Entretie * Parle-nous de la situation des femmes sénégalaises... — Dans mon pays, elles souffrent beaucoup de l'analphabétisme, de la surexploitation de leur force de travail dans les entreprises et de préjugés culturels tenaces. Elles représentent 52 % de la population totale du pays mais sont exclues du système formel de l'emploi ou elles représentent moins de 10 %. Par contre elles sont majoritaires dans le secteur non formel (petit commerce, vendeuse au détail dans les marché etc....) avec des revenus quotidiens moyens qui tournent autour de 20 FF. Certes, il y a des femmes qui sont impliquées dans le commerce de demi-gros. Mais elles y sont très peu nombreuses. Elles occupent aussi les emplois précaires dans les industries alimentaires et celles de la pêche ou elles sont des journalières et des contractuelles sans protection sociale ni garantie contre les patrons. * Est-ce que cela veut dire qu'il y a des mouvements féministes qui se battent contre cette situation ? Et les partis de gauche comme le PADS, comment abordent-ils la question ? - Au début des années 1970, on avait au Sénégal des féministes radicales qui ont su ouvrir la voie aux combats actuels, dont Marie Angélique Savané. Aujourd'hui le féminisme s'apparente beaucoup plus au * Bamby Sumarée est une militante de And-Jef /PADS. Membre de sa direction nationale, elle est active dans les associations féminines où elle joue un rôle de premier plan tant au niveau national qu'au niveau local.
emme au Sé
en avec Bamby Sur
respect de la dignité des femmes, à une émancipation sociale, politique et économique en s'enracinant dans leurs valeurs culturelles positives. La bataille pour la dignité est un enjeu de société. Ainsi, l'expression des femmes se fait dans des organisations, associations et groupements pour renforcer la solidarité entre elles et avec les hommes. Il faut dire que le discours n'est pas directement celui d'une rupture avec le capitalisme, mais à terme, l'exigence d'une égalisation de chance entre hommes et femmes va se heurter à certaines structures avec une dynamique de contestation radicale des rigidités sociales et culturelles. Les femmes revendiquent aussi leur téminité et leur droit à une meilleure santé car le taux de mortalité est de 510 pour 100 000 accouchements. Enfin, il est important de citer le rôle joué par les ONG et certains projets d'alphabétisation en langues nationales. Quant à And-Jef/PADS, il est ouvertement féministe et prône la parité dans l'égalité. Pour preuve, And-Jef/PADS avait une femme comme directrice de campagne pour les législatives en avril 2001. * Cela veut il dire que les partis politiques accordent une place importante aux femmes? — Non. Tant le PS que d'autres partis relèguent les femmes au rang d'électrices chargées d'applaudir. Même si c'est une femme qui est aujourd'hui Premier Ministre du gouvernement, pour la première fois de notre histoire... Il faut cependant noter que dans les partis, les femmes occupent des fonctions de trésorière ou de chargées des quesnégal narée* tions sociales ou de l'animation culturelle Ce sont donc des postes subalternes. Beaucoup reste à taire, surtout en terme de formation politique. * Les femmes sont-elles syndiquées ? - Dans leur écrasante majorité, elles sont dans le secteur informel et occupent des emplois très précaires. Cette structure économique diminue les possibilités de syndicalisation. Mais c'est dans les industries alimentaires et les syndicats enseignants qu'il y a eu une syndicalisation de masse. D'autres secteurs ont vu une forte participation des femmes aussi bien au niveau des directions que dans la vie syndicale : la santé, les postes et télécommunications. Même si aucune femme ne dirige une centrale des travailleurs, on a noté que la question genre est devenue une préoccupation grâce aux ONG et associations féminines et aux femmes des syndicats. Il y a un progrès mais il faudra encore beaucoup d'efforts. * Est-ce qu'on peut dire qu' il y a des violences contre les femmes ? —Oui, beaucoup. Je suis membre d'une association, le Comité de Lutte Contre les Violences Faites aux Femmes qui travaille pour que cessent ces pratiques. Il y en a dans les ménages, les entreprises et services en ville comme en milieu rural. On a constaté que ces violences ont augmenté avec la pauvreté, les licenciements de travailleurs et surtout les frustrations des populations. Les mutilations génitales féminines aussi existent mais elles sont interdites par la nouvelle
sur les prix des denrées de première nécessité (riz, huile, sucre, eau, électricité etc.). Mais dans un contexte d'ajustement structurel il s'agit d'une victoire de taille. Deux ans après l'alternance
En politisant la gestion de la SENELEC (Société Nationale d'Electricité) sur fond de mauvaise gestion décriée par les syndicalistes, les socialistes avaient hypothéqué toute possibilité de renouveler et rendre plus performant le parc de production électrique. II en a découlé une multiplication des délestages et des coupures de courant. La Banque
Régime militaire Constitution de janvier 2001 et très fortement combattues avec l'action des ONG, des associations de femmes etc. Il y a aussi des groupements féminins qui se battent contre toutes formes de violences à travers les campagnes de sensibilisation et la formation. * Ton parti, And-Jef/PADS, a voté la nouvelle Constitution. Est-ce qu'elle a amélioré les droits des femmes ? —Pour ce qui est des droits des femmes en particulier, il y a des décisions positives : auparavant, les femmes qui fournissent 70 % de la production agricole n'avaient pas le droit de posséder la terre. Dans la pratique, il y a des ethnies ou les femmes pouvalent avoir leurs champs et leurs terres. Mais ce progrès est relatif car il est opposé aux traditions dans plusieurs zones. Même si le mariage forcé est interdit par la Constitution, on peut remarquer que l'existence d'un régime présidentialiste qui détient tous les pouvoirs risque de réduire tous ces acquis. Parce que les progrès en matière de droits de la femme ne sont réels qu'avec un approfondissement de la démocratie, des libertés et une citoyenneté indé-
Mondiale et le FMI ont alors exigé la privatisation de la SENELEC. Entamée avec le régime socialiste, la privatisation s'est pour le moment soldée par un échec des négociations avec les repreneurs.
Tout d'abord le gouvernement de l'alternance a rompu le contrat avec le consortium franco-canadien Hydro-Québec Héliot, arguant que les intérêts nationaux n'étaient pas respectés. Cette rupture à l'amiable, intervenue après signature du contrat par les socialistes avant le 19 Mars 2000, aurait convaincu les potentiels repreneurs sur l'instabilité des positions du pouvoir sur cette question et rendu difficiles les autres négoDémocratie pendante. * Comment les femmes sénégalaises ont-elles vécu le Forum Social Mondial ? — Il faut souligner que les femmes de notre pays ont commencé à avoir un esprit ouvert sur le monde. Plus de 25 000 femmes se sont réunies au centre du pays (à Kaffrine) pour préparer la Marche Mondiale de New York. Elles se sont rendu compte que le monde était un véritable petit village qu'elles partageaient des problèmes similaires avec les autres femmes du monde. C'était un moment de solidarité internationaliste comme à Porto Alegre. Je n'y étais pas . Mais des femmes du Sénégal et d'Afrique y ont été et nous ont raconté tout ce qui s'est passé, particulièrement les alternatives à la mondialisation libérale. Porto Alegre n'est plus loin de nous. Dans quelques mois ou quelques années, il faudra 50, 100, 200 Porto Alegre dans le monde entier pour une autre mondialisation où la dignité des femmes soit totalement respectée.
Dakar, 19 février 2002 Propos recueillis par Badara Ndiaye ciations. Le groupe Vivendi de son côté proposait de racheter la Société au modique prix total de 65 milliards FCFA, payable avec une avance et un reliquat versé par tranches mensuelles générées par l'exploitation Autrement dit, la société se réserverait le droit d'accroître les coûts de l'électricité pour payer le reliquat dû a l'Etat. Ce sont les populations sénégalaises qui auraient alors payé le restant dû par le repreneur à l'Etat. La rupture s'est faite lorsque le groupe Vivendi s'est rendu compte que le gouvernement ne serait pas en mesure de libéraliser le prix de l'électricité.... La dernière des ruptures a eu lieu avec l'américain AES, touché par le scandale Enron et confronté à un problème de capacités financières. En une semaine le cours de l'action AES est tombé de 12 dollars US à 4.75 dollars, et son besoin de liquidités le pousse aujourd'hui à vendre ses actifs à l'étranger. L'Etat n'en continue pas moins à vouloir vendre coûte que coûte la SENELEC alors que les offres financières et sociales des repreneurs sont inacceptables.
Sur injonction de la Banque Mondiale, la commercialisation de l'arachide, qui est la principale activité en milieu rural, a été privatisée avec la dissolution de la SONAGRAINE, responsable de la commercialisation des graines. Des opérateurs privés, censés acheter les récoltes sur les 1000 points de vente définis, ont pris place. Ces opérateurs ont abandonné les points de vente officiels au profit de marchés secondaires où le prix de vente est de 65 FCFA le kilo contre 120 FCFA au taux officiel. Cela a entraîné une situation dramatique avec de nombreuses zones de mévente et une misère accrue en milieu rural. La multiplication des protestations des paysans ont conduit plusieurs acteurs du monde rural à conclure que la libéralisation de l'agriculture tue le paysan. Plus grave encore, cette situation constitue aussi un risque de déstabilisation pour les industries agricoles qui jouent un rôle important dans la redistribution des revenus de l'agriculture
Au niveau du secteur éducatif, la situation est marquée par un conflit ouvert. A la place d'enseignants formés et recrutés dans la Fonction Publique, le gouvernement a poursuivi la politique de précarisation des corps enseignants au profit de contractuels, de vacataires, de volontaires, en violation du Code du Travail et des conventions internationales de l'OIT, particulièrement la recommandation OIT/UNESCO de 1966 sur le personnel enseignant. Même le Plan Décennal de l'Education et de la Formation (PDEF) qui s'insère dans le cadre de l'Initiative Spéciale des Nations Unies pour l'Afrique censée corriger les errements du passé confirme ces choix que rejettent les enseignants et les
étudiants à travers des grèves sur l'ensemble du territoire national pour de meilleures conditions de travail et d'études .
L'intégrisme libéral selon lequel le public est toujours mal géré est inadmissible. Selon l'économiste camerounais Bernard Founou, la transparence est plus facile dans le secteur public que dans le privé En effet, au niveau du secteur privé, ceux qui détiennent les avoirs manipulent les structures à leur guise. Un service public de qualité est tout à fait possible.
Dans un tel contexte social ou le chômage augmente sans cesse, le mouvement syndical traverse une phase particulière de son histoire. La ScIssIon de la CNTS (Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal) en deux entités (CNTS et CNTS-FC dirigée par les libéraux) a connu une très vive tension avec l'incendie de la Bourse du Travail par des éléments qui auraient été dirigés par la tendance CNTS-FC.
L'autre tendance, dirigée par les socialistes, pratique l'unité d'action avec la CSA et se dirige vers une controntation sociale. Selon le patronat 40 % des emplois ont été perdus en vingt ans, c'est-a-dire pendant toute la période de l'ajustement structurel Déjà différents secteurs sont entrés en lutte et se sont confrontés aux forces de police. La Première ministre n'a pas hésité à menacer les travailleurs qui « troublent l'ordre public » (services de gardiennage, travailleurs municipaux, élèves, étudiants, enseignants, secteurs du transport, secteurs des postes, des banques et établissements financiers etc.). Il s'agit d'un front contre le projet de charte sociale du gouvernement qui n'est rien d'autre qu'un moyen d'institutionnaliser les syndicats en les insérant dans des dispositifs de participation responsable. C'est aussi le début de la fin de l'état de grâce du gouvernement et de Wade. Élections du 12 mai 2002
La dernière phase du processus de restauration est sous-jacente aux prochaines élections locales du 12 mai 2002. Pour consolider son pouvoir, le PDS a nécessairement besoin d'être majoritaire au niveau de ces élections
Tout d'abord le pouvoir libéral a pris la décision de dissoudre les collectivités locales mises en place par Diouf. C'était une exigence de la Coalition Alternance 2000, même si le processus s'est fait tardivement. Ces collectivités étaient dans leur écrasante majorité sous contrôle socialiste et n'avaient joué aucun rôle social positif. Le PADS de son côté avait 500 conseillers municipaux, régionaux et ruraux. Mais la dissolution des structures décentralisées a permis l'instauration de « délégations spéciales » dont la composition a fait l'objet de plusieurs contestations parce qu'en plusieurs endroits des militants libéraux y ont été nommés par le pouvoir.
Ensuite, le PDS s'est opposé à la création de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) qui était une revendication commune de toutes les forces d'oppositions d'avant mars 2000 pour que des élections libres et démocratiques soient organisées au Sénégal. Mais il importe de noter qu'en conduisant ce processus le PDS s'est trouvé miné par des guerres de tendances très souvent violentes jusque et y compris au niveau du campus universitaire. Cette situation entre en contradiction avec le projet de se doter d'une base sociale sta-
Le PDS doit faire face à une situation complexe : les 21 partis membres du gouvernement et/ou qui le soutiennent se sont réunis dans un cadre unitaire appelé CAP 21 et ont décidé de faire une liste commune face au bloc des forces de l'opposition réunies au sein de la CPC (Coordination des partis de l'opposition) qui a décidé de faire aussi liste commune
Or justement, les partis de gauche membres du gouvernement que sont AJ/PADS et la LD/MPT viennent de tenir une conférence de presse commune pour dénoncer le fait que le PDS veuille accaparer toutes les positions stratégiques sur les listes électorales.
Avec en toile de fond des menaces de quitter le gouvernement. Si certains secteurs durs du PDS souhaitent ce départ pour laisser des places qui seront offertes à la clientèle politique libérale, les stratèges libéraux sont prêts à des concessions de nature à sauver cette alliance, qui donne au gouvernement une stabilité sociale réelle
Car, s'il est vrai que le poids électoral de ces deux partis est plus faible par rapport au PDS ou à l'AFP ou même au PS, ils ont une présence très forte dans le mouvement syndical autonome dont la combativité peut remettre en cause la restauration. Cela d'autant plus que le
PDS n'a aucune présence politique significative dans le mouvement syndical. C'est un paramètre important au moment où le prix de l'électricité vient d'augmenter de
10 % et alors que le monde rural traverse une situation de détresse suite à la campagne arachidière désastreuse.
Déjà les militants de base des deux partis que sont
AJ/PADS et la
LD/MPT ont dans plusieurs communes pris la décision d'aller seuls aux élections sur leurs propres listes sans le PDS
Céderont-ils aux éventuelles pressions des
États-majors ? Ces derniers vont ils trouver des compromis vers un deal renforcé ou aller à la rupture ? Ce qui est certain, c'est que les élections législatives du 12 mai 2002 auront un effet sur la configuration du gouvernement, les alliances politiques, l'attitude des organisations syndicales, les rapports de force entre partis politiques au niveau du gouvernement et joueront un rôle important dans la recomposition des forces politiques.
Dakar, 20 mars 2002