Assemblée des Piqueteros :
un pouvoir ouvrier et populaire
De notre envoyé spécial Ernesto Herrera* es 16 et 17 février, le Bloc National des
- Piqueteros (1) s'est réuni à Buenos Aires. Ce bloc est constitué par : le Mouvement indépendant des retraités et pensionnés (MIJP) que dirige Raúl Castells (actuellement emprisonne), le Mouvement Teresa Rodriguez (MTR), la Coordination Anibal Veron, le Mouvement des Sans-travail (MST), le Mouvement Terre et libération (MTL), le Pôle ouvrier (PO), le Front des travailleurs combatifs (FTC) et d'autres associations de piqueteros.
La rencontre, convoquée comme Assemblée nationale des travailleurs, a débuté le samedi 16 février par une manifestation à la Plaza de Mayo Contrairement aux assemblées antérieures, cette fois-ci il n'y avait pas uniquement des chômeurs, mais également des délégués syndicaux, des travailleurs en conflit, des militants de quartier, des groupes de temmes, de jeunes, le mouvement des handicapés, des assemblés de voisins et forums de quartiers. Les partis de gauche sont apparus avec leurs militants, leur presse, leurs mots d'ordre. De même des milliers de personnes arrivées en autobus, en camions ou carrément à pied, des dizaines d'orateurs de différentes organisations de tout le pays. On a entendu des propositions de nationalisation des banques, de ré-étatisation des entreprises privatisees, * Ernesto Herrera, dirigeant du Corriente de Izquierda au sein du Frente Amplio en Uruguay, est membre du Secrétariat unifié de la IVe Internationale et correspondant d'Inprecor pour l'Amérique latine. (Traduction Maria Gatti) 1. Les Piqueteros (du terme "piquete" : barrage de route) sont des travailleurs sans emploi qui se sont organisés pour la satisfaction de leurs revendications. Le 24 juillet dernier ils ont organisé la première assemblée nationale des organisations sociales, territoriales et des sans- emploi à Matanza, en présence d'environ deux mille délégués. Plusieurs organisations politiques et syndicales animent des courants au sein du mouvement des piqueteros ; le Bloc national des piqueteros a été formé à l'initiative de plusieurs d'entre eux.
qui se construit
du non-paiement de la dette extérieure et des appels à « construire un projet politique de pouvoir ».
Il y avait des avertissements sur les périls de la répression et la volonté de l'affronter : « trop de sang des nôtres a déjà coulé, il est temps que les balles touchent à eux ». Le délégué du mouvement des paysans sans terre (MST) du Brésil s'écriait : « La lutte en Argentine, c'est pareil partout en Amérique latine : il s'agit de changer ce monde de merde dominé par le capital », tandis que Hebe de Bonafini saluait les manifestants en leur rappelant que « c'est une certitude, la révolution n'est pas loin ! ». Les casseroles étaient également au rendez-vous. Plusieurs assemblées de quartier avaient transmis des messages de solidarité et d'appui, et d'autres, comme celle du Parc Lezama, étaient présentes, comme pour réaffirmer que la rébellion mobilisée et les revendications démocratiques radicales commencaient à converger avec le programme classiste et révolutionnaire des organisations des piqueteros. Plusieurs chants et affiches exprimaient cette nécessité d'unité : « Piquets et casseroles, la lutte est une ».
Les critiques ne ménageaient pas les bureaucraties syndicales des deux CGT (Daer et Moyano), ni la CTA de Victor De Gennaro — accusées de s'embarquer dans la proposition de « concertation » et de « dialogue » en provenance du gouvernement et de l'Église catholique — ni le Front national contre la pauvreté
L'autre courant des piqueteros (qui n'a pas participé à cette assemblée) a également fait l'objet de questionnements. Le bloc de La Matanza (province de Buenos Aires) organisé par le Courant classiste combatif (CCC, que dirige Juan Carlos Alderete, où le Parti communiste révolutionnaire d'origine maoïste est le courant principal) et la Fédération de Terre et Logement (FTV, que dirige Luis d'Elia, d'une composante de la CTA), ont pris leurs distances avec la ligne radicale du Bloc national des piqueteros. Toutefois, le bloc de La Matanza maintient
ERO
une grande capacité d'organisation et de mobilisation, comme il l'a démontré à la fin janvier, dans une marche de vingt mille manifestants
Le dimanche 17 janvier, l'Assemblé s'est poursuivie dans l'ancien théâtre Colonia d'Avellaneda (province de Buenos Aires), situé à l'entrée de la ville, dans la zone du Riachuelo, où les usines métallurgiques foisonnaient à d'autres époques. On y a tenu des débats et élaboré les propositions qui constituent un Plan de Lutte contre le gouvernement, le capital et l'impérialisme.
Près de 2 000 délégués et déléguées qui, selon les organisateurs, représentent quarante mille piqueteros de la Capitale fédérale et des provinces de Buenos Aires, Jujuy, Tucuman, Neuquen, Santa Cruz et Salta.
----- photo credits and running heads -----
L
Beaucoup de jeunes et de femmes. Mesures de sécurité rigides, climat de lutte de classes et de guerre civile, discours dur et intransigeant : tout cela était typique d'une assemblée du prolétariat le plus pauvre, le plus exploité et réprimé, typîque d'un mouvement parti de l'organisation des non-organisés, pour se transformer en avant-garde du processus révolutionnaire ouvert dans le pays.
Il y eu des Appels à l'unité, temps qu'une discussion ouverte, plurielle, démocratique, où les appels internationalistes n'ont pas manqué (surtout en solidarité avec Cuba) ainsi que des appels à organiser des « milices d'autodéfense », des mobilisations et à élaborer un programme populaire.
dessous) comprend un ensemble de revendications. « La principale est que tous les politiciens s'en aillent » a dit un délégué. Une des exigences votées au théâtre Colonial est en même nes fermées.
Le Plan de lutte des piqueteros (voir cila réouverture sous contrôle ouvrier des usi-
Dans la nuit de dimanche, les piqueteros ont présenté leur historique de luttes à l'Assemblée interquartiers de Parque Centenario, où ils ont demandé l'appui des 1 500 délégués des voisins qui y étaient « autoconvoques ».
Buenos Aires, le 19 janvier 2002