trop prompts à scissionner sur des questions tactiques. Il a partout prôné l'unité de la gauche contre le sectarisme. Et il était fermement convaincu de la nécessité d'une Internationale. Au camp annuel des organisations de la jeunesse en solidarité avec la IVe internationale en 1998, invité à prendre la parole à l'occasion du 60e anniversaire de sa fondation, il avait terminé son intervention par ces mots : « Camarades, votre enthousiasme a rallumé la flamme qui couvait à la conférence historique fondatrice, il y a 60 ans, quand, comme beaucoup d'entre vous aujourd'hui, j'avais vingt ans ».

C'était une des caractéristiques remarquables chez Charlie. Au cours de plus de soixante ans dans notre mouvement, il a su conserver et transmettre son enthousiasme ainsi que sa conviction que la décision de fonder la IV° Internationale était justifiée. Mais ce n'était pas un enthousiasme sans critiques. Comme il l'a fait remarquer à la même occasion, notre mouvement a connu bien des difficultés, il a rarement dépassé le stade de courant très minoritaire et a connu les scissions et le sectarisme qui découlent de telles situations : « Les scissions sectaires ont constitué un mal chronique de notre mouvement. Les minorités (...) scissionnent sous les prétextes les plus futiles pour former des sectes minuscules, impuissantes et sans avenir. Quel contraste avec Trotsky qui est resté partisan de la III° Internationale jusqu'à la défaite totale de la classe ouvrière allemande en

Charlie était un ami loyal. Malgré la rupture organisationnelle avec CLR James avant la fondation de la IV° Internationale en 1938, après la guerre il est resté proche de lui sur le plan personnel et lui a rendu visite régulièrement jusqu'à sa mort. De même Tony Cliff et Chanie Rosenberg, fondateurs du Socialist Workers' Party britannique, ont vécu chez Charlie à leur arrivée en Angleterre, dans un logement minuscule que Charlie pensait trop étroit pour tous ces locataires mais qui représentait un luxe à leurs yeux. Encore une fois, s'ils ont pris leurs distances sur le plan politique quand Tony Cliff a développé sa théorie du capitalisme d'Etat, Charlie a toujours respecté l'acuité et l'intégrité de Tony.

Charlie fut membre du parti travailliste de septembre 1936 jusqu'en mars 2001. Au cours d'âpres débats au sein du mouvement trotskyste, il a argumenté que les révolutionnaires devaient y militer pour gagner des partisans. Il a fallu la mutation blairiste du parti pour convaincre Charlie — et bien d'autres — que la page était tournée. Ainsi, il a salué la formation de l'Alliance socialiste, a adhéré à sa section de Cambridge et entamé un nouveau chapitre militant. Charlie a souvent répété que quand nous disons : « travailleurs du monde entier, unissez-vous », il faut qu'on se regarde aussi. C'est pourquoi le développement de l'Alliance socialiste l'a tellement inspiré ; ce n'était pas uniquement une alternative au New Labour mais l'initiative unitaire la plus importante de la gauche depuis plusieurs années.

Charlie n'a jamais perdu sa haine profonde du système capitaliste et des souffrances brutales qu'il amène. Sa chronique dans le mensuel Socialist Outlook, tenue jusqu'à sa maladie de l'été 2001, était pleine de verve contre le fardeau de la dette, le fléau du VIH, les profits des multinationales et l'hypocrisie de New Labour.

Terry Conway et Penelope Duggan

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