Inprecor 1974–2004

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BRÉSIL

La CUT au défi du nouveau gouvernement

· Inprecor n° 478-479, janvier-février 2003 · p. 16-17 · 1 374 mots

Brésil Syndicalisme

Par Rafael Freire et Rosane da Silva* es changements pour lesquels le peuple s'est prononcé majoritairement aux élections dépendent d'un gouvernement ayant la volonté politique de les impulser et de l'existence de mouvements sociaux forts, autonomes et mobilisés qui poussent dans le même sens.

Le gouvernement Lula représente un énorme défi pour le syndicalisme cutiste. Et dans la relation entre le gouvernement et la CUT (mais aussi le MST, les Pastorales Sociales, la CMP, les mouvements des femmes, etc.) se trouve une des clés de la tournure que prendra le projet de la gauche brésilienne.

Nous entrons dans une nouvelle phase de la conjoncture nationale et nous ne pouvons inscrire notre débat seulement dans les anciennes références élaborées pendant la période où le néolibéralisme était au centre du gouvernement fédéral. Cette période, qui se clôt maintenant, était caractérisée par la défensive et la résistance des secteurs de gauche dans le pays. Notre centrale s'est alors trouvée confrontée à des impasses et nous avons subi des détaites (privatisations, perte de droits, etc.).

Pour ce débat il y a de toute évidence un manque de « paramètres » historiques ou internationaux. Les mouvements sociaux brésiliens n'ont jamais été la « courroie de transmission » d'un « parti dirigeant » — ainsi nous ne nous référons pas aux expériences du communisme stalinisé. Et, néanmoins, ces mouvements sociaux sont formés * Rafael Freire et Rosane da Silva font partie de l'Exécutif National de la CUT. Cet article a été publié dans le revue de la tendance Démocratie socialiste, Em Tempo n° 326 de décembre 2002. Traduit du brésilien par J.-J. M. 1. Tous les syndicats européens, loin de là, ne correspondent pas à cette image d'une direction syndicale omnipotente et pleinement consciente de ses choix. Certains, parce qu'ils ont rompu avec un tel fonctionnement, d'autres, parce que la bureaucratie syndicale doit y affronter des oppositions capables de la contrecarrer (note de la rédaction).

La CUT au défi

majoritairement par des militants du parti des travailleurs (PT), c'est-à-dire que le projet du parti et du gouvernement « leur disent quelque chose », en plus du fait que ces mouvements ne sont pas apolitiques, ni dépolitisés.

S'il fallait chercher dans le monde contemporain une situation relativement proche nous pourrions identifier l'Afrique du Sud. Qu'on se souvienne que Mandela est arrivé au gouvernement lors de la chute de l'apartheid en exprimant un immense désir d'élimination de l'exclusion sociale et politique de la population noire. Mais dans ce pays s'est formé un gouvernement qui développe des politiques néolibérales à partir d'un pacte politique entre le Congrès National Africain (de Mandela), le Parti Communiste et la centrale syndicale COSATU

La CUT, le MST et d'autres mouvements ont participé à la campagne pour Lula et les candidats du PT, mais il n'y a rien qui ressemble à un « accord programmatique » (ce sont le PT et Lula qui ont défini le programme et les alliances) ou « de gouvernement » (c'est Lula qui a défini le gouvernement et la façon de gouverner). C'est le PT qui va gouverner avec ses partis alliés.

Tout particulièrement en Europe ont existé (ou existent) des cas de centrales syndicales sous hégémonie social-démocrate ou communiste dans un contexte de gouvernements de partis socialistes (parfois en alliance avec des Verts et/ou des communistes). Mais à la différence du syndicalisme européen à la CUT il n'y a pas de « discipline syndicale ». En Europe lorsque le sommet d'une centrale syndicale décide d'une ligne d'action, le reste de structure de cette centrale suit (1). Quiconque prend un autre chemin s'expose à des sanctions. Dans le cas de la CUT, ou bien l'unité se construit avec une vaste majorité ou bien elle n'a pas lieu. Il n'y a aucune possibilité pour la direction de la Centrale d'imposer une politique à la base ou aux instances intermédiaires.

La relation entre les exécutifs pétistes et le mouvement syndical a été peu analysée de part et d'autre, malgré une histoire de vingt ans (depuis la conquête de la première mairie en 1982) pleine de moments de tension. Il est vrai que les municipalités ou les gouvernements d'États n'ont pas les mêmes caractéristiques que le gouvernement fédéral, étant données les limitations des attributions de ces niveaux de l'administration. Mais, même comme cela, on n'a à peu près rien consolidé à propos des relations avec la CUT - même en ce qui concerne les fonctionnaires organisés dans les syndicats cutistes. Ainsi la possibilité de commettre à nouveau des erreurs banales — de part et d'autre — est considérable. Soit pour le parti, au gouvernement, de considérer que tout ce qui vient du syndicalisme est pur « corporatisme » ; soit pour les syndicats et la Centrale de considérer que rien n'a changé (par rapport aux précédents gouvernements) et que leur rôle reste identique. Conflit pour l'orientation du pays

Nous entrons dans une nouvelle étape Le syndicalisme n'est pas spectateur de la scène nationale, mais un de ses acteurs principaux. Les changements que le peuple a exigés majoritairement lors des élections dépendent d'un gouvernement ayant la volonté politique de les impulser et de l'existence de mouvements sociaux forts, autonomes et mobilisés, poussant dans la même direction. Il s'agit de deux facettes du même processus politique, et il est nécessaire que le peuple le perçoive ainsi

Pour autant, il est absolument nécessaire que le gouvernement annonce la direction du changement (quels sont les parametres ? quels sont les objectifs et buts à atteindre ?). Il s'agit, comme on l'a dit, de « sortir du néolibéralisme » et le gouvernement doit se montrer didactique vis-à-vis de la population.

Mais les mouvements sociaux eux aussi doivent lier leurs revendications immédiates à la conquête d'un nouveau projet du pays. Par exemple, il n'y aura pas d'amélioration des salaires et des politiques sociales sans une diminution de la vulnérabilité externe du

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pays: nous revendiquons des salaires et des services de base tout autant que nous revendiquons la destruction du piège du capital financier international.

Il n'y aura pas de nouveau projet pour le pays sans une nouvelle politique. C'est-àdire sans la participation large et plurielle de la population aux débats et aux décisions. Au moins depuis la crise du sandinisme vers la fin des années 1980 au Nicaragua, nous savons qu'il ne suffit pas de mettre en œuvre un projet différent, il est nécessaire de le mettre en œuvre d'une façon différente. Quel aspect prendra la démocratie participative au niveau fédéral ? Quel rôle incombera au peuple organisé en syndicats, associations de quartiers, mouvements paysans,

Dans les années 1980 et au début des années 1990, la CUT a été appelée à négocier ce que les travailleurs allaient perdre et combien - en fonction des projets conservateurs. Telle était l'essence des « pactes sociaux » alors proposés (et rejetés par les Congrès Nationaux de la CUT jusqu'en 1991).

A propos de la période actuelle, la CUT a laissé clairement entendre qu'elle ne se refuse pas à la négociation (avec le nouveau gouvernement, les organismes patronaux et d'autres acteurs sociaux) à partir du moment où cela ne signifiera pas de nouveaux sacrifices pour les travailleurs. Le présupposé marquant de cette négociation sera la sortie du néolibéralisme, pas son approfondissement. Le cadre dans lequel s'établira cette négociation sera celui d'un intense conflit avec les forces conservatrices qui tenteront d'imposer leurs mesures néolibérales comme une « nécessité », et non pour ce qu'elles sont : un « choix » du capital financier international.

Mais, en tout état de cause, il est fondamental de garantir que la CUT (tout comme les autres mouvements sociaux) évoluera dans ce processus de manière autonome par rapport au gouvernement, dans le respect de ses instances délibératives et des assemblées de base, en travaillant démocratiquement les contradictions qui apparaîtront nécessairement.

La CUT fait partie du même camp politique que le gouvernement et cela doit se refléter dans un dialogue sur les directions stratégiques du pays. Mais notre Centrale ne fait pas partie du gouvernement et le calendrier des transformations stratégiques ne peut soumettre la CUT à la logique gouvernemental, encore que l'un et l'autre soient orientés par notre objectif commun des transformations indispensable à la satisfaction des désirs de notre peuple.

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