Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DEBAT/CAMBODGE

Le régime Pol Pot, un Etat ouvrier ?

· Inprecor n° 47, 15 mars 1979 · p. 9-19 · 7 620 mots

Indochine Chine Stalinisme

Fred FELDMAN et Steve CLARK caractérisation de l'Etat cambodgien.

Sous l'impact de la Révolution vietnamienne et de la guerre impérialiste en Indochine, une profonde polarisation de classe a commencé à se développer au Cambodge durant les années 60.

Pour tenter de maintenir les ouvriers et paysans du son contrôle, le Prince Norodom Sihanouk a intégré, en 1962, plusieurs intelpro-staliniens dans son cabinet. Parmi eux se trouvaient Khieu Samphan et Hou Youn qui devaient devenir plus tard des personnages centraux du régime de Pol Pot, renversé au début de l'année.

L'agitation persistante des masses, particulièrement à la campagne, et les pressions croissantes de l'impérialisme ont convaincu le Prince Sihanouk, au Printemps de 1967, que cette manœuvre était inutile; il élimina donc les staliniens de son cabinet et rapidement, ceuxentrèrent dans la clandesti-

Le Front de libération national vietnamien avait établi des bases arrières, des hôpitaux et des centres de commandement

L'article ci-dessous ouvre dans nos colonnes un débat sur la situation actuelle en Indochine. Dans cette contribution, Fred Feldman et Steve Clark analysent la situation qui prévalait au Cambodge avant l'entrée des troupes vietnamiennes et font une première dans la partie orientale du Cam-

Sihanouk tolérait ces installations en échange de quoi les dirigeants staliniens vietnamiens donnèrent leur appui à son gouvernement capitaliste et de grands propriétaires terriens.

La lutte pour la réforme agraire et l'indépendance nationale des masses vietnamiennes n'en reçut pas moins un soutien massif des paysans, des étudiants et travailleurs du Cambodge, de nationalité khmère ou vietna-

Les classes possédantes

Cambodge, et notamment hanouk, commencèrent à craindre que l'approfondissement de la Révolution vietnamienne influence des masses du Cambodge et que celles-ci s'inspirent de son exemple.

Ces inquiétudes furent confirmées en 1967, lorsque les paysans de l'importante zone rizicole de la province de Battambang se soulevèrent massivement. La rébellion fut écrasée brutalement. Mais elle marqua du développement d'un mouvement de guérilla dirigé par de jeunes membres du

Parti communiste cambodgien.

En 1970 ces guérillas regroupaient environ 4000 combattants armés.

A la différence du Parti communiste vietnamien, la naissance du Parti communiste cambodgien remonte au début des années 50. Et ceux qui allaient devenir le noyau dirigeant du régime Pol Pot, en particulier leng Sary et Khieu Samphan, prirent la direction du parti vers la fin des années 60. L'impérialisme américain a multiplié ses pressions sur Sihanouk pour qu'il s'aligne sur Washington et permette aux militaires US et aux troupes de Saïgon d'occuper la partie orientale du Cambodge.. Sihanouk, tout en adoptant des positions chaque fois plus réactionnaires, a toutefois continué à résister aux demandes les plus extrêmes de l'impérialisme américain.

En mars 1970, alors qu'il était en visite à l'étranger, Sihanouk fut renversé par un coup d'Etat militaire soutenu par le gouveraméricain. L'essentiel des cercles dirigeants du Cambodge appuyèrent le nouveau gouvemement du général Lon Nol, qui demanda l'aide de Washington et du régime de Thieu dans le cadre d'une offensive militaire pour expulser le FLN vietnamien de l'Est du Cam-

Le gouvernement de Hanoï et le FLN changèrent alors radicalement leur politique de soutien au régime de Phnom-Penh. «Les communistes vietnamiens», écrivaient Malcolm Caldwell et Lek Tan dans le « Cambodge dans la guerre au Sud-Est asiatique», «qui étaient jusqu'ici scrupuleuse, mencèrent à fournir en de petits groupes cambodgiens et à les aider en les entraînant composés de paysans cambodgiens, de Cambodgiens d'origine vietnamienne travailleurs de plantations de caoutchouc, radicalisés de longue date et à présent poussés à l'action par les attaques USA et de l'armée de Saigon contre leurs lieux de travail et d'habitation...»

Avec l'aide des Vietnamiens, étant d'accord, cambodgiens rent les dirigeants d'une armée

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de pays Cambodge tuNonal du Cambodge (FUNK)qui atteignit jusqu'à 50000 membres ou plus. La rébellion s'étendit rapidement dans tout le Cambodge oriental, puis ensuite à tout le pays (Sihanouk qualifia les guérillas de khmères rouges, appellation que les diricommuniste même adoptèrent par la suite).

L'appel de Sihanouk à la résistance armée contre le fantoche des USA priva le régime de Lon Nol du dernier lambeau de légitimité qu'il avait aux yeux des paysans et leur donna confiance pour commencer à instaurer une réforme agraire et à demander des comptes aux propriétaires fonciers, aux col lecteurs d'impôts, aux usuriers, aux fonctionnaires locaux corrompus, et à tous les autres op-

Une protestation massive aux Etats-Unis obligea les forces US qui avaient envahi le Cambodge en mai 1970 à se retirer le mois suivant. Les payrebelles reconquérirent ensuite la plus grosse partie du pays et s'y maintinrent jusqu'à chute de Lon Nol en avril

Comme au Vietnam, la structure du commandement militaire qui dirigeait l'armée des paysans, n'était pas composée socialistes révolutionnaires, mais de staliniens. Le PC cambodgien et par conséquent, le FUNK, adhéraient à la stratégie de la «guerre du peuple» qui appelle les paysans à la lutte à mais exclut la mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière urbaine et des

Dans le cadre de cette stratégie, les dirigeants khmers rouges soutenaient politiquement les représentants des vieilles classes dirigeantes, dont les plus notables sont Sihanouk lui-même et ses partisans - mortels ennemis des ouvriers et des paysans pauvres.

Le Front national de libération du Vietnam avait promis de préserver le capitalisme après la chute de l'ancien régime, le programme du FUNK aussi.

Dans cette perspective, les forces rebelles ne voyaient pas d'intérêt à forger une alliance anti-capitaliste avec la classe ouvrière, les étudiants et les habitants pauvres des villes. Elles ne profitèrent donc pas des manifestations anti-Lon guerre et anti-US qui secouèrent Phnom-Penh et d'autres villes cambodgiennes en 1972.

Au contraire, les dirigeants khmers rouges virent dans les villes les bastions ennemis à conquérir. La guerre civile se transforma donc en un long siège mené par l'armée des paysans, pendant lequel les villages, les rizières et les forêts devinrent des zones de tir libres pour les bombardiers US.

Néanmoins les masses urbaines entrèrent de nouveau en lutte dans les premiers mois de 1975 lorsque les Khmers rouges encerclèrent Phnom-Penh et d'autres grandes villes. Les manifestations éclatèrent, appelant à la fin immédiate de la guerre, et dénonçant Lon Nol et les Américains qui le soutenaient.

Quand les premières troupes khmères rouges entrèrent dans Phnom-Penh, elles furent accueillies avec une joie tumultueuse par les travailleurs, les étudiants, les réfugiés des villages et les soldats du rang, qui étaient convaincus qu'une ère de guerre et de domination impérialiste prenait fin.

«Trois heures après la réddition», selon une dépêche de l'Associated Press du 18 avril, «des milliers d'étudiants paradaient le long des principaux boulevards en agitant des drapeaux pour saluer les forces communistes.

«On dit que des soldats communistes ont embrassé des hommes de troupe gouvernementaux, et les faisaient monter à bord de leurs véhicules personnels pour un tour de parade le long des quais.»

Dans le quotidien Le Monde Patrice De Beer écrit depuis Phnom-Penh : « L'enthousiasme populaire est évident; des groupes portant souvent des armes américaines se forment autour des insurgés. Ils sont jeunes, heureux, surpris par leur facile succès. Les soldats républicains ont rapidement exhibé des drapeaux blanes. Des cortèges se forment dans les rues et les réfugiés se préparent à retourner chez eux.» LES DESTRUCTIONS US

Les dirigeants khmers rouges sont arrivés au pouvoir dans un pays dont la structure économique et sociale avait été dévastée par cinq ans de bombardements barbares par les Américains, de gouvernement fantoche et de guerre civile.

Plus de 400000 tonnes de bombes ont été lancées sur la campagne cambodgienne entre 1970 et 1973. Pendant les cinq ans de la guerre civile, environ 600000 personnes ont été tuées, et autant ont été blessées, sur une population d'à peu près 7 millions de personnes. centaines de villages ont été dé-

Le bombardement systématique des voies de communication, des transports et des réseaux d'irrigation, et la mort de centaines de milliers d'animaux de trait, ont causé la ruine de l'agriculture.

Des millions de réfugiés ont été conduits dans les villes. Phnom-Penh a gonflé de 600000 habitants à près de 3 millions. La production industrielle été réduite de plus de la moitié.

Plusieurs milliers de personnes sont mortes de faim pendant les demiers mois de guerre, et l'approvisionnement en nourriture a diminué dans les villes. Avec une brutalité impérialiste typique, Washington a bloqué les chargements de riz lorsque la chute de Lon Nol est

La mobilisation des masses urbaines qui a accueilli le FUNK ouvrait la porte à l'établissement d'un gouvernement ouvrier et paysan au Cambodge. Un tel gouvernement aurait pu amener au pouvoir les travailleurs, les pauvres des villes et les paysans contre les exploiteurs locaux et étrangers, afin de

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commencer à résoudre les graves problèmes auxquels le pays devait faire face.

Le travail de réparation des dommages causés par la guerre et de construction nécessitait la poursuite de la mobilisation de la classe ouvrière et des masses paysannes pour exproprier les capitalistes et les propriétaires fonciers, en démolissant l'ancien Etat capitaliste et les relations économiques, de la racine aux branches.

Cela aurait posé les bases d'un pas en avant qualitatif dans l'organisation économique - une économie planifiée.

Le rôle irremplaçable des mobilisations de la classe ouvrière a été clairement montré par les révolutions russe et cubaine. Mais les luttes anticapitalistes de la classe ouvrière ont également été décisives, même si elles étaient soumises à une direction et à un contrôle bureaucratiques, quand les gouvernements staliniens ont été obligés de renverser le capitalisme au Vietnam, en Chine, en YougosLavie, et dans l'Europe de l'Est occupée par l'Union. soviétique.

Les dirigeants khmers rouges, néanmoins, ont rapidement démontré qu'ils n'avaient pas l'intention ni d'organiser les masses et de compter sur elles pour surmonter la crise sociale du Cambodge, ni d'agir dans leur inté-

Etant arrivés au pouvoir, portés par un soulèvement révolutionnaire de la campagne, ils ont non seulement écrasé et dispersé la population urbaine, mais ils sont aussi revenus sur les saisies de terre et sur les redistributions entamées par les paysans.

Cet assaut contre-révolutionnaire contre les masses travailleuses de la direction khmère rouge a montré que le nouveau gouvernement cherchait à préserver plutôt qu'a détruire le système capitaliste démodé. Les coups dévastateurs portés aux ouvriers et aux paysans ont ouvert la voie pour que de nouvelles couches capitalistes se forment parmi la petite-bourgeoisie dans l'appareil d'Etat et dans les recoins et les fentes de l'éco-

Cette manière de voir le régime de Pol Pot contraste de façon aiguë avec les tentatives de la presse capitaliste de le présenter comme une nation «communiste ». Les media de la bourgeoisie sautent sur chaque possibilité de souiller le socialisme en l'identifiant de façon mensongère avec des régimes brutaux et totalitaires.

Pour différentes raisons, la majorité de la presse radicale a aussi considéré le régime de Pol Pot comme « socialiste ».

De fait, le Militant a été le seul journal, en janvier demier, à ne pas analyser la guerre entre le Vietnam et le Cambodge comme un conflit entre « deux nations communistes».

Pourquoi le Militant différait-il des autres ? Pour comprendre cela, il faut examiner plus attentivement la facon dont la joie populaire qui a accueilli la victoire des Khmers rouges sur Lon Nol s'est transformée en souffrance massive et en l'ouverture d'une offensive réactionnaire contre les ouvriers et les paysans. L'EVACUATION FORCEE DES VILLES le New-York Times du 9 mai 1975, Sidney Schanberg écrivait : « avec des porsimplement et en brandissant des armes, ils parcoururent les rues en ordonnant aux gens de quitter leur maison. Au début, nous avons pense que cet ordre s'appliquait seulement aux riches dans leurs villas, mais bientôt, au fur et à mesure qu'il s'adressait à tous, l'exode remplissait les rues.

«Dans Phnom-Penh, deux millions de personnes se mirent tout d'un coup en mouvement pour sortir de la ville, en masse, dans un silence accablé....

«Les hôpitaux encombrés de blessés furent vidés, jusqu'au dernier malade. Ils partirent, en boitant, en rampant, sur des béquilles, portés par leurs proches, roulés sur leur lit d'hôpital...»

Des évacuations forcées du même genre d'autres villes comme Battambang et le port de Kompong Som. Trois millions de personnes au moins furent touchées par cet exode. On ne sait pas combien il y eut de morts. Toute assistance médicale convenatrès réduite guerre et les restrictions de américaine - était pratiquement impossible à obtenir.

La population urbaine fut dispersée à la campagne contre son gré, et employée à cultiver le riz, à réparer les digues, à construire des barrages et des canaux, à creuser des fossés d'irrigation et à participer à d'autres projets destinés à restaurer et à étendre la production agricole. Peu de gens échappèrent à l'évacuation forcée. Mais les Khmers rouges établirent rapidement leurs centres beaux immeubles gouvernementaux de Phnom-Penh et y demeurèrent jusqu'à ce que les rebelles cambodgiens et les troupes vietnamiennes encerclent la ville, au début de l'année.

Les apologistes du régime khmer rouge à ses débuts, comme George Hildebrand et Gareth Porter dans leur livre : «Cambodge: faim et révolution», ont d'abord cherché à excuser l'évacuation brutale en soulignant la menace de famine. Mais Porter et Hildebrand reconnaissent le poids politique

L'invasion des troupes US en 1970

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réel que ce régime donne à la classe ouvrière en considérant que la population urbaine était économiquement «improductive».

Les dirigeants du nouveau régime défendirent l'exode forcé en arguant des menaces contre la « sécurité». Ainsi Pol Pot affirma à Pékin le 4 octobre 1977 : « Cette évacuation avait été décidée avant la victoire, c'est-à-dire en février 1975, car nous savions qu'avant l'écrasement d'organisations ennemies d'espions de toutes sortes, nous ne serions pas assez forts pour défendre le régime révolutionnaire...

«Mais une fois ces organisations écrasées, il leur devenait difficile de revenir sur la scène. Leurs forces étaient dispersées différentes coopératives que nous contrôlions.»

Les dirigeants du Cambodge n'ont jamais pensé un instant à s'appuyer sur les travailleurs et les pauvres des villes pour écarter les dangers contre-révolutionnaires. Ils n'ont jamais envisagé d'appeler à la grève générale pour écraser les vestiges de l'ancien régime comme le fit Fidel Castro à la chute de Batista le 31 décembre 1958.

Ils n'allèrent même pas aussi loin que les staliniens vietnamiens qui ripostèrent au sabotage économique des capitalistes en encourageant les comités d'ouvriers, sous leur contrôle, à occuper les usines dans les dernières heures du régime de Saïgon.

Les dirigeants khmers rouges ont considéré les masses opprimées et exploitées des villes non comme une potentielle base populaire pour le nouveau régime révolutionnaire, mais comme des ennemis de classe irréconciliables. UNE POSSIBILITE ENVISAGEE PAR TROTSKY

Malgré le caractère extrême des mesures prises par le régime de Pol Pot, une telle politique ne devrait pas nous étonner si nous comprenons que les staliniens et les autres courants petits-bourgeois sont étrangers à la classe ouvrière par leur programme; et en Chine, en Indochine, il le sont aussi par leur composition sociale. Cependant, de nombreux éléments radicalisés soutiennent le contraire : à savoir qu'une direction stalinienne qui vient au pouvoir par un soulèvement révolutionnaire doit inévitablement renverser le capitalisme et instituer un Etat ouvrier. Cette erreur conduisit certains de ces éléments à enjoliver les actions contre-révolutionnaires des Khmers rouges, en les caractérisant de forme « unique» ou « bizarre» de la révolution socialiste.

En fait, des évolutions telles que celles advenues sous le régime de Pol Pot avaient été envisagées par le dirigeant bolche-

Trotsky, en 1932, dans son article « la guerre des paysans en Chine et le prolétariat» (voir «Les écrits de Trotsky sur la Chine», publié par Pathfinder Press).

Après que la politique stalinienne de soutien à Chang Kai-chek eût conduit à la défaite de la Révolution chinoise de 1925-1927, dont l'élément moteur fut la classe ouvrière, les communistes chinois survivants se retirèrent dans la campagne et commencèrent une guerre de guérilla.

Ayant perdu sa base dans les villes, la composition sociale du parti se transforma en quelques années; d'une majorité écrasante d'ouvriers, elle devint presque entièrement paysanne.

Trotsky demanda aux vriers chinois de soutenir les guérillas paysannes contre Chang Kai-chek, car elles faisaient partie de la lutte anti-impérialiste. Mais il a averti que leur victoire ne conduirait pas nécessairement les ouvriers chinois au pouvoir.

«La couche dirigeante de l"Armée rouge' chinoise a sans aucun doute réussi à s'inculquer l'habitude d'émettre des ordres», écrivait Trotsky. «L'absence d'un parti revolutionnaire fort et d'organisations de masse du proletariat rend le contrôle sur la couche dirigeante impossible de fait. Les commandants et les commissaires apparaissent comme les maîtres absolus de la situation et à partir du moment où ils occuperont les villes, pourront regarder de haut les ouvriers...

« En Chine, les causes et les raisons pour un conflit entre l'armée, qui est paysanne par sa composition, et petite-bourgeoise par sa direction, et les ouvriers, ne sont donc pas éliminées, mais au contraire, toutes les circonstances sont telles qu'elles augmentent considérablement la possibilité et même l'inévitabilité de tels conflits; et de plus les chances du prolétariat sont beaucoup moins favorables qu'elles ne l'étaient en Russie.»

Quand les armées paysannes sont entrées dans les villes chinoises en 1949, les dirigeants maoïstes ont mis en œuvre une politique qui allait contre la ouvrière, n'aient pas fait d'évacuations de masse comme au Cambodge. Ils ont interdit les grèves et les manifestations. Ils ont cherché à entraîner des forces capitalistes dans le gouvernement.

Mais lorsque le gouvernement chinois a été obligé de s'affronter à l'impérialisme US dans la Guerre de Corée, il a dû changer d'orientation. La réforme agraire a été étendue à toute la Chine du Sud (les vagues de réprécédentes n'avaient touché que le Nord).

Les mobilisations paysannes qui en ont résulté ont stimulé des mobilisations urbaines anticapitalistes qui ont commencé en 1951. Un gouvernement ouvrier et paysan est alors apparu et il a commencé à réaliser - sous les auspices de la bureaucratie maoïste - les mobilisations urbaines et les mesures économique qui, en 1953, ont transformé la Chine en un Etat ouvrier.

En raison de ces facteurs, les dangers que Trotsky avait prévus pour la Chine - bien qu'ils aient

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Troupes cambodgiennes en manœuvres près de la frontière vietnamienne, en septembre été présents après la Révolution de 1949 - n'ont pas empêché la destruction du capitalisme et la fin de la domination impérialis-

Au Cambodge, néanmoins, le conflit prévu par Trotsky a pris une forme extrêmement aiguë, qui a causé la défaite des travailleurs. Le cours contre-révolutionnaire, prévu par Trotsky, d'une armée paysanne dirigée par des staliniens, s'est de fait réalisé dans le PC cambodgien avec la consolidation du régime de Pol Pot.

L'évacuation urbaine totale imposée par la bande de Pol Pot a disperse la classe ouvriere et a empêché la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan

Cambodge, qui a renversé le capitalisme en Chine. Ce pas initial a été renforcé par l'imposition de mesutotalitaires impitoyables sur une large échelle.

Le caractère totalement antidémocratique et secret de la direction khmère rouge a contribué à créer une atmosphère de peur et d'intimidation. Non seulement la population n'avait pas la possibilité d'élire ses dirigeants et de discuter leurs erreurs, mais pendant un certain temps des efforts systématiques ont été faits pour cacher même l'identité des dirigeants.

L'appareil khmer rouge était simplement décrit comme l'Angkar (l'organisation). Ce n'est qu'en septembre 1977 que le peuple cambodgien a été informé de ce que les observateurs étrangers avaient considéré comme certain : L'Angkar était dirigé par le Parti communiste cambodgien. LA POLITIQUE DES KHMERS ROUGES

Dans la presse occidentale, la tyrannie de Pol Pot était généralement décrite comme cherchant à revenir à un passé agricole de nature mal définie mais précapitaliste, en transformant l'ensemble de la population en paysans.

Mais les modes de production précapitalistes (qu'ils soient asiatiques ou féodaux) se sont développés au cours des siècles, formés par des forces économiques sociales complexes; ils peuvent être reproduits en quelques années, même si un certain nombre de mesures politiques prises semblent être en contradiction avec la direction du développement historique.

Les dirigeants des Khmers rouges n'étaient pas de pauvres gens de la campagne, dont l'horizon aurait été limité à leur village. Ils avaient suivi des études à Paris, plusieurs d'entre eux étant spécialisés dans les problèmes économiques du «Tiersmonde». De plus, ils étaient partisans de la politique stalinienne. Pour un tel groupe, le retour à des rapports de production précapitalistes semblait aussi irréaliste qu'il l'était en fait.

Le vice-Premier ministre Ieng Sary a résumé les objectifs économiques du régime lors de la session du 5 septembre de l'assemblée générale des Nations-unies : «(Notre) politique économique est de considérer l'agriculture comme base et l'industrie comme facteur dominant. L'agriculture fournit des matières premières à l'industrie, qui à son tour sert à développer l'agriculture. Notre objectif est de faire de notre pays un pays moderne en ce qui concerne l'agriculture et l'industrie.»

Et une émission de radio promettait : «Plus nous pourrons exporter de riz, plus nous aurons la possibilité d'importer des machines-outils, différentes sor tes de machines et d'autres équipements utiles pour le développement économique du Cambodge.»

Ces déclarations expriment la stratégie économique fondamentale du régime cambodgien sous Pol Pot. Le nouveau régime avait pour but d'obtenir une exploitation maximum du tra-

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vail et une consommation minimum, afin que le pays devienne auto-suffisant pour la nourriture et accumule un surplus de denrées agricoles pouvant être vendues sur le marché mondial. Par ces exportations, il financerait l'industrialisation. IL NE S'AGIT PAS D'UN ETAT OUVRIER

La défaite des forces de Lon Nol, soutenues par l'impérialisme, a porté un coup dévastateur à la bourgeoisie cambodgienne, dont presque tous les membres se sont enfuis lors de la chute de Lon Nol en 1975. Le gouvernement est tombé entre les mains de l'Angkar, ainsi que tous les bâtiments urbains et une portion croissante des terres agricoles.

Pour certains commentateurs, c'était assez pour prouver que le capitalisme avait été renversé au Cambodge. Mais la nationalisation de la propriété n'est pas suffisante en elle-même pour établir un Etat ouvrier. L'intervention des travailleurs - seule force de la société moderne capable d'instaurer et de maintenir une structure économique progessiste - est nécessaire.

Les nationalisations au Cambodge n'ont pas été le résultat de mobilisations de la classe ouvrière - même limitées et contrôlées - mais ont suivi l'écrasement par les Khmers rouges des ouvriers des villes.

L'expropriation des capitalistes par les travailleurs et la transformation de l'industrie en propriété publique crée possibilité de coordonner les moyens de production par un plan économique national (et en fin de compte interational).

L'isolement économique, la mauvaise gestion bureaucratique, et les dépenses militaires imposées par l'encerclement impérialiste font que le niveau de vie de beaucoup d'Etats ouvriers est relativement bas (mais le plus souvent en hausse). Néanmoins, l'économie planifiée rend possible une vaste expansion dans des domaines comme la médecine, l'éducation, les soins aux personnes âgées, ainsi que l'accroissement de la taille et du poids de la classe ouvrière.

reflète le processus de remplacement progressif de la production pour le profit par la production pour l'usage. QUI DEFEND LES EXPROPRIATIONS ?

Même dans les Etats ouvriers dirigés par des castes bureaucratiques, il n'y a que la classe ouqui soit le gardien, en dernier ressort, de l'expropriation des capitalistes et de la planification économique coor-

Trotsky considérait la caste bureaucratique de l'Union soviétique comme une menace pour les nouvelles formes de propriété créées par la Révolution russe, en raison de ses penchants rapaces pour la consommation privée et pour les privilèges.

La bureaucratie «ne continue à préserver la propriété d'Etat que dans la mesure où elle a peur du prolétariat», écrivait Trotsky dans « La Révolution trahie»- C'est cette peur bien fondée qui a préservé l'économie planifiée en Union soviétique, malgré toutes ses distortions, pendant un demi-siècle, depuis que la bureaucratie stalinienne a pris les rênes du pouvoir.

Dans un Etat ouvrier, la propriété n'appartient pas a la bureaucratie, bien que celle-ci ait le monopole du pouvoir politique. Les bureaucrates chinois et soviétiques s'en rendraient compte assez vite s'ils essayaient de réaliser quelque-chose d'équivalent aux restrictions dans les services publics mis en œuvre par le régime de Pol Pot, sans parler de revenir de la propriéà la propriété privée. Les staliniens po-

Sont eu des difficultés à imposer des augmentations de prix sans déclencher de profondes explosions dans la classe

Dans ses efforts pour restreindre la consommation et accumuler un surplus avec lequel fonder une industrialisation capitaliste, l'appareil rouge a éliminé la plus grande partie de l'éducation publique; il a presque aboli la médecine professionnelle et les hôpitaux; il a fermé les bibliothèques et les autres institutions culturelles, il a supprimé le téléphone et la poste, arrêté la publication de livres et de journaux, et réduit à néant les loisirs et les divertissements.

Le travail a été intensifié à l'extrême. La joumée de douze heures a été instituée. On a réduit le nombre de

La classe ouvrière «improductive» - et politiquement suspecte - a été mise au travail dans les rizières. Le travail des enfants est devenu règle universelle. «N'aviez-vous pas de travail des enfants au début de votre révolution industrielle ?» a demandé un officiel du régime de Pol Pot à la correspondante du Washington Post Elisabeth Becker, lors de la visite de cette demière au Cambodge en décembre demier. Et une émission de radio Phnom Penh se vantait en ces termes: «Le Cambodge démocratique un immense lieu de travail.»

Si le Cambodge de Pol Pot était un Etat ouvrier, même avec de graves distorsions bureaucratiques, alors les socialistes révolutionnaires auraient à défendre l'éventualité qu'un tel Etat puisse être créé sans un progrès social et historique pour la classe ouvrière.

Les révolutionnaires défendent, contre l'impérialisme ou la restauration capitaliste intere, les conquêtes économiques progressistes des travailleurs dans des Etats ouvriers grotesquement bureaucratisés comme l'Union soviétique ou la Chine. Mais que trouverait à défendre la classe ouvrière mondiale dans la politique sociale et économique criminelle imposée aux masses cambodgiennes par Pol Pot ? Rien !

Rien n'était en jeu pour la classe ouvrière cambodgienne cambodgienne dans la nationalisation de la

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propriété, réalisée sans sa participation, par la petite-bourgeoisie de l'Angkar. C'était l'action d'une nouvelle bourgeoisie naissant de l'appareil d'Etat. Il ne s'agissait de mesures capitalistes réalisées par les travailleurs cambodgiens.

Arrachée aux villes et empêchée de participer directement à la transformation de la société, la classe ouvrière cambodgienne n'avait ni raisons ni moyens pour défendre les nationalisations du régime. Ces mesures n'ont même pas commencé à résoudre un seul des problèmes sociaux et économiques qui se posent aux masses cambodgiennes, de l'industrialisation à l'indépendance réelle face à l'impérialisme.

En fait, la politique du régime de Pol Pot a fait reculer le processus révolutionnaire qui s'était développé dans la lutte contre Lon Nol, ramenant en arrière la société cambodgienne.

En dépit de l'ampleur des nationalisations, du degré de désintégration du régime de Lon Nol, et de la dévastation de l'économie cambodgienne par la guerre, les nationalisations de Pol Pot ont de nombreux parallèles dans l'histoire. Elles sont de la même famille que les larges nationalisations des régimes d'Egypte, de Birmanie, du Mozambique et de TAngola, qui étaient le contraire de tourants sociaux réalisés par les ouvriers, même lorsqu'elles ont été accomplies par des directions bureaucratiques.

Les Khmers rouges entrent dans Phom-Penh

Et elles ne ressemblent en rien aux expropriations révolutionnaires de masse conduites par les Bolchéviks russes ou par le gouvernement Castro à Cuba.

régimes néocoloniaux sont fréquemment obligés de favoriser l'accumulation primitive du capital par l'appareil d'Etat. De tels régimes ne peuvent détruire les fondements économiques qui les maintiennent sous la botte de l'impérialisme. Et ils continuent à avoir besoin de l'appui des impérialistes comme arme en demier ressort contre les luttes des ouvriers et des paysans. bout du compte, ces régimes sont incapables de maintenir la propriété nationalisée ou d'arriver à l'indépendance face à l'impérialisme.

A part les cas où des entreprises non rentables sont reprises par l'Etat, les nationalisations mises en œuvre sans mobilisation de la classe ouvrière contre ses patrons et leurs agents se révèlent transitoires.

La domination économique impérialiste se réaffirme par le contrôle du marché mondial et des sources de capitaux d'inves-

De nouveaux éléments capitalistes apparaissent dans la petite-bourgeoisie d'Etat, et parmi les commerçants à la campagne et d'abord pression pour un relâdes contrôles, puis finalement pour la dénationalisation des secteurs rentables.

Cela s'est déjà passé en Egypte et en Birmanie, et menace aujourd'hui au Mozambique et en Angola. C'était l'avenir du Cambodge, si le régime de Pol Pot avait réussi à survivre.

Comme les masses n'ont pas d'intérêt fondamental dans la propriété d'Etat de ces néocolonies capitalistes, des dénationalisations peuvent se produire sans provoquer une guerre civile. Un tel retour pacifique à la propriété privée ne pourrait jamais arriver dans aucun des Etats ouvriers. Il rencontrerait une résistance populaire massive et diviserait même les bureaucrates parasites qui vivent du produit de ces conquêtes so-

Outre la dispersion brutale de la classe ouvrière, le caractère capitaliste du régime de Pol Pot s'est marqué aussi dans le retour complet sur la révolution agraire que les paysans avaient entreprise durant leur lutte, d'abord contre Sihanouk, puis contre Lon Nol.

«La terre à ceux qui la cultivent» était loin d'être l'idée des dirigeants khmers rouges qui ont contrôlé le Cambodge de 1975 jusqu'à leur renversement le mois dernier.

La réponse du régime pour éloigner les dangers de famine et obtenir une croissance du surplus agricole n'a pas été de relâcher la pression sur la force de travail rurale ni d'augmenter son bien-être. Au contraire, des mesures draconiennes ont été prises pour s'assurer que les paysans mettent le produit de leur travail à la disposition de l'Angkar.

Au départ, la majorité de la population était organisée dans des coopératives dites de bas niveau, comme l'écrit François Ponchaud dans son livre « Cambodge: année zéro». Dans ces coopératives, «la terre et les moyens de production restent la propriété des paysans, mais sont mis à la disposition de la coopérative pour être utilisés par tout le monde.»

Mais à la fin de 1975, le réadopté des mesures expropriant les paysans pauvres. On a déclaré la création de coopératives dites de haut niveau. Dans celles-ci, «tous les moyens de production étaient

Men commun et la récolte appartenait coopérative, distribuait mérites et les besoins de chaque individu... Mais les familles encore une certaine marge de liberté en ce qui conl'organisation de leurs repas. Cette autonomie relative a aussi été abolie en janvier 1976, quand des «communautés» (sahakum) ont été instaurées : la nourriture n'était plus distribuée, les repas étaient man-

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gés en commun, et la seule chose que quelqu'un pouvait posséder entierement était sa force physique, qu'il donnait à la coopérative.»

Cette nouvelle organisation permettait aux dirigeants de s'assurer un plus grand contrôle sur la récolte. Le soi-disant «dîner communautaire » par exemple, était littéralement du «serrage de ceinture» forcé pour être sûr que les paysans ne puissent garder une réserve de riz destinée à leur propre usage, plutôt qu'à l'accumulation.

Un nombre de plus en plus grand de fermes d'Etat furent aussi créées, dont les produits allaient directement à l'Etat. On les appelait communément les «terres de l'Angkar», d'après François Ponchaud.

Pour prévenir toute explosion d'opposition à ces attaques réaccontre les paysannes, des milliers de paysans furent chassés foyers et déplacés vers les régions fertiles mais sous-peuplées du Nord-Est.

A partir de ce moment-là, l'éclatement de soulèvements (souvent avec la participation de secteurs de l'appareil khmer rouge, dans l'Est), et l'augmentation importante du flot de réfugiés dans les pays voisins, révélèrent que l'Angkar perdait le soutien qu'il avait auparavant parmi les paysans. Ces demiers, comme les anciens habitants des villes, en vinrent à considérer le régime de Pol Pot comme tyrannique.

Les «communautés» agricoles militarisées étaient qualitativement différentes de la politique agraire accompagnant toute transformation sociale révolutionnaire dans le monde, même lorsqu'elle s'est produite de façon bureaucratique et déformée.

Pour des révolutionnaires, la tâche-clé est de forger une alliance politique durable entre les ouvriers et les paysans pauvres, pour renverser les capitalistes et les propriétaires fonciers et commencer la reconstruction de la société sur de nouvelles bases. Cela requiert urbaine. Les estimations de la soutien total des paysans qui demandent parcelles de terre à eux, ainsi qu'un accès facile aux machines, aux fourrages et aux engrais pour les faire fructifier.

C'est en luttant pour mettre cela en place que les Bolchéviks ont gagné en Russie les paysans pauvres à la révolution, c'est aussi le cours suivi par le gourévolutionnaire Cuba aujourd'hui.

L'objectif socialiste de réorganisation de l'agriculture sur une base collective plus efficace, ne sera accompli que si les paysans se convainquent volontairement que cela améliorera leur bien-être et celui de la société dans son ensemble. Une collectivisation forcée - sans parler de l'accumulation capitaliste poussée à l'extrême, arrachée aux paysans par le régime de Pol Pot -est un obstacle à la fois pour forger une alliance avec les ouvriers et pour convaincre les paysans de la plus grande productivité du travail en coopérative à grande échelle.

Les dirigeants khmers rouges ont utilisé la plus grande partie du surplus agricole ainsi accumulé pour remettre en route certaines industries et pour en créer de nouvelles. François Ponchaud rapportait dès 1976 que «la réhabilitation de l'industrie a résolument été lancée».

Résumant des émissions de la radio officielle, il écrit : «On parle d'usines textiles à PhnomPenh... A Battambang, la radio mentionne une usine de jute et une usine textile... Ailleurs, il y a des usines de tissage de la soie, une conserverie de poisson a Kompong Ampel, une raffinerie de sel à Kampot, un petit hautà Phnom-Dek, un autre au Mont-Aurel, et une cimenterie...» Une des principales industries du Cambodge, le caoutchouc, a retrouvé son plein niveau de production à la fin de

Bien sûr, l'industrie ne pouvait pas être remise en route, à cette échelle limitée, sans une renaissance de la vie taille de Phnom Penh à la fin

1975 allaient de quelques milliers de personnes à plus de 100000 (ce que déclarait le gouvernement). A la fin 1978, le gouvernement proclaque 200000 personnes vivaient dans la ville et sa banlieue. Des journalistes qui ont visité la ville fin 1978 ont dit que les ouvriers allaient en banlieue pour travailler dans les usines et rentraient à la maison

Le besoin d'une force de travail plus qualifiée a obligé le régime à commencer à ouvrir des écoles professionnelles et des hôpitaux dans plusieurs zones.

Mais les ouvriers qui avaient autrefois vécu dans les villes n'y sont pas souvent retournés. A leur place, des techniciens chinois, des soldats khmers rouges, des paysans arrivant directement de la campagne et des enfants faisaient marcher la plupart des usines. Le changement de la composition de la force de travail servait les fins politiques des dirigeants khmers rouges, leur procurant, espéraient-ils, une classe ouvrière relativement inexpérimentée et qui se soumettrait plus facilement à une discipline militarisée et à une exploitation intensive. COMPTER SUR SES PROPRES FORCES ?

La presse capitaliste a beaucoup parlé du prétendu objectif du régime Pol Pot de se développer de façon complètement autonome, avec peu ou pas de rapports avec le reste du

Le régime avait recours à une démagogie xénophobe pour justifier sa politique de refus des l'extérieur et du minimum d'importations. Il cherchait aussi à empêcher les étrangers de visiter le Cambodge et d'y être témoins des mesures brutales qu'il mettait en œuvre.

Mais lisolement du régime n'a jamais été aussi important qu'on l'a souvent prétendu. Dès le début, il a eu des liens étroits avec la Chine et la Corée du

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Nord, et un peu plus tard, il en forgea avec la Yougoslavie et la Roumanie.

En outre, l'un des objectifs déclarés de l'Angkar a toujours été de devenir un exportateur important de riz et de produits agricoles, et un importateur de machines et d'outils moderaoût 1976, quand il a officiellement ouvert sa frontière avec la Thailande, le Cambodge a importé des produits industriels et autres de ce pays. Des relations commerciales ont aussi été établies avec Singapour, la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines, le Japon, Madagascar, et d'autres nations africaines.

Vers la fin de 1978, le régime a réouvert les temples d'Angkor Vat. Le tourisme y était aux mains d'hommes d'affaires Thaïs. Le capital japonais a commencé à s'intéresser au Cambodge : «Derrière le désir du Japon d'aider le Cambodge, il y a aussi le désir de voir s'il est économiquement viable», écrivait la Far Eastern Economic Review dans son numéro du 10 novembre. DES SERVITEURS EN VESTE BLANCHE

Dans son reportage depuis Phnom-Penh, en décembre der-

Elisabeth Becker, du Washington Post, a beaucoup parlé de la «recherche de l'égalité totale» par les dirigeants de l'Angkar. Mais la structure du commandement militaire et l'appareil d'Etat s'accompagnaient de toute une hiérarchie de privilèges. Ponchaud rapporte que les troupes de l'armée régulière «sont mieux équipées et mieux

Brigade de travail construisant des fossés nourries et n'ont pas à faire de travail agricole.» Bux et d'autres officiels avaient aussi accès aux réserves de médicaments étrangers qui restaient.

sommet, les privilèges avaient une plus grande am-

Le reporter américain Richard Dudman a décrit sa rencontre avec Pol Pot dans le «palais d'Etat de l'ancien gouverneur-général français Phnom Penh». Il a noté «les fenêtres à rideaux, partiellement ouvertes, de la salle de réception qui était décorée de fleurs tropicales et meublée de tapis colorés et de rangées de chaises très rembourrées». Il a remarqué avec surprise «serviteurs en vestes blanches» de Pol Pot.

Alors qu'ils insistent une existence austère - privée de loisirs, de téléphone, de livres, de docteurs, d'écoles, et d'autres futilités «occidentales» - pour les masses, les dirigeants de l'Angkar n'ont pas oublié de se réserver une part quelque peu meilleure. UNE ECONOMIE DE TROC ?

L'abolition légale de la circulation du papier monnaie et des pièces par l'Angkar a aussi été donnée comme une preuve de ce qu'il devait avoir renversé le capitalisme.

Mais cette abolition formelle ne prouve rien. Aucun régime - capitaliste ou non - n'a encore été capable de se passer de monnaie. Aucun Etat ouvrier, même le plus développé économiquement, n'a atteint un niveau de production suffisant pour subvenir aux besoins humains sans utiliser la monnaie comme moyen de circulation.

Cette mesure ne pouvait qu'être temporaire et artificielle. Bien qu'il n'y ait eu que peu de biens de consommation à acheter, tous les biens - y compris le riz - continuaient à être évalués en riels, l'ancienne monnaie cambodgienne. A la campagne, cela s'accompagnait de fraude à grande échelle, de l'utilisation du riz comme monnaie, et sans doute d'autres expédients.

La correspondante du Washington Post, Elizabeth Becker a décrit la coopérative de Kampong Cham où « le riz est vendu au gouvernement central de Phnom-Penh. La coopérative reçoit un crédit pour le riz - quatre riels par tonne - et utilise ce crédit pour acheter les choses qu'elle ne peut produire, comme l'essence pour ses tracteurs.

« Les comptes de chaque coopérative sont gardés dans un registre national à Phnom-Penh, nous a dit un fonctionnaire.

«'Cela n'est pas si inabituel, a-t-il dit, 'dans votre pays vous n'utilisez pas souvent de monnaie. Vous utilisez des cartes de crédit et des chèques'».

L'expansion de l'économie cambodgienne et de son commerce extérieur aurait inévitablement obligé le régime à rétablir la circulation légale de papier monnaie et de pièces. Mais pour le moment, sa suppression coïncidait avec l'objectif central de la direction de l'Angkar : réduire le plus possible la consommation, et obtenir une exploitation maximum de la force de travail pour accumuler le plus de richesses dans leurs propres mains. LES LIENS AVEC L'IMPERIALISME

La tendance à l'accumulation primitive du capital, et la crainl'opposition intérieure que cela devait engendrer inévitablement, conduisit le régime Pol Pot à établir des liens plus étroits avec l'impérialisme durant la dernière année de son existence. Les mobilisations de masse qui ont renversé les rapports de propriété capitalistes au Sud-Vietnam au printemps 1978 ont alarmé l'impérialisme

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et terrifié ses satrapes néocoloniaux. L'impérialisme a alors intensifié ses mesures pour isoler le Vietnam et les inciter davantage à utiliser le Cambodge, faible, ruiné par la guerre, mais néanmoins capitaliste, comme un instrument contre la Révolution vietnamienne.

Les aspects extrêmes et apparemment bizarres du régime cambodgien n'étaient pas le produit d'une irrationalité particulière du régime Pol Pot. Ils faisaient partie de la profonde irrationalité et de l'inhumanité qui caractérisent le système capitaliste mondial à un stade avancé de sa décadence.

Il n'y avait que deux voies possibles pour la société cambodgienne. Pour suivre la voie d'un gouvernement ouvrier et les masses auraient pu être mobilisées afin de renverser le capitalisme et de faire progresser la société cambodgienne. Cette voie ayant été rejetée par les staliniens cambodgiens, tout, de la dispersion forcée de la classe ouvrière à la contre-révolution rurale, a suivi logiquement. Cette politique répressive pour but de conduire à une accumulation capitaliste ra-

Le caractère capitaliste du régime explique pourquoi •les pouvoirs impérialistes proches, comme l'Australie, considéraient le régime Pol Pot comme un «tampon entre le Vietnam communiste et la Thailande non communiste» (Far Eastern Economic Review, 10 novembre).

Le renversement de Pol Pot ouvre une nouvelle période pour les ouvriers et les paysans cambodgiens. Comment peuvent-ils faire avancer la lutte pour les droits démocratiques ? Pour la réforme agraire ? Pour la liberté face à la domination impérialiste ? Pour le socialisme?

Le régime Pol Pot a montré qu'il était prêt à solder l'indépendance de la nation, lorsqu'il a envoyé le vieux fantoche impérialiste Sihanouk pour le représenter aux Nations-Unies et appeler à une invasion militaire de l'ONU et des USA contre les rebelles cambodgiens et les troupes vietnamiennes.

Loin de renier l'appel de Sihanouk, le représentant de Pol Pot, leng Sary, a réaffirmé l'ancien rôle du monarque comme principal porte-parole du régime à l'étranger. Ieng Sary s'est félicité des déclarations de soutien de Carter.

Les forces de Pol Pot ont aussi approfondi leur collusion avec la dictature militaire néocolonialiste Thailande. Quelle fin révélatrice pour régime qui déclarait s'opposer à toutes les influences étrangères ! Les représentants de Pol Pot n'ont pas non plus hésité à appeler les forces droitières qui avaient soutenu Lon Nol à les rejoindre dans la lutte contre le gouvernement

Une telle évolution est logique. Le caractère de classe du gouvernement de Pol Pot l'a obligé à se tourner vers toutes les forces contre-révolutionnaires qui avaient pu infester le Cambodge. Cette bande de petits-bourgeois à direction stalinienne n'avait rien à faire de la souveraineté cambodgienne ou de l'indépendance par rapport à l'impérialisme. Elle était un ennemi mortel de la classe ouvrière et du socialisme. QUELLE VOIE PRENDRE POUR AVANCER ?

Il est probable que les masses cambodgiennes vont chercher à prendre avantage des possibilités ouvertes par la chute de cette tyrannie capitaliste pour faire propres intérêts classe. Elles demanderont des armes au nouveau gouverement pour se défendre les expéditions punitives de ce qui reste des partisans de Pol Pot, et pour extirper toute trace de tyrannie.

Elles feront pression pour la création d'un gouvernement ouvrier et paysan qui mènerait une politique conforme à leurs intérêts. Un gouverement ouvrier et paysan mettrait en place des élémentaires comme l'éducation et les soins médicaux pour tous, abolirait le travail obligatoire jeunes enfants, et diminuerait la journée et la semaine de travail. Il pourrait mobiliser les travailleurs pour la propriété publique de l'industrie, en empêchant la nouvelle émergence d'une classe capitaliste pendant la période de transition.

Les paysans et les ouvriers chercheront à retourner dans leurs foyers. Les paysans voudront une véritable réforme agraire - y compris le droit de posséder leurs parcelles de terrain et leurs animaux de trait, ou de travailler avec d'autres sur une base coopérative, selon les désirs des paysans pauvres eux-mêmes.

Les travailleurs auront de nouvelles possibilités de faire pression pour le contrôle ouvrier sur la production et une planification économique démocratique : pour demander le droit de penser, d'écrire et de dire ce qu'ils veulent, et pour revendiquer le droit élémentaire à former des partis politiques et à élire leur gouvernement.

On ne peut pas compter sur les dirigeants vietnamiens, qui sont actuellement militairement prépondérants dans les forces anti-Pol Pot, pour mettre en avant un tel programme révolutionnaire. Une transformation socialiste profonde au Cambodge pourrait saper leur contrôle bureaucratique du Vietnam, et menacer leurs efforts pour réaliser la « coexistence pacifique» avec les impérialistes et leurs satellites régionaux.

On peut aussi être sûr que les di Boi Bate de scion dirigeants du nouveau régime proviennent d'une série de scissions du PC de Pol Pot - essaieront de garder les masses sous leur empire bureaucratique.

Mais les paysans et les ouvriers qui forment la base des forces armées vietnamiennes et des troupes rebelles cambodgiennes pourraient bien réagir différemment. De telles revendications les aideront dans leur lutte contre la direction bureaucratique.

En dépit du goût des journalistes occidentaux pour les expressions racistes sur la « vieille haine» entre les peuples cambodgien et vietnamien, les événements des dernières décennies en Indochine ont souvent montré la force unifiante des

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intérêts de classe communs partagés par les masses vietnamiennes et cambodgiennes.

La lutte de libération cambodgienne a subi le poids de la mauvaise direction d'un parti stalinien. En 1975, cette bande et ses alliés ont commis une des trahisons les plus monstrueuses de l'Histoire, transformant une victoire révolutionnaire en un règne contre-révolutionnaire de la terreur et de l'exploitation.

On ne peut compter sur aucun secteur du mouvement stalinien pour faire avancer les intérêts des ouvriers et des paysans. Les masses cambodgiennes, comme les opprimés des autres pays, ont besoin d'un parti de masse de la classe ouvrière, qui s'engage à suivre un

Europe programme d'interationalisme révolutionnaire.

C'est en suivant cette voie que les ouvriers et les paysans cambodgiens, qui ont tant combattu et souffert depuis dix ans dans la lutte pour leur libération, pourront faire les prochains pas en avant dans la lutte contre l'impérialisme et pour les droits démocratiques et le socialisme.

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