Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ARGENTINE

Le point de vue du Mouvement pour le socialisme (MAS)

· Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 45 · 889 mots

Argentine et Chili

Mouvement pour le socialisme révolutionnaire commence

R. Sáenz et I. Cruz Bernal*

La conscience initiale du processus révolutionnaire qui s'est ouvert ici s'exprime par le contrecoup des conditions de vie absolument insupportables d'un capitalisme argentin en faillite, qui purement et simplement ne permet plus de vivre à la grande majorité de la population. En ce sens les analyses de Trotsky à propos de la révolution russe de février 1917 s'avèrent valables : « Les masses n'entrent pas dans la révolution avec un plan préconçu de la nouvelle société, mais avec un clair sentiment de l'impossibilité de continuer à supporter la vieille société... »

La profondeur du rejet d'un mécanisme d'exclusion économique et sociale a conduit à la constitution d'un véritable "front unique" de la grande majorité des exploités et des opprimés et a déterminé le caractère immédiat des revendications , les "saccages" motorisés, par la situation de famine de millions de travailleurs, la révolte contre la confiscation de l'épargne, la mobilisation contre la répression policière, les revendications contre les licenciements, les fermetures des entreprises ou le non-paiement des salaires, les profondes exigences démocratiques. Toutes les couches et classes sociales populaires ont ainsi participe à l'Argentinazo, bien que les actions les plus spectaculaires aient été celles où les travailleurs apparaissaient noyés dans la "population" en général.

Ce niveau de conscience initial a donné son ton "politique" au début de l'Argentinazo, avec les caractères classiques d'une "révolution de février" (catégorie historique que nous employons avec les précautions d'usage) : action commune de secteurs sociaux hétérogènes, revendications de caractère démocratique général, absence pour le moment d'une issue positive sur le terrain social, c'est à dire anticapitaliste et socialiste. C'est ainsi que ce qui s'est affirmé lors des marches sur la Plaza c'est "l'identité nationale", les hymnes chantés, le rejet indiscrimé des banderoles politiques. Dans la perspective de la révolution socialiste, des

DOCUMENT

Point de vue du MAS,

Un processus

STA majorités populaires vont certainement se délimiter des classes moyennes aisées, qui , elles, iront vers la droite. Un programme de transformations fondamentales, sociales, affectant de manière révolutionnaire la propriété capitaliste, c'est-à-dire une perspective de révolution socialiste, devra s'affirmer. Et cela signifiera que la « crise des alternatives » socialistes, ouverte après la chute du Mur de Berlin, pourra commencer à être dépassée. D'autre part on a pu vérifier l'existence, depuis un certain temps déjà, de véritables avancées de la conscience dans des secteurs de masses. Les récentes élections n'ont été qu'un indicateur de ce processus, montrant la prise de conscience qui permet d'identifier l'impérialisme, les différences entre les riches et les pauvres, les aspects les plus antidémocratiques et répressifs de "la démocratie" , bien qu'on soit encore loin d'un tournant catégorique des masses vers la gauche, tournant qu'il faut encore préparer, en nous renforçant pour permettre une action révolutionnaire commune de la gauche, qui dépasse l'atomisation et la dispersion actuelles.(...)

Au cours de l'Argentinazo les méthodes de lutte révolutionnaire se sont également généralisées à une échelle et avec une intensité rarement vues à cette étape de la démocratie capitaliste. (...) Même plus : des formes "semi-insurrectionnelles" d'affrontement de rues, avec des barricades barrant diverses avenues autour des principales places du pays et des deux principaux sièges du pouvoir : la Plaza de Mayo et le Congrès.

(...)

Dans toutes ces actions il faut souligner l'irruption d'une avant-garde essentiellement jeune. Sur ce terrain le "changement" de générations est évident : dans toutes les couches de travailleurs les jeunes générations sont les plus dynamiques dans la lutte. Cette composante jeune et combative inclut les étudiants, les employés du centre comme les secteurs les plus exploités des travailleurs. Dans ce dernier groupe soulignons le rôle plus avancé des "motoqueros" (livreurs en deux-roues) : des jeunes qui subissent des conditions de surexploitation, qui risquent quotidiennement leur vie, et qui ont joué un rôle d'avant-garde dans les nombreuses batailles de rues que nous avons connues durant ces semaines, et en particulier sur la Plaza de Mayo le 20 décembre 2001, que nombre d'entre eux ont payé de leur vie, assassinés par la police. (...) Face aux tentatives de récupération capitaliste de l'Argentinazo, il n'y a pas d'autre alternative que de poursuivre la lutte jusqu'à son terme. Et cela signifie préparer la révolution socialiste. Avec cet objectif les socialistes doivent apporter le contenu précis qui se dégage de l'auto-activité développée en ces jours : la conquête menée de manière démocratique et autodéterminée du pouvoir politique par les travailleurs et la relance de la perspective socialiste au niveau national et international.

Nous devons élaborer tous les éléments qui sont la condition de réalisation de cette perspective : les formes d'organisation, la conscience, les programmes et les partis révolutionnaires. La recomposition révolutionnaires des travailleurs est la médiation qui peut rendre possible la transcroissance de l'Argentinazo en révolution socialiste. C'est dans cette perspective que nous devons travailler humblement mais fermement. La gauche révolutionnaire devra faire ses preuves dans l'action, en recherchant les formes du front unique révolutionnaire, dans la perspective de construire un grand parti socialiste révolutionnaire des travailleurs dans le cours de la situation actuelle. Un tel parti est absolument indispensable pour le dénouement socialiste l'Argentinazo. * Nous traduisons ici des extraits de l'article paru début janvier 2002 dans Socialismo o Barbarie, publication du Movimiento al Socialismo (MAS), http://www.mas.org.ar, sous le titre "Después del Argentinazo, Ha comenzado un proceso revolucionario".

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