Le centre de gravité de la banque et de la finance arabes s'est aujourd'hui déplacé du Liban vers d'autres régions du marché arabe. Les transformations des économies de la plupart des pays arabes sont d'une nature telle qu'elles exeluent la possibilité d'une accélération à long terme du taux d'accumulation du capital dans l'industrie quand les revenus du pétrole commenceront à baisser;
M. JAFAR
LE ROLE PERDU DU LIBAN
• L'émergence d'une bourgeoisie arabe cosmopolite florissante et en expansion, et l'ouverture des économies et des capitaux des pays arabes aux gouverements, aux entreprises et aux banques américaines, d'Europe occidentale et japonaises, a transformé beaucoup des conditions qui avaient engendré le rôle traditionnel et unique du Liban vis-à-vis de la région arabe. Ces changements, qui avaient commencé à se développer bien avant la guerre civile, se sont maintenant consolidés à la suite de celle-ci, et il est donc maintenant possible d'affirmer catégoriquement que le Liban ne sera plus le centre financier, bancaire, des affaires, des services, et même culturel et politique, du monde arabe, comme il le fut dans les années 50 et 60.
Après la Seconde Guerre mondiale et la création de l'Etat d'Israël en 1948, les pays arabes, de même que beaucoup de pays coloniaux et semi-coloniaux, ont subi des transformations politiques et économiques qui ont déter-
Moyen-Orient
La nature
de la période
en fait elles prolongent la dépendance des économies au système capitaliste mondial. miné leur développement pentoute une période. Des soulèvements anti-impérialistes de masse et une succession de militaires conduit à l'installation de régimes nationalistes dont la politique économique avait pour de sortir les pays arabes de l'état d'arriération économique extrême qui prévalait à l'époque, et d'éliminer, exemple au moyen de réformes agraires et de développements des infrastructures, quelques-uns des obstacles structurels à un type très limité d'industrialisation.
En Egypte, en Syrie, Irak, en Lybie, en Algérie et au Yémen, la nationalisation des propriétés impérialistes (le canal de Suez et l'industrie pétrolière) a été un élément de cette politique, ainsi qu'un tournant vers l'URSS et les pays d' Europe de lEst, pour y chercher une aide qui était refusée par les pays impérialistes (exemples : le barrage du Haut Assouan et le complexe sidérurgique d'Helouan en Egypte). Néanmoins, les liens importants avec l'économie capitaliste mondiale n'ont jamais été complètement rompus, puisque le pétrole arabe et
Eléments de changements structurels(3) arabes par rapport le coton égyptien continuaient à trouver leurs principaux débouchés dans les pays impérialistes, et que des devises telles que le dollar ou la livre sterling étaient utilisées pour payer certaines importations importantes.
Pour un certain nombre de raisons historiques et culturelles, la bourgeoisie libanaise cosmopolite et plus développée - particulièrement, mais pas du tout exclusivement, l'aile chré tienne maronite - a pendant cette période un intermédiaire important, grâce auquel les contacts avec le syscapitaliste international se sont maintenus et développés. Des entreprises, des banques et des professionnels d'Europe et d'Amérique ont utilisé Beyrouth d'opérations. Le Liban procurait également des débouchés pour les capitaux arabes privés fuyant les nationalisations en Egypte, en Syrie et en Irak pendant les années 60. Les capitaux des pays du Golfe, où les possibilités d'investissement étaient très limitées, ont trouvé dans l'économie libanaise, essentiellement fondée sur les services, de débouchés rentables.
La structure politique du Liban, basée sur un système, finement accordé et organisé par la Constitution, de représentation au Parlement et au gouvernement de toutes les communautés confessionnelles organisées, reflétait sa fonction économique de place forte du capitalisme, de « laissez-faire » au Moyen-Orient (1).
La croissance des revenus du pétrole, surtout dans les pays du Golfe au milieu des années 60, a eu deux effets sur le développement de l'économie libanaise. D'un côté, pour prendre l'exemple du système bancaire, elle a procuré libanaises expérimentées et bien établies une source sûre de nouveaux dépôts importants, qui étaient réinvestis soit au Liban soit à l'étranger, belles marges de profit. D'un autre côté, l'échelle mentations, et plus de quinze ans de développement basé sur les revenus du pétrole, signifiaient que des possibilités d'investissements et un système bancaire local compétitif pouvaient se développer dans certains pays du Golfe, et c'est ce qui s'est passé.
L'histoire de la croissance et de la chute d'Intra Bank, qui avait été fondée à Beyrouth en 1951 et était devenue au milieu des années 60 une dans la finance du Muyen-Orient, est très révélatrice du type de changements qui ont commencé à saper la préémitraditionnelle de Beyen matière de finance bien avant la guerre civile. Après dix ans d'expansion de ses activités diversifiées au Liban - financement d'usines locales de confection, prises de participation importantes dans les télécommunications libanaises, le Casino du Liban, MEA, le Phoenicia Hotel, les Baalbeck Studios, les mouvements de fret, etc. -, Intra s'est déplacée l'Europe et l'Amérique. a fait des investissements à long terme dans l'immobilier à New-York et sur les Champs-Elysées, et a pris une participation majoritaire dans les Chantiers navals de La Ciotat, un des plus grands chantiers de construction navale de France. Pendant les années 60, elle a acquis d'autres avoirs à l'étranger, y compris des intérêts bancaires au Nigéria, en Suisse et au Brésil, et des petites entreprises industrielles en France, en Grande-Bretagne et à Panama.
En 1965, Intra était de loin la plus grosse banque libanaise, avec a peu près un quart de tous les dépôts faits à Beyrouth, c'est-à-dire 0,3 milliards de dollars. Peu après, néanmoins, les profits bancaires ont commencé à baisser régulièrement et il était clair que ses investissements étaient trop étendus et qu'il était impossible de les transformer assez rapidement en avoirs liquides, qui auraient pu empêcher sa faillite en octobre 1966. Quelques mois après cette faillite, Intra a été sous les auspices d'Elias Sarkis, le gouverneur de la Banque du Liban, forme d'une compagnie d'investissements dans laquelle les gouvernements du Koweit et du Qatar avaient une part de 35%.
La période du milieu des années 60, qui a vu la faillite d'Intra, a aussi été une période d'expansion rapide pour la National Bank of Kuwait, par exemple, qui est devenue au début des années 70 la plus grosse banque du Moyen-Orient. Il est intéressant de noter que dès 1966 la NBK était assez importante pour envisager sérieusement de racheter Intra, ce que le gouvernement libanais soit ne pouvait, soit ne voulait pas faire. En 1972, les dépôts de la NBK ont passé la limite du milliard de dollars, et d'après Field, en décembre 1973, les cinq plus grandes banques commerciales du Koweit totalisaient des dépôts se montant à 2,4 milliards de dollars, dont 54% étaient investis à l'étranger (2). Ces chiffres suffisent pour montrer clairement que Beyrouth a été dépassé pendant les années 60, comme centre de la finance ara-
Si l'on utilisait l'ampleur et la localisation des dépôts en banque pour mesurer grossièrement les centres du pouvoir financier, alors il serait suffisant d'établir simplement le fait qu'en août 1977, les banques ayant une licence pour opérer dans la zone extra-territoriale du Bahrain avaient des avoirs totaux de 12,2 milliards de dollars, bien que la zone extra-territoriale n'ait été créée qu'en 1975. Les dépôts faits dans les banques commerciales extrêmement rentables du Koweit ont été de 3,7 milliards de dollars rien qu'en 1976 (3). Ces chiffres sont plus importants par leur ampleur que le maximum des dépôts enregistrés à Beyrouth, même à son apogée. Ils reflètent le fait que le centre de gravité de la banque et de la finance arabes - anciens piliers des classes dominantes du Liban - s'est aujourd'hui déplacé vers d'autres régions du monde arabe.
Finalement, ce qui montre de la façon la plus convaincante la fin du rôle du Liban dans la région, c'est l'attitude des gouvernements impérialistes lors de la guerre civile. En 1958, lorsque des combats ont éclaté Beyrouth et que la stabilité de région a été menacée, des américains ont débarqué, et la Sixième flotte U.S. était à côté. Quand on compare cela avec le fait que pendant trois ans les gouvernements impérialistes n'ont pas montré le moindre intérêt ou la moindre intention d'intervenir ment dans la situation libanaise qui se détériorait, parce que cela n'aurait pas convenu à certains secteurs des classes
PRECISION Dans l'article de George Novack paru dans Inprecor, numéro 45 du 15 février 1979, et dans Intercontinental Press vol. 17, numéro 3, du 29 janvier 1979, il y a un passage qui affirme que la scission de la IVe Internationale de 1953 a été inspirée par Michel Pablo. Ensemble avec nombre de camarades de l'Internationale, nous ne partageons pas ce jugement.
Pierre FRANK Livio MAITAN Ernest MANDEL
geantes arabes qu'ils le fassent, on voit que c'est sûrement le signe que de nouvelles relations et de nouvelles alliances ont été forgées, qui ont rendu parfaitement négligeable le rôle traditionnel de la bourgeoisie chrétienne maronite, et bien sûr aussi celui des ouvriers, des paysans et des petits-bourgeois libanais.
Il est fondamentalement erroné, du point de vue adopté dans cet article, d'expliquer les mécanismes de la guerre civile libanaise par des théories sur une conspiration internationale et sur l'intérêt qu'aurait pour l'impérialisme la continuation des combats. Les gouvernements impérialistes cherchent simplement aujourd'hui de plus gros poissons dans la région arabe. Ils regardent vers les classes dirigeantes égyptiennes, du Golfe, même syriennes, pour s'en faire des alliés essentiels et les intégrer dans le cadre d'un nouvel ordre au Moyen-Orient.
La guerre civile elle-même a bien sûr finalement et définitivement résolu cette question. On estime que depuis 1975 environ 40 à 60000 personnes ont été tuées. La guerre, avant le début des bombardements syriens sur les districts civils chréestimée, par des sources proches Président Sarkis, avoir coûté 12 milliards de dollars, dont 3 milliards sous forme de destruction de bâtiments, d'infrastructures, d'industries et de stocks, et les autres 9 milliards sous la forme de manque a gagner. La banque, le tourisme et le commerce, qui en 1975 formaient 60% du produit national brut, avaient été particulièrement touchés. 75% du district bancaire et commercial, qui comprenait 6000 bureaux et de 30 bazaars, étaient trop endommagés pour être réparés. En plus des vols commis dans les banques, estimés à 0,3 milliards de dollars, un tiers du total des dépôts qui avaient été faits dans des banques de Beyrouth a été transféré en dehors du pays, en dépit du fait que la monnaie libanaise n'a pas été touchée par la guerre, en raison de sa forte contrepartie en or et en dollars. 25% de la capacité industrielle du pays, trouve dans des banlieues de Beyrouth comme Mkalles, a été détruite, et les deux raffineries pétrolières de Tripoli et de Sidon ne sont plus en service.
VIENT DE
PARAITRE CAHIERS
LEON TROTSKY
(Numéro 1) Cette publication de l'Institut Trotsky présente sur
120 pages des documents relatifs à la conférence de fondation de la IVe Internationale de 1938; un article rédigé par
Pierre Broué, en marge de ses travaux d'annotation des «Oeuvres» de Trotsky, dont le tome IV sort des presses cette semaine; cet article porte sur «Quelques proches collaborateurs de Trotsky; un article inédit en français de Trotsky : «A propos de la philosophie du surhomme», avec une présentation de Georges Breitman, «Quand le journal de Hitler imprimait une lettre de Trotsky » ... etc.
Rédaction et administration
29 rue Descartes, 75 005 Paris
Le numéro : 20 F. A bonnement pour 3 numéros :
50F (France) 55F. (autres pays)
A bonnement de soutien :
100 F., 200 F., 300 F., etc.
Pendant les deux premières années de la guerre, on estime que 700000 Libanais ont émigré, sur une population totale de moins de 3 millions de personnes avant le début de la guerre. Certains émigrants sont revenus en 1977, mais leur nombre a été plus que compensé par la nouvelle vague de réfugiés chrétiens du quartier est de Beyrouth, qui ont fui le génocide par bombardements effectués par l'armée syrienne pendant l'été 1978. Finalement, l'Economist Intelligence Unit rapporte que 6% des travailleurs libanais ment déclarés ont été tués dans les combats. On peut aussi considérer avec certitude que 30% des ouvriers de la construction, 50% des ouvriers de l'industrie, 15% des travailleurs du commerce, 10% de ceux des services et un grand nombre de professionnels ont émigré définitivement du pays (4).
III
LA RESTRUCTURATION
DE LA SOCIETE ARABE
Les économies de beaucoup de pays arabes subissent actuel- ses tu pe coton de lement des transformations rapides qui préparent l'émergence de nouvelles relations de classe dont l'existence révolutionnera la politique arabe dans la décennie à venir. L'expansion des dépenses gouverementales et privées, et l'intention sincère des classes dirigeantes arabes de moderiser et de mettre à jour leur infrastructure, et d'industrialiser leurs économies, sont devenues au cours des dernières années une force motrice importante poussant en avant par sauts et par bonds le développement du capitalisme dans cette partie du monde. Cela signifie fondamentalement que, parallèlement à l'expansion des bourgeoisies arabes (que l'on a déjà vue), des classes sociales modernes se forment, surtout un prolétariat arabe, et leur signification dans chaque pays sera proportionnellement beaucoup plus importante qu'elle ne l'a jamais été.
De plus, comme nous l'avons dit dans un précédent article, la nature véritable de ce processus d'industrialisation est telle qu'elle exclut la possibilité d'une accélération à long terme du taux d'accumulation du capital dans l'industrie quand les revenus du pétrole commenceront a baisser, et qu'en fait elle , prolonge la dépendance des économies arabes par rapport au système capitaliste mondial (5). Ces éléments sont essentiels et nouveaux, et caractérisent la période qui s'ouvre actuellement au Moyen-Orient.
On peut exprimer rapidement ceci en trois parties :
a) la structure sociale des pays arabes jusqu'au début des années 70; b) l'étendue de la nouvelle industrialisation; c) son caractère et les limites qui lui sont inhérentes. LA STRUCTURE SOCIALE JUSQU'AU DEBUT DES ANNEES 70
Curieusement, en dépit de sa proximité avec l'Europe capitaliste, la région arabe n'a entamé un processus d'industrialisation, même très modeste, que très tard par rapport à la Russie tsariste ou même l'Amérique latine, par exemple (la discussion de cette question est en dehors du cadre de cet essai). A part l'Egypte, il est même difficilement possible de parler d'industrialisation dans le Mashrek avant la Seconde Guerre mondiale, sauf de la façon la plus embryonnaire. La classe ouvrière en tant que telle commençait à peine à se former dans les chemins de fer, les ports, et les autres zones liées à l'infrastructure. Il n'existait pratiquement pas de classe ouvrière industrielle, moderne, concentrée et numériquement significative. Les classes dirigeantes étaient liées à la terre et la bourgeoisie avait un caractère servile et comprador.
Pendant la Seconde Guerre mondiale et les deux décennies suivantes, ce tableau a changé. Des industries modemes dans les mines, les matériaux de construction, l'alimentation, le textile et quelques produits de consommation (papier, chaussures, cigarettes, savon, etc.) se sont installées dans presque tous les pays arabes (6). Le niveau d'urbanisation en particulier, qui avait commencé sa croissance bien avant (dans le demier quart du XIXe siècle pour certaines parties du monde arabe), a atteint des proportions très importantes dans beaucoup de pays arabes. En Irak, par exemple, la population urbaine est passée de 24% de la population totale en 1905 à 38% en 1947, puis 58% en 1970 (7). La population urbaine syrienne, qui était la plus importante, a été estimée par Issawi à 20-25% de la population totale en 1914. Elle est passée à près de 50% au début des années 70, et la plus grande partie de cette augmentation s'est produite pendant le dernier quart de siècle.
Voici globalement comment se présentaient les sociétés arabes à la fin des années 60 et au début des années 70 : (voir tableau page suivante)
DANS LE NUMERO ECONOMIQUE (NUMERO 41-42)
Economie capitaliste internationale : 1979-1980 : récession seulement aux Etats-Unis nouvelle récession généralisée ?
(Ernest Mandel)
Economie capitaliste européenne :le projet de systeme monétaire européen (Winfried Wolf)
Etats-Unis : freiner l'effondrement du dollar (Jon Britton)
Brésil : vers la récession en 1980
(Martin Fernandez)
Espagne : un an après le pacte d'austérité (Jesus Albarracin et
Pedro Montes)
Yougoslavie : le système yougo-
(Catherine Verla)
URSS : qu'est-ce qui fait courir Brejnev ? (E. Laurent)
marché mondial (P.G.)
sous-développés : la situation économique des pays sous-
(Charles-André
Ce tableau montre clairement qu'en dépit de l'urbanisation et de l'industrialisation qui ont eu lieu depuis la Seconde Guerre mondiale, au début des années 1970, la taille de la classe ouvrière moderne était encore pitoyablement réduite en termes en termes tant absolus que relatifs, l'Egypte faisant partiellement exception. Pour commencer, le pourcentage de la population active est en lui-même inférieur à la normale des autres économies capitalistes arriérées, et ceci reflète probablement un niveau particulièrement bas.
En additionnant les catégories II, III, et IV, pour les quatre pays, ce qui donne une mesure très approximative de la taille de la classe ouvrière dans l'industrie et l'infrastructure, on voit que le total, d'environ 2,5 millions de personnes, ne représente qu'à peu près 20% de la population active totale. Les chiffres de l'industrie comprennent les petits artisans et les ouvriers de l'artisanat, qui repré sentent une proportion importante de la catégorie II, pour la Syrie en particulier. Pour l'Irak, on sait qu'environ 50% de ceux qui sont employés dans l'industrie travaillent dans des établissements de moins de 50 ouvriers, et l'écrasante majorité de ceux-ci sont dans des entreprises de moins de 10 ouvriers (9). En Egypte, une étude faite en 1967 a montré qu'il y avait 283000 personnes qui travaillaient dans 144090 établissements de moins de 10 ouvriers (10).
La tendan ce est bien sûr au dé. clin du secteur de l'artisanat à petite échelle, tant au niveau des proportions numériques relatives que, surtout, à celui de sa contribution totale en valeur production industrielle. Néanmoins, ce secteur était encore significatif à la fin des années 60, et quand on prend ceci en compte, la taille de la classe ouvrière moderne liée à l'industrie et aux infrastructures dans l'ensemble du Mashrek, l'Egypte, le Liban, le Yémen et du Golfe inclus, doit être d'environ 2 millions de personnes, plus de la moitié de ces ouvriers étant concentrés en Egypte et plus particulièrement dans le petit triangle défini par Le Caire, Alexandrie et Ismaélia. Ceci est extraordinairement bas pour une population d'environ 65 millions de personnes, dont plus de la moitié vit dans des villes.
Année
Population
Population active
Population urbaine
I. AGRICULTURE
II. INDUSTRIE mines, électricité et eau
III. CONSTRUCTION
IV. TRANSPORTS ET
COMMUNICATIONS
V. COMMERCE
VI. SERVICES (services publies et particuliers, éducation, banques, etc
VII. AUTRES (armée et divers)
VIII. CHOMAGE
TOTAL POPULATION
ACTIVE
Le tableau montre aussi que les personnes travaillant dans le commerce de détail, les services et les emplois gouvernementaux improductifs d'une sorte ou d'une autre (catégories V, VI et
VII) constituaient une large majorité, presque écrasante, de la population active urbaine, même du pays le plus industrialisé, l'Egypte. Une distinction devrait être introduite entre les emplois gouvernementaux d'un côté, et les fonctions tradition-
POPULATION, POPULATION ACTIVE, ET EMPLOI
Egypte
1969/1970
33200000
25%
43%
4048300
49%
938900
11%
387900
5%
347200
4%
801700
10%
1750700
21% non disponib.
non disponib.
8274700
(sauf armée)
nelles de la phénoménale pendant les rement
Irak
1970
9 500 000
28%
58%
1385 700
52%
179000
6,8%
67 000
2,5%
150000
5,6%
150000
5,6%
300000
11,2%
275000
10,4%
158200
5,9%
2664900 petite-bourgeoisie urbaine de l'autre (commerce de détail, services personnels, colportage, etc.). Ces deux der niers ont connu une expansion années 60 et il est clair que c'est d'abord dans ces secteurs que les immigrants ruraux nouvellement arrivés ont été absorbés.
L'expansion du secteur d'Etat bureaucratique a été particulièfrappante, comme le montrent les chiffres qui ne comprennent pas l'armée (11) :
PAR SECTEURS (8) Jordanie Syrie
1972 1972 1720000 6500000
22% 25% 55-60% non disponimais supérieur à 45% 120000 901900
32% 55,5%
30000 203000
8% 12,5%
25 000 99 000
7% 6,1%
12000 63400
3% 3,9%
25 000 136500
7% 8,4%
58000 221000
16% 13,6%
70000 non dispon.
19%
30000 non dispon.
8% estimation
4,7% 370000 1625000
(sauf armée et chômeurs)
Année Egypte
1947 310000
1960 770000
1967 1035000
Irak
1930 8000
1960 207000
1967 318908
palestinien), de question, futile et même démo- de trois fois le montant qui
Si l'on considère la politique arabe du demier quart de siècle à la lumière de cette structure sociale, quelques-uns traits caractéristiques peuvent être compris plus facilement. 1. La domination des questions les questions rurales dans la politique nationale reflète le haut niveau d'urbanisation, et aussi le fait que les premiers à quitter la campagne généralement ses ches les plus actives - les jeunes. En ce sens, les régions rurales du monde arabe ont habituelleseulement perdu leur population, mais ont plus spécifiquement été privées de tous ceux qui auraient pu avoir un impact politique autrement qu'à l'échelle locale. 2. L'absence relative, par exemple par rapport aux pays latino-
Argentine, Brésil, etc.), de formes de conspolitique prolétarienne traditionnelle, reflète non seulement le processus d'industrialisation plus tardif, mais aussi le fait que la classe ouvrière nouvellement formée était dispersée et croissait à un rythme beaucoup plus lent que la petite-bourgeoisie urbaine, les employés en col blanc du gouvernement, l'appareil d'Etat, y compris l'armée (qui, dans la plupart des pays arabes, est plus grande que la classe ouvrière industrielle !), et les formes improductives d'emploi en général. Dans un pays comme l'Egypte, cette situation est à peu pres équivalente à celle de nombreux autres pays capitalistes sousdéveloppés.
l'Irak, et dans les autres pays arabes producteurs de pétrole, le caractère traits de la structure sociale est l'expression d'une déformation accrue due aux effets d'une «rentière » de revenu national -les revenus du pétrole - en l'absence d'industrialisation signifi3. L'hégémonie sur les masses arabes du nationalisme radical, soit sous sa forme pan-arabe (nassérisme, baathisme) ou sous une forme plus régionale (le nationalisme puis la Seconde Guerre mondiale, peut être considéré comme un reflet idéologique de la prépondérance numérique de la petite-bourgeoisie dans les villes et du fait que les nombreuses couches sociales qui composent hétérogène été, pendant une période prolongée, sans aucune direction des différentes bourgeoisies arabes, comprises comme des classes sociales réellement constituées et physiquement présentes. De telles bourgeoisies, quand elles existaient, ont généralement - mais pas jours (exemple : le Liban) - été expropriées par l'Etat à la suite de coups d'Etat militaires qui ont mis en place des gouvernements pour agir de leur part.
Le nationalisme palestinien est en fait une variante spécifique de ce cadre général. Dans ce cas, la base sociale du mouvement de résistance palestinienne - les réfugiés - était ellepar rapport aux économies des pays où elle se trouvait. Il n'existe bien sûr plus (depuis 1948) de bourpalestinienne, tant les travailleurs palestiniens, bien qu'il y ait beaucoup de bourgeois libanais, kowetiens et jordaniens d'origine
Cette combinaison particulere d'une bourgeoisie pratiquement inexistante, d'une petite classe ouvrière, d'une paysannedéclinante, bourgeoisie hétérogène et appareil d'Etat bureaucratique nombreux en croissance, forme les éléments sociaux qui, étant donnée la situation politique de la période (le conflit israélo-arabe, etc.), ont facilité l'émergence d'une culture nationaliste de masse dans la région. Il y a aussi une compohistorique importante l'hégémonie du nalisme dans la région arabe, mais elle sort du cadre de cet essai (12). L'ETENDUE DE LA NOUVELLE INDUSTRIALISATION
Il est entièrement hors de de douter de l'intention sincère des classes dirigeantes d'industrialiser moderiser leurs économies ar-
Bien sûr, c'est tout à fait une autre question de savoir elles vont y réussir, jusqu'à quel point, quel prix pour les Néanmoins, l'évidence des priorités de développement, actuel et prévu, de l'échelle des ressources, des projets incitatifs, etc., est écrasante. Quel que soit le régime arabe saoudite, Syrie, les Etats du Golfe...), on douter de ce l'appareil d'Etat en particulier voit son avenir, et celui de la classe qu'il represente, dans l'établissement d'une économie capitaliste plus industrialisée. De plus, bien que cela ait été vrai depuis un temps considérable, cela n'a pas, comme nous venons de le voir, abouti à des résultats importants.
Il y a eu depuis les augmentations du prix du pétrole de 1973 un saut qualitatif dans le niveau des ressources effectiveà l'industrie, surtout dans les pays producteurs de pétrole. On peut voir cela dans quelques exemples.
En Irak, le plan économique national de cinq ans pour 1970-1975, a attribué pour 1970-71 la somme de 28 millions d'ID (un ID équivalant alors environ à une livre sterling). Ceci était à l'époque considéré comme élevé rapport aux precedentes. L'Economist Intel-
Unit a calculé pendant les premières années de ce plan quinquennal, 50% seulement de ce qui avait été planifié a effectivement été dépensé. Au cours des années, observer une tendance apparente à se conformer de plus en plus au plan. De toutes façons, en 1975, programme intermédiaire d'investissement a remplacé le plan, attribuant pour les neuf somme de 668,5 millions d'ID, dont plus de 500 millions d'ID ont été effectivement dépensés. d'autres termes, en neuf mois, on a effectivement dépensé plus
avait été planifié pour les investissements industriels pour l'ensemble des neuf années précédentes ! Le nouveau plan pour 1975-1980 a attribué environ 28 milliards de dollars pour les dépenses d'investissement, qui sont ainsi réparties (en milliards de dollars) (13) :
Agriculture 10,5
Industrie 10,5
Education 3,5
Transport 2,5
Construction 1,0
En pratique, les dépenses faites pour l'agriculture sont en retrait par rapport à celles de l'industrie. L'industrie a donc reçu, en 1976-1977, trois fois le montant alloué à l'agriculture, et le régime du parti Baath, après une certaine hésitation au début, a maintenant accepté comme inévitable la structure démographique urbanisée existant dans le pays. Il devient de plus en plus évident que la production agraire en Irak, si elle se développe réellement, sera encouragée par l'Etat à le faire en dépendant de plus en plus d'entreprises à grande échelle, utilisant des techniques modernisées et même, quand c'est cahiers
/-MARS-N° 8-
nécessaire, des travailleurs importés (l'Irak a expérimenté important des milliers de familles de fermiers égyptiens pendant les deux dernières années). La destruction pouvoir de l'aristocratie terrienne en 1958 et l'effondrement complet de la productivité agricole dans les 15 ans qui ont suivi, l'Etat se montrant incapable de simplement se substituer aux fonctions traditionnelles d'administration et de vente de cette classe, a conduit à une augmentation énorme des importations de nourriture, nourriture, financée par les revenus du pétrole, et a accéléré l'émigration des campagnes vers les villes. Cela a virtuellement tellement dépeuplé la campagne irakienne, qu'aujourd'hui plus des deux tiers de la population irakienne sont classés dans la population urbaine. Ce phénomène s'est reproduit, avec des variations, dans tous les principaux pays producteurs de pétrole. NOTES 1) Voir «Wither the State in Lebanon » (Oi va l'Etat au Liban) par M. Jafar dans «Red Weekly» du 4
SOMMAIRE * Aménager son temps de travail * Prostitution - Projet le Tac * De l'intérieur du PCF * La campagne internationale pour le droit de choisir s'organise * Impérialisme, contrôle natal et sous-développement * En réponse à l'OCT - construire le mouvement de femmes * L'histoire des femmes - les femmes et le socialisme * Les femmes et la classe ouvrière - Le lien entre le féminisme et le syndicalisme
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novembre 1975. Cet article traitait aussi du changement dans le rôle économique du Liban comme d'un des aspects sous-tendant la guerre 2) Voir M. Field «100 millions de dollars par jour ». 3) «MEED», rapport spécial sur la banque et la finance, décembre 1977. 4) Toutes les statistiques sont tirées de «Quarterly Economie Review » et d'une étude sur les économies du Moyen-Orient faite par l'«Economist Intelligence Unit». 5) Voir « Les limites de l'industrialisation dans la région arabe», par M. Jafar, novembre 1975, et publié pour la première fois dans «Khamsin », numéro 4. 6) La meilleure recherche sur l'industrialisation de la région arabe (sauf le Maghreb) jusqu'au début des années 50 a été réalisée par Alfred Bonne dans son livre « State and Economics in the Middle West» (l'Etat et les économies du Moyen-Orient) qui a été publié en 1948 et remis à jour en 1955. 7) Les pourcentages pour 1905 et 1947 sont tirés de «Growth anc structure of Iraq's population 1867-1947» ( Croissance et structure de la population irakienne 1867-1947) de M.S. Hasan, repris par C. Issawi dans «The Economic History of the Middle East 1800-1914» (L'Histoire économique du Moyen-Orient 1800-1914). Les pourcentages de 1966 sont tirés des statistiques du ministère irakien du Plan. 8) Le tableau est constitué à partir des sources suivantes : R. Mabro : *The Egyptian Economy 1952-1972 1974; E. Kanovsky « Economie Development of Jordan », 1976; « Book of Statistics», 1972, ministère du Plan, Bagdad; J. Clarke et W.B Fisher, «Populations of the Middle East and North Africa», Londres, 1972; J. Hammed «Manpower and Employment Planning », ONU, « ILO paper», 1975. 9) Voir M. Jafar, « Les limites de l'industrialisation dans la région arabe», op. cit. Les chiffres sont tirés de «Small Scale Industries in Arab Countries of the Middle East» (Les industries à petite échelle dans les pays arabes du Moyen-Orient), UNIDO, 1970. 10) S. Radwan et R. Mabro « The industrialisation of Egypt 1939-1973» (L'industrialisation de l'Egypte 19391973), Clarendon Press, 1976, p 119.
11) Les chiffres de l'Egypte sont tirés de R.Mabro «The Egyptian Economy», op. cit. p. 109, et ceux de l'Irak de M. Jafar « Les limites de l'industrialisation dans la région arabe », op. cit.
12) Pour une discussion sur ce sujet, voir : «La formation nationale dans la région arabe», M. Jafar, Khamsin, numéro 6.
13) Voir M. Jafar « Les limites de l'industrialisation dans la région arabe », op. cit., et une étude des économies du Moyen-Orient faite par l'« Economist Intelligence Unit» pour des statistiques plus récentes.