Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ARGENTINE

La solution vient d'en-bas

Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 46 · 1 064 mots

Argentine et Chili

Mouvement pour le socialisme

La solution vient d'en-bas*

Appelons à organiser des assemblées populaires dans tout le pays et à les coordonner!

(...) Le vendredi 25 a eu lieu le premier cacerolazo national organisé en partant des assemblées populaires et décidé par « l'assemblée des assemblées » du Parque Centenario dans la capitale. En défiant la peur que le gouvernement avait voulu inspirer, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté sur la Plaza de Mayo et dans de nombreuses villes de l'intérieur. Un autre grand exemple de lutte et d'organisation a été la marche massive des organisations des piqueteros du lundi 28 revendiquant des plans pour l'emploi et pour la nourriture. A cette occasion il a été clair qu'il est possible et nécessaire de réaliser l'unité de tous les secteurs populaires frappés par la crise provoquée par le capitalisme et ses politiciens. Cela s'est exprimé non seulement dans les émouvantes preuves de solidarité entre gens des quartiers et commerçants au cours de la marche, mais aussi dans les assemblées populaires de la capitale, qui, sous différentes formes, sont en train de prendre en main le soutien et la coordination avec les travailleurs, les chômeurs y compris.

Dans les assemblées qui s'élargissent massivement les gens des quartiers discutent leurs problèmes, proposent leurs propres alternatives et décident des mesures pour les imposer, dans la liberté la plus complète et le respect de toutes les opinions. Chaque quartier, chaque secteur sait quel est le problème le plus urgent. Dans de nombreux quartiers les gens ont réussi à obtenir une réduction des impôts sur la facture de l'électricité ; dans d'autres, ils se battent pour des plans d'emplois. D'autres encore se mobilisent contre les banques et la grande majorité exige que la Cour Suprême s'en aille.

Cette expérience très précieuse indique la voie à suivre : la création, l'extension et la coordination des organisations populaires pour discuter et prendre des mesures face à tous les problèmes, les immédiats et les plus généraux. Dans ce sens, tout en organisant * Cet article est paru dans Socialismo o Barbarie, publication du Movimiento al Socialismo (MAS).

DOCUMENT

Point de vue du MAS,

les assemblées populaires partout, il est important de répondre à l'appel de la majorité des organisations indépendantes de travailleurs et de chômeurs, qui, à la différence des deux CGT et de la CTA — qui soutiennent le gouvernement et sa « concertation », convoquent une assemblée nationale de travailleurs, organisations sociales, regroupements d'étudiants et assemblées populaires les 16 et 17 février pour discuter une riposte de lutte et une alternative à la politique de continuité et de capitulation devant le grand capital. (...) Quelques mesures urgentes contre les capitalistes

Ceux qui participent aux assemblées populaires savent mieux que n'importe qui pourquoi on doit lutter et comment on doit s'organiser. Toutefois, nous estimons que, face à la crise globale du pays, il est impératif aussi d'avancer dans les luttes des mesures qu'il est urgent d'appliquer pour la population travailleuse. Des mesures allant à l'encontre d'une soumission à Bush et au FMI et à sa politique de « sacrifices » : - Nourriture pour tout le monde. Les communes et les grandes chaînes de distribution doivent satistaire aux besoins de la population gratuitement. La distribution de nourriture ne peut pas rester aux mains des administrateurs ni des politiciens : la répartition doit être contrôlée par les organisations de quartiers et les assemblées populaires. - Dans les hôpitaux et même dans les pharmacies les médicaments font défaut. Pour faire face à une telle carence : contrôle (et confiscation éventuelle) des laboratoires par des commissions de travailleurs et des gens des quartiers, qui garantissent une juste distribution des médicaments. - Assez de licenciements ! Du travail pour tout le monde ! Étatisation sous contrôle ouvrier de toute entreprise qui licencie ou ferme ses portes. Distribution des heures de travail : au lieu de faire travailler cing personnes pendant douze heures, on peut faire travailler six personnes avec le même salaire. Salaire minimum et indemnité de chômage selon les besoin des familles, avec réajustement en rapport avec l'inflation. — Si Duhalde parle de « guerre civile » et de « bain de sang » c'est pour préparer une escalade répressive. Il ne faut pas se laisser intimider. Il faut, au contraire, prendre des mesures : chaque quartier, chaque assemblée populaire, tout piquet ou toute mobilisation doit commencer à discuter comment se défendre contre la répression et garantir la sécurité de toute le monde - L'escroquerie du blocage des comptes bancaires a une solution. On peut restituer les épargnes des travailleurs et des petits commerçants dans la monnaie d'origine, s on supprime le secret bancaire, si on nationalise les banques (et les caisses de retraite qu'elles possèdent), le commerce extérieur, sous le contrôle de leurs travailleurs et des déposants. Ce n'est que par ce moyen qu'on fera réapparaître les devises pour « honorer » la seule dette qui mérite d'être respectée, celle envers les secteurs populaires. — « L'Argentine est en train de se désagréger » a dit Duhalde. Mais il n'explique pas qui l'a coulée. S'il n'y a jamais d'argent pour la santé, l'éducation et les plans sociaux c'est parce que Menem, De la Rua et Duhalde ont gouverné pour les banquiers, les créditeurs et les grands capitalistes. Que les entreprises privatisées paient un impôt spécial, qu'on augmente les impôt sur les profits, et s'ils ne le veulent pas, qu'on les nationalise sous contrôle des travailleurs et de commissions d'usagers.

(...) C'est ainsi que peuvent commencer à surgir une autre démocratie et un nouveau pouvoir. Le peuple mobilisé dans les rues a chassé les gouvernements des deux principaux partis. S'il le veut, il peut tout changer. Dans ce but les travailleurs et le peuple sont en train de créer leurs propres organisations où l'on pourra discuter, décider et jouer le rôle de protagonistes, à la différence de ce qui se passe avec des élections qui ne servent qu'à élire des crapules qui font le contraire de ce qu'elles ont promis. Voilà la différence entre la démocratie directe des travailleurs et des gens des quartiers, qui est exercée par en bas et la démocratie représentative des riches. (...) Il faut organiser un Argentinazo qui aille jusqu'à la fin, où la population travailleuse toute entière, avec ses organisations, discutera et décidera démocratiquement de son destin. Cette société nouvelle, ce pouvoir nouveau : c'est le socialisme.

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