Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ARGENTINE

Les quartiers s'organisent

· Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 42 · 749 mots

Par Carlos Ugarte* ans la nuit du 10 et tôt le matin le 11 janvier, la ville de Buenos Aires a continué à résonner du bruit des casseroles. De grosses colonnes d'habitants du quartier, de travailleurs, de chômeurs et de jeunes remplissaient les rues et les boulevards en avançant vers le Congrès et la Plaza de Mayo. A nouveau réapparaissaient des feux au coin des rues et les gens criaient : « Qu'ils s'en aillent tous ! ». Trois jours tard, nous, les 600 habitants du quartier, nous nous sommes réunis au Parque Centenario, pour une assemblée de coordination des assemblées de quartier. Plus de 35 assemblées avaient mandaté leurs représentants avec leurs propres propositions (...) Le jeudi, nouvelle manifestation à Plaza de Mayo avec la participation de nombreux quartiers qui avaient marché longtemps avec leurs drapeaux. Encore une fois il y avait eu dans les quartiers des cacerolazos et d'autres activités. On avait édité des tracts et collé des affiches, installé des tables pour la propagande. Des commissions avaient été formées et des délégations avaient été élues pour la coordination avec d'autres quartiers (...)

Un habitant du quartier de San Cristobal nous disait il y a une semaine : « Nous * Nous traduisons ici de larges extraits d'un article paru dans Alternativa Socialista n° 321 devons multiplier ces assemblées et que des travailleurs du quartier y participent ». Nous devons unifier la lutte des gens du quartier avec la lutte des travailleurs contre ceux qui ne leur paient pas les salaires, ni les indemnités à ceux qui sont licenciés ou suspendus. Nous devons aller contacter les délégués des hôpitaux, de la banque ou de l'usine du quartier (...) Les casseroles nous représentent nous et si nous progressons par cette organisation nous serons plus forts pour faire face à Duhalde et à ses mesures.

(...) Nous ne voulons plus les juges corrompu de la Cour, mais ne voulons pas davantage les députés et les sénateurs qui gagnent des millions et font passer des lois qui frappent le peuple. Nous en avons marre des gouvernements qui mentent et continuent à nous couler. Mais quoi faire pour qu'ils s'en aillent ? Tout d'abord nous devons continuer à lutter et à nous organiser. Pour en finir avec eux, il faut réussir à imposer une Assemblée Constituante libre et souveraine où il nous soit possible de discuter non seulement de ce que nous voulons changer, mais aussi par quoi nous voulons le remplacer. Pour éviter que les banquiers qui ont pris l'argent ne fuient avec cet argent, nous devons confisquer leurs biens. Il faut nationaliser les banques et le commerce extérieur et exproprier toutes les sociétés coupables de fuite de capitaux. (...) Duhalde, de même que De la Rua avant lui, gouvernent pour les banquiers, les grandes entreprises multinationales et le FMI. C'est pourquoi ils ont besoin de la police et des forces de sécurité pour les défendre. De leur part nous ne pouvons nous attendre à rien de bon. C'est pourquoi « contrôler ce gouvernement » ce n'est pas une solution : il faut le changer, il faut un gouvernement de ceux qui n'ont jamais gouverné, un gouvernement de la gauche et des travailleurs (...) Nous savons tous qu'il s'agit d'une lutte longue et difficile et, bien que le gouvernement Duhalde soit un gouvernement faible, nous avons besoins de beaucoup plus que des casseroles. C'est pourquoi l'unité des travailleurs et de leurs organisations est si importante C'est important de continuer à organiser des assemblées et qu'elles soient de plus en plus grandes et démocratiques : que tout soit résolu entre nous et en coordination avec les autres quartiers.

En effet, cette lutte ne va pas se terminer par un autre cacerolazo ou plus. Pour pouvoir récupérer l'argent qu'ils nous ont volé, pour pouvoir payer en pesos et à temps, pour pouvoir manger et avoir du travail, pour que nos fils ne meurent pas ou ne doivent quitter le pays, il faut tout changer, le gouvernement y compris.

« Faisons un cacerolazo unifié ». Lundi dernier, l'assemblée des habitants de Caballito a voté de faire cette proposition à la réunion de coordination du dimanche prochain, 20 janvier. Pour que le même jour et à la même heure résonnent à nouveau les casseroles d'une maison à l'autre et dans chaque quartier. Pour gagner à nouveau la rue, les coins de rue et les places. Pour que toutes les assemblées s'y rendent ensemble.

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