Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ARGENTINE

Le point de vue du Parti Ouvrier (PO)

· Inprecor n° 466-467, janvier-février 2002 · p. 39-40 · 1 849 mots

Argentine et Chili France

Duhalde : un gouvernement de coup d'État de l'Union industrielle et du Trésor nord-américain

Jorge Altamira* a tentative "nationaliste-populiste" de

Rodríguez Saá a fait long feu, s'avérant totalement hypocrite et mensongère. (...) L'échec de l'expérience de Rodríguez Saá disqualifie totalement les Moyano, Daer, D'Elia, la CTA et la CCC (1), qui, lorsqu'ils ne l'ont pas appuyée ouvertement, l'ont fait sous une forme honteuse, pariant sur une prétendue "issue populaire". Moyano a poussé au secrétariat d'État de San Luis le prestigieux avocat du travail, Recalde. cette manière la tendance d'une partie de la gauche, y compris les Madres (2), à revendiquer la démagogie politique de Rodríguez Saá comme étant une conquête des masses elles-mêmes (nous pensons ici au MST) a instillé une dangereuse tendance à la capitulation dans des circonstances révolutionnaires, répétant ce qui s'est passé lors du soulèvement équatorien de 1999, quand la même tendance à conduit à la défaite de la révolution et du mouvement indigène. (...)

Le fiasco de Rodríguez Saá a donné lieu à un coup d'État des gouverneurs péronistes. Le prétexte fut que Rodríguez Saá aurait prétendu ignorer la convocation des électeurs pour le 3 mars. Le résultat final fut la désignation de Duhalde, mandaté précisément non pour ratifier mais pour annuler (!) la convocation des élections et pour durer jusqu'en décembre 2003.

Le processus du coup se divise en deux étapes. D'abord les gouverneurs pro-yanquees, De la Sota et Reutemann ont fait échouer une réunion convoquée par Rodríguez Saá à Chapadmalal, provoquant sa démission. Ensuite Ruckauf a repris l'initiative, en alimentant la critique des prétendues ambitions "continuistes" de Rodríguez Saá. Finalement Ruckauf abandonna sa position en faveur des élections pour imposer Duhalde jusqu'à la fin du mandat de De la Rúa. Avertissant qu'il s'agissait d'un coup d'État, Puerta a refusé de prendre la place du démissionnaire et renonça à la présidence du Sénat.

Le coup d'État du dimanche 30 décembre remplace un gouvernement des

"barons" du péronisme par un gouvernement d'une partie de ces

"barons" en alliance avec l'UCR et le

Frepaso (3). Ni Rodríguez Saá, ni

Duhalde ne peuvent être considérés comme des chefs de gouvernements parlementaires; dans les deux cas l'Assemblée législative agit comme une chambre d'enregistrement des décisions qui sont prises ailleurs.

L'incapacité d'élir un gouvernement responsable devant le Congrès est plus accentuée dans le cas de

De

Duhalde que dans celui de Rodríguez Saá, car Duhalde n'a été désigné que par à peine le fut par plus de 40 %. En acceptant ainsi une décision imposée par une alliance contre nature, l'Assemblée législative s'est dis-

* Jorge Altamira, élu au conseil de la ville de Buenos Aires, est le principal dirigeant du Parti ouvrier (PO), la plus nombreuse de la organisation argentine. PO a rompu au début des années 1970 avec le CORQI

(regroupement dirigé par Pierre Lambert l'OCI française). Nous reproduisons ici de larges extraits de l'éditorial dans paru

Obrera, l'hebdomadaire du PO.

dans la première semaine de janvier 2002.

DOCUMENT

15 % des députés, alors que Rodríguez Saá res. (...)

qualifiée en tant que recours politique futur

1. Il y a trois centrales syndicales en Argentine, deux péronistes et aujourd'hui proches du gouvernement de Duhalde - la

CGT (Centrale générale des tragauche vailleurs) dirigée par Moyano et la CGT dirigée par Daer — et international une plus autonome et plus combative. la CTA (Centrale des traet vailleurs argentins). D'Elia est un des dirigeants du mouve-

Prensa ment des Piqueteros proche de la CTA. Le Courant classiste et combatif (CCC) est proche du

PCR maoïste et joue un rôle

TATI

McDonald'S 71 A à la crise actuelle et sera entrainée dans la dissolution par l'échec du gouvernement de Duhalde.

(...) Duhalde a passé un accord avec l'Alliance et avec le cavallisme (4) et prétend gouverner en coalition avec eux. Mais l'unique raison qui a conduit les radicaux et les frepasistes à accepter cet accord, est qu'il leur évite d'affronter les électeurs en mars et donc leur permet de survivre.

(...) La coalition de Duhalde avec ces perdants loin d'amplifier, réduit au contraire le crédit populaire du nouveau gouvernement. Il débute comme une mafia, et en plein milieu des insurrections populai-

La caractérisation de la crise, que tous, y compris la gauche, attribuent à un "modèimportant dans le mouvement des Piqueteros.

2. Il s'agit des Mères de la Place de Mai.

3. L'Union civique radicale et le

Frepaso constituaient auparavant l'Alliance qui a imposé De la Rúa à la présidence.

4. Du nom de Cavallo, ministre des finances du gouvernement de De la Rúa, responsable direct des mesures qui ont conduit à l'argentinazo.

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le", pour les uns "néolibéral", pour les autres celui de "l'État mafieux", pour d'autres encore celui "de la concentration de la richesse" , est désolante. D'autant qu'ils ont élu ou validé un gouvernement qui accentue cette concentration, qui commence dans les pires exemples de la conspiration mafieuse, qui n'a aucune intention d'affronter les banques impulsant le "modèle néolibéral". Au point que le gouvernement de Duhalde, par sa composition comme par sa politique, représente une alliance du "groupe productif" et du Trésor nord-américain, qui coîncident en faveur de la dévaluation du peso. On a par contre remarqué, ce qui ne devrait pas surprendre, l'absence complète de la caractérisation de cette crise comme expression des contradictions indépassables du capitalisme, qui en Argentine ont atteint un degré explosif, la prédominance de la tendance à sa propre dissolution, comme partie de la plus importante crise capitaliste mondiale depuis les années 1930. (...)

Il est certain que Luis Zamora a dénoncé l'imposture de l'Assemblée législative, car elle ne représente pas le peuple qui s'exprime dans les rues. Mais comme Zamora veut faire une omelette sans casser les oeufs, il n'a pu dire rien de plus. Converti récemment à la démocratie directe, après un passage défectueux par le trotskisme, il a dit quelque chose sur la manière de gouverner (le peuple fait de la politique et les politiciens gèrent), mais rien sur le pas précédent, sur comment prendre le pouvoir, et ceci — ce qui est un comble - alors que les soulèvements populaires se succédent.

La revendication d'une Assemblée constituante a été avancée par divers blocs oppositionnels qui n'en avaient jamais parlé auparavant et même par ceux qui s'étaient exprimés contre cette revendication il y a peu encore (par exemple le Parti communiste dans une récente action de la Gauche unie dans le parc Rivadavia). Mais depuis l'ARI, qui dans l'assemblée de Buenos Aires a fini par voter les pouvoirs spéciaux à Ibarra (!), jusqu'à la Gauche unie et Zamora, qui ne la présentent pas comme un objectif pour que le peuple soulevé fasse disparaître l'actuelle Assemblée législative, cette mise en avant ne fait que révéler la confusion qui règne non seulement dans les rangs officialistes. (...)

Il est clair qu'une sortie populaire de la crise exige en de telles circonstances la nationalisation des banques sans indemnisation et la confiscation des dépôts des capitalistes qui ne payent pas l'impôt et font sortir les capitaux. Cela ne sera qu'un début. Car si les milliards de dollars qui ont été prêtés aux pieuvres ne peuvent être récupérés du fait de la crise industrielle, la nationalisation de la grande industrie sera indispensable pour remettre en marche l'économie. (...) Le processus populaire

Le fait que le peuple de la ville de Buenos Aires soit descendu en masse dans la rue à minuit pour affronter la Cour Suprème témoigne d'une maturité politique exceptionnelle qui, comme on le sait bien, existe maintenant potentiellement dans les masses. Ni les outrages des juges ni les gachettes faciles ne sont pour les Argentins un coup de foudre dans un ciel serein.

Mais dans la foulée la même population de Buenos Aires a pris les rues contre la désignation de Duhalde, et nombreux étaient ceux qui réclamaient des élections générales. Cette revendication - peu importe si

2001 Ur

SU FUERZA DE LUCHA

elle est "correcte" ou "juste" - arrive à point pour montrer comment se déroule la crise et mettre fin aux divagations sur les tendances ou caractéristiques supposément dépolitisées ou anti-politiques des masses. Car là commence la recherche d'une issue politique

Le massacre des trois jeunes à Floresta témoigne que manifestement le peuple ne s'en ira pas dormir sans retrouver les "gachettes faciles" et leur demander des comptes. Les habitants de Floresta ont organisé dans ce but une assemblée populaire et d'autres existent déjà à Almagro et à San Cristobal, réunissant les voisins, les étudiants, les travailleurs et les chômeurs. (...)

Entre le soulèvement populaire du 20 décembre et le 2 janvier, les masses de l'intérieur et celles du Gran Buenos Aires ne se sont pas fait entendre. Cela a pu donner l'impression fausse que seule la classe moyenne de Buenos Aires restait mobilisée, tel un résidu de la rébellion populaire. mais les travailleurs de la ville ont déjà commencé à se mobiliser contre les pouvoirs spéciaux de Ibarra et des mobilisations importantes des chômeurs et des piqueteros ont eu lieu à Cordoba et à Salta. Après la fin de l'année et l'aggravation de la crise le mouvement populaire est redescendu dans la rue dans tout le pays. (...) Mais les directions officielles font tout pour sauver la mise du gouvernement, et il ne s'agit pas de la seule bureaucratie de la CGT. D'Elia et la CCC refusent de convoquer la troisième Assemblée des Piqueteros ; les paritaires de Foetre Buenos Aires ont fini par signer, dans le dos des travailleurs, une baisse de salaires avec Telefónica, en pleine dévaluation et au milieu d'un soulèvement populaire ! (...)

La dévaluation du peso et la poursuite des pénuries remettent à l'ordre du jour la perspective de la grève générale, une question qui doit être au centre de la lutte quotidienne. (...)

Le processus politique a fait rapidement dépérir les partis politiques patronaux et petits-bourgeois. « Assez de radicaux et de péronistes ! » est une expression qu'on entend chaque jour davantage. Le poids politique des partis de gauche, au contraire, attire de plus en plus l'attention populaire. Pour concentrer ce mouvement nous proposons la mise en place d'un Commandement politique de la gauche, en commun avec les organisations des piqueteros et de lutte, de manière à rendre visible pour les masses l'émergence d'une Direction de la rébellion popualire qui se développe. Le programme d'une telle Direction a été exprimé dans les déclarations communes, comme celle du 22 décembre : il y est question d'impulser un gouvernement des travailleurs ou ouvrier et populaire, de réclamer une Assemblée Constituante qui, à partir des soulèvements populaires et des cacerolazos ne peut être convoquée que par les Assemblées populaires et la mobilisation, la lutte et la grève générale des travailleurs. Pour rejeter la dette extérieure, pour la nationalisation sans indemnités des banques et des caisses de retraite (AFJP), pour le contrôle ouvrier, pour la répartition des heures de travail et un salaire minimum équivalent au coût de la vie d'une famille. (...) Nous appelons les partis de la gauche et les organisations des piqueteros à un front unique sous la forme d'une direction politique de la lutte en cours.

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