Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SÉNÉGAL

De l'alternance au besoin d'une alternative

· Inprecor n° 468-469, mars-avril 2002 · p. 41-46 · 5 329 mots

Afrique Syndicalisme

Par Badara Ndiaye* n dominant le pays pendant 40 ans, le socialiste (membre l'Internationale Socialiste) avait consciemment construit un parti-État, innervant l'ensemble du corps social, des délégués de quartier en passant par une domestication du mouvement syndical, sur fond de mise en œuvre des diktats des puissances impérialistes. Le modèle de gestion socialiste a été marqué par l'arrogance des dirigeants du Parti socialiste, la corruption de masse, la répression des opposants et leaders syndicaux radicaux, leur arrestation et emprisonnement et le bâillonnement des libertés.

Ce modèle de développement et de gestion du pays s'est accompagné d'une inégalité croissante entre les villes et les régions et au sein de chacune d'elles, nourrissant l'expression de forces centrifuges dont la plus significative est la lutte de guérilla menée par le Mouvement des Forces de Casamance (MFDC).

Face à cette situation se sont développées des stratégies de résistance sociale, de contestation et de rejet des politiques mises en oeuvre par le Parti socialiste dans le cadre de l'ajustement structurel. Crises politique du Parti socialiste

Tout au long des quarante ans de gestion socialiste, l'opposition (radicale, progressiste et celle travailliste devenue libérale) a individuellement et au sein de cadres unitaires combattu le Parti socialiste en dénonçant les mascarades électorales de 1978 à 1998, y compris l'accaparement des médias et la brutalité de la répression syndicale.

Combinant campagnes de sensibilisation et d'information tant au niveau national qu'international l'opposition a arraché des espaces d'expression codifiés à travers le code électoral, le droit de tenir des réunions publiques sans restriction.

Ces points d'appui ont été utilisés pour saper en profondeur l'autorité politique et

De l'alternance

morale du Parti socialiste miné par des guerres de clans et de positionnement souvent mortelles (morts de militants socialistes suite a des investitures électorales) dans un contexte de confusion entre la gestion de l'État et celle du Parti socialiste

Tous ces problèmes et leurs conséquences se sont réfractés au sein du Parti socialiste, de la base au sommet, entraînant la démission fracassante de maires, députés, conseillers municipaux, régionaux, ruraux, directeurs de sociétés nationales vers d'autres partis et la création de nouveaux partis politiques : l'Alliance des forces de progrès (AFP) dirigée par un ex-Premier Ministre socialiste devenu premier ministre de la transition, l'Union pour le renouveau démo-

J'ACUETE MAIS C'EST A PAYER APRES LE 2F PE/RIEA TOUT DE SUITE SINON cratique (URD) dirigé par l'ancien Ministre de l'intérieur de Diout, le Parti pour le progrès et la citoyenneté (PPC) créé par le maire de la ville de Rufisque, etc.

A ces problèmes, se sont ajoutés d'autres : conflits avec la Mauritanie, la Gambie, la Guinée-Bissau avec comme conséquences un mauvais voisinage entre les peuples avec des risques d'instabilité pour la sous-région ouest-africaine (massacres de populations, tracasseries aux frontières, etc.).

A la veille des élections de Mars 2000, le Parti socialiste était miné par de profonds remous avec une contestation de son premier secrétaire, Ousmane Tanor Dieng, et une rupture de communication entre Abdou Diouf, président de la République et président du Parti socialiste, et le peuple sénégalais.

Ce qui fit de son dernier mandat « un septennat du silence ». S'y ajoute le fait qu'au niveau de l'appareil d'État s'était constituée une série d'écrans pour empêcher Abdou Diouf de savoir ce qui se passait réellement au Sénégal. De ce fait, le président du Parti socialiste et président du Sénégal ne savait rien de son parti et du pays. Il était l'otage de forces occultes formées à partir de l'appareil d'État et de son parti. ... et crises sociales

Au niveau syndical, si la CNTS (Confédération Nationale des Travailleurs du

Sénégal) qui regroupe la majorité numérique des travailleurs est restée affiliée au Parti socialiste par le biais de l'idéologie de la « participation responsable », garantissant à ses dirigeants prébendes et impunité contre toute tentative de remettre en cause les bases sociales du pouvoir, l'existence d'une centrale de combat dirigée par Mademba Sock, l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS), a constitué un instrument puissant dans la résistance sociale au niveau de secteurs stratégiques comme la santé, l'électricité, les postes et télécommunications, l'Education, la Sécurité sociale

Ainsi, l'UNSAS a contribué à un rejet de la « participation responsable » au niveau du mouvement syndical, affaiblissant l'une des principales modalités d'embrigadement des travailleurs par le Parti socialiste. D'autres centrales syndicales (CSA, UDTS, CGTDS etc.) ont aussi contribué à ce processus de recomposition indépendante et de rupture avec la « participation responsable ». Les luttes des fédérations locales de la CNTS y ont également contribué

La réponse du Parti socialiste face à cette * Badara Ndiaye est militant du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (And-Jef/PADS). Cet article reflète son point de vue personnel.

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situation fut articulée autour d'une ouverture institutionnelle et sociale par une cooptation au sein du Conseil Économique et Social de toutes les organisation syndicales de combat y compris la puissante centrale l'UNSAS. Mais aussi avec des propositions de participation aux gouvernements de majorité présidentielle élargie aux forces politiques majoritaires dans le mouvement syndical et également en utilisant la répression (arrestation de dirigeants syndicaux de l'UNSAS, licenciements pour activités syndicales, remise en cause du droit au travail, etc.). « Jeunesse malsaine »

De son côté la jeunesse scolaire et des quartiers populaires, caractérisée par Abdou Diouf de « jeunesse malsaine » lors des insurrections urbaines de 1988, a progressivement pris conscience de la nécessité de sa participation aux luttes de masse, aux batailles politiques y compris durant les campagnes électorales.

L'axe stratégique de ses implications est fondé sur l'interpellation de l'opposition pour unifier la jeunesse et le peuple laborieux et constituer un front pour battre le Parti socialiste et répondre aux aspirations de toutes les couches sociales opprimées.

Depuis 1988, elle s'est démarquée du Parti socialiste en menant d'âpres luttes sur le terrain de l'école et de l'Université et au niveau des quartiers et villages, des luttes contre le chômage et pour le respect des libertés, tout en fustigeant l'attitude des partis électoralistes et les compromissions politiques dangereuses pour le pays (participation à des gouvernements de majorité élargie etc.).

La réponse de Diouf et du Parti socialiste fut la création du Conseil national de la jeunesse (CNJS) dont les relations avec les jeunesses politiques ont été conflictuelles, la tenue des États Généraux de la jeunesse sans résultats ni perspectives, la définition et la mise en oeuvre de politiques d'emplois précaires tels que recommandés par la Banque Mondiale, sans garantie sociale ni revenus salariés réels.

En signant au niveau de l'Education des accords contre-productifs et éloignés des intérêts des populations à travers le Programme d'Appui à l'Enseignement Supérieur (PAES) et le Programme de développement des Ressources Humaines (PDRH), le gouvernement s'est alors engagé dans des rétormes qui ont accéléré la crise de l'Université et de l'école.

Cette stratégie de réponses fut un échec total parce que les problèmes censés être résolus ne l'ont pas été. On a assisté à un approfondissement de la précarisation des corps enseignants, la privatisation des coûts, la stagnation du taux brut de scolarisation autour de 55 %, les niveaux élevés d'échec au niveau de l'école primaire (80 %) et la persistance des grèves et des contestations des choix du Parti socialiste par les élèves, les étudiants, les personnels non enseignants et les parents. La Casamance sacrifiée

Dans l'exécution de ses politiques, le Parti socialiste, parti-État, a accordé une faible priorité aux régions périphériques qui pendant des années ont éprouvé des difficultés à cause de l'absence d'infrastructures de qualité (routes, hôpitaux, centres de formations etc.), des difficultés dans l'accès à la couverture radiophonique, télévisuelle, aux nouvelles technologies d'information et de communication et à leurs applications etc Cette situation a créé des frustrations et entraîné des protestations de masse au niveau des préfectures au Nord (Bakel, Podor, Matam etc.), à l'Est (Tambacouda, Kidira etc.) et au Sud (Kolda, Vélingara, Kédougou etc.).

Le point culminant de la question est la situation qui prévaut en Casamance depuis 20 ans avec des problèmes liés à la gestion des terres suite à la loi sur le domaine national qui s'est traduite par la perte des terres traditionnelles et aux politiques d'ajustement structurel qui ont modifié toute l'économie locale et déstructuré les relations séculaires entre populations locales en vue d'une nouvelle redistribution des forces au profit de populations venues d'autres parties du pays.

Un autre facteur subjectif décisif s'y est greffé : les populations de Casamance avaient à juste titre le sentiment d'être marginalisées par le pouvoir. Séparée par la Gambie du reste du Sénégal, la Casamance qui regorge d'énormes potentialités agricoles et au niveau de son sous-sol n'a pas fait l'objet d'une véritable prise en charge spécifique tournée vers les besoins réels des populations.

Enfin, le contexte géopolitique sousrégional a eu un effet direct sur la dynamique de la lutte du Mouvement démocratique des forces de Casamance (MFDC). C'est un secret de polichinelle aujourd'hui que le général Ansoumana Mané détient le pouvoir réel en Guinée Bissau et couve et protège Salif Sadio, l'un des chefs de fractions au sein du MFDC, dont les forces se sont battues contre Nino Vieyra le chef de l'État Bissau Guinéen entre 1998 et 1999. I| en est de même pour la Gambie qui abrite des membres du MFDC. Une telle situation a créé une instabilité dans le Sud du pays et au niveau des relations avec nos voisins.

La question de la terre a été aussi dans ce contexte source de nombreux conflits locaux entre différentes communautés culturelles malgré le transfert aux unités décentralisées de responsabilités sur l'attribution et la gestion de la question.

Pour répondre aux exigences du capita étranger dans les secteurs de l'industrie, de l'hôtellerie et du tourisme, le parti-État a procédé à des expropriations et à des concessions de terre qui se sont heurtées au régime traditionnel de propriété entraînant leur morcellement et des conflits qui ont déstabilisé l'harmonie de plusieurs zones culturelles. La réforme de l'administration territoriale a été la réponse de Diouf face à cette situation à travers une politique de décentralisation. Ainsi furent créées des mairies d'arrondissement, des communautés rurales, des conseils de ville, avec une redistribution de certaines responsabilités essentiellement dans le domaine social (Éducation, santé,...).

A l'épreuve des faits, la décentralisation n'a été qu'une tentative pour l'État de se conformer aux exigences de la Banque mondiale et du FMI en se déchargeant socialement sur les communautés et un outil de fiscalisation rentorcée ainsi qu'un moyen de satisfaire une clientèle locale. Ainsi, en 1997 les 60 communes du Sénégal avaient une capacité d'investissement négative de 399 millions de francs CFA (1 FCFA = 1 Franc français). Elles ont dépensé plus pour le fonctionnement qu'en investissements Selon une étude du Programme de Développement Municipal réalisée en 1997/1998, un contribuable sénégalais payait en moyenne 5175 FCFA aux collectivités locales au titre des impôts locaux. II recevait en moyenne 421 FCFA sous forme de services et d'investissements. L'énorme gap qui en est découlé traduit des incohérences dans la structure des dépenses L'impôt foncier représente 46 % en moyenne des recettes alors que les taxes municipales (enlèvement des ordures, déversement des égouts etc.) et les produits du domaine (permis de voirie, concessions de domaine public etc.) représentent respectivement 4 % et 20 % des recettes des collectivités locales.

La réforme de l'administration territoriale a entraîné un morcellement de la terre et des conflits qui ont déstabilisé l'harmonie de plusieurs zones culturelles.

La réponse politique en direction de la Casamance fut la division de la Casamance naturelle en deux régions — celles de

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Ziguinchor et de Kolda — et leur militarisation en vue de réprimer le mouvement indépendantiste du MFDC.

En plus, un général fut nommé gouverneur militaire dans cette région avec comme objectif d'appuyer la solution militaire envisagée.

Mais cette option militaire avec un renforcement des cantonnements et des équipements n'a pas atteint ses objectifs et le MFDC est resté une force sociale importante malgré ses divisions entre différentes factions. Les tentatives d'affaiblir le poids de l'Abbé Diamacoune Senghor, leader du MFDC, n'ont pas été concluantes.

Cela a conduit l'État à combiner la répression avec l'instauration de commissions de médiation. Les négociations directes (Accords de Cacheu en Guinée-Bissau en 1991, négociations de Banjul de 1994 à 1998, etc.) ont échoué parce qu'il y avait une pluralité d'interlocuteurs face au MFDC et d'autre part le MFDC lui-même était divisé en plusieurs tendances. Alors que le MFDC parlait d'indépendance de la Casamance, le pouvoir en place rejetait toute idée de partition et mettait l'accent sur le caractère indivisible du Sénégal. Même la politique de réinsertion de 500 maquisards n'a pas eu l'effet escompté c'est-à-dire la fin du conflit. Celui-ci s'est poursuivi avec son cortège de morts et de destructions, montrant l'incapacité totale du Parti socialiste à conduire une politique visant la paix. Résistances sociales

Dans le cadre de ses interventions, l'armée a participé à différentes interventions intégrées aux missions de l'ONU et dans le cadre de la politique belliqueuse de Diouf qui se sont soldées par un échec à travers le non-paiement des primes. Pour la première fois dans l'histoire du Sénégal, une partie de l'armée sort des casernes et occupe la rue, proteste pour être payée. Les soldats de la Minurca exigent leurs primes. La hiérarchie militaire tremble, de même que Diouf. Un dispositif essentiel de la base sociale de Diouf se fissure gravement. La question de l'armée entre dans le domaine public

En plus de ces difficultés, il faut ajouter le combat politique systématique de l'opposition et des forces démocratiques contre les situations de rente, particulièrement les monopoles privés dont celui du sucre. Ce combat a été aussi pris en charge par l'Union Nationale des Commerçants et Industriels Sénégalais (UNACOIS) qui a combattu l'instauration d'une TVA de 20 % et a activement participé à la grève générale de 1994 contre le plan d'urgence exigé par le FMI et la Banque Mondiale. Les tentatives d'instauration d'un partenariat entre l'UNACOIS et l'État à travers des mécanismes de concertation pour son intégration dans le dispositif du Parti socialiste n'ont pas abouti à sa domestication par le pouvoir.

Ces résistances se sont déroulées sur fonds de corruption des dirigeants au pouvoir, de pauvreté, de chômage et de difficultés sociales accrues.

Ainsi, 300 000 personnes vivant à Dakar ne peuvent pas avoir 1 Franc Français par jour pendant 1 mois alors qu'au plan de la santé le taux de mortalité est élevée , soit 510 décès pour 100 000 naissances.

Ce sont tous ces facteurs qui ont nourri les résistances et conduit à la défaite électorale du Parti socialiste aux élections du 19 Mars 2000. Défaite du Parti socialiste

Pendant vingt ans l'opposition toutes tendances confondues a participé aux élections présidentielles, législatives et locales sans jamais avoir réussi à battre le Parti socialiste. Force est de reconnaître que cette situation s'expliquait par la division entre les partis politiques alors que le peuple dans ses différentes manifestations exigeait un front commun pour battre le Parti socialiste.

Ce qui a facilité l'unité des partis est à rechercher d'abord dans le rôle clé joué par And-Jef/PADS qui a contribué à la création de la Coalition Alternance 2000 (CA 2000). En effet, les forces de l'opposition (nationaliste et gauche) avaient pris leurs distances vis-à-vis du PDS qui s'est souvent rapproché du Parti socialiste quand le peuple voulait la chute de ce dernier (participation à une table ronde en 1988 alors que les insurrections urbaines menées par les CRP, Comités de résistance populaire posaient le départ de Diouf et l'urgence d'une alternative, participation aux gouvernements de majorité élargle).

Fort de sa crédibilité politique qui a découlé de son intransigeance vis-à-vis du Parti socialiste, de son refus de participer à toute forme de gouvernement et de son ancrage combatif autour du « Folli » qui signifie en langue Wolof « destitution », le PADS a réussi à créer autour d'un Programme de transition une alliance électorale pour battre le Parti socialiste.

Un autre facteur tout aussi important a été la création du Front pour la Transparence des Elections (FRTE) regroupant tous les partis d'opposition pour des élections transparentes et la résistance aux fraudes électorales du Parti socialiste. Enfin, un autre cadre politique regroupant d'autres forces de l'opposition s'est créé autour de l'ancien premier ministre du Parti socialiste, Moustapha Niasse, et a participé activement au rassemblement des forces politiques de l'opposition. Cette alliance des principales forces de la gauche (And-Jef/PADS,

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Ligue démocratique /Mouvement pour le Parti du travail et Parti pour l'indépendance et le travail) et des libéraux du PDS (Parti Démocratique Sénégalais) au sein de la CA 2000 était justifiée au regard de la situation politique et sociale et des objectifs exprimés à travers le programme de la CA 2000.

En effet, pendant la colonisation le Sénégal à été un des plus puissants berceaux de la résistance politique et syndicale en Afrique comme en témoignent les violentes manifestations contre le Général De Gaulle en visite à Dakar en 1958 dans le cadre du référendum sur l'indépendance, les grèves de l'Union Générale des Travailleurs d'Afrique Noire (UGETAN) qui ont abouti au premier Code du Travail dont les acquis sont en train d'être remis en cause par la Banque Mondiale. Force est de reconnaître qu'après l'indépendance, c'est l'Union progressiste Sénégalaise (UPS) devenue Parti socialiste qui a engrangé tous ces acquis en les intégrant dans une perspective de soumission à la domination impérialiste de la France.

Dans la conscience des masses sénégalaises, il fallait une expérience de rupture victorieuse pour que ces acquis ne soient pas

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définitivement perdus. Or un peuple qui reste aussi longtemps dominé, écrasé, mutilé dans sa dignité a besoin de ce type d'expériences de ruptures.

De plus, le programme de la CA 2000 était un appel à une véritable révolution démocratique à travers ses objectifs principaux : Mise sur pied d'un gouvernement de transition ; Démantèlement du parti-État du Parti socialiste en vue de créer des espaces élargis et consolidés de libertés favorables à des actions citoyennes et politiques plus radicales ; Lutte contre la corruption ; Dissolution de l'Assemblée Nationale ; Adoption d'une nouvelle Constitution favorable à la démocratie ; Abandon des choix politiques, économiques et sociaux mis en oeuvre par le Parti socialiste au profit d'une réponse aux besoins fondamentaux des populations ; Révision des accords qui nous lient avec la France

Ce programme démocratique qui concentrait les exigences du peuple justifiait le choix tactique d'alliance d'avec les libéraux, d'autant plus que le projet du front/pôle de gauche lancé par le PADS n'a pas trouvé un écho favorable. C'est sur cette base et dans ces conditions que le candidat Wade du PDS a gagné au second tour avec e soutien de la majorité des partis d'opposition (avec 60 % des voix contre 40 % au Parti socialiste) et qu'il a constitué un « gouvernement de transition ». La gauche et le « gouvernement de transition »

Le programme de transition prévoyait des mesures d'urgence concernant les réformes institutionnelles, l'audit des sociétés d'Etat gérées par l'ancienne équipe socialiste, l'élargissement des libertés etc.

La gauche aurait pu ne pas participer au gouvernement mais il aurait été incompréhensible pour le peuple qu'après avoir lutté avec ardeur pendant 40 ans et après avoir payé un lourd tribut humain pour la défaite de Diouf, pour des libertés élargies, contre la corruption, pour la réparation des injustices, la gauche ne participe pas au niveau institutionnel au parachèvement de la lutte qui a commencé sur le terrain électoral. 1. L'étudiant Balla Gave a trouvé la mort alors que les étudiants et élèves se battaient pour des bourses, de meilleures conditions d'études et de travail. Depuis, malgré les conclusions en expertise balistique, aucune information officielle n'a été fournie sur l'identité du coupable. Pire, les étudiants parlent de la corruption des dirigeants qui avaient mené la lutte à l'époque dont beaucoup auraient bénéficié de bourses d'études en Occident...

Pour And-JEF/PADS, la participation au gouvernement de transition devait signifier la poursuite du combat à la fois au niveau social et institutionnel pour une hégémonie politique sur les masses urbaines et rurales. Ainsi, le gouvernement ne devait pas être un espace de consensus autour d'axes différents de ceux définis dans le programme de transition et sa dynamique. De plus, la participation ne devait pas signifier de brider le mouvement syndical et les autres instruments sociaux de combats. Elle devait signifier aussi autonomie dans la formulation et l'expression des parties prenantes.

A mon avis, cette vision pouvait justifier et expliquer la présence de la gauche dans le gouvernement de transition. La dynamique ouverte issue du « grand soir du 19 mars 2000 » voulu et construit par des millions de Sénégalais ne devait être laissée à aucun secteur du pouvoir. Les masses urbaines et rurales n'ont pas voté pour Wade mais contre Diouf. C'était une sanction à l'encontre du régime du Parti socialiste. Les nouveaux rapports de force devaient être construits en prenant appui sur l'appareil d'État. L'implication de la gauche au niveau gouvernemental était conçue comme un moyen d'accumulation de forces en vue d'une structuration politique et sociale plus systématique. Les illusions perdues de l'alternance

Le Président de la République a pris ses fonctions sur la base de l'ancienne Constitution, qui avait fait de Diouf un quasi-monarque. Jusqu'au 7 janvier 2001 cette Constitution, qui stipule que le président de la république définit la politique de la nation, fut en vigueur. D'autre part, Wade n'a pas dissout immédiatement l'Assemblée Nationale à majorité socialiste et il a nommé Premier Ministre de la transition Moustapha Niasse, de l'Alliance des Forces et progrès (AFP), un parti qui représente 18 % de l'électorat et qui n'avait pas fait partie de la Coalition Alternance 2000

Dans ce contexte d'imbroglio politico-institutionnel, on a assisté à des reniements, au larbinisme, à la transhumance politique et à des calculs politiciens. Ainsi d'anciens responsables socialistes, connus pour leur mauvaise gestion, soumis à des audits et/ou aux contrôles financiers, sont devenus du jour au lendemain militants du PDS et ont été récompensés en accédant à des hautes fonctions politiques. Des voix se sont élevées pour dénoncer ce qui ressemble à des certificats d'impunité pour ces gens là

Pour mieux comprendre cette ouverture aux anciens socialistes, il faut signaler que suite aux crises que le PDS a connues et à la progression des autres forces politiques, il aurait suffit d'une recomposition des alliances pour inverser le rapport des forces au niveau gouvernemental et au sein de l'assemblée nationale. Ces nouveaux militants ont rejoint le PDS en y amenant leur clientèle, manière de renforcer le parti de Wade tout en le corrompant.

La transition n'a pas signifié la fin des luttes sociales. Au contraire, elles ont pris une certaine ampleur : volontaires, vacataires de l'Education, grève des élèves des lycées du Sénégal etc.

Mais la transition c'est aussi la répression, au nom de la raison d'Etat en Casamance, devenue zone de haute sensibilité. Deux journalistes ont été arrêtés pour « atteinte aux efforts de paix ». Amath Dansokho, Secrétaire général du PIT a été exclu du gouvernement pour avoir exigé le respect des engagements pris dans le cadre de la transition.

A mon avis And-Jef/PADS aurait dû quitter le gouvernement après la mort non encore élucidée de l'étudiant Balla Gaye (1), membre de AJ/PADS suite à une lutte estudiantine de grande envergure contre l'ajustement structurel dans le secteur de l'éducation. Ses ministres auraient dû démissionner face au non-respect par le gouvernement des engagements pris par la CA 2000

Enfin, la gauche n'a pas sa place dans un gouvernement libéral. Aucun raccourci, aucune urgence ne peuvent justifier cette

Un ministre très à l'aise

Extraits d'une interview de Mamadou Diop Decroix, Ministre et Secrétaire général adjoint du AJ/PADS, deuxième personnalité du parti qui a déclaré au quotidien d'informations générales L'Actuel ce qui suit : Question du journaliste Jean Pierre Mané : « M. le Ministre, depuis l'alternance, vous êtes dans un gouvernement dont le fondement repose sur le libéralisme. Comment vous y sentez-vous?» Réponse de Mamadou Diop Decroix : « Cette question m'a été récemment posée par un de vos confrères. Et pour reprendre ma réponse, je vous dis clairement que nous ne pouvons pas ne pas être à l'aise dans ce gouvernement, car nous y sommes en tant que partie prenante de l'alternance et nous y sommes également et surtout pour travailler à la réalisation des attentes et des espoirs des Sénégalais. Par conséquent, croyez-moi, nous sommes tres à l'aise dans ce gouvernement ».

L'Actuel n° 83 du 10 Janvier 2002

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position politique désastreuse. « L'entrisme gouvernemental » conduit à une institutionnalisation politique qui l'éloigne des préoccupations du peuple des villes et des campagnes au profit d'une option « classe politique » qui se traduit par des combinaisons politiciennes sans principes ni dignité.

C'est cette situation qui a semé le doute dans l'esprit de plusieurs militants et militantes radicaux du PADS qui, désorientés, ont soit quitté le parti, soit déserté les structures et instances d'un parti qui a été une extraordinaire force de référence des militants de gauche sénégalais et africains. Une République de Wade ?

Le danger de plus en plus évident est que le parti-État libéral — la République de Wade - remplace le parti-État socialiste défait. Déjà l'appartenance au parti au pouvoir semble être une condition pour accéder à certaines responsabilités. Une telle mutation ne peut se produire sous une forme achevée sans un double mouvement : une social-démocratisation des principales forces politiques de la gauche (particulièrement And-Jef/PADS) et une domestication du mouvement syndical. La seconde sera beaucoup plus difficile, à moins d'embraser socialement le pays. Un risque que les libéraux ne semblent pas prêts à courir pour le moment.

La première est en cours sous une forme inachevée. Le processus de social-démocratisation en cours de certaines forces politiques de la gauche (dont And-Jef/PADS) découle de reniements, d'abandons et a des racines sociales profondes. Au sein du PADS le débat sur l'adhésion à l'Internationale Socialiste, qui a eu lieu au congrès de février 1998, s'est déroulé en terme d'identité et le rejet de ce projet est aussi significatif de l'existence au sein du parti d'un courant radical qui anime les luttes de masse. Des capacités de ce courant à mener le combat contre l'adaptation du parti aux exigences libérales dépendra le profil politique de And-Jef/PADS : social-démocrate ou radical révolutionnaire.

Pour l'avenir démocratique du Sénégal et des luttes dans la sous-région ouest-africaine, le parachèvement de la social-démocratisation du PADS constituerait un recul grave et la fin des immenses espoirs suscités sur le continent africain par cette unification des forces de la gauche radicale, entamée dès 1991.

Conformément aux engagements pris le Sénat et l'Assemblée Nationale dominés par les socialistes avant le 19 mars 2000, ont finalement été dissous. Considérés comme des gouffres financiers et des structures complètement soumises au PS, ils ont été rejetés par l'opinion en tant que des caisses d'enregistrement du PS et aussi institutions pour caser une clientèle pour « bons et loyaux services ». Un autre fait marquant au plan des engagements fut l'abrogation de l'ancienne Constitution au profit d'une nouvelle.

Le rétérendum constitutionnel du 7 janvier 2001, au lieu d'être une convocation autour d'une vision de rupture, s'est trans... M.JE MINISTRE HARGE DES AFFAIRES ET SERVICES PRESIDENTIELS N'A PAS FINI DE LE RETAPER...JE VOUS DONNE , IL EST A VOUS! formé en un véritable plébiscite de Wade et des libéraux. L'alliance entre les principales forces politiques au pouvoir et d'autres forces de l'opposition a permis d'avoir plus de 95 % de « oui » et 5 % de « non ».

A la lecture, la nouvelle Constitution comporte des avancées en ce qui concerne l'interdiction des pratiques dégradantes comme l'excision des femmes et le mariage forcé. En outre le droit de propriété de la terre pour les femmes a été constitutionnalisé et reconnu (art.15). Mais d'autre part, la nouvelle Constitution reproduit le présidentialisme quasi-monarchiste de la précédente. Qu'on en juge : — Le Président de la République peut diriger un parti politique. Or l'un des instruments du parti-État-socialiste était la confusion entre le parti et l'État qui était source d'absence de démocratie et surtout un moyen de redistribuer les ressources publiques aux diverses clientèles. C'était un moyen aussi d'accorder la primauté du parti au pouvoir sur les autres avec comme conséquences la nomination à des postes de responsabilité de militants et militantes du parti dominant. — Le Président de la République définit la politique de la Nation (article 42). Or, le Premier Ministre présente sa politique générale devant l'Assemblée Nationale (article 55). Cette dualité cache en fait la soumission du législatif à la présidence de la République - Il est le gardien de la Constitution (article 42) et chef suprême des forces armées (article 45). — Il peut prononcer par décret la dissolution du parlement après deux années d'exercice (art.87) c'est-à-dire qu'il a le pouvoir de défaire des majorités qui ne lui sont pas favorables —Il nomme les magistrats alors que le pouvoir judiciaire est sensé être indépendant du législatif et de l'exécutif (art.88).

Plus grave encore, les restrictions apportées au droit de grève constituent des menaces sérieuses pour les libertés et le mouvement syndical. En effet, l'article 25 stipule que, si le droit de grève est reconnu, « il ne peut en aucun cas porter atteinte à la liberté de travail ni mettre l'entreprise en péril ». Cette disposition est grosse de risques et constitue une concession au patronat et aux institutions financières internationales de plus en plus exigeantes en matière de démantèlement des acquis sociaux.

Comme on peut le voir, les dispositions adoptées reflètent une concentration de pouvoirs énormes entre les mains du président de la République et des leviers stratégiques pour la restauration du parti-État. Processus conflictuel de restauration

Parce qu'elle suppose la mise à l'écart de forces politiques susceptibles de faire contrepoids à ses velléités d'hégémonie et à la domestication du mouvement syndical, la restauration du parti-État est un processus qui ne peut être que conflictuel. Ainsi, après l'éviction du PIT du gouvernement, les libéraux ont poursuivi le « nettoyage » en faisant démissionner Moustapha Niasse (AFP) du poste du Premier ministre.

Le processus de restauration a égale ment une dimension de réformes institutionnelles. En confiant des projets juteux ainsi que plusieurs agences à la présidence de la

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République et aux Hautes Autorités (confiés à des militantes et militants libéraux contrairement aux engagements de la Coalition Alternance 2000), le pouvoir libéral s'est orienté systématiquement vers une main mise quasi absolue de tous les principaux leviers de l'Etat, de la Fonction publique centrale et locale. En rattachant l'Inspection Générale de l'État (qui est chargée du contrôle des entreprises publiques et parapubliques) au Cabinet du Président de la République, au lieu d'en faire une structure indépendante de lutte contre la corruption, l'objectif de procéder à un audit indépendant de l'ancienne gestion socialiste est réduit à un instrument de pression sur les « présumés coupables » pour les obliger à rejoindre le pouvoir en échange d'une impunité (ce qui est déjà le cas de plusieurs anciens responsables socialistes).

Après avoir emporté (avec 49 % des voix) les législatives d'Avril 2001 (qui ont consacré le recul de AJ/PADS qui se retrouve avec deux députés contre quatre en 1996), le PDS s'est attaqué à la centrale syndicale CNTS en vue de se doter d'une base sociale. Le Congrès de cette centrale syndicale a été reporté à deux reprises en raison des tentatives de la section des industries du pétrole (soutenue par le PDS) de vouloir s'emparer du syndicat. Cette défaite de l'aile libérale constitue un signal fort en ce qui concerne les résistances au processus de restauration en cours et à l'existence d'un potentiel de contestation des dérives liberticides.

La capacité de résistance et d'offensive a été nette lorsque le pouvoir a adopté une TVA de 18 % conformément aux critères de convergence de l'Union Économique Monétaire Ouest Africaine. Un front de toutes les centrales syndicales a contraint le gouvernement, entres autres, a augmenter les salaires de 5 a 10 %. Certes les salariés ne représentent que 5 % de la population et il aurait été plus juste de baisser la fiscalité

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