Inprecor 1974–2004

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PARAGUAY

Le peuple livre sa principale bataille contre le néolibéralisme

· Inprecor n° 472-473, juillet-août 2002 · p. 40-42 · 1 309 mots

Économie mondiale Argentine et Chili Syndicalisme

Adolfo Gimenez* ors de la troisième semaine de mobilisations contre la politique néolibérale du gouvernement de Gonzalez Macchi, des milliers de paysans se sont rendus à la capitale pour attendre la décision de la chambre des sénateurs concernant l'annulation de la loi 1615 sur les privatisations, d'ores et déjà sanctionnée en partie par la chambre des députés. Durant dix jours, il y a eu des barrages sur les principales routes du pays, ce qui a donné lieu à des négociations et à un accord partiel avec le gouvernement sur cinq des six points présentés par le Congrès démocratique du peuple (CDP), mais on attend toujours le rejet de la loi sur les privatisations ainsi que la libération d'une centaine de manifestants arrêtés à San Patricio, dans le département de Misiones, à 230 kilomètres de la capitale.

Il s'agit de la plus importante manifestation de protestation du mouvement populaire depuis la transition démocratique qui a commencé en 1989. La profonde crise économique et politique que traverse le pays, ainsi que le discrédit du gouvernement dû à sa corruption et à son inefficacité, ont entraine les protestations populaires, dirigees par le mouvement paysan organisé. Cette explosion, en germe depuis des mois, s'explique par la crise aiguë que connaît l'Etat à cause du manque de ressources pour financer ses dépenses et des graves conséquences de la crise argentine, qui a réduit de 80% les échanges commerciaux et entraîné la chute de 50 % des exportations paraguayennes; en outre, il faut tenir compte de la hausse du dollar, qui a un impact important sur l'économie locale (1 dollar équivaut à 5 400 guaranis), et de l'augmentation des prix de l'essence.

Le CDP est composé par les deux plus importants blocs d'organisations populaires surgies durant la crise, parallèlement à la quasi-disparition des centrales syndicales •détruites par la corruption et la bureaucratie : le Plénum populaire, créé après l'enlèvement par des groupes para-policiers des militants du Mouvement Patrie libre (MPL), Juan Arrom et Anuncio Marti, et le Front contre l'aliénation des biens publics, qui a commencé par lutter contre la réforme de la banque publique. Ces deux organisations comptent dans leurs rangs les deux principales organisations paysannes du pays, la Coordination nationale des organisations paysannes (MCNOC) et la Fédération nationale paysanne (FNC). Les premiers mots d'ordre unitaires de lutte furent le rejet de la loi antiterroriste, du projet de réforme de la

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Le peuple livre sa principale bataille contre le néolibéralisme banque publique, de la privatisation des routes, de l'application de la TVA sur les produits agricoles, de la loi de privatisation ainsi que la lutte contre la corruption et l'impunité.

Les représentants du gouvernement à la table des négociations ont dit qu'ils acceptaient tous les points sauf celui concernant les privatisations. Le 14 juin doit avoir lieu le lancement d'un appel d'offres pour la vente de l'entreprise nationale de télécommunications, Copaco, et ensuite est prévue la privatisation de l'entreprise de services sanitaires, Essap. Après ce premier accord, la CDP a décidé de lever les barrages routiers mais de maintenir l'état de mobilisation jusqu'à ce que le Sénat décide le rejet de la loi 1615

Mais il est important d'expliquer que l'aliénation des biens publics a déjà débuté Durant les années précédentes, on été vendues l'entreprise aérienne Lapsa, la sidérurgie Acepar, l'entreprise d'alcool Apal, la flotte marchande de Estado Flomerpasa. Sur le modèle argentin, après l'entreprise de télécommunications, est envisagée la vente du service sanitaire, de l'eau potable, de l'électricité, de la sécurité sociale, de la poste, des douanes et des routes.... En bref, un ensemble complet destiné à satisfaire le capital international, le FMI et ses agents locaux corrompus.

Un des éléments expliquant pourquoi la campagne de privatisations ne va pas de soi au Paraguay est le manque total de clarté et la corruption la politique auxquels elle a étrangère ? donné lieu de la Fastoche ! part des fonctionnaires gouvernementaux. Le secrétariat de la réforme est actuellement l'objet d'une enquête du contrôleur général de la République à cause de faits illicites avérés. Des parlementaires ont également dénoncé des prébendes dans le cadre de la vente de Copaco. Les événements de mars 1999

La crise sans issue du bloc dominant, l'approfondissement de la dégradation économique à un niveau sans précédent (le chômage et le sous-emploi atteignent 34 % ; 25 % de la population agricole vit dans l'extrême pauvreté), la pression des Etats-Unis et du FMI pour l'application des plans d'ajustement et des privatisations, l'inefficacité absolue et l'immoralité du gouvernement de Gonzalez Macchi et les conséquences de la crise argentine laissaient prévoir un soulèvement au Paraguay.

En avril, Convergence populaire socialiste (CPS), membre du Plénum populaire, analysa la situation nationale en ces termes : « Après les héroïques journées de lutte du Mars paraguayen de 1999, les mobilisations ont continué durant les années suivantes sans toutefois atteindre le même niveau. Le cas Arrom-Marti a donné lieu à un mouvement spontané qui a conduit à la fondation du Plénum populaire. Mais, depuis, il n'avait pas été possible d'articuler une mobilisation unitaire et massive des organisations populaires, démocratiques et de gauche autour du rejet du gouvernement et du néolibéralisme.

« Durant cette période, cependant, les

Paraguay mobilisations paysannes ont obtenu des acquis importants car elles ont réussi pour la première fois à faire s'asseoir des représentants du gouvernement à une table de négociations pour débattre de projets concrets concernant les campagnes. Mais, tout comme les syndicats des travailleurs de la santé et de l'éducation, les " sans toit " n'ont pas réussi à mobiliser largement autour de mots d'ordre fédérateurs. La campagne nationale contre l'aliénation des biens publics, la dette extérieure, le gaspillage, la corruption et l'inefficacité des organismes de l'Etat, la crise économique, les manques en matière de santé et d'éducation, le problème indigène, la violation des droits de l'homme, etc., n'est pas encore assez pulssante. La situation nationale n'est pas encore arrivée a un point de rupture mais elle peut empirer dramatiquement. » La grève générale

La mobilisation a réussi à dépasser un écueil important en obtenant l'unité du camp populaire et de la gauche, à travers une combinaison entre lutte populaire démocratique et auto-organisation spontanée des masses qui va croissant. Au fur et à mesure, la lutte s'approfondit. On prépare désormais une grève nationale à laquelle devraient participer les organisations qui ne font pas partie du CDP.

Dans de telles circonstances, des secteurs du bloc dominant discutent ouvertement de la possibilité de procéder à un changement de gouvernement (qui, logiquement, exclut le CDP) et cherchent pour cela l'appui des militaires qui sont intervenus pour secourir la police lors d'un débordement des manifestations de protestation. Dans ce cadre, le CDP est obligé d'approfondir son plan de lutte et ses accords politiques internes

On ne peut rien prévoir à moyen terme. La combativité du mouvement populaire est indiscutable. Après le premier accord obtenu avec le gouvernement, certains des organi* Adolfo Gimenez est journaliste et dirigeant de Convergence populaire socialiste (CPS).

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Paraguay sateurs des barrages routiers ont refusé de cesser leur mouvement et ne l'ont finalement fait qu'après s'être engagés à continuer la lutte pour paralyser la vente de l'entreprise Copaco.

Tout paraît indiquer qu'on assistera à la bataille finale entre un large ensemble d'organisations populaires, démocratiques et de gauche et un gouvernement affaibli, qui peut juste tenter de se maintenir à flot jusqu'en 2003, année d'élections générales. Le bloc dominant et ses partis politiques sont désarticulés ; ils n'arrivent pas à trouver d'issue pour l'instant et, comme toujours, ses représentants auront recours à l'ambassade des Etats-Unis pour trouver une solution, mais ce sera très difficile. La rébellion en Argentine et l'éventuel triomphe de Lula au Brésil en empêchent beaucoup de dormir ; l'échec du Mercosur, l'attaque de l'ALCA et du Plan Colombie ouvrent les portes à une lutte prolongée du camp populaire.

Asuncion, le 4 juin 2002

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