Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Mobilisations ouvrières et crise politique

· Inprecor n° 47, 15 mars 1979 · p. 24-29 · 4 514 mots

France Syndicalisme

Get à l'épreuve de force politique. Jean-Claude BERNARD • Le premier trimestre de l'année 1979 marque la fin du répit dont a bénéficié le gouvernement Giscard-Barre à la suite des élections de mars 1978. L'essor des luttes ouvrières dans la sidérurgie, mais aussi dans les assurances, les postes, les chemins de fer, la télévision, a révélé au grand jour les véritables rapports de forces entre les classes et la faiblesse de la base sociale du régime.

Le gouvernement avait profité de la situation politique créée par la division du PC et du PS et la reconduction de sa majorité parlementaire pour accélérer la restructuration de l'économie capitaliste française aux prises avec l'aiguisement de la concurrence internationale. Pendant l'été, les fermetures d'usines et les licenciements se sont multipliés dans le textile, la réparation et la construction navale. Des régions entières, à l'écart des zones de concentration industrielle, laissées pour compte. Les travailleurs immigrés sont massivement contraints au retour dans leur pays d'origine. Simultanément à ces attaques sélectives, des acquis généraux de la classe ouvrière sont remis en cause : selon les statistiques officielles, la progression des salaires en 1978 a été la plus

La dynamique anti-gouvernementale des luttes est une des caractéristiques nouvelles de la situation. Mais les directions ouvrières, loin de profiter de la division des partis bourgeois, tentent en attisant leurs propres divisions et par la collaboration de classes de s'opposer à la centralisation des luttes faible depuis dix ans; la sécurité sociale est remise en cause et l'augmentation des prestations a à une ponction suppléabouti mentaire du pouvoir d'achat des travailleurs de près de 2%.

Face à cette offensive d'ampleur, les ripostes ouvrières ont été, tout au long des trois derniers trimestres de l'année 1978, éparpillées en raison notamment d'une tactique syndicale visant à éluder toute riposte d'ensemble. Cette situation s'est notamment illustrée le 21 décembre

1978 où l'attaque gouvernementale contre la sécurité sociale n'a abouti qu'à une riposte dérisoire de la seule CGT. Par leur politique de division et de collaboration de classe, le PC et le

PS, directement responsables de leur échec électoral

1978, n'offraient aucune solution politique de rechange à la poursuite de l'austérité gouvernement Giscard-Barre. Ils tentaient de reporter sur une prétendue absence de mobilisation ouvrière leurs propres responsabilités.

LA SIDERURGIE, POINT

D'APPUI DE LA RESISTANCE

OUVRIERE

La sidérurgie avait déjà connu près de 30000 suppressions d'emplois entre 1972 et 1978.

En décembre 1978, le gouvernement a annoncé des mesures qui devraient conduire à plus 20000 suppressions d'emplois d'ici à 1980 dans les seules entreprises sidérurgiques, sans compter les retombées qui frapperont la sous-traitance.

Le gouvernement espérait pouvoir perpétrer cette attaque sans rencontrer de résistance sérieuse parmi les ouvriers. En 1977, le haut-fourneau Thionville, de construction récente, avait pu être fermé alors que la possibilité d'une victoire électorale de l'Union de la gauche contribuait à démobiliser pratiquement les travailleurs de la sidérurgie lorraine. Une série d'échecs revendicatifs, depuis six ans, avait d'ailleurs conduit à une désaffection envers les organisations syndicales puisque 55% des adhérents cégétistes de la métallurgie du département de la Moselle n'avaient pas repris leur carte syndicale en mai 78, et 20% pour les adhérents de la CFDT.

Loin d'aboutir à une démoralisation durable, en profondeur, cette situation engendrait un approfondissement protestation ouvrière, comme l'avait d'ailleurs confirmé l'élection législative partielle de septembre 1978 dans la circonscription de l'aciérie de NeuvesMaison où le président du Parti radical, Jean-Jacques Servan-Schreiber, avait connu une cuisante défaite face à la montée électorale du PS. L'AMPLEUR DU MOUVEMENT DE MASSE

Contrairement aux espoirs gouvernementaux, l'annonce des licenciements en décembre 1978 a sonné le signal d'une mobilisation qui a maintenant gagné la totalité des bastions sidérurgistes de Lorraine. Le secteur de Longwy, condamné par les demières mesures, est le cœur de cette résistance qui dit «non aux licenciements !».

Le 21 janvier 1979 a connu une première grève générale de toute la région lorraine. Elle a non seulement recontré un succès total parmi les sidérurgistes

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de Longwy et de Thionville, mais aussi parmi les mineurs du fer, le secteur des houillères et l'ensemble des services publics. Sur une population de 30000 habitants, 20000 travailleurs ont manifesté à Longwy.

Les explosions de violence de masse comme l'attaque du commissariat de Longwy ont été soutenues par la grande majorité de la population laborieuse. La direction locale de la CGT, devant ce large écho, a dû faire oublier un premier communiqué où elle s'en prenait provocateurs étrangers à la classe ouvrière» et le PC a précisé à l'intention de ses militants qu'il n'avait pas condamné publiquement initiative. «C'est une violence comprise et acceptee par l'ensemble expliqué journaliste de Rouge le secrétaire de l'Union locale CGT de Longwy.

Le 16 février a connu une grève nationale de la sidérurgie accompagnée d'une grève générale dans la région du Nord et des Ardennes. Le mouvement s'est étendu à des secteurs sidérurgiques momentanément épargnés par les licenciements comme ceux de Neuves-Maisons dans le sud de la Lorraine, de Dunkerque et de Fos, près de Marseille. Pendant cette journée, la ville de Longwy a été littéralement occupée par les militants syndicaux : vriers avaient installé des barrages aux postes frontières avec la Belgique et le Luxembourg et sur toutes les routes permettant d'accéder à la ville condamnée. Dans toutes les communes ce périmètre, les portraits du président de la République ont été décrochés du mur des mairies. Des camions routiers ont été réquisitionnés avec l'accord des chauffeurs pour bloquer l'accès des supermarchés dont les patrons avaient décidé l'ouverture pendant la journée de grève. La poste, le local de l'Agence nationale pour l'emploi, et la gare SNCF ont aussi été occupés. Une radio ouvrière a diffusé les communiqués syndicaux de la CFDT depuis le siège occupé de l'union patronal'ampleur même du mouvement de masse qui a dissuadé les organisations syndicales d'appeler à une manifestation. Pour la CGT, il s'agissait d'éviter les débordements. Pour la CFDT, c'était la reconnaissance de son incapacité à offrir des objectifs à la hauteur de la détermination ouvrière.

Le maintien de l'intransigeance gouvernementale a rendu cette tactique inopérante sur le terrain de Longwy. Une semaine après la grève du 16 février, il a suffi d'une provocation policière évacuant l'émetteur de télévision régional occupé par les sidérurgistes pour mettre toute la ville de Longwy au bord de l'explosion. Pendant plusieurs heures, ce sont des centaines d'ouvriers sidérurgistes qui ont tenu un véritable siège du commissariat, en bloquant les accès à l'aide de camions et tentant d'en forcer les portes. Les directions syndicales locales n'avaient ni la volonté ni la possibilité de faire rétablir le calme. Il a fallu l'intervention directe du député PC de la circonscription pour persuader les ouvriers de lever le siège après qu'il ait mené un négociation directe avec le préfet du département.

Cette colère ouvrière, exacerbée à Longwy, se aussi dans le Nord et particulierement dans le bassin de Denain, lui aussi promis à la liquidation par les décisions gouvernementales. Elle se diffuse dans tous les secteurs de la classe ouvrière en butte aux licenciements et aux fermetures d'usines. LA TACTIQUE SYNDICALE DANS LA SIDERURGIE

Alors que les influences de la CGT et de la CFDT sont équivalentes sur l'ensemble de la branche sidérurgique, le bassin de Longwy est un « vieux » bastion ouvrier marqué par l'influence majoritaire du PC et de la CGT. Dans une situation nationale où la division fait rage entre les confédérations syndicales, une intersyndicale fonctionne régulièrement à Longwy avec la participation de la totalité des syndicats. Celle-ci définit des initiatives acceptées par l'unanimité des syndicats, libre à chacun des syndicats de développer ses initiatives propres. C'est, en France, un fonctionnement singulier par rapport à une situation habituelle où les intersyndicales tentent de contrôler l'ensemble des actions revendicatives de leur domaine. Il en découle, jusqu'à présent, une émulation activiste sur des terrains extérieurs à la lutte dans les usines : pendant que CFDT occupe la poste, c'est la CGT qui bloque le chemin de fer et ce sont FO et la CGC qui s'en vont occuper l'ambassade de France à Luxembourg...

Cette émulation dans le harcèlement vise à tenter d'offrir une réponse à la colère ouvrière, tout en éludant les tâches immédiates de la centralisation et de l'extension du mouvement à toute la branche sidérurgique. Il n'empêche que la multiplication de ces « opérations coup de poing» apparait au reste de la classe ouvrière comme le signe d'une détermination qui tranche avec les déclarations embarassées des directions confédérales. Alors que celles-ci tentent de saisir les perches vermoulues que tend le gouvernement pour imposer une négociation sur le seul terrain de la couverture sociale des licenciés, les unions locales de Longwy sont contraintes, pour aujourd'hui, de proclamer leur opposition résolue à tout licenciement.

Les directions syndicales, au plan national, tiennent un tout autre langage. Elles ont cru trouver un pas en avant dans la manière dont le ministre du travail, Robert Boulin, les a renvoyées discuter avec le mi-

A LIRE EGALEMENT Depuis la défaite de l'Union de la gauche par Pierre Frank; numéro 36, 19 octobre 1978. Le mouvement syndical depuis les élections; numéro38, 16 novembre 1978. Le congrès du PS français -Des bilans douloureux pour des choix difficiles; numéro 46, 1er mars 1979.

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nistre de l'Industrie. C'est le représentant de l'organisation cordes cadres, la CGC, qui a timidement avancé, face à Robert Boulin, la nécessité de poser le refus de tout licenciement comme préalable poursuite de la négociation. La CGT, la CFDT et FO n'en ont pas fait un préalable et veulent ouvrir les dossiers des solutions industrielles. Il s'agit d'une discussion, éloignée des préoccupations immédiates vriers, qui ouvre la voie à des compromissions sur la question cruciale des licenciements. CGT se fait le porte-drapeau du maintien et du développement « du potentiel national sidérurgique», ce qui peut s'interpréter de bien des façons en matière d'emploi. Quant CFDT, sa fédération métallurgique est d'emblée acquise à la nécessité de diminuer les effectifs de la sidérurgie, au nom du réalisme économique et des contraintes dues à l'intégration européenne.

Désamorcer l'épreuve de force qui s'engage dans la sidérurgie est une tâche difficile. La majorité de la classe ouvrière se reconnaît dans le mot d'ordre « non aux licenciements» . Comme elle se reconnait dans la revendication avancée par l'ensemble des syndicats ouvriers de la sidérurgie : les 35 heures sans diminution de salaires.

Après la longue grève des ouvriers sidérurgistes allemands, les sidérurgistes français re-

Denain, jeudi 8 mars 1979....

prennent massivement cette revendication de la réduction de la durée du travail, afin de partager le travail entre tous et de profiter des innovations techniques dans un sens favorable aux travailleurs.

Combinée d'une cinquième équipe dans une industrie où la quasi-totalité des ouvriers productifs travaillent en feu continu, la semaine de 35 heures permettrait effectivement de s'opposer aux licenciements prévus. C'est une revendication qui permet la mobilisation ouvrière d'une façon autrement efficace que des négociations où les experts font assaut de compétences industrielles face au patronat et au gouvernement. Elle pose la nécéssité d'une lutte internationale à l'échelle européenne, alors que des secteurs décisifs de la classe ouvrière européenne se sont déjà emparés de cette revendication. LE VENIN DU CHAUVINISME

Cette bataille pour une coordination européenne des luttes de la sidérurgie est d'autant plus importante que le Parti communiste français se fait l'avocat du pire des chauvinismes. Au nom de l'indépendance nationale, le communiste de Longwy a ainsi édicté un arrêté municipal « interdisant le transport de minerai et de produits sidérurgiques en provenance de l'étranger» sur le territoire de sa commune. Une cellule du PCF a même publié un tract exigeant « La France aux Français». La lutte menée actuellement est présentée comme la répétition des guerres impérialistes 14/18 et de 39/45 et les travailleurs français sont appelés par le PCF à se porter en première ligne dans la défense de la patrie française menacée. Cette propagande chauvine trouve un écho parmi les couches les moins avancées des travailleurs lorrains. Mais elle se heurte aussi à une exigence croissante en faveur d'une solidarité effective de la classe ouvrière européenne. La situation géographique du nord de la Lorraine, aux confins des frontières « nationales » de la France, de la Belgique et du Luxembourg, engendrant un nombre croissant de travailleurs frontaliers supportant les mêmes coûts de la même crise économique, favorise cette prise de conscience. La réunion, début février, d'un « comité trois frontières», rassemblant des syndicalistes pays, en porte témoignage. Le meeting public organisé le vendredi 23 février à Luxembourg par les Sections belge, luxembourgeoise, allemande et française de la IVe Internationale, avec Jacob Moneta, de cette bataille indispensable. LA TENDANCE A L'EXTENSION DES LUTTES ET LA TACTIQUE DES DIRECTIONS OUVRIERES ouvriers sidérurgistes constitue un point d'appui à l'extension des luttes ouvrières. Elle s'est avec le démarrage d'une autre lutte de longue celle des travailleurs de la télévision. Ceux-ci représentent, bien évidemment, un secteur moins nombreux et moins lié aux traditions historiques de la classe ouvrière. Il n'empêche que la grève à la télévision concerne toute la population et ne peut pas être étouffée par les C'est un signe tangible d'une résistance ouverte et prolongée à des mesures de rentabilisation qui entraînent ments. Cette situation objective explique aussi pourquoi c'est

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dans l'entreprise de production d'émissions télévisées, la SFP, que les appels à une coordination des luttes ont été les plus explicites. Une commission de popularisation permet d'établir des relations horizontales entre entreprises mobilisées contre les attaques patronales et gouvernementales.

Avec des rythmes encore différenciés, d'autres branches se mettent en mouvement. Les Postes et Télécommunications constituent depuis plusieurs années un secteur particulièrement combatif en raison de l'afflux de jeunes travailleurs et d'une aggravation des conditions de travail. Leur grève générale à l'automne 1974, quelques mois après l'élection de Giscard, avait déjà prouvé la force de leur mouvement. Pendant l'automne 1978, les directions syndicales y ont multiplié des journées d'action qui se sont très vite épuisées en raison de l'inefficacité manifeste de cette forme de lutte. La même avec laquelle s'est développée cette méfiance à l'égard de ces journées d'action est un signe du mürissement du mécontentement et de la conscience des travailleurs de cette branche. Dans le même temps, des actions isolées mais massives se relayaient dans le secteur des centres de tri, notamment. Le changement survenu dans la conjoncture s'est concrétisé par l'extension de ces luttes à la majorité des centres de tri de la région parisienne, bien qu'aucun appel central à la grève n'ait encore été lancé par les direcsyndicales début mars. Dans cette branche dépendant du secteur public et moins immédiatement soumise aux conséquences de la montée du chômage, les revendications avancées convergent avec celles mises en avant par d'autres secteurs de la classe ouvrière : les 35 heures tout de suite sans réduction de salaire et l'exigence de l'accroissement des effectifs permettent en effet à tous de s'y reconnaître.

Dans les assurances et les chemins de fer, les mouvements en cours sont aussi d'une importance inégalée depuis plusieurs années. Dans tous ces secteurs, l'agitation pour un mouvement tous ensemble, pour une grève générale, générale, rencontre un écho grandissant.

Cette extension des luttes par branches se conjugue avec des mobilisations régionales importantes. Autour de la sidérurgie, des grèves générales interprofessionnelles de 24 heures ont eu lieu dans les régions du Nord et de la Lorraine, et se sont traduites par des manifestations de masse d'une ampleur jamais atteinte depuis 1968. Dans le Rhône, la Loire, la Loire Atlantique à Nantes, des manifestations massives ont aussi eu lieu. A l'exception de la région parisienne et de celle de Marseille, toutes les principales concentrations industrielles ont ainsi connu des démonstrations de force des travailleurs. C'est un signe incontestable de la tendance l'extension des mobilisations ouvrières qui cherchent à s'exprimer dès que les organisations syndicales proposent des initiatives qui ont un caractère de

La dynamique antigouvernementale de ces luttes constitue une caractéristique nouvelle dans la conjoncture présente. Cette volonté de s'en prendre au gouvernement apparaît clairement dans la sidérurgie après la prise de participation publique dans les secteurs à liquider et à restructurer, ce sont Giscard et Barre qui apparaissent comme les premiers responsables des licenciements. La cible que constituent les édifices puparticulièrement commissariats, pour les ouvriers en lutte, est la marque de cette volonté de se confronter directement aux représentants du pouvoir. La possibilité de chasser le gouvernement Giscard-Barre grâce ouvrière a, en conséquence, un écho grandissant, car elle satisfaire les revendications fondées sur le refus de tout licenciement et la réduction de la du travail à 35 heures. Le maire de Longwy, militant du Parti communiste, a dû se faire l'écho de cette aspiration qui commence à revêtir un caractère de masse en déclarant à un journaliste de Rouge: «Ce gouvernement doit partir le plus tôt possible.»

La généralisation de ces mobilisations ne sera pas toutefois progressive et linéaire, en raison des obstacles dressés par les directions ouvrières sur le chemin d'une mobilisation d'ensemble qui déboucherait sur une épreuve de force avec le gouverement. Celles-ci n'ont plus le prétexte d'une hypothétique victoire électorale de la gauche pour justifier leur politique. Par une explication apparemment renversée, expliquent aujourd'hui leur refus d'une généralisation des luttes contre le gouvernement par l'absence d'un débouché politique, qui conduirait une épreuve de force à se transformer en «aventure», selon l'expression du responsable CFDT métallurgie. La perpétuation de la division politique entre le PO et le PS nourrit bien évidemment cette explication. Sur cette base, la division syndicale s'accroît confédérations, même si l'ampleur contraint des unions locales ou régionales à un cadre unitaire. s'attacher à faire trage», c'est-à-dire son tournant ouvertement collaborationCahiers de la taupe l'apres mars 78

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congres

cfdt

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niste, dans toute la confédération. Cette nouvelle tactique syndicale repose sur l'hypothèse d'une crise économique longue au cours de laquelle les syndicats devront proposer des sacrifices aux travailleurs, à l'exemple des syndicats italiens. Manifestement, la vague de luttes prend de court la direction de la CFDT dans la mesure où celle-ci est dans une position plus délicate pour faire passer sa politique. Mais celle-ci est maintenue car elle est fondée sur le pronostic qu'à moyen

CGT sera contrainte de s'y rallier, puisque la centrale majoritaire ne veut pas non plus d'un affrontement le gouvernement. orientation conduit la direction de la CFDT à refuser explicitement toute généralisation et toute centralisation des luttes et à tourner le dos à l'unité d'action syndicale. Ce sont les solutions industrielles réalistes qui sont au cœur des discussions que la CFDT voudrait ouvrir avec le gouvernement et le patronat, en se contentant pour le moment de tractations dans les antichambres ministérielles, selon les indiscrétions complaisamment rapportées par la presse patronale.

Quant à la CGT, elle se retrouve dans une situation conjoncturellement favorable où elle peut faire assaut de décla rations unitaires quence pratique compte de l'attitude de ses partenaires syndicaux. Dans les secteurs les plus mobilisés, la contradiction s'aiguise de plus en plus entre déclarations verbalement résolues et une pratique visant à canaliser les luttes dans des limites compatibles avec maintien du régime en place. C'est pourquoi sa tactique syndicale s'organise autour de journées d'action sporadiques qui peuvent servir d'exutoire au mécontentement, et refuse toute forme concrète de coordination entre les secteurs d'ores et déjà mobilisés.

Ces tactiques mises en œuvre par les confédérations syndicales ne répondent pas aux exigences qui naissent des caractéristiques des luttes actuelles. Dans cette situation, la proposition d'organiser une marche unitaire et interprofessionnelle contre le gouverement pour la satisfaction des revendications est apparue comme une initiative de masse pouvant permettre la centralisation des luttes qu'exigent leur renforcement et leur développement. unions départementales CGT du Nord, de la Loire et de la Lorcette proposition a eu un écho à la mesure de l'aspiration à faire converger les luttes ouvrières.

Pour les directions syndicales, dont la CGT, qui se refusent à engager une avec le gouverement, le succès massif d'une marche unitaire et interprofessionnelle à Paris serait lourd dont la maîtrise serait délicate. C'est pourquoi se sont greffées sur cette initiative des manœuvres tentant de lui ôter ses casionnel et antigouvememental. La CFDT et FO ont dénoncé toute initiative qui revêtirait un politique, mettant en cause le gouvernement. Ainsi la fédération de la métallurgie FO a rompu les relations unitaires intersyndicales qui s'étaient établies dans cette branche. L'audience de masse dont jouit la CFDT lui impose une tactique plus subtendue vers un objectif identique. Au nom du refus de l'aventure, la CFDT a bataillé pour que la marche prévue ne concerne que les seuls sidérurgistes afin d'éviter, selon elle, que leurs revendications spécifiques soient noyées dans un cadre plus vaste. La CGT s'est retrouvée seule à défendre l'idée d'une marche en limitant son caractère interprofessionnel aux seules régions de la Lorraine et du Nord. De polémique en polémique, la division a abouti à la proposition de deux dates distinctes, la CFDT, l'autre pour la CGT, à une semaine d'intervalle. Un accord de dernière minute est encore possible, mais il est clair que tout a été fait pour que les divisions qui se sont étalées aient des séquelles sur l'ampleur de la mobilisation.

La grossièreté de ces manœuvres de diversion au sommet des confédérations témoigne, à sa manière, des efforts qu'il est nécessaire d'entreprendre pour contenir la résistance ouvrière à l'austérité dans les limites compatibles avec le maintien du régime et du gouvernement. Puisque la question du gouvernement commence à être débattue dans les luttes actuelles et que le PC et le PS ne veulent pas d'un débouché politique, les directions ouvrières tentent de dévoyer les mouvements cours dans le jeu parlementaire, légitimant ainsi l'Assemblée nationale élue grâce à la division en mars 1978. LES CONSEQUENCES DE LA MONTEE DES LUTTES OUVRIERES SUR LE MURISSEMENT DE LA CRISE POLITIQUE

Le répit accordé au gouvernement Giscard-Barre pendant neuf mois est d'ores et déjà rompu. Sa reconduction après les élections de mars 1978 avait paru consacrer la victoire de Giscard, à en croire tous les commentateurs bourgeois et les dirigeants des organisations ouvrières qui s'étaient précipités à l'Elysée pour faire acte d'allégeance au Président. Pourtant, les facteurs qui expliquaient le développement de la crise des institutions de la Ve République étaient toujours à l'œuvre, commencer par le maintien du rapport des forces entre les classes qu'une seule échéance électorale n'aurait pu renverser. Ce sont ces mêmes facteurs qui expliquent pourquoi Giscard n'a pas réussi à s'imposer malmanifestant sa fragilité dès la luttes ouvrières.

La division de la bourgeoisie entre les forces liées au Président de la République et les gaullistes du RPR de Jacques Chirac est toujours aussi vive. Toute conjoncture qui révèle la force du mouvement ouvrier montre la nécessité pour la bourgeoisie de disposer de partis implantés. Or Giscard n'a toujours pas réussi à faire de son parti, l'UDF, autre chose qu'une mosaïque de notables et de partis-croupions

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sans implantation réelle. Par contre, le RPR demeure le seul parti bourgeois disposant de cette implantation indispensable lors de secousses importantes de la lutte des classes.

L'opposition du RPR à la politique gouvernementale est de plus en plus vigoureuse, s'en prenant autant aux choix européens de Giscard qu'à sa politique économique. Les limites de cette opposition sont toujours fixées par l'impossibilité qu'a Chirac d'ouvrir une crise gouverementale débouchant sur de nouvelles élections et la possibilité toujours ouverte d'une majorité pour le PC et le PS. Il n'empêche que l'escalade verbale du RPR témoigne de la faiblesse sociale d'un gouvernement qui ne peut compter que sur l'appui d'un seul parti représentant seulement 20% du corps électoral.

Alors que l'influence du Président de la République est traditionnellement protégée par la montée en première ligne d'un Premier ministre changeable à volonté par le Président, Raymond Barre joue de moins en moins son rôle d'écran. Le mécontentement de la majodes travailleurs rejaillit directement sur le Président de la République, clé de voûte des institutions de la Ve République. Cette faiblesse politique rend le gouvernement vulnérable aux yeux d'un nombre croissant de travailleurs.

Alors que les divisions de la bourgeoisie créent une situation objectivement favorable à une offensive des travailleurs, les directions ouvrières tentent d'en jouer pour redonner une importance à l'Assemblée nationale. Dès le commencement de la vague de luttes de cet hiver, le PC et le PS ont réclamé la convocation de l'Assemblée nationale en session extraordinaire, comme si cette réunion pouvait servir à la satisfaction des revendications. Leur proposition a eu un écho à partir du moment où Jacques Chirac a lui aussi réclamé cette convocation. Les députés du PC et du PS ont ainsi été amenés à contresigner le texte même de la demande de convocation rédigée de l'affrontement champion le mouvement ouvrier avec qu'est le président du RPR.

Alors que le PC refuse toute rencontre avec le PS sous le prétexte que celui-ci a viré à droite, le secrétaire général du

PC a proposé une réunion com-

VIENT DE

PARAITRE

CRTIQUE

COMMUNISTE numéro 26

(janvier 1979)

* Pierre Julien

1978 : un tournant ?

* Jean-Marie Vincent

Le giscardisme et l'a-démocratie forte et paisible

* Henri Weber

De l'influence des « directions traitres»

*Daniel Bensaïd

Grève générale, front unique, dualité du pouvoir

* Voyage à l'intérieur de l'OCI (interview de deux ex- militants de l'OCI)

* L'extrême-gauche face à la nouvelle conjoncture

ABONNEMENT ANNUEL

(10 numéros)

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pour l'étranger soutien 150 F.

Chèques à l'ordre des

EDITIONS LA BRECHE

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75014 - Paris - 543.85.74 mune aux présidents des trois groupes parlementaires du PC, du PS et du RPR. Cette audacieuse initiative unitaire ne va pas empêcher le PC et le PS de présenter pour la première fois dans l'histoire de la Ve République deux motions de censure concurrentes lors du même débat parlementaire.

Le dévoiement des luttes dans les ornières du jeu parlementaire vise à offrir comme débouché le soutien aux députés de l'un des deux partis ouvriers, qui prétendent défendre le mieux les intérêts des travailleurs à la tribune d'une assemblée dont la majorité a été reconduite grâce à la division. Le PC et le PS soulignent ainsi qu'ils se refusent à être candidats au gouvernement et qu'ils prêts à laisser Giscard appliquer sa politique anti-ouvrière jusqu'à la fin de son mandat prévue en 1981. Cette politique n'est applicable qu'à la condition que le mouvement de masse soit suffisamment limité pour ne pas exiger le départ du gouvernement afin d'obtenir la satisfaction des revendica-

L'objectif du développement d'un mouvement de masse contraignant le PC et le PS à se porter candidats au gouvernement répond aux interrogations croissantes de parties significatives du mouvement ouvrier concernant le nécessaire débouché politique aux luttes actuelles. Alors que les luttes de masse s'engagent pour refuser les licenciements et toutes les attaques contre les acquis de la classe ouvrière, le gouvernement Giscard-Barre apparaît de plus en plus le responsable direct qu'il faut se préparer à chasser grâce à la grève générale.

Ce sont les premiers enseignements de la montée des luttes ouvrières, qui a confirmé la nature du rapport de forces entre les classes et la faiblesse politique d'un gouverement ayant remporté une victoire électorale, il y a moins d'un an, grâce à la division des organisations ouvrières.

Le 7 mars 1979

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