Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NOTES DE LECTURES

Sylvain Pattieu - Les camarades des frères

· Inprecor n° 472-473, juillet-août 2002 · p. 56 · 1 149 mots

France Maghreb Italie IVe Internationale

Boletín electrónico - América Latina y el Caribe

INFORMACIÓN día a día en español. Las resistencias y luchas populares, los debates programáticos y estratégicos de la izquierda. El Foro Social Mundial, el Foro de Sao Paulo, la Marcha Mundial de la Mujeres. Las movilizaciones antiimperialistas contra el ALCA y la deuda externa. La solidaridad con Cuba. Especiales sobre el Plan

Colombia, el zapatismo, los piqueteros, el Movimiento Sin Tierra, los indígenas de

Ecuador... Documentos, artículos, entrevistas. Resoluciones y campañas de la

En fin, un sistema informativo para la construcción de una izquierda resistente,

Editado bajo la responsabilidad del Secretariado Unificado de la IV Internacional.

L'extrême gauche pendant la guerre d'Algerie Leele rapastion d'une non revele l appartion d une nouvelle génération militante débordant le PCF sur sa gauche. Cette génération a proliféré pendant plusieurs décennies et l'extrême gauche française, qui a dépassé les 10 % de voix au premier tour de la récente élection présidentielle, en est la descendante directe. Or le point de départ de cette nouvelle prise de conscience dans la société française est indiscutablement la guerre d' Algérie (1954-1962). En appuyant ouvertement la lutte du Front de Libération Nationale (FLN) algérien pour l'indépendance et en l'aidant directement, alors que le PCF se contentait de réclamer modestement « La Paix en Algérie ! », les réseaux de soutien ont contribué à politiser une avant-garde et à renforcer des organisations politiques auparavant très minoritaires.

Certes, les évènements d'Algérie n'ont pas disparu de l'actualité : le président Chirac est même allé jusqu'à reconnaître pour la première fois qu'il y avait bien eu une « guerre » en Algérie et récemment encore le journal Le Monde publiait de nouveaux témoignages sur l'emploi de la torture par l'armée française. Cependant, si de rares ouvrages racontaient comment des réseaux avaient aidé les Algériens (1), T'activité concrète des organisations d'extrême gauche demeurait sous le boisseau. C'est le mérite de notre camarade Sylvain Pattieu (2) d'avoir abordé le sujet avec son petit livre "Les camarades des frères — Trotskistes et libertaires dans la guerre d'Algérie". Trop jeune pour avoir connu cette époque, il a cependant eu le privilège de pouvoir rencontrer plusieurs membres des réseaux et consulter nombre de documents et d' archives.

Après avoir rappelé le contexte général, le début de l'insurrection et l'état de l'extrême gauche au début des années 1950, il passe en revue l'attitude des différents groupes face 1. Hervé Hamon et Patrick Rotman, "Les porteurs de valise — La résistance française à la guerre d'Algérie", Albin Michel, Paris 1979. 2. Sylvain PATTIEU, "Les camarades des frères — Trotskistes et libertaires dans la gerre d'Algérie", Préface de Mohammed Harbi, Syllepse, Paris 2002, prix 19,50 euros.

rer: — le PCI lambertiste (issu de la scission du PCI, section francaise de la IV® Internationale, en 1952) va soutenir à fond l'organisation rivale du FLN, le MNA (Mouvement National Algérien), dirigé par le vieux militant nationaliste historique Messali Hadj, qui perdra toute influence parmi les combattants et finira par se compromettre avec l'armée française; — la Fédération Anarchiste (FA), qui renvoie dos à dos le « nationalisme » des Français et celui des Algériens.

Une organisation va apporter un soutien critique au MNA : la Fédération Communiste Libertaire (FCL), qui s'efforcera de ne pas se couper non plus du FLN;

Une seule organisation soutiendra pleinement le FLN dès le début, le PCI tendance Frank, section de la IV: Internationale. L'auteur montre bien que ce PCI « va être la première organisation à s'engager dans un soutien concret et organisé : la Ne Internationale va constituer le premier réseau de soutien au FLN ». « Dès l'hiver 1954-1955 l'ancien trotskiste Yvan Craipeau organise une rencontre d'un cadre de la Fédération de France du FLN avec Simonne Minguet pour le PCI et Michel Raptis, dit Pablo, qui représente la direction de la IVe Internationale ».

Par la suite c'est le PCI qui est chargé d'abord de l'impression de la presse clandestine du FLN, puis les trotskistes monteront un atelier de fabrication de faux papiers à l'étranger et Pablo se chargera de créer, au début 1960, une usine d'armes au IV Internacional. anticapitalista, socialista, internacionalista.

aura droit à un procès à Amsterdam en juin 1961.

En même temps qu'ils animent des réseaux d'aide, les militants du PCI ne négligent pas la lutte politique ouverte contre guerre d' Algérie alors que nombre d'anciens trotskistes animeront des courants contestataires issus du PCF comme "La Voie Communiste" (VC) de Denis Berger, ou du PS comme la Nouvelle Gauche d'où naîtra le PSU en 1960. Cette activité les amènera tous à impulser des combats antifascistes lorsqu'en 1961, après la venue du général De Gaulle au pouvoir, des généraux partisans de l'Algérie française tenteront un putsch à Alger. Le Front Universitaire Antifasciste (FUA), créé sous l'impulsion de militants trotskistes membres de l'Union des Etudiants Communistes (UEC) va jouer un grand rôle dans la politisation étudiante au Quartier latin et dans la formation d'une aile gauche de l'UEC qui sera exclue en 1965. Une partie sera à l'origine de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR) dont l'arrivée ultérieure rajeunira et transformera la section française de la IV Internationale.

Sylvain Pattieu consacre un chapitre aux Pieds Rouges qui sont allés s'installer en Algérie après l'indépendance pour y favoriser la transcroissance socialiste. Il met bien en évidence les illusions qui prédominaient à l'époque dans l'Internationale sur cet objectif. Particulièrement intéressant est un document inédit qu'il publie : c'est un texte de discussion internationale signé Driss (sans doute le pseudony-

Correo de Prensa de la IV Internacional

Suscripciones: Ernesto Herrera <[email protected]> officielle, qu'il trouve trop peu critique, de l'organisation. Certaines de ses conclusions sont même quelque peu "prophétiques"

L'auteur ne néglige pas non plus les divergences qui se sont manifestées dans l'Internationale et se sont traduites par le départ du groupe de Pablo en 1965. Cependant, même ceux qui reprochaient à Pablo, qui avait été conseiller de Ben Bella, son soutien inconditionnel à la direction algérienne, conservaient nombre d'illusions dans leur "soutien critique". Une bonne analyse de ces illusions est citée dans le livre avec un texte de Denis Berger qui animait le courant Voie Communiste. Ce courant issu de l'entrisme trotskiste au PCF avait soutenu concrètement le FLN mais de façon nettement plus critique après l'indépendance. Il y avait eu indiscutablement une tendance dans lª IV° Internationale (et au-delà ...) à « idéaliser des modèles de révolution dans le Tiers Monde » (cf. Cuba).

Certes, la FCL et la VC ne survivront pas à la guerre d'Algérie (la FCL sera disloquée par la répression) mais nombre de leurs militants n'abandonneront pas le combat politique et le soutien qu'auront apporté ces organisations, avec le PCI, à la révolution algérienne aura nettement contribué à la naissance d'une nouvelle extrême gauche, débordant un PCF en voie d'extinction, et manifestant vigoureusement sa présence à l'heure actuelle contre la mondialisation libérale et la menace "frontiste" en France.

Jean-Michel Krivine

Une erreur sur cette page ?