Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JEUNESSE

19e Rencontres internationales en France cette année

Inprecor n° 472-473, juillet-août 2002 · p. 30 · 1 175 mots

France

19 Rencontres

internationales de jeunes,

en France cette année

entretien avec Olivier Besancenot

Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et son candidat à l'élection présidentielle, prendra la parole à l'ouverture des 19e Rencontres internationales de jeunes révolutionnaires qui se tiendront cette été en France, à Brioude, dans le Massif central (1). Nous avons demandé à Olivier, qui avait été un des dirigeants des Jeunesses communistes révolutionnaires, l'organisation de jeunes en solidarité avec la LCR, et qui a participé à de nombreux camps internationaux de jeunes révolutionnaires au cours des années 1990, de nous présenter cette initiative. Olivier Besancenot : Le camp international, c'est un moment extraordinaire de convivialité politique qui se déroule une fois par an dans un pays différent à chaque fois. C'est le moment où plusieurs centaines de militants de toute l'Europe et quelquefois de plus loin se retrouvent et échangent sur leurs expériences de l'année. Comment se confronte-t-on aux partis fascistes et populistes dans les différents pays ? Comment construire le mouvement contre la globalisation capitaliste à l échelle européenne ? Au cours de la semaine chacun peut se construire un itinéraire de débats, de conférences, d'ateliers, de projections de films, comme il l'entend. Rien n'est obligatoire, évidemment, et c'est cela qui fait le succès du camp : il y a une diversité d'activités et de thèmes suffisamment grande pour que tout le monde y trouve son compte. Inprecor : Tu parles de convivialité politique, qu'entend tu par là ? Olivier Besancenot : Je parle de convivialité politique, parce qu'il s'agit vraiment d'un moment où même les débats les plus sérieux se déroulent dans un cadre détendu et agréable. Et puis, c'est vrai qu'en plus de la politique, il y a aussi la fête, la musique... Ce sont d'ailleurs 1. Les rencontres internationales de la jeunesse auront cette année lieu à Brioude du samedi 27 juillet au samedi 3 août. Pour y participer prenez contact avec les JCR, 2 Rue Richard Lenoir, 93100 Montreuil, France, tél.: 33/0 1 48 70 42 30, email : <[email protected]>. Le prix, qui comprend le camping (amenez vos tentes), la nourriture (n'oubliez pas vos gamelles), la traduction et toutes les activités du camp pendant une semaine, est d'environs 120 euros.

deux éléments inséparables : on ne fera pas la révolution si on ne change pas aussi notre rapport à la politique et notre façon d'en faire. De plus en plus d'expériences récentes, en Europe ou ailleurs, ont montré que l'on pouvait être très radical, révolutionnaire même, et adopter des formes d'action festives et dynamiques. En France, récemment, les luttes de jeunes salariés précaires dans la restauration rapide (notamment McDo) ont su propager une ambiance de lutte et des formes de militantisme renouvelées qui ont donné envie à beaucoup de les suivre ! Évidemment, on est là pour faire de la politique, mais aussi pour taire de la politique autrement.

Pour beaucoup, c'est aussi l'occasion d'un premier contact avec les organisations de jeunes de la I° Internationale. La découverte de l'internationalisme vécu de façon concrète ! C'est quand même la grande richesse de ce camp : y sont concentrés des militantes et des militants impliqués dans toutes les luttes et tous les mouvements les plus importants d'Europe, ça permet de sortir de son petit cocon national, de voir que d'autres vivent les mêmes problèmes, ou qu'au contraire les problèmes sont différents d'un pays à l'autre.

C'est un espace en dehors de la vie militante quotidienne, ou même un peu en dehors de la vie tout court. Bien sur, ce n'est pas le socialisme, mais presque toutes les tâches sont autogérées et partagées : nettoyage des sanitaires et du campement, sécurité, gestion du bar, activités.... Et nous essayons de bannir toutes les formes de discrimination, qu'elles soient racistes, homophobes, sexistes, et de vivre pendant une semaine sur des rapports sociaux égalitaires et ouverts : pas de paternalisme, pas de concurrence machiste, liberté dans les relations sexuelles.... Bien sûr, cela ne va pas de soi, et le camp sert aussi à cela : apprendre à vivre des relations sociales débarrassées de tout ce que la société machiste et capitaliste nous impose. Mais comme cela n'a rien de naturel, il faut aussi expliquer, convaincre, et surtout mettre en place des espaces spécifiques pour discuter de ces oppressions et de comment y faire face. Il y a donc un espace femmes et un espace gays et lesbiennes, et aussi une tête non-mixte pour que les jeunes temmes puissent taire l'expérience d'une tête au cours de laquelle elles n'aient pas à subir les regards lourds, la drague des mecs ou la jalousie de leur copain! Inprecor : L'an dernier un tel camp avait été organisé en Italie, il y a deux ans, au Portugal, avant au Danemark ou en Belgique... Pourquoi cette année aura-t-il lieu en France ? Olivier Besancenot : Cette année, pour nous, en France, le camp prend un relief particulier. Avec la campagne présidentielle et après le premier tour les manifestations anti-fascistes dans lesquelles étaient présents beaucoup de jeunes, nos deux organisations, les JCR et la LCR, attirent de plus en plus de personnes qui veulent se mettre à la politique, ou d'autres qui nous connaissaient depuis longtemps et qui font le pas de nous rejoindre. Alors on espère y faire venir du monde, et ce sera l'occasion de les convaincre que le combat pour une autre société ne se joue pas seulement au niveau d'un pays ou même de l'Europe, mais à l'échelle internationale ! Et leur montrer que sur ce point-là, nous avons une expérience : celle d'un courant politique qui a toujours été internationaliste et d'une organisation internationale qui s'est construite depuis longtemps pardelà les frontières, ce qui fait que nous sommes à l'aise aujourd'hui dans les mobilisations contre la mondialisation capitaliste: pour nous, le fait que les questions soient traitées à l'échelle. de la planète est non seulement un encouragement (ça prouve que l'internationalisme reprend de la vigueur) mais aussi une confirmation de la justesse des analyses de notre courant : la révolution sera mondiale ou ne sera pas ! Inprecor : Quel est le programme du camp cette année ? Olivier Besancenot : L'axe central du camp est celui de la nécessité, de l'urgence de construire un autre monde. Cette globalisation, marchande et guerrière, n'est évidemment pas la nôtre, et ne peut être le seul avenir possible pour la jeunesse d'aujourd'hui. Nous allons donc essayer de comprendre tous les aspects de cette mondialisation pour mieux les combattre un à un et aussi dans leur globalité : 1 économie, le militarisme et la guerre, le néocolonialisme, les politiques sécuritaires, les oppressions spécifiques (femmes, jeunes, gays et lesbiennes notamment), les privatisations de services publics, les attaques contre les travailleurs, le racisme, la destruction de l'environnement.... On va aussi se pencher sur toutes les régions où se jouent quelque fois des situations dramatiques, comme la Palestine ou l'Afrique. Mais il s'agit aussi de comprendre la nécessité de s'organiser, de revenir sur les expériences de luttes et de mouvements, d'envisager des projets de nouvelle société...

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