Dang van Long (1919 - 2001)
0O000 otre camarade vietnamien Dang van Long
Best décédé le 6 décembre 2001. Sa levée de corps a eu lieu le 12 décembre au funérarium de Montreuil devant une centaine de personnes. Notre camarade Hoang khoa Khoi a rédigé à cette occasion le texte suivant :
Dang van Long n'est plus. Il nous a quitté à l'âge de 82 ans après une longue maladie. Cette nouvelle nous a tous émus, bien qu'elle n'ait pas été inattendue.
Né en 1919 dans un petit village de Ngoc-Uyên de la province de Hai-Duong, il était arrivé en France dans le cadre de la mobilisation de la main-d'oeuvre indigène (MOI) en vue de remplacer les ouvriers français partis pour le front.
Démobilisé en 1949, il a choisi de rester en France. Marié à une Française, Simone, il a trois enfants (deux garçons et une fille) et cinq petits-enfants. Les deux garçons sont issus du premier mariage de sa femme mais il les adopta dès leur jeune âge et les considéra comme ses propres enfants. Pendant plusieurs années, et jusqu'à sa retraite, il exerça le métier d'employé de bureau dans une Maison d'Edition spécialisée dans les publications sociales pour le monde du travail.
En 1944 Dang van Long adhéra au Groupe trotskyste vietnamien, membre de la IVe Internationale et y resta jusqu'à la fin de sa vie. Il fut un des dirigeants fondateurs et animateurs de ce groupe.
Ses activités politiques avaient débuté en 1946 avec la campagne pour la constitution du Mouvement des 20 000 Travailleurs Vietnamiens en France. Ce mouvement aboutira à la naissance, en 1945, de la Délégation Générale des Vietnamiens qui représentait tous les Vietnamiens en France. A plusieurs reprises Long fut élu Délégué du Comité des travailleurs du camp de Mazargues à Marseille. A ce titre il dut mener un double combat : le premier contre la guerre française d'Indochine (qu'il poursuivit plus tard contre la guerre américaine), le second contre les attaques et les calomnies incessantes de la part des opposants vietnamiens qui tentèrent de reconquérir la direction des comités du camp, alors aux mains des trotskystes. Ces combats, Long les avait relatés sous forme de romans et de récits, publiés il y a quelques années.
De nature pacifique, Dang van Long n'aimait pas la dispute. On le voyait rarement en colère mais en politique il se montrait très sévère et très exigeant quand il s'agissait de dictature, de mensonges ou de falsifications historiques. A partir de là on comprend aisément pourquoi il était devenu l'adversaire numéro un du stalinisme
Parallèlement à ses activités politiques Dang van Long consacra une bonne partie de son temps à l'art et à la littérature. Autodidacte, il se faisait poète, écrivain et peintre. Il composait des poèmes, des nouvelles, des romans. Il peignait des tableaux, non pas pour les vendre, disait-il, mais pour lui-même et pour les offrir à ses amis. Pourtant ses tableaux avaient été exposés plusieurs fois dans quelques galeries à Paris et en province. Il en était très fier.
En ce qui concerne ses écrits, on peut citer le recueil de poèmes Tho Long (la poésie du coeur) publié à Paris, le roman Linh tho ONS (Les travailleurs ONS) édité par la Maison d'Edition Laodông à Hanoi (Vietnam). Son oeuvre la plus importante, qui lui avait demandé plusieurs années de travail et d'efforts, est incontestablement son ouvrage d'histoire Les Vietnamiens en France (1940 -1954). Il s'agit d'un livre de 611 pages relatant tous les épisodes de la lutte menée pendant 14 ans par les Vietnamiens en France pour lémancipation et l'indépendance du Vietnam.
Généreux et hospitalier par nature, Long avait transformé son appartement de 5 pièces en une "Auberge espagnole" où il hébergeait gratuitement pêle-mêle des gens de tous horizons, notamment des jeunes arrivant du Vietnam pour faire du tourisme ou pour suivre un stage à Paris. D'aucuns prétendent que c'est parce qu'il ne voulait pas vivre seul après la mort de sa femme ! C'est bien mal le connaître car il faisait tout cela sans calcul, sans arrière-pensées. De même au Vietnam, à l'âge de vingt ans, il s'était porté volontaire afin de remplacer un parent qui refusait d'être mobilisé pour partir travailler en France. Cet acte de solidarité avait évité à ce parent récalcitrant des poursuites judiciaires.
Mon cher Long,
Avec ce petit texte je ne peux m'étendre longuement sur ta vie. Tout ce que je voudrais que tu saches c'est que tes amis et tes camarades sont fiers de toi. Ta fille Brigitte et son mari, ton fils Gérard et sa femme, et tous tes petits-enfants sont, eux aussi, fiers de toi. Nous sommes tous contents que tu aies pu réaliser, en grande partie, tous tes projets. Tu as pu faire éditer tes poèmes et tes romans. Ton livre d'histoire est en vente depuis trois ans.
Nous nous sommes connus il y aura bientôt 60 ans dans des circonstances tout à fait particulières. C'était en 1942. On s'était rencontrés sur le seuil de la fameuse prison de Sorgues. Ce jour-là, moi, je sortais de prison après une détention de 3 mois et demi pour "propagande communiste" alors que je ne l'étais pas encore. Toi, tu entrais dans cette même prison pour purger la même peine, parce que tu avais osé signer une pétition contre le commandant du camp. Le hasard devait faire que quatre ans plus tard nous nous rencontrions à nouveau au camp de Mazargues, à Marseille. Tu demandas alors à adhérer à la IV® Internationale. Depuis, nous sommes devenus deux amis inséparables.
En ce jour de deuil et de tristesse, si je rappelle ces quelques souvenirs, c'est pour te dire combien ton amitié m'est chère. Ta disparition est une grande perte pour nous tous. Nous avons perdu un camarade, un ami, un frère. Nous avons perdu un être exceptionnel dont les qualités nous serviront pour longtemps d'exemple.
Adieu, cher frère, que ton âme dorme en paix.
Hoang khoa Khoi
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