Tentatives de mise au pas de la classe ouvrière au niveau national et
Anna LIBERA • Commencée avec force propagande il y a quelques mois, la campagne pour l'élection au Parlement européen - prévue pour juin 1979 - connaît quelques ratés alors que s'accentue la crise politique et sociale dans une série de pays. Ceci ne remet pas en cause l'échéance de juin, mais éclaire d'une lumière crue la contradiction à laquelle sont confrontéesles bourgeoisies dans leur projet de centralisation et d'intégration européennes: celui-ci nécessite en effet et doit permettre d'accentuer la synchronisation des situations économiques, politiques et sociales des différents pays; or, elles sont confrontées dans leurs pays respectifs à des crises qui les poussent momentanément à resserrer le front de leurs forces, divisé sur la question européenne, afin de faire face à la classe ouvrière.
L'enjeu d européennes de juin 1979 projet de mise en place du parlement européen afin d'homogénéiser cette mise au pas au niveau de la communauté européenne vont de pair pour la bourgeoisie.
Mais ceci ne doit pas nous faire perdre de vue que tentatives de mise au pas de la classe ouvrière au niveau national et projet de mise en place du Parlement européen, afin d'homogénéiser cette mise au pas au niveau de la Communauté eurovont de pair pour la bourgeoisie. Tout comme doit aller de pair pour les travailleurs la riposte aux plans d'austérité mis en place dans chaque pays et à la centralisation européenne de l'attaque anti-ouvrière, riposte dont le nécessaire caractère international s'impose de plus en plus aux travailleurs, comme le montre aujourd'hui la situation dans la sidérurgie.
C'est pourquoi il est indispensable de bien saisir les projets de la bourgeoisie européenne afin d'y opposer des réponses ouvrières et donc internationales élections listes et de ne pas fourvoyer les travailleurs dans les ornières de la gestion de la crise et du chauUN PROJET INSCRIT DANS L'ACTE DE NAISSANCE DE LA CEE
La mise en place d'institutions européennes supra-nationales est la conséquence logique de la concentration européenne des capitaux, de la création de multinationales européennes. En effet, sous le système capitaliste, il faut que le champ d'action de l'Etat soit conforme à celui des forces productives et des rapports de production. De plus en plus donc, l'internationalisation et la concentration des capitaux dans la CEE se heurte aux prérogatives maintenues des Etats nationaux et à l'absence d'institutions supra-nationales.
La fondation même de la CEE était une réponse de la part du grand capital européen à la contradiction qui existait entre le développement des forces productives et le carcan des Etats nationaux. Pour faire face à la concurrence américaine et japonaise, les groupes industriels européens devaient s'unir, bénéficier d'une politique économique de plus en plus concertée (matières premières, infrastructures). C'est ce qui amena à la signature du Traité de Rome. Mais vu le rôle déterminant de l'Etat (monnaie, fisc, crédit, infrastructure, politique sociale), ces grands groupes européens ont besoin de s'appuyer sur des institutions de type étatique supra-nationales capables de mener en leur faveur une politique centralisée. Dès que l'interpénétration et la centralisation européenne des capitaux atteint un certain niveau, la pression est irrésistible en faveur d'un Etat
Depuis 1969, les représentants des secteurs de pointe du capital européen prêchent en faveur d'une intégration économique et politique plus poussée. Agnelli, patron de la FIAT, expliquait le 20 février 1969 à la Commission permanente de l'industrie du Parlement italien : « Si nous voulons faire une programmation du secteur de l'automobile, nous devons mettre la main à la pâte au niveau supra-national».
Raymond Barre, à la même époque, alors qu'il était vice-président de la Commission des Communautés européennes, allait dans le même sens: «Le Marché commun des capitaux est en retard sur celui des marchandises à cause des ambiguités du Traité de Rome en cette matière, mais aussi de l'attitude des Etats. Ceux-ci craignent que mobilité des capitaux ne compromette la realisation des objectifs nationaux ». A la même époque, toujours, Giscard d'Estaing, Finances, était pour la création d'une monnaie européenne. Si telle est la tendance historique, cependant, en période de croissance il n'était pas nécessaire d'aller plus loin que des mesures d'aide à l'exportation et de garantie des profits. C'est à l'écla- ne. Leur déclaration commune de la grande récession économique mondiale de 1974/ 1975 que la crise de la CEE apparut dans toute son ampleur. Il n'existait pas d'Etat supra-national capable de mener la politique anti-crise nécessaire pour les gros groupes européens devant faire face à la concurrence des trusts américains qui disposaient, eux, d'un Etat puissant à leur service. Dans cette situation, en l'absence d'un Etat supra-national, chaque bourgeoiallait commencer à s'occuper de son économie (voir par exemple la demande de l'Italie de pouvoir bénéficier d'une série de dérogations aux accords économiques communautaires au moment de la grave crise de la lire). De plus elles se tournèrent vers leurs Etats nationaux pour faire face à la profonde crise sociale qui se développait.
On assista alors à un risque d'éclatement de la CEE, stimulé par la tendance des Etats nationaux à adopter des mesures protectionnistes afin de freiner la concurrence des autres éco-
Ceci confirme qu'écrivait Emest Mandel en 1968 dans « La réponse socialiste au défi américain» : «L'heure de vérité sonnera pour la CEE quand s'abattra sur l'Europe capitaliste une récession généralisée. Ce sera là l'épreuve décisive du Marché commun» (page 124, Editions Maspéro).
C'est en 1977 que les représentants les plus lucides des intérêts à long terme du grand capital européen (le social-démocrate Helmut Schmidt et Giscard d'Estaing) commencèrent à réagir face au risque d'éclatement de la CEE. La bourgeoisie, après l'explication donnée de la crise comme étant une conséquence momentanée de la hausse du coût du pétrole, s'installait désormais dans une crise qu'elle prévoyait de longue durée et devait fourbir ses instruments pour en faire peser le coût sur les travailleurs.
Lors de leur «sommet» du 4 février 1977, Giscard et Schmidt déclaraient vouloir être moteurs de la relance européenexpliquait : «Le gouvernement de la RFA et le gouverement français souhaitent que la Communauté puisse reprendre en la marche vers l'union économique monétaire, point de passage obligé sur la voie de l'Union européenne. Ils espèrent que les politiques de redressement (lire l'austérité !) mises en œuvre par plusieurs Etats membres y contribueront». Schmidt concluait pour sa part : «Nous croyons que la politique économique mise en route en Allemagne pendant la crise économique mondiale, ainsi que la politique économique lancée en France sous la désignation de "plan Barre» aboutiront en 1977 à de bons progrès. Paris et Bonn voudraient renforcer cette évolution, non seulement par la consultation mais aussi par la coordination, évidemment dans le cadre des décisions et options des instances européennes. Nous comptons pouvoir convier nos partenaires à participer à une convergence plus stricte des politiques économiques» (Le Monde du 6/7 février 1977). L'objectif est donc clairement exposé : coordonner les politiques d'austérité anti-ouvrières mises en avant par les gouvernements des pays membres de la CEE et utiliser la crise au service du redéploiement du capitalisme européen.
C'est à la réalisation de ces objectifs que servent les trois mesures conjointes que la bourgeoisie européenne tente d'appliquer actuellement : la création de l'Union monétaire euro-
Les éditions La Brèche viennent de publier une cassette de formation
«Les Etats Unis socialistes d'Europe», par J.M. Freyssat. 99 rue de l'Ouest, 75014 Paris
péenne, l'élargissement de la CEE et l'élection du Parlement européen. LA VOIE SINUEUSE DU SYSTEME MONETAIRE EUROPEEN
La création du système monétaire européen correspond à plusieurs préoccupations des capitalistes européens :
pas être soumis aux fluetuations du dollar; - libérer les mouvements de capitaux européens; - coordonner la politique anticrise (crédit, etc.); - créer un fond commun de réserve qui permettra aux pays
(forts) de faire pression sur les choix politiques, économiques et sociaux des gouverconfrontés puissant mouvement ouvrier
(dans la tradition du rôle du ces dernières années, comme au Pérou, en Italie, en Grande-Bretagne...) Comme l'écrit sans détour l'hebdomadaire britannique The
Economist, il faut défendre le SME : « parce qu'il fixe un cadre pour la coordination et même la discipline de la politique fiscale, d'échange qui pourrait bénéficier à l'Europe tout comme le FMI a bénéficié au monde.
Parce qu'il fait pression sur les gouvernements qui, l'heure actuelle ne mènent pas leur politique économique de façon saine pour qu'ils le fassent : et même un succès partiel en ce domaine représenterait un réel succès».
(The Economist, 21 octobre
Le SME devrait être le corollaire et le guide des politiques d'austérité nationales. Ainsi par exemple, le Comité de politique" économique de la Communauté admet que les pays pauvres qui adhéreraient au SME auraient des difficultés, car il leur faudrait porter une plus grande priorité aux questions de la balance des paiements et moins aux autres objectifs, tels que la croissance et l'emploi; d'autre part, le SME fixant les taux de change, cela réduira le nombre des instruments politiques à la disposition des gouvernements pour faire face à une crise.
La principale embüche sur la voie de la mise en place du SME réside dans la disparité entre les différentes monnaies nationales, les différentes éconoles différentes situations sociales et syndicales. Comme le soulignait tout aussi lucidement l'article déjà cité plus
Run gouvernement croit que l'art actuel de la convergence économique peut supporter la charge de faire tenir le SME, les négociateurs pourraient tout aussi bien arrêter de perdre leur temps. Non seulement les différentes politiques, mais les différentes réalités syndicales, les différentes perspectives, les différents atouts des Neuf rendent impossible qu'un taux de change entre eux puisse tenir plus d'un an. » (The Economist, 21 octobre 1978).
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR Articles sur la RFA 1. Les sidérurgistes pour les
35 heures, numéro 40, 14 décembre 1978. 2. Six semaines de grève dans la sidérurgie - premier bilan, numéro 40, 14 décembre
1978.
Articles sur la Grande-Bretagne 1. Au sortir de plusieurs défaites et à la veille d'une année électorale, de Brian
Grogan et de Rich Palser;
paru dans Inprecor no 22, du 17 février 1978. 2. Callaghan et Ford contre la classe ouvrière, de Brian
Grogan;
paru dans Inprecor no 36, du 19 octobre 1978. 3. La dernière année du gouvernement Callaghan, de
Rich Palser;
paru dans Inprecor no 40, du 14 décembre 1978. 4. Le gouvernement travailliste passera-t-il l'hiver? par
Brian Grogan; numéro 45,
15 février 1979.
Et c'est bien les disparités existantes qui bloquent actuellement la mise en place du SME que la bourgeoisie voulait réaliser avant le début de la nouvelle récession. Les réactions des différents gouvernements sur cette question illustrent bien ce fait.
La Grande-Bretagne refusait tout de go d'adhérer au SME en novembre dernier, jugeant la
Centre les différents taux d'inflation trop grande. Mais Callaghan refusait ment, et surtout, difficultés politiques et sociales auxquelles il est confronté par suite du rejet de sa politique de contrôle des salaires par les trasyndicats britanniques et par son propre parti. La crise est déjà forte dans le Parti travailliste du fait du refus de Callaghan de se plier à la décide son congrès sur les « 5% » (1), et il ne veut pas l'alimenter en décidant d'adhérer au SME alors qu'un fort lobby anti-CEE existe dans le Labour. Il faut noter cependant que Callaghan se garde bien de lancer une croisade contre le SME.
Le gouverement italien - à l'époque monocolore démocrate-chrétien soutenu par une majorité comprenant le PCI et le PSI - décidait au contraire intempestivement d'adhérer au SME malgré l'opposition des communistes qui étaient son principal soutien. L'objectif de bourgeoisie italienne était simple : se targuer de cet « engagement» européen afin d'imposer en Italie une politique d'austérité de moins en moins acceptée par les travailleurs. On peut dire que cette adhésion au SME est un des principaux éléments qui a déterminé la décision du PCI de se retirer de la majorité parlementaire et, en conséquence, de faire tomber le gouvernement Andreotti. Une adhésion au SME pour rien, dans l'immédiat en tout cas, pour l'Italie privée de gouvernement : les inconnues de la situation politique et sociale prennent le devant de la scène pour la bourgeoisie de la péninsule.
Beaucoup plus significative et révélatrice encore est l'attitude du gouvernement français.
Alors que Giscard s'était montré avec Schmidt le champion de la monnaie européenne, la présidence française de la CEE - qui a commencé en janvier de cette année - est marquée par le blocage des débats et progrès entre autres sur le SME, le budget 1979 de la CEE et les prix agricoles communs. Cette obstruction reflète les préoccupations domestiques des représentants du gouvernement français.
En effet, Paris voudrait bien remettre à après juin la mise en place du SME à cause de la mauvaise tenue de l'économie et des exportations françaises, de la riposte ouvrière massive dans le Nord et en Lorraine et dans une série d'autres secteurs. L'autre problème pour le gouvernement français réside dans les prix agricoles et les fameux montants compensatoires (2). La France voudrait voir démanteler ces anciens montants compensatoires qui favorisent les producteurs agricoles allemands et stimulent le mécontentement des producteurs français avant la mise en place du SME et prépare, en fait, le taux des futurs montants compensatoires. effet, une fois le SME mis en place, et pour ne pas diminuer les prix agricoles allemands, faudrait augmenter les prix agricoles européens de 10%. Autant dire que les autres pays ne sont pas d'accord et que, dans cette situation, les producteurs allesont la base électorale du parti libéral, allié gouvememental du SPD - veulent maintenir leurs avantages actuels. La situation est donc difficile, comme en témoigne l'embarras manifesté par Giscard d'Estaing lors de sa demière conférence de presse : «La mise en route de ce système (le SME) n'a pas pu intervenir en raison d'un problème d'une autre nature, c'est l'existence de ce que l'on appelle les montants compensatoires monétaires. Il s'agit d'un problème distinct de celui du système monétaire, mais qui appelle également une solution (...) Nous sommes favorables à la mise en route de ce système monétaire européen aussitôt que les difficultés existantes en ce qui concerne les montants compensatoires monétaires auront été surmontés. » (Le Monde, 17 février 1979). Ce n'est donc pas encore pour demain !
Demier élément enfin, les réticences représentants du gouverement français s ur le budget de 1979 de la Communauté. La France continue en effet à reconnaître comme nulle la décision du Parlement européen de doubler les crédits accordés au Fonds régional européen. En effet cette décision reviendrait à reconnaître que le Parlement européen dispose de pouvoirs étendus alors que les giscardiens sont soumis en France au feu roulant de leurs alliés gouvernementaux du RPR (gaullistes) qui dénoncent l'exde ces pouvoirs l'abandon de la « souveraineté nationale ».
Et c'est là la facette politique des problèmes que rencontre Giscard dans la mise en œuvre de ses choix européens. Ceux-ci divisent en deux la bourgeoisie française alors que celle-ci a besoin d'être plus unie que jamais face à la montée de la colère ouvrière. Ainsi, dans sa récente conférence de presse, Giscard, qui avait lui-même ouvert la campagne européenne il y a plusieurs mois, exprimait le souhait d'y voir mis un bémol : «D'abord il est beaucoup trop tôt pour commencer (la campagne). Il y a contradiction entre l'état des préoccupations de l'opinion française , qui sont essentiellement économiques sociales à l'heure actuelle l'anticipation de la campagne pour les élections européennes. Les textes prévoient des durées pour les campagnes électorales qui vont de quinze jours à un mois. Il n'est donc pas nécessaide l'entreprendre plusieurs mois à l'avance. Aussi, je souhaite que la France se concentre sur ses problèmes économiques et sociaux et qu'elle attende pour avoir, le moment venu, son débat non pas sur l'Europe, mais sur la représentation des Français au sein de l'Assemblée européenne.» (Le Monde, 17 février 1979). Voilà une manière bien défensive d'aborder les problèmes. En d'autres termes Giscard appelle la bourgeoisie française à serrer les rangs face aux travailleurs et, au lieu de parler de la « grande idée européenne » qui lui semblait si chère, il n'envisage plus qu'une mesquine discussion sur la délé de Strasbourg !
La réaction de ces différents gouvernements illustre à loisir les difficultés que rencontre la bourgeoisie européenne dans la réalisation de son projet. La mise en place du Parlement européen devrait permettre d'aller de l'avant dans ses projets (et est loin de les résumer), mais la condition essentielle réside dans synchronisation des situations sociales et politiques dans les différents pays, ce qui est loin d'être réalisée.
L'élection au suffrage universel de ce Parlement devrait, d'autre part, légitimer toute l'opération aux yeux des populations européennes et, en premier lieu, des directions réforpeut parler d'un carcan institutionnel pour les travailleurs européens leurs organisations. Par ce biais les différentes bourgeoisies espèrent aussi bien tenter de réduire le poids politique des organisations ouvrières dans chaque Etat national. Agnelli expliquait par exemple à France Soir le 10 juillet 1976 (au lendemain de la forte poussée électorale du PCI qui allait mener à son intégration dans la majorité parlementaire italienne: une Europe intégrée, le problème posé par une forte présence communiste en Italie et France serait pour une part dilué. Les communistes auraient ainsi le temps nécessaire pour aller au bout de leur évolution démocratique (s'ils en sont capables) et nous aurions le temps de vérifier la sincérité du respect qu'ils portent au pluralisme, non seulement politique mais aussi économique et aux liens qui nous unissent en Occident et auxquels nous ne voulons pas renoncer."
Les difficultés et temps d'arrêt enregistrés sur la voie de la réalisation de ce projet par les bourgeoisies européennes ne signifient pas cependant qu'elles vont y renoncer.
LA QUESTION DE L'ELARGISSEMENT
La perspective de l'entrée de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne dans la CEE va dans le même sens. Pour les bourgeoisies de ces pays, la crise à laquelle elles doivent faire face à mis à l'ordre du jour leur entrée dans l'Europe capitaliste. Les réticences sont certes nombreuses à cette entrée dans certains secteurs de la bourgeoisie des autres pays de la CEE, mais quatre éléments plaident, pour la bourgeoisie européenne, en faveur de l'intégration : - les avantages que constituerait la formation d'un marché totalisant le quart du marché mondial; - l'intérêt pour les grosses firmes agro-alimentaires européennes de s'accaparer le marché des matières premières agricoles de ces pays méditerranéens et de s'ouvrir la voie des marchés du tiersmonde en cette matière; - l'intérêt pour les groupes industriels de redéployer leur appareil de production vers des pays disposant d'une main-d'œuvre bon marché;
la nécessité d'un soutien politique à des régimes faibles confrontés à une profonde crise sociale.
Pour cet ensemble de raisons, qui sont plus fortes que les motifs des réticences, on s'achemine donc vers une intégration des trois pays candidats - toujours susceptible certes de connaître des coups d'arrêt - avec clauses spéciales à long terme (en particulier afin de freiner la circulation libre de la main-d'œuvre de ces pays à fort taux de chômage). L'entrée de ces pays commun - qui est défendue et souhaitée par les partis ouvriers des trois pays - aura des conséquences négatives immédiates pour les travailleurs espagnols, portugais et grecs. La Commission de Bruxelles explique d'ailleurs clairement ces conséquences quand elle écrit : «Une croissance très marquée de la productivité dans les pays candidats exige une restructuration sous forme de réduction très considérable des effectifs occupés... pareils gains de productivité gagés qu'en augmentant le chômage et l'émigration. Pour cette raison, le problème de l'emploi risque de devenir central au cours des premières années d'élargissement.»
L'entrée de ces pays dans le Marché commun renforcera les secteurs dominants du capitalisme indigène et donc leurs capacités d'exploitation des travailleurs. Ces raisons suffisent à justifier le refus, par les travailleurs de ces pays, de l'entrée dans capitaliste. ce refus ne peut se faire sur la ligne que défend le PCF en France - opposé à l'élargissement - et qui n'a comme conséquence que l'opposition entre les travailleurs français et ceux des trois pays candidats, principalement de l'Etat espagnol. En
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Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe - manifeste adopté par les sections européennes de la Vle Internationale; numéro 45, 15 février 1979. effet, si la politique de la bourgeoisie européenne entraîne une division immédiate entre les travailleurs des différents pays (en stimulant le chômage et donc la concurrence au sein de la classe ouvrière pour l'emploi), on ne peut y faire face en se repliant sur la défense des «emplois français » qui seraient convoités par l'«étranger». C'est pourquoi le refus de l'entrée de l'Espagne, de la Grèce et du Portugal ne peut se faire qu'au nom de la centralisation des luttes des travailleurs de et des pays des « Neuf» contre l'austérité, à commencer par une campagne commune pour la réduction du temps de travail pour déboucher sur la bataille pour une planification démocratique de l'économie européenne qui implique le renversement du capitalisme.
Prochain article :
Les organisations ouvrières face à l'Europe NOTES 1) En octobre dernier, après le congrès du TUC, le congrès du Parti agricole ne pourraient être dé- travailliste rejetait la politique salariale du gouvernement qui limite à 5% les hausses salariales annuelles. Callaghan décidait de passer outre à cette décision. Mais la vague de grèves qui a déferlé ensuite sur l'Angleterre s'est chargée de la faire passer dans les faits. 2) A l'origine la politique agricole commune depuis 1962 impliquait des prix agricoles identiques pour les six pays d'alors. Ces prix sont calculés dans une monnaie fietive. En 1969 la France dévalue sa monnaie de 16%. Cela aurait dû accroître les prix maximums garantis par la CEE d'autant. Mais la France ne veut pas d'augmentation des prix alimentaires : elle gèle les prix de soutien au niveau d'avant la dévaluation. faut « compenser», sinon les produits français seraient trop bon marché Il sont taxés d'un « montant compensatoire monétaire » égal à la valeur du franc dévalué par rapport à la monnaie du pays qui importe. Ce sont des «montants compensatoires négatifs », dûs à une dévaluation. Même lors des réévaluations du mark en 1969, puis en 1971. Cette fois les prix de soutien agricoles allemands devraient baisser. Mais les producteurs agricoles allemands ne veulent pas en entendre parler. Les prix montent donc en Allemagne par rapport aux autres prix européens. Et les exportations allemandes sont subventionnées : ce sont les «montants compensatoires positifs» (dûs à une réévaluation). La même chose se produit en Hollande quand le florin suit le mark. En conséquence le prix garanti minimum théoriquement commun à tous les pays de la CEE est en fait faible quand il s'exprime dans une monnaie faible (franc, lire, livre), et élevé quand il s'exprime dans une monnaie forte (mark, florin). D'où la des pays à monnaie forte. La création du SME variations monétaires va en fait aussi créer de nouveaux montants compensatoires, mais qui auront l'avantage d'être stables et moins importants.
conférences
sur la libération
des femmes