Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ARGENTINE

Le point de vue du Parti communiste argentin (PCA)

Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 43, 43-44 · 1 314 mots

Argentine et Chili Économie mondiale

Féconder une nouvelle gauche*

Toujours la même chose » : voilà la « caractérisation qu'à juste titre le mouvement des assemblées utilise à propos du gouvernement Duhalde. (...) Le ministre Remes Lenicov a fait connaître des mesures économiques, qui, loin de chercher l'égalité sociale et la relance, comportent un énorme transfert de revenus vers les secteurs les plus concentrés, responsables du saccage du pays et bénéficiaires de l'État capitaliste, ce qui va appauvrir davantage la majorité de la population et aggraver, à cause de l'absence de consommation, une récession qui dure déjà depuis plus de trente mois.

Toute l'opération de transformation de la dette en pesos comporte une liquidation brutale des dettes des grands groupes économiques, à partir des sociétés privatisées, antérieurement appartenant à l'État. Ainsi, encore une fois le coût de leur capitalisation est transféré à l'ensemble de la société. L'épargne populaire est expropriée d'une partie importante des dépôts en dollars, ce qui sera plus lourd dans la mesure où la valeur du dollar va augmenter.

Le retour au dollar libre est le révélateur le plus clair du retour de l'inflation : une inflation qui poussera à une indexation de

DOCUMENT tous les tarifs et des valeurs, sauf du coût du travail. En effet, l'État argentin s'efforcera encore une fois de geler les salaires : d'où un transfert supplémentaire de richesse en faveur des puissants. La crise du pouvoir s'accentue

La dispute entre la Cour de justice, d'un côté, et le pouvoir exécutif, de l'autre, au dela des pressions qu'ont pu exercer Menem et les groupes financiers, révèle l'ampleur de la fracture dans le bloc de pouvoir face à un mouvement populaire qui ne cesse d'exiger qu'ils s'én aillent tous.

Tous les éléments d'une crise protonde du capitalisme existent désormais dans le pays: les classes exploiteuses n'ont plus le consensus sur leur politique de domination et, pour la première fois depuis de nombreuses années, l'économie se sépare de la politique et les classes subalternes se séparent des partis dans lesquels elles avaient eu confiance pendant des décennies.

La crise est beaucoup plus que la faillite d'un modèle d'accumulation basé sur la financiarisation et la prédominance des trafics mafieux, beaucoup plus que la faillite de

« l'élève le plus diligent » du FMI et des recettes néolibérales. C'est aussi la faillite d'une conception de la démocratie, la démocratie basée sur l'alternance et le cogouvernement des principales forces politiques au passé progressiste et populiste, la faillite d'un discours sur la transition à la modernité par le chemin du mariage de l'économie de marché avec la démocratie représentative style yankee. Pour toutes ces raisons il s'agit d'une faillite véritable et complète du système capitaliste en Argentine, ce qui, comme dans toute crise capitaliste, représente en même temps et en premier lieu une crise de domination.

Disons-le un fois de plus : cette crise est provoquée par la lutte de classes, par la résistance d'un sujet populaire qui a accumulé mécontentement et volonté de lutte en débouchant sur les luttes et la combativité du mois de décembre.

L'existence de la crise n'assure pas, par elle-même, le changement révolutionnaire ni même l'accumulation des forces dans ce sens : la persistance d'une crise d'alternative populaire aide l'ennemi à trouver une solution de continuité. Pour l'unité

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en partant de la gauche

Pour faire face à la situation, les forces politiques — qui hier se succédaient au gouvernement — ont conflué dans un gouvernement national, véritable expression du Parti unique du système.

La gravité de la crise a fait émerger des éléments du pouvoir permanent, du pouvoir qui ne se soumet à aucune élection, qui normalement préfère se placer derrière le trône en affichant une neutralité par rapport à la problématique politique quotidienne. C'est le cas de l'Église qui stimule un dialogue visant à accumuler du consensus et à enlever sa force à la protestation populaire ou le cas * Nous reproduisons ici de larges extraits de l'éditorial paru au début février 2002 dans Nuestra propuesta, hebdomadaire du Parti communiste argentin (qui fait partie, aux côtés du MST, de la Gauche Unie).

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• PATRIA FINANCIERA?

"SANTiAGO DEL ESTERO' (PRESENTE)

de l'Armée à laquelle on garantit des privilèges, l'impunité et un rôle décisif dans des nouveaux scénarios régionaux (voir : l'agression contre le peuple colombien).

De plus, les gouvernements impériaux des États-Unis et de l'Espagne n'hésitent plus à faire des chantages, à suborner, à intervenir directement sur la politique du gouvernement d'un pays qui, en fait, n'a pas de gouvernement national, mais seulement une administration des affaires intérieures au nom de l'empire. Vous êtes des lèche-bottes, leur a crié Fidel et ils n'osent pas le démentir.

Nous ne devons pas, toutefois, oublier que les possibilités ne sont pas éternelles,

¡ DoCToR: DUHALDE/

¿ ARGENTINA

i UD. DECİDE / sous une autre, le bloc au pouvoir échappera à la tempête de décembre et trouvera un point d'équilibre, bien que précaire et instable, pour rétablir son système de domination basé sur trois jambes : monopolistique au bénéfice des groupes les plus concentrés et en même temps réduire de manière draconienne les frais et les importations de façon à réaliser un solde de la balance commerciale jusqu'à dix milliards de dollars; contention sociale par le truchement d'un assistantialisme lié à un clientélisme politique majeur et à des entreprises de contenpar l'Église;

que leur exploitation n'est pas automatique

Si on n'avance pas sur le chemin d'une alternative populaire et révolutionnaire de gouvernement et de pouvoir, sous une forme ou

- garantir le quota de profit superlutte est une ».

mettre sur pied un système de tion institutionnelle propulsées

- multiplier l'activité de répression gouvernementale visant à intimider une partie du mouvement populaire et a isoler les secteurs les plus décidés.

Il est donc urgent de renforpouvoir.

cer une stratégie du camp populaire qui puisse permettre de dépasser la faiblesses la plus évidente, c'est-à-dire l'absence d'un centre de coordination des luttes qui non seulement les stimule, mais pousse à des débats programmatiques et puisse besoin.

offrir une alternative face à toute mesure prise par le gouvernement. L'importance de la manifestation proposée par le Bloc piquetero Le Bloc national des piqueteros projette pour le 16 février une manifestation à la Plaza de Mayo et pour le 17 février une assemblée nationale des travailleurs et des chômeurs Avellaneda. initiatives expriment le besoin de construire un mouvement populaire qui soit en condition de regrouper de larges secteurs sociaux avec un ensemble de revendications qui visent le cœur même du système capitaliste : rompre avec le FMI, ne pas payer la dette, récupérer tout ce qu'on nous a pris, en partant des entreprises privatisées, modifier le système fiscal pour trouver des ressources permettant de financer l'éducation, la santé et les plans régionaux de relance dont on a besoin pour faire sortir le pays de la crise.

(...) L'assemblée du 16 février peut consolider un processus de dépassement de la fragmentation qui a frappé le mouvement populaire tout au long de ces années en se reliant au moment de rencontre symbolisé par le 28 janvier, alors que les camarades ont lancé le mot d'ordre « piquets, casseroles, la

On sait qu'une des raisons de la force du bloc de pouvoir a été la division et même la dispersion des secteurs qui s'étaient opposés à sa politique. Cette division ne s'est pas produite qu'au niveau des forces de la gauche, mais elle a représenté un phénomène beaucoup plus large et complexe de fragmentation des revendications (concernant même ceux qui étaient agressés), ce qui amenait à l'isolement de chaque lutte et facilitait la défaite ou l'assimilation par le

Il appartient à la gauche d'accomplir cette tâche proprement historique. Par ce chemin un nouveau rapport s'établira entre la gauche et le sujet social, un rapport fécond d'où peut surgir la nouvelle force politique, de gauche et de masse, capable de réaliser ce dont nous avons tellement

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