Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ÉTATS-UNIS & GUERRE

Le choc des fondamentalismes

Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 52-54 · 2 987 mots

États-Unis Inde et Asie du Sud Afghanistan Ex-Yougoslavie

Inprecor : A la mi-décembre 2001, Kaboul est tombé, le régime taliban s'est effondré, un gouvernement provisoire pour l'Afghanistan a été mis sur pied lors de la conférence de Bonn. Une première phase de la guerre se termine. La guerre, c'est une autre histoire. Quelles en sont pour l'heure les conséquences prévisibles dans la région ?

Tariq Ali : Lorsque la guerre a commencé, je pensais que les Talibans ne tiendraient pas deux semaines. Ils ont tenu deux mois. Mais cette phase est maintenant terminée. Il est important de comprendre pourquoi ils ne pouvaient pas résister. Ce n'est pas faute de détermination ou de ferveur religieuse, mais parce qu'après que le Pakistan leur ait retiré tout soutien (les conseillers militaires, les chars, l'aviation) ils n'avaient plus la moindre chance.

C'est d'ailleurs l'une des raison du délai qui s'est écoulé entre l'annonce par Bush d'une réponse militaire aux attentats du 11 septembre et le début des bombardements : le gouvernement pakistanais lui avait demandé de lui laisser le temps de retirer ses billes. Après, les Talibans ne pouvaient que s'effondrer.

Il faut rappeler qu'il n'y aurait jamais eu de régime taliban à Kaboul sans le soutien du Pakistan et sans le soutien tacite des

États-Unis eux-mêmes. La situation qui en résulte aujourd'hui est quelque peu baroque : pour vaincre les Talibans, les États-

* Tariq Ali est membre du comité éditorial de la

New Left Review. Dirigeant du mouvement étudiant britannique après 1968, il avait été militant de la IVe Internationale. Ecrivain, il prépare actuellement The clash of fundamentalism:

Crusades, Jihad and Modernity (éd. Verso, 2002).

Son dernier roman vient de paraître en traduction française : La peur des miroirs, éd. Syllepses,

Paris. 2001.

Unis ont dû s'allier avec l'Alliance du Nord (partenaire de l'Iran et de la Russie) qu'ils avaient tout fait pour écraser depuis dix ans. Si nous considérons les conséquences de la guerre dans la région, je dirais que dans la période à venir, il risque d'y avoir des tentatives de coup d'État au Pakistan. Pas seulement de la part des fondamentalistes, mais aussi de secteurs nationalistes de l'armée qui ont essuyé une grave défaite. Il faut bien mesurer ce qu'elle signifie pour ces militaires. La victoire des Talibans à Kaboul en 1996, c'était la seule victoire de toute l'histoire de l'armée pakistanaise et l'extension de leur influence en Afghanistan compensait l'échec qu'ils avaient subi naguère au Bengladesh.

A mon avis, les généraux dissidents et les jeunes officiers attendent de voir combien Musharraf va pouvoir soutirer de l'Occident, que va donner le rééchelonnement de la dette, le renouvellement des armements et des équipements militaires. Quand il n'y aura plus rien à glaner, il vont probablement tenter de se débarrasser de Musharraf. Il y a deux groupes fondamentalistes armés importants, le Lashkar-i-Taiba et la Jaish-iMohammed (qui comptent respectivement de 20 à 30 000 membres, et de 5 à 10 000 membres). Le dirigeant du Lashkar a déclaré récemment que l'armée qui les avait armés tenterait de les désarmer. Il a répondu préventivement par un défi : qu'ils y viennent, ce ne sera pas si facile. La situation reste donc très instable. D'autant que bon nombre de cadres talibans sont déjà de retour au Pakistan.

Pour les chefs militaires, les marges de manœuvre sont donc assez limitées. Ils peuvent soit envoyer tous ces gens combattre et se faire tuer au Cachemire, soit les faire s'affronter dans une petite guerre civile. Mais la question se complique du fait que « la guerre anti-terroriste » a créé un précédent. Toute puissance régionale est désormais passible du même traitement. Ainsi, les Indiens menacent le Pakistan de bombardements analogues à ceux des Américains en Afghanistan s'il continue à intervenir au Cachemire. Une guerre entre ces deux pays pourrait déboucher sur l'utilisation d'armes nucléaires. Il y a des deux côtés des jusqu'au-boutistes qui seraient bien capables. La seule façon de l'empêcher serait un accord régional comparable à l'Union européenne entre le Pakistan, l'Inde, le Bengladesh, le Sri Lanka, lé Népal. Ce serait aussi le cadre qui permettrait de traiter des questions comme celle du Cachemire ou la question tamoul par le biais d'une complète autonomie et d'une souveraineté partagée sous garantie de la communauté internationale Cela paraît bien évidemment fort utopique pour le moment. Mais on en discute dans certains milieux et ce serait la seule issue à une situation explosive.

Enfin, il ne faut pas oublier que la situation en Afghanistan est loin d'être stabilisée. Il y a déjà des signes de ruptures au sein de l'Alliance du Nord. Le roi (qui soit dit en passant avait entretenu des rapports amicaux avec le régime nazi) a déjà 87 ans. Il ne pourra pas arbitrer très longtemps. Il faudrait un programme massif d'équipements sociaux et

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de développement pour rendre le pays habitable. La majeure partie de la classe moyenne afghane, et notamment des femmes éduquées, est déjà à l'étranger sans intention de retour à moins que soient donnés des signes clairs d'une reconstruction. Les Etats-Unis sont déjà confrontés à de lourdes dépenses militaires, à des investissements pour soutenir leur propre économie. Ils doivent aussi soutenir financièrement le Pakistan et les différentes factions afghanes. Et cette fois, ils ne peuvent pas faire payer des tiers. Il y aura des aides américaines et européennes, mais il est difficile d'imaginer qu'elles soient à la hauteur des besoins, même modestes. Après les bombardements de la Serbie, les Américains avaient promis à Dzinjic la reconstruction des ponts sur le Danube. Il attend toujours.

Quant à l'Alliance du Nord, c'est une coalition de gangsters qui ont parfois fait pire que les talibans. Certains secteurs importants sont directement liés avec les mafias russe pour le trafic d'héroïne qui part directement vers l'Europe via le Kosovo. Il est difficile de stopper ce commerce qui constitue la part essentielle des échanges pour l'Afghanistan.

Dans la région, la gauche est pratiquement inexistante. Il y a bien sûr des petits groupes d'intellectuels de gauche. Mais la plupart des laïques sont investis dans des ONG et se consacrent à des projets fragmentaires sans perspective alternative d'ensemble. Il y a bien eu une manifestation de 8 000 personnes à Rawalpindi contre les bombardements et contre le fanatisme religieux. Ce n'est pas si mal, mais ça reste très minime à l'échelle du Pakistan, d'autant qu'il s'agissait d'une mobilisation nationale. Il est également vrai que les fondamentalistes ne sont pas parvenus à beaucoup mobiliser pendant ces événements. Le gros du pays reste plongé dans la passivité et les politiciens sont sans arrêt fourrés à Washington où se prennent les décisions importantes. Inprecor : Tu es en train de terminer un livre à paraître en anglais au printemps aux Éditions Verso. Quel en est le propos ? Tariq Ali : Le titre du livre, est The Clash of fondamentalisms (Le Choc des fondamentalismes). Car il n'y a pas seulement un fondamentalisme islamique. Deux autres sont à l'œuvre. Beaucoup plus puissants que le fondamentalisme islamique. Il s'agit d'abord du fondamentalisme sioniste qui a systématiquement refusé tout compromis acceptable avec les Palestiniens. Il a activement collaboré avec les États-Unis pour détruire les forces laïques et progressistes dans toute la région, par la guerre et par l'assassinat sélectif. Il a aussi contribué à développer le fondamentalisme islamique — c'est désormais un secret de polichinelle que le Mossad a initialement encouragé la formation du Hamas. Ce fondamentalisme sioniste a ainsi mené un jeu analogue à celui des États-Unis dans le monde arabe pendant la guerre froide en faisant du fondamentalisme islamique une digue contre le communisme.

L'autre grand fondamentalisme de notre temps, c'est le fondamentalisme américain, en défense des intérêts impériaux américains, avec le soutien des secteurs les plus réactionnaires — profondément religieux — de la société américaine. L'actuel président des Etats-Unis peut être considéré comme un fondamentaliste chrétien. Lors du grand show de New York pour les victimes du 11 septembre, le prédicateur Billy Graham était aux côtés de Georges W. Bush. Il a déclaré : « J'ai reçu quantité d'appels et de messages d'Américains me demandant pourquoi Dieu avait permis qu'on nous frappe ainsi. Je n'ai pas de réponse à cette question » ! On peut aussi imaginer que les Talibans demandent à leurs mollahs pourquoi Allah les a laissés écraser sous les bombe. Les mollahs n'ont pas davantage de réponse que Billy Graham.

Le propos principal de mon livre est de démêler le contexte historique. Les États-Unis veulent utiliser leur pouvoir impérial pour redessiner le monde d'après la guerre froide. Ils ne sont plus disposés à faire beaucoup de concessions aux Européens. La manière dont Washington snobe Blair et Schröder est assez éloquente. Blair était prêt à envoyer des milliers de soldats en

Afghanistan. L'Alliance du Nord a dit non, et les États-Unis ont dit non. Schröder et son acolyte Joschka Fischer ont obtenu à l'arraché le feu vert de leurs institutions pour l'envoi de 2 000 soldats allemands. Rumsfeld leur a aussitôt répondu de manière insultante qu'il n'avait jamais demandé ça Nous assistons à un tournant intéressant dans les rapports inter-impérialistes. Une grande partie du livre est également consacrée à l'histoire de l'Islam pour montrer aux jeunes que les fondamentalistes ne connaissent même pas leur propre histoire. Il y a, dans les premiers temps de l'Islam, des choses beaucoup plus progressistes que ce que n'importe que groupe musulman peut raconter aujourdhui. L'Islam est devenu totalement statique et nécrosé. Les intellectuels laïques issus de cette culture doivent se lever pour défier le clergé, pour analyser l'Islam, ses textes, son histoire. Ces textes, cette histoire, cette culture sont un patrimoine commun qui appartient à tous ceux qui vivent dans ces pays Inprecor : On a souvent pu lire et entendre que Ben Laden est irrationnel, qu'il est fou, que son action échappe à toute caté gorie logique. Tariq Ali : Ben Laden n'est pas fou. Il est faux et imprudent de le présenter comme un malade irrationnel. Cela permet d'éviter d'avoir à comprendre. Il est clair, absolument clair, que comprendre n'est en rien justifier, et que comprendre reste nécessaire. Ben Laden est né en Arabie Saoudite où une forme très arriérée de l'Islam est la religion d'Etat. Il est originaire d'une grande famille. Il est éduqué. Il a voyagé. C'est un moderne. Lorsque les États-Unis ont voulu prendre les Soviétiques dans « le piège afghan » (ainsi que le rapporte Zbigniew Brzezinski dans ses mémoires), ils ont encouragé la guerre civile Les services secrets pakistanais ont alors souhaité la venue d'un prince saoudien pour conduire la guérilla. Il n'y avait guère de volontaires. Un prince saoudien, qui est devenu ensuite le chef des services secrets saoudiens, était un ami proche de Ben Laden. Ce prince, Turqi ben Faiçal, a dit qu'il connaissait un très bon gars, pas de famille royale certes, mais de toute confiance. Il pourrait faire l'affaire. La CIA a approuvé Elle a formé Oussama et l'a expédié en

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Afghanistan où son premier exploit fut la destruction d'une école mixte et l'exécution du directeur. Les Occidentaux ont alors applaudi « le combattant de la liberté » contre le communisme.

L'intéressant, c'est de savoir quand Oussama a changé et pourquoi. La guerre du Golfe a représenté un tournant. Ben Laden savait fort bien par ses liens en Arabie saoudite qu'il n'y a jamais eu de menace par Saddam Hussein d'envahir ce pays. Il a vu la guerre du Golfe comme une tentative de la part des États-Unis de modifier les rapports de forces dans la région en faveur d'Israël et de l'Occident. Dans la mesure où le « danger principal » du communisme était désormais liquidé, il devenait impératif de combattre la présence américaine. Malgré ce changement d'orientation, Oussama a continué à envoyer des combattants en Bosnie puis au Kosovo. D'autant que certains services américains essayaient encore d'utiliser les talibans et les réseaux islamistes pour déstabiliser les républiques d'Asie centrale.

En même temps, Ben Laden prenait conscience que le grand problème devenait maintenant celui de la famille royale saoudienne, complètement à la botte des États-Unis. Pendant les six dernières années, il beaucoup circulé clandestinement en Arabie, dénonçant la corruption et la façon dont la famille royale monopolise la rente pétrolière. Ses hommes ont commencé à liquider des cadres américains et à attaquer des bases américaines. Ce n'est pas Oussama, répondait le prince Turqi ! Pour protéger le groupe Ben Laden il a fait arrêter et exécuter nombre d'immigrés pakistanais, égyptiens, ou autres. En août dernier, Turqi ben Fayçal a été limogé. Tout le monde savait que quelque chose était en préparation pour le mois de septembre, mais on ne savait pas quoi. Le gros des soutiens de Ben Laden se trouve toujours en Arabie et en Égypte. En somme, on peut dire avec un grain d'ironie sombre que les États-Unis n'ont pas bombardé le bon pays. Inprecor : Si Ben Laden, ou d'autres leaders fondamentalistes ont bien le projet qu'on leur prête d'une puissance islamique régionale ou de khalifat, n'est-ce pas une réponse inquiétante mais somme toute logique à la crise et à la corruption des États de la région ? Tariq Ali : Ben Laden appartient à la religion wahhabite, la plus obtuse et la plus sectaire au sein de l'Islam. En 1969, lors d'un meeting à Lahore au Pakistan où j'intervenais comme dirigeant de la IVe Internationale, j'ai eu un débat avec des courants pro-soviétiques et maoïstes. Je leur disais que les bureaucrates qui prétendaient bâtir le socialisme en tenant les masses à l'écart finiraient par s'écrouler. Les maoïstes étaient furieux. J'ai ajouté que si j'avais à choisir entre les ouvriers et les étudiants tchèques du printemps de Prague d'un côté et les gardes rouges de l'autre, je choisirais sans hésiter les premiers. A la fin du débat un vieillard à barbe blanche s'est levé. Il a regardé en direction des pro-soviétiques et a dit : « voici nos sunnites » ; puis il s'est tourné vers les maoïstes et a dit : « voici nos chi'ites » ; enfin il m'a souri et a dit: « et voici celui qui vient nous offrir le wahhabisme ». Rentré chez moi, j'ai cherché dans les livres ce que pouvait être au juste le wahhabisme dont j'avais une idée assez vague. C'est une chose assez étrange qu'on ne peut guère comparer à d'autres courants de pensée. Ainsi, pour les wahhabites, le djihad est aussi contre les autres courants de l'Islam. Ils ne croient pas à l'État-nation, mais seulement à une République islamique universelle

On retrouve évidemment certaines idées de ce genre chez Oussama, mais ce n'est pas la chose la plus intéressante. Ce qui est intéressant, c'est de comprendre pourquoi des étudiants de la classe movenne peuvent être séduits par ce genre de discours. La raison en est probablement dans le vide abyssal qui les entoure : des gouvernements complètement vendus aux politiques néolibérales, des élites corrompues, des intellectuels laïques qui n'osent pas parler (et dans une certaine mesure on peut les comprendre), et des masses qui ne savent plus à quoi se vouer. Les groupes religieux sont pratiquement les seuls désormais à dénoncer l'impérialisme et la mondialisation. Ils utilisent à fond l'échec des gouvernements arabes à aider les Palestiniens et dénoncent les douze ans de sanctions et de bombardements anglo-américains contre l'Irak. C'est dans ce contexte qu'interviennent Ben Laden et d'autres groupes du même genre. Inprecor : Mais est-ce que la désintégration sociale n'est pas un terreau fertile pour des courants fondamentalistes dès lors qu'il devient difficile de cerner les forces sociales d'une émancipation profane? Tariq Ali : Lors des quatre dernières consultations électorales au Pakistan, les fondamentalistes n'ont jamais dépassé un total de 5 % des votes. L'écrasante majorité vote pour des partis non-religieux. Le fondamentalisme dans ce pays a été directement sponsorisé par les militaires. La faiblesse des partis non-religieux, c'est leur incapacité à combattre l'influence fondamentaliste dans la vie quotidienne et culturelle. C'est d'ailleurs pourquoi beaucoup de monde pense que si les politiciens civils en ont été incapables, peut-être Musharraf le fera-t-il... avant d'être tué. Mais si l'Afghanistan est un pays en ruine, au Pakistan il existe bel et bien une société civile et un débat assez ouvert dans les médias, à condition toutefois de ne pas critiquer l'Arabie Saoudite ! Inprecor : Alors que le mouvement contre la guerre est resté très minoritaire, pour ne pas dire marginal en France, il y a eu d'importantes manifestations en Italie, en Allemagne, en Grèce, en GrandeBretagne. Que signifient ces mobilisations? Tariq Ali : Ce qui est intéressant dans le mouvement anti-guerre, c'est que l'opposition est très différente de ce qu'elle fut contre l'intervention de l'OTAN au Kosovo. Cette fois, les gens ne comprennent pas ce qui justifierait de bombarder un des pays les plus pauvres du monde pour capturer un seul type. Ils sentent bien que ce n'est pas comme ça qu'on va régler la question du terrorisme. Bien au contraire on va en fabriquer de nouveaux, et en quantité, pour l'avenir.

En Grande-Bretagne, il y a eu en octobre et en novembre deux grandes manifestations, la seconde de près de 100 000 personnes. 80 % des manifestants avaient moins de 25 ans. Une nouvelle génération se mobilise contre la mondialisation capitaliste et contre ces guerres. Instinctivement, par des voies différentes des mouvements de notre génération contre les guerres d'Algérie ou du Viêt-nam, ces jeunes sont très remontés contre ce qui se passe.

Une semaine après le 11 septembre, le Financial Times prétendait que s'en était fini du mouvement contre la mondialisation. Je ne le pense pas. Même si les lois sécuritaires sont utilisées contre ces mobilisations, les jeunes ne sont pas prêts à se laisser briser.

Le 11 septembre est certes la pire atrocité vue sur les écrans depuis fort longtemps. Pour la comprendre - sans les justifier le moins du monde — il faut garder en tête des décennies de violences invisibles sur les écrans de télé, mais non moins réelles.

propos recueillis par Daniel Bensaïd

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