L'intervention chinoise Vietnam, déclenchée le 17 février, dure déjà depuis 20 jours, et, s'il semble que les forces de Pékin soient maintenant en train de se retirer, il n'est pas encore certain que cette opération soit vraiment arrivée à son terme. Elle a mobilisé un corps d'armée considérable, ayant pénétré, selon des sources chinoises, au Vietnam, appuyés par plusieurs centaines de milliers d'hommes massés dans la région frontalière. Elle a vu la mise en œuvre d'un matériel tout aussi important, artillerie lourde, blindés en grand nommillier d'appareils (qui, dans ce dernier cas, ne semble être intervenue que pour des missions d'appui tactiques). troupes chinoises sont entrées en territoire vietnamien par des voies de pénétration réparties tout au long de de 1200 km qui sépare les deux pays. Elles se sont parfois enfoncées jusqu'à 50 ou 80 km et sont emparées de plusieurs capitales provinciales.
Il ne s'agit évidemment pas, comme Pékin le laissait entendre au début de l'opération, d'un « incident de frontière», d'envergure «limitée» visant à terme à des « incursions» et des «provocations» vietnamiennes. Il s'agit d'un véritable acte de
Chine-Vietnam
L'Indochin
du conflit
sino-vietna
guerre. C'est dire que la situation qui s'est constituée dans la région, avec l'aggravation rapide des combats frontaliers entre le Cambodge et le Vietnam, le renversement par le FUNKSN et les armées régulières vietnadu régime de Pol Pot et l'intervention chinoise au sans précédent dans l'histoire des conflits entre
Il n'y a pas d'explication simple, monocausale, qui permette de comprendre comment la situation a pu se dégrader si rapidement et si profondément, si peu de temps après une victoire révolutionnaire contre l'impérialisme américain qui reste Tune des très grandes dates de l'histoire du mouvement ouvrier mondial. Il faut tenir compte de facteurs et de contradictions d'ordre différent et de la façon dont ils se sont combinés les uns aux autres, et surimposés jusqu'à faire dégénérer en conflits militaires les différends qui les régimes mien, cambodgien et chinois. LES RAISONS DE LA BUREAUCRATIE CHINOISE
Tout en maintenant la fiction d'une « opération de rétorsion limitée face aux empiètements frontaliers des Vietnamiens», les dirigeants chinois ont fait connaître, à l'occasion de divers articles de presse et interviews, e à l'heure amien un certain nombre des raisons qui les avaient décidés à intervenir massivement au Vietnam. Il s'agissait tout à la fois de riposter au renversement du régime de Pol Pot, de porter un coup à la capacité et au prestige militaire du Vietnam, d'affaiblir la puissance de ce « Cuba de l'Asie», de limiter l'influence
«social-impérialisme tique » sur son allié indochinois et dans la péninsule, de jouer sur les rapports de forces généraux dans le Sud-Est asiatique - stratégique, ment l'existence des détroits maritimes entre l'océan Indien et l'impérialisme américain venait de subir là une défaite majeure, de montrer à l'Occident - dont Deng Xiaoping regrettait publiquement la faiblesse en Afrique et au Proche et Moyen-Orient -que la fermeté payait face à
Pékin savait probablement que l'occupation de territoires vietnamiens importants pourrait être que temporaire. Le renversement du régime de Pol Pot, que la direction chiet militairement, a certainement été l'un des éléments déterminants pour décider du moment et de la forme de cette intervention, ne serait-ce que parce que l'entrée en force au Cambodge des armées régulières vietnamiennes a donné l'occasion à la
bureaucratie chinoise, comme à l'impérialisme, de lancer une furieuse campagne de dénonciation de Hanoï.
Mais les déclarations chinoises elles-mêmes confirment ce que l'analyse des événements de ces dernières années en Indochine et en Chine permettait déjà de montrer: l'intervention chinoise au Vietnam n'est pas essentiellement une riposte ponctuelle aux récentes initiatives de la direction vietnamienne; elle s'inscrit dans une politique d'ensemble, régionale et internationale, de la direction chinoise. Ce sont les racines de cette politique d'ensemble qu'il faut comprendre.
Le conflit politique sino-vietnamien ne date pas d'aujourd'hui. On peut rechercher les traces d'une lutte potentielle d'influence très avant dans l'histoire du mouvement communiste indochinois. Moins d'un an avant la victoire de la Révolution chinoise, Ho Chi-Minh éprouvait par exemple le besoin de rappeler que le Parti communiste indochinois était le plus fort numériquement dans la région après le Parti communiste chinois, qu'il était le premier en Asie à avoir conquis le pouvoir (en 1945) et qu'il aurait un devoir et une responsabilité particulière dans l'aide pour la libération du Sud-Est (Conférence de cadres du 18 janvier 1949).
Mao Tzedong, pour sa part, énumérait, dans un texte publié en 1939, la Birmanie, Bouthan, le Népal et ... l'Annam (nom alors donné au Vietnam) parmi les « territoires» et «Etats dépendants» de la Chine, dont les forces impérialistes s'étaient emparées («La Révolution chinoise et le Parti communiste chinois»). Une carte, publiée en Chine en 1954, remême jugement.
Mais c'est au cours des guerres indochinoises que les relations politiques entre les deux partis vont progressivement se détériorer. Déjà lors de la Conférence de Genève, Pékin fit conjointement pression avec
Moscou pour amener les communistes vietnamiens à accepter la dissociation des cas laotien et cambodgien du cas vietnamien, ainsi que la partition temporaire du Vietnam le long du 17e parallèle. Dans les années suivantes, le Parti communiste vietnamien est encore plus proche idéologiquement de Pékin que de Moscou. Mais dans les années soixante les désaccords vont se multiplier pour se geler en 1971, quand Hanoï apprend l'invitation faite à Nixon par la direction chinoise de se rendre à Pékin, alors que l'escalade s'ag grave sur le Vietnam (voir à ce sujet «L'Indochine en crise», Inprecor, du 21 septembre 1978).
Depuis ce moment-là, quatre éléments se combinent dans la politique de la direction chinoise vis-à-vis de l'Indochine : la volonté de s'assurer le contrôle politique de «sa» zone d'influence propre, la cristallisation ultime des intérêts bureaucratiques en Chine même, l'aggradu conflit sino-soviétique, la possibilité nouvelle pour Pékin de s'engager dans une politique de coexistence pacifique avec l'impérialisme obligé, par difficultés au Vietnam, d'abandonner sa politique de «containment and roll back».
La bureaucratie chinoise va poursuivre dorénavant une politique analogue à celle inaugurée par la bureaucratie soviétique : à la volonté de cette dernière d'assurer son contrôle sur le mouvement communiste mondial et d'affaiblir les révolutions et les directions qui ne se plient pas à ses diktats, répondra la volonté de Pékin de faire de même en Asie, pour asstabilité du pouvoir bureaucratique dans son propre pays. Les nécessités de la coexistence pacifique rendent d'autant plus important le contrôle des développements révolutionçante l'émergence de puissances communistes indépendantes. La concurrence entre Moscou et Pékin, enfin, pour le leadership du mouvement ouvrier et de libération nationale ou du Tiersmonde, pour les bonnes grâces aussi de l'impérialisme, exacerbent les conflits interbureaucratiques.
La direction chinoise s'est donnée pour objectif l'affaiblissement du régime vietnamien. Non pas parce qu'elle vient de passer contrat à ce sujet avec l'impérialisme américain à qui elle voudrait donner ainsi un gage de bonne volonté, mais parce que la logique des intérêts de la bureaucratie chinoise le veut: pour renforcer à la fois la stabilité de son régime intérieur, son influence propre dans la ré gion, sa capacité à contrer la politique anti-chinoise de Moscou (rappelons encore une fois que c'est la bureaucratie soviétique qui porte la responsabilité historique de l'éclatement du conflit sino-soviétique) et sa capacité à mener à bien sa politique de coexistence pacifique avec l'impérialisme.
C'est ainsi seulement que l'on peut comprendre l'importance accordée par Pékin à l'affaiblissement du régime vietnamien. Car le prix que la direction chinoise doit payer pour son intervention au Vietnam n'est pas négligeable : elle permet à Hanoï de reprendre l'initiative vis-à-vis de certains pays du Tiersmonde qui avaient condamné son occupation du Cambodge; elle coûte cher en hommes, matériels et ressources financières; elle risque de provoquer des oppositions non négligeables au sein de la population chinoise, voir de la bureaucratie elle-même; elle inquiète les milieux industriels et financiers investissant en Chine, qui comptent sur la stabilité du régime pour garantir leurs profits... LES RAISONS IMPERIALISTES
Si Pékin a pu agir comme il la fait contre le Vietnam, c'est aussi parce qu'il avait la certitude que Washington ne condamnerait pas son action. Deng Xiaoping, lors de son voyage aux Etats-Unis, durant lequel il fit de tonitruantes déclarations sur la nécessité d'une alliance Chine/USA contre l'URSS, a très probablement pris à ce sujet des assurances. La réaction des capitales occidentales à l'intervention chinoise a en effet montré que l'impérialisme
n'était pas neutre dans ce conflit. Ces réactions ne furent certes pas complètement homogènes. Mais dans l'ensemble, les principales puissances occidentales se contentèrent de quelques protestations diplomatiques, liant par ailleurs souvent la demande du retrait des troupes chinoises du Vietnam à celle du retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge, ce qui ne pouvait que contenter Pékin.
Leur attitude concrète contrasta surtout de façon éclatante avec celle qui fut la leur en janvier 1979 - après l'entrée des forces vietnamiennes à PhnomPenh - et même en janvier 1978, après l'ouverture khmèro-vietnamien. Il est de ce point de vue extrêmement significatif que le ministre américain des Finances, Blumenthal, ait maintenu sa visite officielle à Pékin et ait signé de nouveaux accords sur les avoirs américains en Chine, très favorables à cette demière. Il est aussi très significatif que le gouvernement anglais ait signé, alors que les combats faisaient rage au Vietnam, un accord commercial avec la Chine, incluant probablement la vente de l'avion militaire à décollage vertical Harrier.
Cela ne veut pas dire pour autant que Washington soit à payer une alliance avec Pékin de la rupture avec MosL'impérialisme américain poursuit en effet une politique planétaire, fondée sur le maintien de la coexistence pacifique avec l'URSS simultanément à l'engagement d'une nouvelle politique de coexistence pacifique avec la Chine. Il a besoin de la première pour des raisons stratégiques-clés - liées notamment aux équilibres militaires mondiaux dans lesquels la Chine a peu de poids - et à la nécessité de tout faire pour bloquer des développements révolutionnaires trop graves dans des régions où l'influence de Pékin est né gligeable : Europe, Proche et Moyen-Orient, Afrique. Il a besoin de la seconde, parce que l'accord de la direction chinoise lui est indispensable pour tenter de stabiliser à nouveau son système de domination en Asie orientale, domination profondément ébranlée après la débâcle des forces US en Chine.
L'attitude du gouvernement américain reflète donc les impératifs partiellement contradictoires de sa politique internationale (et intérieure). L'Asie orientale est l'une des grandes régions stratégiques dans le monde aujourd'hui. Or, les capacités d'action de l'impérialisme américain - et des puissances impérialistes en général cette région - sont actuellement limitées, et ce d'autant plus que l'attention de Washington doit se tourner en priorité vers d'autres zones, à commencer par le Proche et le Moyen-Orient. Dans ces conditions, la poursuite (avec Tokyo), d'une politique de coexistence pacifique avec la Chine est doublement importante. Il faut rappeler à ce sujet que les récents traités signés entre Pékin, Tokyo et Washington incluent cette fameuse
« antihégémonique» antisoviétique) dont la direction chinoise exigeait la présence et dont les USA et le Japon se seraient bien passés (voir à ce sujet « Le traité de paix sino-japonais»; Inprecor, du 16 novembre 1978).
Ce qui est vrai pour l'Asie orientale l'est a fortiori pour l'Indochine. C'est là que les positions impérialistes ont été les plus affaiblies par la défaite du expéditionnaire cain. C'est là que la brèche a été ouverte et que le danger est apparu de voir tomber en quelques années un nouveau « domino » : la Thailande où la crise politique et sociale s'est manifestée avec force dès 1973. C'est là aussi - et ce n'est pas négligeable - que l'impérialisme américain a été pour la première fois battu alors qu'il avait engagé directement toute son autorité et le gros de ses moyens contre-révolutionnaires.
Ce n'est pas parce qu'il est affaibli que l'impérialisme est devenu inactif et s'est désengagé en Asie du Sud-Est. Au contraire, il a réagi face à la victoire de la Révolution indochinoise comme il la toujours fait dans le passé : en se refusant à reconnaître le fait accompli, en fai sant tout pour isoler et affaiblir les nouveaux régimes tionnaires. C'est cette réaction impérialiste profonde, qui vise à limiter les conséquences de la victoire révolutionnaire qu'il n'a pu empêcher, qui explique la décision américaine de maintenir le blocus économique du Vietnam, de refuser la reconnaissance diplomatique des nourégimes, d'utiliser la Thailande pour multiplier les provocations et les pressions. Et c'est justement parce que sa d'action directe reste aujourd'hui limitée qu'il a intérêt à laisser la Chine poursuivre (pour des raisons qui lui sont propres) sa politique d'étranglerégime vietnamien.
Historiquement, l'impérialisme vise, en Indochine comme ailleurs, à restaurer sa domination par la contre-révolution. Il va pas de même de la Chine qui cherche à assurer sa propre zone d'influence. Mais Pékin et Washington se retrouvent aujourd'hui sur la nécessité d'affaiblir le régime vietnamien en jouant sur ses difficultés économiques, sociales et politiques intérieures, sur les tensions qui se sont manifestées au sein de la Révolution indochinoise, sur l'isolement régional et international du Vietnam, sur la possibilité de maintenir une forte pression militaire à ses frontières. La crise indochinoise actuelle est devenue si explosive, à la fois du fait de la gravité des interbureaucratiques dans la région et du maintien de la pression contre-révolutionnaire de l'impérialisme. LA CRISE INDOCHINOISE
L'extraordinaire dynamisme révolutionnaire qui a caractérisé la lutte de libération au Vietla puissance potentielle d'une Indochine unifiée par Hanoi en Asie du Sud-Est, expliquent l'importance que la direcchinoise côté, les impérialistes l'ASEAN de l'autre, accordent à une politique de « containment» nouvelle manière dans la région. La gravité de la situation tient à ce que l'état de dénuement extrême dans lequel se reles sociétés indochinoises après un siècle de domi-
nation coloniale et néocoloniale et quarante ans de guerres impérialistes, l'acuité des tensions qui se sont manifestées en Indochine du fait, notamment, de l'ampleur de la question nationale qui se manifeste sous de multiples formes dans cette region, le poids des déformations bureaucratiquement originelles des régimes issus de ces révolutions, sont tels que l'efficacité des mesures d'étranglement mis en œuvre par Pékin d'une part et Washington de l'autre ne sauraient être sous-estimée.
Les révolutions indochinoises subissent aujourd'hui durement le contre-coup du retard de la révolution dans les centres impérialistes. Pays extrêmement sous-développés, ils ne peuvent espérer d'aide fraternelle de la part de pays socialistes fortement industrialisés. Trop longtemps laissées seules, tranchée avancée du prolétariat mondial, elles sont épuisées du fait des dévastations difficilement imaginables de quarante ans de guerre, dont plus de dix ans d'une escalade militaire meurtrière, sans équivalent dans l'histoire du
Face à l'intervention impérialiste, dans des pays à majorités paysannes, elles ont dû se fondre dans un long processus guerres de libération nationales qui a vorisé, malgré vigueur, développement d'idéologies nationalistes, le poids des éléments militaires dans la société et des déformations bureaucratiques des jeunes Etats ouvriers.
De cela devraient se rappeler ceux qui, dans les centres impérialistes, s'indignent très vite des «violations des Droits de l'Homme» au Vietnam, mais oublient tout aussi rapidement les responsabilités de l'impérialisme, sont prêts à dénoncer le régime vietnamien avec ceux-là mêmes qui furent les responsables des guerres coloniales et néocoloniales, et ne se préoccupent pas de lancer un appel à l'organisation de la solidarité matérielle envers ces révolutions en difficulté.
Il est impossible de comprendre la brutalité avec laquelle la situation s'est dégradée en Indochine, ni certains des choix qui ont été le fait des régimes indochinois, sans prendre vraie mesure des difficultés économiques, sociales, démographiques, écologiques - aggravées qui plus est, par trois années successives de calamités naturelles - auxquelles ces pays devaient faire face au sortir de la guerre.
C'est notamment indispensable pour comprendre l'importance acquise par la question cambodgienne après la victoire. L'unité du mouvement communiste indochinois n'a pas résisté aux différenciations qui s'opéraient entre les processus révoLaos et au Cambodge. Dans ce dernier pays, une nouvelle direction s'imposait à la tête du Parti communiste cambodgien en 1960, qui allait s'opposer de façon croissante à la direction vietnamienne (voir à ce sujet «Indochine, un conflit plus politique que frontalier», Inprecor, le 2 février 1978).
L'orientation mise en œuvre au lendemain de la victoire d'avril 1975, combinait des mesures anticapitalistes extrêmement radicales (allant jusqu'à l'abolition presque complète de la propriété privée et la supression presque totale du système monétaire), la fermeture temporaire du pays sur lui-même (à l'exception des liens avec la Chine), l'instauration immédiaméthodes terroristes de gouvernement (qui aboutissent non seulement à la destruction des foyers contre-révolutionnaires potentiels, mais aussi à la déportation et à l'atomisation politique de la majorité de la population laborieuse), la collectivisation brutale de la vie économique et sociale, le développement d'un hyper-nationalisme qui devient le ciment idéologique quasi unique - avec productivisme - du régime.
Ces mesures ne sont pas sans rappeler les méthodes staliniennes de la période de la collectivisation forcée. Elles s'expliquent gime khmer rouge de consolider ainsi un pouvoir socialement très faible, vu l'extrême arriération économique du pays, vu la décision de la direction Pol Pot de fermer sur lui-même le pays, et de rompre systématiquement les liens unissant la Révolution cambodgienne à la dynamique d'ensemble de la Révolution indochinoise. Ces orientations et ces méthodes, mises en œuvre dans un pays comme le Cambodge, vont ouvrir une série de crises profondes : - de nouvelles ruptures se produisent entre l'aile
«khmère rouge » et l'aile dite «khmère vietminh» (de tradition indochinoise) du mouvement communiste cambodgien, ainsi qu'au sein même de l'aile khmère rouge. Des purges de plus en plus larges frapperont les oppositionnels accusés d'être les agents des Vietnamiens. Un certain nombre de révoltes localisées se produiront en 1978 dans plusieurs régions du pays, notamment dans l'armée; - le régime bénéficie pour un temps de la faiblesse des oppositions (bourgeoises ou ouvrières) et de la passivité politique dans laquelle a été plongée la population. Mais la politique poursuit n'en met pas moins en danger l'existence même du jeune Etat ouvrier cambodgien qui voit le jour en 1975, sur la base de l'effondredes forces impérialistes et de la destruction des bases sociales, économiques et ques du pouvoir de la bourgeoisie. La désaffection de à l'égard d'une telle politique terroriste ne pouvait en effet que favoriser un jour le retour en force de courants nationalistes de droite, pour peu qu'une opposition, décidée à préserver les acquis de la Révolution, tout en mettant un terme aux méthodes terroristes de gouvernement, ne prenne pas le devant;
les tensions propres à la Révolution indochinoise sont exacerbées par la rupture des liens entre le Cambodge, le Laos et le Vietnam. Non seulement par la volonté du ré- il devient impossible de mettre
en chantier des plans de développement combinés, mais encore le front se brise face aux manœuvres impérialistes. C'est particulièrement sensible en 1977 quand la Thailande décide le blocus temporaire du Laos, terriblement dépendant des voies de communication thaï, et que Phnom-Penh se dissocie ostensiblement de Hanoï et de Vientiane; - le conflit politique entre les régime khmer et vietnamien, inévitable dans ce contexte, s'inscrit dans le cadre des affrontements interbureaucratiques qui déchirent la région. Malgré l'opposition profonde des orientations idéologiques de la direction Pol Pot et de la direction Deng Xiaoping, Pékin décide en effet d'apporter un soutien général au régime cambodgien, sur le plan militaire aussi bien que financier et diplomatique.
A partir de l'été 1977, la situation va se dégrader très rapidement aussi bien en ce qui concerne les rapports entre le Vietnam et le Cambodge qu'entre le Vietnam et la Chine. En septembre de cette année, Pol Pot fait un séjour triomphal à Pékin au moment même où des combats d'une gravité sans précédent éclatent à la frontière vietnamo-khmère. Bien qu'elle formule officieusement des critiques acerbes à l'égard de lorientation de la direction Pol Pot, la direction chinoise s'engagera toujours plus avant dans le soutien à Phnom-Penh : l'armée cambodgienne massée à la frontière aurait atteint les 70000 hommes, fin 1978. Son armeconsidérablement amélioré grâce aux fournitures chinoises en artillerie et tion (Mig 19). Son encadrement assuré par un nois. Les pertes vietnamiennes ont été notables et des villes et zones économiques très importantes sont à portée de canon des zones frontalières. En quelques endroits, l'armée vietnamienne s'est installée à plusieurs km à l'intérieur du territoire cambodgien.
En mars-avril 1978, Hanoi décide de la nationalisation du commerce privé afin de briser la résistance sociale de la bourgeoisie sino-vietnamienne de Saïgon-Cholon. Pékin saisit loccasion pour lancer une vaste campagne de dénonciation de la direction vietnamienne et pour suspendre officiellement son aide économique. Dans ce climat, 160000 Hoas (Vietnamiens d'origine chinoise) fuient le Nord Vietnam vers la Chine. La tension monte rapidement à la frontière sino-vietnamienne. Sur le plan international, les traités sino-japonais et sino-américain sont signés alors que le Vietnam intègre le Comecon et signe un traité de 25 ans avec l'URSS.
C'est dans ce contexte qu'Hanoi, quelques semaines seulement après la naissance officielle d'un front d'opposition khmer, le FUNKSN, envoie ses armées régulières au Cambodge et assure le renversement du régime de Pol Pot.
Il était indispensable de soutenir le développement de toute opposition cambodgienne qui garantisse le maintien des acquis de la Révolution tout en s'engageant à mettre un terme aux méthodes de collectivisation forcée et au terrorisme de masse de la direction Pol Pot. Il en allait de l'avenir de la Révolution cambodgienne, et le programme du FUNKSN comprend ces deux points. Mais il fallait laisser le temps à ce dernier de faire la preuve de son implantation populaire croissante, de faire la preuve qu'il était à même de renverser lui-même le régime de Pol Pot avec l'aide, certes, que pouvait lui fournir le Vietnam, mais avant tout grâce à la représentativité qu'il avait su gagner dans la lutte.
Or, la direction vietnamienen décembre 1978-janvier 1979, ne s'est pas contentée d'aider politiquement et militairement au développement du FUNKSN ou de s'attaquer au corps de bataille massé à sa frontière. Elle a provoqué la chute du régime de Pol Pot et assuré la mise en place du régime Heng Samrin, grâce à l'organisation d'une offensive de ses forces régulières dans l'ensemble du pays, avant que le FUNKSN n'ait eu le temps de se développer sérieusement.
Les informations qui nous parviennent sur le Cambodge restent contradictoires et difficilement vérifiables. Des « Khmers Serei», liés à l'ancien régime Lon Nol, et peu suspects de sympathie envers les Vietnamiens, font état d'un accueil favorable de la population par rapport au nouveau régime Heng Samrin. Quoiqu'il en soit, la décision doit être condamnée. Il ne s'agit en effet pas là d'un simple problème tactique, d'opportunité, mais d'un problème de fond lié à l'importance décisive de la question nationale.
Vu la façon dont il a été mis en place, le nouveau régime ne peut se trouver que dans une situation d'extrême dépendance vis-à-vis de son allié vietnamien. Or, dans tous les cas, les rythmes du développement d'une opposition à la direction Pol Pot ne pouvaient être artificiellement accélérés sans porter gravement préjudice à son renfor cement qualitatif, politique et social. La seule façon d'éviter de remettre en danger la qualité des rapports nationaux entre les populations vietnamienne et khmère, c'était de favoriser la formation d'une direction cambodgienne capable d'affirmer en pratique son autonomie de décision et son indépendance politique par rapport à la direction vietnamienne.
Tel n'est pas le cas aujourd'hui. Et l'on ne peut attendre d'une direction comme celle du Parti communiste vietnamien qui, dans son propre pays, défend le monopole bureaucratique de l'information, des discussions et des décisions politiques, qu'elle puisse reconnaître pleinement le droit à l'autodétermination des nations minoritaires. Or, une telle reconnaissance pratique du droit des populations minoritaires est indispensable à l'établissement d'une véritable fédération socialiste des Etats-Unis d'Indochine. Dans ces conditions, l'intervention des forces régulières de Hanoï au Cambodge ne peut
au renforcement pouvoir de la bureauvietnamienne en Indochine, des tendances nationalistes, et du poids des éléments militaires au Vietnam, au Laos et au Cambodge. UNE OFFENSIVE CHINOISE DURABLE
Les révolutions indochinoises traversent une période de très grandes difficultés sociales, économiques et politiques. Ce n'est pas vrai seulement pour le Cambodge et le Laos, mais aussi pour le Vietnam (voir à ce sujet « Vietnam, trois ans victoire», Irprecor, du 19 octobre 1978). C'est en tablant sur ces difficultés que la bureaucratie chinoise mène sa politique à l'égard des régimes indochi-
Les résultats de son intervention militaire au Vietnam - en l'état actuel des choses néanmoins - semblent fort limités. La «leçon» militaire n'est pas convaincante : les pertes chinoises semblent avoir été très lourdes et les performances de l'armée chinoise médiocres, si l'on en croit des « indiscrétions » volontaires à Pékin, dont Deng Xiaoping tirerait avantage pour accélérer son programme de «modernisation». Quant aux Vietnamiens, ils n'ont pas eu besoin, pour contenir les forces chinoises, première ligne le gros de leurs troupes régulières (si ce n'est peut-être sur le front de Lang Son) et n'ont apparemment pas retiré du Cambodge beaucoup des divisions qui s'y trouvaient.
Mais Pekin sait que le coût économique et social que Hanoi doit payer pour sa défense est très élevé, et qu'il l'est d'autant plus que la pression militaire s'excerce durablement. La situation internationale laisse les mains relativement libres à la direction chinoise pour qu'elle poursuive sa politique visant à affaiblir, isoler et épuiser le régime vietnamien. L'une des leçons des événements de février-mars est, en effet, que la bureaucratie soviétique n'est pas prête à s'engager trop avant auprès de son allié vietnamien.
Dans le discours qu'il a prononcé au plus fort de l'offensive chinoise, à Moscou, Brejnev a clairement fait savoir que la priorité des priorités restait, aux yeux de la direction soviétique, la poursuite d'une politique de coexistence pacifique avec l'impérialisme. A l'instar de Deng Xiaoping à Washington, il a proposé une alliance avec l'Occident pour s'opposer à la Chine. Comme hier, durant la guerre impérialiste, l'URSS a fourni au Vietnam une aide militaire dont il avait le plus grand besoin. Mais, comme hier aussi, la bureaucratie soviétique s'est refusée à s'engager à fond et à lancer une offensive politique antiimpérialiste susceptible de faire reculer le gouvernement améri cain en Asie. L'URSS déclare vouloir avant tout la signature des accords SALT et pour la direction soviétique, aussi, le Proche et le Moyen-Orient sont aujourd'hui des priorités premières.
Pékin sait donc que rien ne risque de forcer Washington à mettre en cause sa politique de recomposition de son système de domination en Asie orientale et que l'URSS se contentera de pressions, de menaces et de mises en garde pour que la direction chinoise « n'aille pas trop loin». Or, les moyens d'action de la bureaucratie chinoise en Indochine sont suffisamment variés pour lui donner la souplesse nécessaire à la poursuite de sa politique dans ce contexte. On a vu ces dernières années comment Pékin pouvait peser sur les difficultés intérieures du régime vietnamien (en interrompant l'aide ou en sur les tensions entre le gouvernement et la communauté chinoise du Vietnam), sur les contradictions qui traversent la Révolution indochinoise, sur l'irrédentisme des populations tribales, sur l'opposition des pays de l'ASEAN au renforcement d'un ensemble indochinois unifié, sur l'isolement international du Vietnam. A L'AIDE DES REVOLUTIONS INDOCHINOISES
L'impérialisme profite de la situation pour renforcer sa main en Asie du Sud-Est. Il vient d'augmenter considérablement son aide militaire à la dictature thailandaise. Or, les mouvements de libération de la région doivent poursuivre aujourd'hui leur combat dans des conditions plus difficiles que celles qui prévalaient au lendemain de la défaite américaine en Indochine. La résistance thailandaise, notamment, risque de se voir isolée politiquement et matériellement, et ses diverses composantes risquent de supressions pour qu'elles s'alignent dans le conflit sino-soviétique (le Parti communiste thailandais et le le Parti socialiste n'ont jusqu'à maintenant pas pris position publiquement sur les conflits en cours).
Mais l'impérialisme américain peut aussi essayer d'intervenir plus directement contre les révolutions indochinoises. Le retour dans l'arène internationale du Prince Sihanouk, qui prend langue à Pékin avec des représentants thailandais et occidentaux et qui a lancé un appel à la réunion d'une conférence internationale sur l'Indochine, peut lui permettre d'organiser une campagne diplomatique et politique contre le Vietnam, et peut faciliter la réorganisation de groupes de guérilla contre-révolutionnaires khmers basés en Thailande. Quant au Laos, il peut devenir brutalement théâtre de nouveaux conflits. L'influence chinoise est forte dans le Nord du pays, alors que l'impérialisme peut réactiver des groupes dissidents à partir des restes de l'armée du général méo Vang Pao et de membres des anciennes féodalités du Sud-Laos.
Ces menaces nouvelles rendent urgente l'affirmation d'une solidarité unie et militante envers les luttes de libération du Sud-Est asiatique et l'organisation d'un front uni de défense des révolutions indochinoises !