N vée de ce qui s'est déjà produit au ous assistons à une répétition aggra-
cours de la précédente réunion de l'Assemblée législative. En ayant recours à des moyens différents, le justicialisme usurpe une nouvelle fois le pouvoir pour lequel il n'a pas lutté dans la rue et pour lequel il ne dispose pas de mandat populaire. Il emploie une représentation majoritaire au sein d'institutions rejetées par la population pour faire élire un nouveau président, en attendant que la population lui présente un carton rouge comme elle l'a fait auparavant à De la Rúa.
J'ai écouté avec attention les nouvelles phrases et les mots apparus subitement ici, tels « le consensus », « la concertation », « l'unité nationale «, « le salut national », « ce n'est pas l'heure de mettre des bâtons dans les roues », c'est-à-dire un langage très différent de celui marqué par la volonté « de déblayer », comme a été déblayée la session précéden te. Il ne s'agissait que d'un changement de terminologie. Alors je m'adresse au peuple qui écoute les débats de cette Assemblée législative.
Malheureusement le pays est, comme beaucoup le disent, "en faillite". C'est une phrase qu'il faudrait étudier — ce n'est pas certain — mais il va mal, il est détruit, on nous a tout volé. Si, on nous a volé l'Argentine ; les gouvernements radicaux, justicialistes et militaires ont commencé et puis celui de l'Alliance a terminé le cambriolage ! (...)
Notre Nation a perdu les conditions qui permettent à un pays d'être indépendant. Par la politique du ménémisme, (...) poursuivie depuis sous une forme ou une autre par les gouvernements successifs, notre économie a été bradée à l'étranger.
Comme tant de voix le disent, le pays nécessite un autre modèle économique, car le modèle actuel est épuisé. Mais il a aussi besoin d'un autre régime politique. Pour la première fois l'épuisement économique est lié à l'épuisement politique et social. (...)
L'Argentine s'enfonce parce que ses institutions défendent les intérêts d'une classe dominante et les exigences des États-Unis. Elles le font en s'appropriant les votes de la population, en mentant lors des cam-
DOCUMENT
Discours de Luis Zamora*
(extraits)
pagnes, pour vider nos poches afin d'engraisser les créanciers étrangers et les entreprises qui concentrent la richesse en Argentine. Comment s'étonner alors qu'un gouffre se creuse entre les institutions, la politique et les besoins économiques et sociaux?
L'Argentine a tout de suite besoin d'autre chose. Mes positions sur la nécessité de cesser de payer la dette extérieure pour pouvoir parler de quelque modèle économique que ce soit, sont connues. Au point que lorsqu'on m'interroge dans les médias on commence par me dire : « Vous devez être content, car nombreux sont ceux qui aujourd'hui parlent de renégocier la dette ; même Cavallo le dit ». Et je réponds « Non, c'est une tromperie gigantesque. Ils parlent aujourd'hui de la dette car ils sont en cessation de paiements. Ils doivent mendier des miettes au Fonds Monétaire pour qu'il leur "jette" 1260 millions de dollars pour pouvoir couvrir les créances ». Ils sont en cessation de paiements et veulent parler de la dette.
Car ils veulent répéter ce qu'il font depuis 1982 : sauver les titulaires des bons et non le peuple argentin qu'on oblige à payer au prix de son sang, de son travail, de son salaire, en vendant le peu qui reste du patrimoine national ! Comme les créditeurs étrangers — qu'ils opèrent ici ou ailleurs, ils le font en dollars — ont des créances pourries, alors l'objectif devient de renégocier la dette ! C'est ce qu'a dit O'Neill : il faut renégocier la dette avec le FMI pour pouvoir valo* Nous reproduisons ici de larges extraits du discours prononcé par Luis Zamora, député de Autodeterminacion y Libertad (Autodétermination et Liberté - AyL), le 1 janvier 2002, devant l'Assemblée législative alors que celle-ci s'apprêtait à avaliser Duhalde et son gouvernement. Luis Zamora avait été député du MAS historique (une organisation trotskiste qui comptait alors près de dix mille militants, dirigée par Nahuel Moreno) à la fin des années 1980. Après l'éclatement du MAS historique en 1988-1992 (qui a donné naissance au MAS, au MST et à d'autres organisations plus réduites), il a participé au réseau qui donna naissance à AyL. C'est en tant que candidat soutenu par AyL qu'il est devenu, lors des élections d'octobre dernier, un des deux députés de la gauche à l'Assemblée législative. Tribun très populaire, les sondages lui accordent jusqu'à 20% des voix en cas d'élection présidentielle au suffrage universel.
riser les créances qui, en ce moment, ne valent rien. Ce sont les frais de trop d'ajustement.
Voilà Duhalde aujourd'hui sur les traces de cet homme qui a fait une triste et éphémère apparition [Rodríguez Saá], qui parlait de la suspension du paiement de la dette alors qu'en même temps il versait au FMI et aux créanciers étrangers autour de 400 millions de dollars.
Ce n'est pas de la démagogie que de dire que nous devons suspendre ces payements ; que plus un seul dollar ne sorte d'Argentine et qu'on cesse de prendre des décisions pour obtenir l'appui de Washington - ce que le gouvernement Duhalde étudie en ce moment — pour renégocier la dette.
Quelqu'un a parlé de « chercher un accord ». Vous voulez encore une fois chercher des accords avec un banquier, un créancier, un organisme de crédit ? Quel accord peut-il y avoir lorsque l'un propose une chose, l'autre le contraire et qu'ils arrivent à un accord qui satistasse les deux ? Que l'un impose ! Et avec une autre phraséologie vous voulez répéter la même chose.
En fait il faut nationaliser les banques et le commerce extérieur. Il n'est pas possible de suspendre le paiement de la dette et en même temps laisser s'enfuir les capitaux. Imaginez ce qui arriverait si on prenait des mesures de ce type, si les capitaux se sont enfuis sous un ministre comme Cavallo - qui leur était soumis et servile —, sous un gouvernement comme celui de De la Rúa - soumis et servile, sous le gouvernement de Menen — soumis et servile... Sous le gouvernement soumis et servile de Duhalde les capitaux s'enfuient — durant la décennie 1990 50 milliards de dollars se sont envolés, maintenant c'est 110 ou 115 milliards qui partent ! Il faut donc contrôler les banques et le commerce extérieur, il faut les nationaliser et ne pas se satisfaire d'un contrôle par des fonctionnaires du genre de Dadone, mais laisser ce contrôle aux employés des banques et aux usagers, aux organisations d'usagers.
Maintenant on parle de la démocratie 1. Capitalistes argentins qui figurent sur la liste des 500 hommes les plus riches du monde. 2. YPF est le sigle de l'entreprise pétrolière privatisée, qui a largement profitée des magouilles d'endettement.
directe, de celle qui ne doit pas garder les casseroles ! Il faut profiter des mécanismes de cette démocratie directe pour empêcher que les capitaux ne s'enfuient à l'étranger ! Mais, c'est le contraire qui se passe : Macri réalise une contrebande de pièces pour 100 millions de dollars, faisant comme s'il les fabriquait ici quand il les importe d'ailleurs, passe par la Douane, c'est un contrebandier et, néanmoins, il est considéré comme une des personnes les plus propres et est reçu par le gouvernement.
Alors quels sont les changements annoncés ? Aucun... ! Aucun ! Pérez Companc, Macri, Fortabat (1) ! Nous payons la dette extérieure de Ford ! Un gosse qui meurt de faim en Argentine paye la dette extérieure de Ford avec sa vie ! Des millions
REAPERTURA
ZANON
UTD de travailleurs n'ont pas de travail parce que nous payons la dette extérieure de Shell ! De Shell... une des sept entreprises les plus puissantes au monde ! (...)
Les pots de vin des Caisses de retraite ! Et pour voter la privatisation du Gaz de l'État on a inventé des députés ! Les fameux « dépautruches » - quatre ou cinq employés du bloc qui se sont fait passer pour des députés absents ! L'électricité, les téléphones, tout. Et YPF (2) ! La gigantesque vente de YPF ! Ils ont vendu des actions à 19 pesos sur l'ordre de Wall Street alors que le lendemain elles valaient 20. Avez-vous imaginé combien de retraites ont ainsi été gagnées?
Comment ne pas faire la relation, alors que c'est là que disparut le travail qui manque à des millions d'Argentins ! Un plan de travaux publics; quelque chose de rapide qui réactive l'économie, qui relève toutes les industries liées à la construction. Mais il s'agit de le mettre en œuvre et non de faire de la démagogie.. ! Une fois encore ce qui est essentiel, c'est de changer un régime politique qui est épuisé. (...)
Il me semble que dès maintenant il faut changer le régime politique : raccourcir la durée des mandats et imposer une période de non rééligibilité pour que les politiciens aillent travailler, qu'ils y voient les effets de leurs décisions et que la politique cesse d'être une carrière, que ce soit la population qui fasse de la politique et que les fonctionnaires s'occupent de la gestion, en fonction des mandats reçus. Qu'il y ait un va-et-vient ! Que le mandat populaire soit au centre. Les salaires doivent être en rapport avec cela Les mandats doivent être révocables, car la démocratie c'est élire et aussi révoquer, et non élire et supporter. (...)
Nous pensons que le plus important est que la population conserve le pouvoir qu'elle a récupéré. Il est très rare - en de rares moments historiques et en Argentine jamais encore, si je ne me trompe — que la population retire le pouvoir aux représentants, c'est à dire à ceux qui se considèrent tels. Maintenant ces représentants n'ont plus le pouvoir alors, comme le dit la population, « qu'ils s'en aillent tous et qu'il n'en reste pas un seul ! », qu'ils cessent de se réunir pour usurper ce que le peuple a gagné dans les rues : le pouvoir. (...) C'est la raison pour laquelle nous n'appuierons rien de ce que vous manigancez. Car vous vous opposez au pays pour poursuivre la même politique qui a été rejetée. De plus nous n'avons pas l'intention de légitimer cette Assemblée.
Une petite déclaration en marge, car les forces de la gauche autres que celle à laquelle j'appartiens m'ont proposé de postuler à la présidence. En vérité cela me paraît absurde, c'est une erreur, sans mentionner que je n'ai pas été directement informé, ce qui aurait été le minimum pour le sérieux d'une telle initiative. Mais cela est secondaire. L'essentiel est ailleurs : comment pourrais-je postuler à quelque chose devant une Assemblée législative dont je ne reconnais pas la légitimité ? Ce serait accepter sa légitimation que je refuse. (...)
Alors oui, il faut des élections, mais pour une Assemblée constituante ; et que les Constituants discutent de tout cela, autrement dit, qu'ils débattent du pays que veulent les Argentins et non de ce que veulent les dirigeants que le pays a répudié. (...) •