Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRÉSIL

Bilan des élections dans le Rio Grande do Sul

· Inprecor n° 478-479, janvier-février 2003 · p. 17-21 · 4 393 mots

Brésil

Par la Coordination du Rio Grande do Sul de Démocratie Socialiste* Le résultat national des élections de 2002 correspond à une importante défaite du projet néolibéral appliqué au Brésil depuis l'accession au pouvoir de Collor de Mello en 1990, et à la victoire du projet démocratique et populaire, appliqué depuis quelque temps dans nombre de municipalités à travers le pays, et tout particulièrement dans l'État de Rio Grande do Sul pendant les quatre dernières années.

La victoire de Lula exprime le désir populaire d'un changement de dimension historique, il représente la possibilité de construction d'une nation plus juste et solidaire et révèle l'insatisfaction face à la poursuite de l'exclusion sociale. Il y a eu 52 793 364 voix qui représentent 61,27 % des suffrages exprimés et confèrent au PT une énorme responsabilité historique avec l'espoir d'un peuple qui souffre et qui a confiance en

En termes généraux, notre parti sort des urnes comme le premier parti de gauche d'Amérique Latine. Avec 91 parlementaires, nous avons fait élire le premier groupe à la Chambre des Députés et avec 14 sénaan des électi dans le Rio Grande teurs/sénatrices nous sommes la troisième force au Sénat Fédéral. Échec dans l'État de Rio Grande do Sul

Dans le Rio Grande do Sul nous avons fait élire pour la première fois un sénateur du PT, en la personne de Paulo Paim. Nous avons maintenu notre position de premier groupe fédéral de l'État et élargi la représentation du Front Populaire à l'Assemblée Législative de 13 à 16 parlementaires, dont 13 sont au PT, ce qui en fait le premier groupe de l'État « gaúcho » (1).

Dans la compétition pour le poste de gouverneur de l'État nous subissons une défaite électorale avec 47,33 % des voix contre 52,67 % au candidat du PMDB, Germano Rigotto.

La défaite électorale du PT au gouvernement de l'État a marqué profondément les esprits pétistes. Pas seulement parce que c'est la première défaite pendant des années de trajectoire ascendante du parti dans le Rio Grande do Sul, mais aussi parce qu'elle on do Sul se produit au moment précis où nous conquérons la présidence de la République après quatre élections où seul le Rio Grande do Sul donnait la victoire à Lula. C'est ce sentiment justifié de frustration qui nous a conduits à des réflexions plus profondes et à une présentation plus prudente du résultat électoral. S'il est vrai que nous devons produire un bilan avec la responsabilité de qui affronte une situation délicate à l'intérieur du PT « gaúcho », il est vrai également que la défaite est suffisamment grave pour exiger de nous une étude rigoureuse de ses causes et de ses racines.

En dépit de la défaite électorale, nous avons la conviction que le gouvernement démocratique et populaire et le projet politique qu'il a appliqué continuent à avoir l'é* Nous reproduisons ici le bilan tiré collectivement par la Tendance Démocratie socialiste du Parti des travailleurs de l'État de Rio Grande do Sul après les récentes élections. C'est dans cet État que l'influence de Démocratie socialiste est la plus importante. Traduit du brésilien par J.J. M. Les notes sont de la rédaction d'Inprecor. 1. Le « gaúcho » est le gardien du bétail. Dans l'É tat de Rio Grande do Sul, comme dans l'Uruguay voisin, l'élevage extensif fut une des premières activités des colons venant de l'Europe. Par extension la population et l'État de Rio Grande do Sul sont surnommés « gaúchos »,

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SINDICATO DOS

CARROCEIROS coute de vastes secteurs du peuple « gaúcho ». Les réalisations de notre gouvernement sur les fronts les plus divers, inversant les priorités en faveur des couches populaires de la société, démocratisant l'État, combattant la corruption et l'exclusion et promouvant le développement économique assorti de l'inclusion sociale sont les traits marquants d'un projet généreux qui place l'être humain au centre se ses préoccupations.

Le coup d'arrêt aux licenciements provoqués par le précédent gouvernement, les dizaines de milliers de nouveaux fonctionnaires publics embauchés sur concours et le maintien de la Banrisul (2), de la Corsan, de

CEEE, Sulgas et Procergs comme entreprises publiques constituent également une démarcation forte de notre projet.

Beaucoup de nos actions et de nos propositions ont été habilement reprises par notre adversaire du second tour et présentées comme de bons programmes qui seront poursuivis. En outre, nous avons infligé une défaite au projet politique le plus autoritaire, le plus rétrograde et le plus explicitement privatisateur, représenté par Antônio Britto.

Ces éléments d'analyse nous conduisent à une première et importante conclusion :

c'est une défaite de caractère politico-électoral que nous avons subie et pas une défaite programmatique, où nous aurions assisté du courant MES (que dirige la

2. Le maintien de la banque

Banrisul dans le domaine public fille de Tarso Genro) issu de la avait particulièrement agacé le tradition « moreniste » - en fédéral de réalité tous ceux qui considé gouvernement

Fernando Henrique Cardoso.

raient que

Démocratie socialiste devait être

3. Lors des primaires au sein du

PT, Tarso Genro, maire de Porto minorée au sein du PT - gaú-

Alegre, s'est porté candidat cho ». Pour pouvoir être candicontre Olívio Dutra (gouverneur dat au poste du gouverneur sortant) avec le soutien d'une

Tarso Genro a dû démissionner coalition hétéroclite regroupant du poste de maire de Porto tant les éléments de la droite du

Alegre, auquel il avait été élu en

Parti des travailleurs que ceux automne 2000, après une autre

REFORMA AGRA 1000 APOO AS OCIPALES à une interruption du processus de construction de l'hégémonie sociale et culturelle exercée par le PT et la gauche dans le Rio Grande do Sul. Le Gouvernement Démocratique et Populaire

Il ne s'agit pas ici pour nous de faire un bilan de gouvernement. Ce dernier doit se faire avec la profondeur et la rigueur nécessaires au moment où il sera opportun de le soumettre au débat du parti

Il s'agit néanmoins pour nous d'enregistrer le fait que pour la campagne électorale notre gouvernement démocratique et populaire nous laissait en héritage un socle favorable et plein de potentiel pour la confirmation électorale de notre projet. Les réalisations, les programmes et les initiatives couronnées de succès que notre gouvernement avait entrepris pendant trois ans n'ont de parallèle dans aucune expérience administrative conduite par nos adversaires. C'est si vrai que pas un seul programme radio ou télé des candidatures d'opposition n'a mis en cause la gestion de notre gouvernement, vu que toute comparaison leur aurait été défavorable

Il est évident que nous avons commis des erreurs, outre le fait que nous avons subi des limitations financières, le blocage systéprimaire au sein du PT où il affrontait Raul Pont, le maire sortant, membre de Démocratie socialiste (cf. Inprecor n° 447 du la Tendance mai 2000) avec le soutien du même arc des forces. Cette démission du maire récemment élu a affaibli le Parti des travailleurs, le laissant — pour la première fois dans l'État de Rio Grande do Sul - percevoir comme étant au service des carrières individuelles.

matique de l'opposition et le siège du gouvernement par les médias. A plusieurs moments, que ce soit par des attitudes propagandistes erronées ou de volontarisme verbal désastreux, nous avons fourni gratuitement des armes à nos adversaires. Mais il est vrai aussi que nous avions commis des erreurs et dépassé la ligne blanche lors de notre premier mandat municipal à Porto Alegre, et n'avions pas été battus pour autant. Dans les deux cas, nos succès stratégiques l'ont emporté sur nos erreurs tactiques.

C'est un fait qu'il y a eu, du côté d'une partie importante des médias, une posture permanente d'instrumentalisation des accusations de l'opposition et de combat contre le gouvernement qui a influencé efficacement la conscience critique et le jugement, y compris de secteurs sociaux qui s'identifiaient avec lui.

Nous n'avons pas su, dans la conduite de notre campagne, surmonter ces difficultés en défendant notre gouvernement et en profitant pleinement des potentialités qu'il avait ouvertes. Primaires et réélection

L'inclusion dans la Constitution Fédérale de la possibilité d'une reconduction de mandat, mesure à laquelle nous nous sommes opposés, a ouvert une nouvelle situation politique dans les cas où un sortant était en jeu. Celui qui détenait le mandat, à moins qu'il ne désire pas se relancer dans la compétition ou qu'il ait gouverné de manière indéfendable, ce qui n'est pas le cas du gouvernement Olívio-Rossetto, dispose d'une considérable légitimité pour continuer à appliquer son projet. Les primaires au sein du Parti des travailleurs du Rio Grande do Sul en 2002, où le gouverneur a subi une défaite, ont donné à la société l'impression que le parti lui-même n'approuvait pas son gouvernement et ont donné un puissant argument à nos adversaires, qui a été utilisé au niveau local et même national (3). Porto Alegre

Le résultat à Porto Alegre (où nous avons gagné les élections avec un écart de 3 227 voix, contre 223 737 en 1998, avec la candidature d'Olívio Dutra) est resté en-decà de notre potentiel électoral historique. Ce résultat négatif, dans un contexte où notre score a augmenté dans les villes environnantes, montre que quelque chose de spécifique a influé sur les choix de l'électorat de la capitale.

De fait, l'abandon par notre maire de

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Porto Alegre de son mandat, alors qu'il s'était engagé à l'accomplir intégralement mais ne l'avait exercé qu'un an et trois mois, a été souligné tout le long de la compétition électorale, tant dans les sondages que nous avons réalisés que par les électeurs/électrices que nous rencontrions dans la campagne de rue, comme un des facteurs déterminants du vote opposé au PT. Cela aura des conséquences durablement dommageables, en particulier pour l'élection municipale de 2004, ce qui va exiger du Parti une ligne d'action spécifique susceptible de recomposer la relation de confiance entre le parti et la population, et une gestion de la municipalité qui surmonte les dégâts politiques actuels dans l'exécution des travaux et des services. Une campagne en retard

Notre campagne a démarré tard. Après avoir tenu l'avant-scène politique avec les primaires et la composition de nos listes, notre candidature a disparu pendant une longue période de l'actualité de l'État. Même après le retour de notre candidat, le Parti n'est pas arrivé à rythmer la campagne jusqu'au jour du vote. Ce temps s'est avéré - ensuite — fatal pour l'élection, car d'une situation de favoris bénéficiant d'un large avantage, dont nous jouissions au départ, nous sommes passés à la situation d'outsider en seconde position, avec la nécessité de concentrer le feu contre la candidature de Britto au moment du retour du camarade candidat. Et même le matériel de base nécessaire au développement de la campagne (logo, jingle, tracts, affiches), est sorti avec un retard excessif, ce qui a retardé et paralysé la campagne au-delà du raisonnaLa ligne politique du premier tour

Nous avons commencé la campagne avec un slogan — « Oui au Rio Grande » — qui ne disait pas grand-chose de la ligne adoptée par le parti comme axe de campagne. Les documents d'orientation interne formulaient l'idée que le propos central de la campagne devrait être de démontrer comment nous allions faire mieux que notre premier gouvernement. Autrement dit, l'axe était l'idée de l'avenir plutôt que l'exposé de ce qu'avait fait le gouvernement en place. Bien que cette ligne ait été la cible d'une large polémique, elle n'a pas duré longtemps, et s'est vue aussitôt remplacée par une attaque frontale contre la candidature de Britto, à laquelle tous les autres éléments ont été subordonnés.

Sur un total d'une vingtaine de programmes électoraux édités pendant le premier tour, seuls quatre font référence au gouvernement, deux au vice-gouverneur et le gouverneur en place n'apparaît qu'une seule et unique fois.

Les conséquences de cette tactique centrée sur l'attaque contre Britto sont devenues évidentes quand l'opposition a changé de posture, confiant à Rigotto la fonction de nous affronter : nous n'avions rien accumulé pour affronter l'adversaire du second tour.

Dans le débat sur la ligne de campagne, en juin 2002, nous avions présenté un amendement qui disait littéralement ceci :

— à propos de la candidature Rigotto : « (...) nous ne pouvons nous désintéresser du potentiel de croissance de Rigotto, qui va disposer d'un temps significatif à la télévision, qui se présente comme une troisième voie face à la polarisation Britto/PT, qui appartient à une coalition participant sérieusement aux élections présidentielles, ce qui lui vaudra un apport financier substantiel et une solide stratégie de marketing, et qui compte, à la différence de Britto, sur un énorme appareil de parti et une structure militante faisant bloc autour de sa candidature dans tout le Rio Grande do Sul. C'est pourquoi nous devons suivre avec attention l'évolution de cette candidature au cours du processus électoral en évitant une posture édulcorée qui pourrait nous piéger et engendrer d'importantes contradictions au cas où nous aurions à disputer le second tour contre ce candidat. »

— à propos de la défense du gouvernement de l'État : « Dans cette élection notre gouvernement se trouvera au centre des débats politiques. Ce sera une élection à caractère plébiscitaire, où l'opposition conservatrice à notre projet, qui avant même l'installation du gouvernement s'était lancée dans des agressions démesurées, va amplifier ses critiques et multiplier de façon encore plus systématique des attaques de nature idéologique, politique et programmatique. Pour cette raison la campagne devra être un moment de clair soutien au gouvernement démocratique et populaire que nous avons débuté en janvier 1999 dans le Rio Grande do Sul, qui a représenté une interruption de la politique néolibérale appliquée de manière sauvage par la coalition néolibérale de Britto, et qui a inauguré une période de changements structurels de la réalité économique, sociale et culturelle de l'État.

Bien au-delà de la proclamation générale des caractéristiques de notre projet, on exigera de nous de soutenir nos engagements programmatiques à partir de l'exposé de l'ensemble des réalisations concrètes que nous avons menées à bien (...) ».

Avant même cela, lors du Directoire d'État du 11 mai, le texte de résolution sur la conjoncture explicitait : « Germano Rigotto, candidat du PMDB, allié au PSDB, pourra compter sur un bon temps d'accès à la télévision et sur l'appareil du gouvernement fédéral. C'est une candidature qu'on ne peut pas mépriser car elle pourra se développer dans le vide laissé par la polarisation Tarso/Britto. »

De fait, la négligence de ces deux données nous a coûté cher au premier tout et a configuré les conditions du second.

En outre, l'accent mis sur les personnalités — traduit par la bataille pour la comparaison des biographies au détriment d'une polarisation claire et permanente des projets — n'a pas alimenté nos forces militantes en arguments politiques et programmatiques nécessaires et suffisants pour la victoire. Dispersion organisationnelle au second tour

Du premier au second tour, la campagne est passée d'une centralisation excessive à une fragmentation exagérée, et les occasions n'ont pas été rares où après délibéra-

CEVAN

CENTRO ESTUDANTIL

VANDERLEI DAS NEVES

SCOLA EST. JOSÉ A DOS SANTOS

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tion par la coordination la ligne approuvée n'a pas été appliquée pour l'édition du matériel ou pour les passages à la télévision. Au premier tour, toute la campagne s'était trouvée polarisée contre la candidature de Britto. La montée de Rigotto, et sa présence au second tour a pris la majorité de la coordination par surprise et a mis en évidence l'inexistence d'une stratégie de campagne pour affronter la candidature du PMDB.

Au second tour nous avons publié notre premier matériel dix jours après la reprise de la campagne, et de plus il a fallu retirer ce dernier de la circulation à cause d'une erreur, car il affirmait que la Banrisul avait été privatisée. Tout au long du second tour la crise causée par le manque de matériel était aussi permanente que décourageante.

En dépit de tout cela, nos équipes militantes courageuses et aguerries se sont lancées dans les rues, les villages, les lieux de travail, d'étude et de loisir, dans l'intérieur de l'Etat, les quartiers, pour faire du porte-à-porte et présenter nos propositions. Nous avons réussi, en dépit des erreurs, à récupérer des milliers de votes, grâce à ce travail passionné et constant de ces hommes et de ces femmes qui croient en eux-mêmes et dans le projet que nous représentons. Face à la défaite, tous les hommages sont justifiés mais cependant insuffisants pour traduire l'importance politique de ces militants qui renforcent notre projet et nous donnent espoir pour l'avenir. Sondages, médias et manipulation

Au cours de ces élections les sondages se sont de nouveau révélés un instrument de manipulation de la réalité plus qu'un outil pour la dévoiler. Rien de nouveau pour nous là-dedans. En 1988 nous avons conquis la mairie de Porto Alegre alors que les sondages nous plaçaient en quatrième position. En 1998, quelques jours avant l'élection, l'IBOPE a publié un sondage où notre candidat apparaissait avec un retard de 20 % sur Antônio Britto.

En 2002, pourtant, le parti a vu s'affaiblir sa défense immunologique contre ce type d'outil. Le rôle excessivement central que les sondages ont occupé lors des primaires, l'engagement de ce même institut (IBOPE) pour des sondages du parti, en plus d'une réaction fort peu énergique à leurs résultats, ont permis que les sondages pren4. Ford a renoncé à installer une usine dans le Rio Grande do Sul, considérant que le gouvernement de cet État ne participait pas suffisamment à ses profits par les allégements fiscaux et avait des exigences sociales trop élevées.

nent sur nos militants une influence supérieure à ce qu'elle était les années précédentes. Les erreurs dans les chiffres donnés par ces sondages sont très préoccupantes et méritent une attention spéciale dans l'avenir immédiat, pour obtenir une meilleure réglementation et, tout spécialement, pour déterminer leur transparence, avec possibilité pour les partis d'accompagner leur conception, leur mise en œuvre et leur publication dans la presse et sur Internet.

Corrélativement un autre thème qui exige d'être pris en compte par le parti et d'être mis en débat avec la société est celui de la démocratisation et du contrôle éthique des grands médias dans la vie politique brésilienne. Nous n'aurons pas de véritable démocratie au Brésil tant que le droit à l'information ne sera pas assuré aux citoyens brésiliens. « Anti-petisme »

Présente dans certaines analyses, l'idée de l'apparition d'une base sociale anti-PT mérite une analyse plus sérieuse.

Même avant notre entrée en fonctions, lors de l'élection de 1998, il était déjà possible de saisir ce que serait la stratégie d'opposition que les forces vaincues allaient adopter face à notre gouvernement. Pendant la campagne électorale le patronat avait organisé une offensive de terrorisme politique en direction des salariés, directement déployée par ses organisations de classe (en particulier la FIERGS). Comme on l'a appris depuis grâce à des enregistrements de conversations publiés par le journal Folha de São Paulo, il était déjà annoncé que « le PT ne peut gagner, s'il gagne il ne pourra pas mettre en place un gouvernement, et s'il peut le faire il ne pourra pas gouverner » et le ministre Eliseu Padilha ajoutait que « si le PT gagne dans le Rio Grande do Sul, le Brésil aura un État de moins pour le président Fernando Henrique ».

Suite à la mise en place de notre gouvernement, ce schéma a été transféré de l'État à différents domaines de la société Particulièrement à la presse.

Au moment de notre entrée en fonctions a été publié le premier d'une série de livres de combat politique contre le PT et le gouvernement. La "Nouvelle Classe" de Dacanal, a été la première de plus de vingt publications. Dans les tout premiers mois de notre gestion une manifestation agressait avec des œufs et des pierres le gouverneur élu. Plus d'une trentaine de sites ont été créés sur Internet pour véhiculer des attaques contre le PT et le gouvernement. Des instituts tels que Século 21 ont été créés et financés pour promouvoir ces attaques par des événements, des publications et des campagnes publicitaires. Au début de cette année-là le leader du PMDB, le député César Buzatto, dans une contérence au séminaire d'État du PMDB, annonçait la « stratégie d'opposition au gouvernement Olívio », devenue depuis un manuel écrit : « Faites tout pour vaincre le PT car j'affirme — sur la base de mes années d'expérience politique — que notre ennemi s'appelle PT. Avec lui il n'y a pas moyen de négocier, parce qu'ils veulent nous détruire. C'est eux ou nous. // n'y a là aucune compatibilité, c'est comme l'huile et le vinaigre, ça ne se mélange pas ».

Tout cela s'est produit avant l'affaire Ford (4) ou quelque acte de gestion que ce

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soit de la part de notre gouvernement. Il s'agit d'une tactique de l'opposition délibérée et organisée avant même que notre gouvernement ait débuté.

La compréhension de ce fait est fondamentale pour que notre analyse établisse s'il s'agissait ou non d'un gouvernement de conflits, quelle était l'origine de ceux-ci, et qui était « l'agresseur » et qui « l'agressé ». Et c'est ce fait qui en fin de compte est devenu central et décisif dans la campagne élec-

En dépit de toute cette artillerie que l'on a maniée contre nous tout au long des quatre ans de gouvernement ce courant politique fut durement rejeté par l'électorat, son principal candidat (Antônio Britto) ne recueillant que 12,31 % des voix.

Enfin, qu'on tienne compte du fait que le réquisitoire développé par ce courant n'était pas un réquisitoire nécessairement anti-gouvernement, mais bien un réquisitoire anti-gauche. Les thèmes travaillés par ces gens étaient un mélange de thèmes relevant de l'Etat (la sécurité), des municipalités (azulzinhos, pardais...), du mouvement social (Fazenda Ana Paula), ou idéologiques (FARC, Cuba, etc.). Conclusions • Au regard de ces faits, nous pouvons affirmer que les causes déterminantes de notre défaite se situent au sein de la campagne elle-même, de ses options, de ses erreurs et succès et non dans des circonstances antérieures ou extérieures à elle. Nous aurions pu gagner les élections dans le cadre de cette conjoncture (Gouvernement de l'État, dure lutte politique de l'opposition, faible temps de passage à la télé, etc.) comme le résultat lui-même le montre. Notre parti a besoin, face à la défaite, d'avoir l'humilité de tirer des leçons des erreurs qu'il a commises et de ne pas les répéter dans les batailles à venir. ® Nous avons besoin, en même temps que nous faisons le bilan politique de cette campagne électorale, d'élaborer une stratégie politique pour affronter la prochaine période, en tenant compte de la nouvelle conjoncture qui s'ouvre avec la victoire de Lula au Brésil et la défaite de Tarso dans le Rio Grande do Sul. Nous devons soutenir la victoire de Lula à la Présidence de la République avec beaucoup de force et engager les militants de notre Parti dans la construction du gouvernement fédéral. La victoire de Lula allume la flamme de l'espoir pour des millions et des millions de gens, non seulement au Brésil, mais dans les Amériques et le monde entier. L'espoir que soient modifiés les fondements du projet néolibéral qui ont conduit à l'exclusion et à la misère des millions de travailleurs/euses qui ont perdu leur emploi avec les privatisations, avec le refroidissement de l'économie ou les restructurations des entreprises. L'espoir que le Brésil devienne une nation où le peuple fasse entendre sa voix à son tour, qu'il puisse participer aux grandes décisions du pays et que ceux qui gouvernent défendent, souverainement et dans l'honneur, les intérêts légitimes de notre peuple devant les autres nations du monde globalisé. Enfin, l'espoir qu'un autre monde et un autre Brésil sont possibles. • De la même façon, nous devons procéder à une étude en profondeur des causes générales et spécifiques de l'échec de notre candidature au gouvernement de l'État dans 22 des 35 municipalités que nous administrons et, à partir de là, tracer un plan stratégique coordonné par le PT pour corriger à temps les erreurs et confusions identifiées et affirmer les réussites et conquêtes obtenues. Dans la prochaine période nous devons avoir la capacité d'affronter, et résoudre, au moins quatre défis distincts : gagner les élections à Porto Alegre, à cause de la signification que la capitale des « gaúchos » a pour l'État en général et pour la gauche en particulier ; construire la succession dans les municipalités que nous dirigeons pour la seconde fois et où nos maires ne pourront être de nouveaux candidats (Caxias, Gravataí, Alvorada, Viamão) ; garantir la réélection dans les autres municipalités pétistes et finalement, accroître largement le nombre de municipalités dirigées par le camp démocratique et populaire dans le Rio Grande do Sul. • Nos parlementaires vont jouer un rôle fondamental dans cette nouvelle conjoncture Notre groupe fédéral aura la tâche de soutenir le gouvernement Lula et de représenter notre gouvernement dans le territoire « gaúcho » alors que notre groupe dans l'État aura pour tâche principale le contrôle du gouvernement Rigotto et le développement politique du statut d'opposition que les urnes nous ont conféré ici dans l'État. 6 Nous devons aussi reprendre un fort dialogue avec les mouvements sociaux et populaires pour construire, ensemble, un programme et une direction politique capable et conséquente en vue des prochains combats politiques, tant programmatiques qu'idéologiques ou électoraux.

Toutes ces tâches ne seront affrontées avec succès que si nous sommes capables de surmonter le défi interne au parti. De toutes les vertus du PT du Rio Grande do Sul la plus importante pour ses victoires a toujours été son sens collectif et unitaire. C'est justement ce sens qui, affaibli dans la dernière période, mérite d'être recomposé. Construire un parti de façon démocratique et militante, qui soit capable de se placer au-dessus de prétentions personnelles ou de groupes, qui ait dans la politisation son socle fondamental est notre principal défi et notre tâche la plus importante. D'énormes défis se présentent devant nous. De vastes secteurs de la population se sont rapprochés de notre projet durant ces élections et veulent une alternative concrète pour donner vie à leur espoir. Nous avons accumulé suffisamment sur les plans politique et programmatique pour donner continuité à notre projet de transformation socialiste de la société. Nous avons l'énergie nécessaire pour continuer à donner une issue à nos rêves et nos utopies. Nous avons la force et la capacité de regroupement pour préparer, avec humilité, obstination et sagesse, la reprise du gouvernement de l'État en 2006 et approfondir ainsi les changements en faveur des classes populaires que nous avons entamés

Porto Alegre, novembre 2002

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