L'échéance prochaine des élections du Parlement européen permet, si cela était encore nécessaire, de révéler la nature réelle de la politique des directions traditionnelles de la classe ouvrière. Face à cette nouvelle étape de construction d'une Europe capitaliste dont l'image de marque est ses sept millions de chômeurs, les partis qui prétendent défendre les travailleurs ne font que répercuter au niveau européen leurs politiques respectives de collaboration de classe.
La social-démocratie européenne se présente comme moteur de la construction de l'Europe impérialiste; quant aux sirènes de l'«eurocommunisme», elles n'auront chanté qu'un été et ont laissé place au réalisme des «voies nationales» qui amène les PC non seulement à se présenter dispersés à la bataille, mais aussi à défendre des orientations parfois totalement antagoniques d'un pays à l'autre.
Tout en prétendant lutter pour «l'Europe des travailleurs», ces partis ne manifestent en fait dans cette campagne que leur adaptation à leurs bourgeoisies à des fractions de leurs bourgeoisies nationales.
face à l'Europe
te Europe des travailleurs que le chef de file des socialistes européens, Helmut Schmidt, met au avec Giscard d'Estaing, représentant de l'impérialisme français ? Et quelle est cette Europe des travailleurs qui, selon qu'elle est présentée par différents partis communistes, passe par une intégration plus poussée, un Parlement disl'élargissement si l'on écoute le PC italien, le PC belge ou espagnol; par une défense de la «nation française», de la souveraineté du Parlement national et le rejet de l'entrée des pays l'on écoute PCF; ou encore par le retrait immédiat de la Grande Bretagne et de l'Irlande si l'on écoute le PC anglais ou irlandais ?
Les intérêts des travailleurs européens n'ont pas grand chose à voir avec tout cela, comme les sidérurgistes lorrains actuellement l'expérience. Face à un tel feu d'artifice de la collaboration de classe, l'échéance de juin prochain place une tâche essentielle au centre de la campagne des marxistes-révolutionnaires : restituer le sens réel
Quelle peut en effet être cet- de la lutte anti-capitaliste des travailleurs, l'internationalisme. LA SOCIAL-DEMOCRATIE EUROPEENNE
Depuis longtemps déjà, le SPD de Helmut Schmidt a pris la tête de la bataille pour la construction de l'Europe au nom des intérêts des secteurs dominants du capitalisme allemand. Il a trouvé sur ce plan un accord presque parfait avec Giscard d'Estaing et, s'il apparaît souvent un «européen» plus décidé que le locataire de l'Elysée, c'est qu'il représente une économie plus forte dont les gros trusts ont un besoin impératif pour aller de l'avant dans la concentration européenne. On le trouve donc à la place que l'on pouvait attendre dans la campagne pour les élections au Parlement européen. Cependant, et c'est un signe de conscience qu'ont les dirigeants sociaux-démocrates des rapports de forces sociaux en Europe, tête de leur liste les principaux dirigeants syndicaux de leur
Pour cette campagne, le SPD, sous la houlette de son président
Willy Brandt, a unifié les campagnes de l'ensemble des partis sociaux-démocrates européens, même de ceux qui, comme le PS français, avaient, ces demières années, établi une alliance privilégiée avec les communistes.
En 1973, le PS de François Mitterrand organisait un congrès spécial sur l'Europe à Bagnolet. Ce congrès - en pleine euphorie de l'Union de la gauche - fut tout entier tourné sur la «lutte pour le socialisme en Europe du Sud» et la bataille pour l'«Europe des travailleurs». Acceptant l'Europe telle qu'elle existe, la déclaration finale était axée sur deux points : la lutte pour les droits des travailleurs européens et contre les grandes multinationales. Cette déclaration reçut l'approbation de l'aile gauche du PS, le CERES, et fut ensuite adoptée par le Congrès de Nantes de ce parti en
En juin 1978, la direction socialiste élue à Nantes signait la plateforme des PS européens pour les élections de juin prochain, concoctée par le SPD et qui est un bon programme de construction de l'Europe capi-
En juillet 1978, pour faire passer cette plateforme dans son parti - le CERES l'attaque
Run « Bad-Godesberg 1)- en particuler sur la question de l'élargissement de la CEE (contre laquelle le PS s'était jusqu'alors prononcé), Mitterrand expliquait qu'il avait obtenu des «inflexions» et une «attitude de grande prudence, non pas dans l'acceptation de l'élargissement de la communauté», mais quant aux condiaux aménagements, aux «échéances». Il s'agit en fait d'une petite phrase précisant qu'il faudra discuter au niveau de chaque parlement national des échéances de l'élargissement. Petite phrase incluse, selon les dires de Willy Brandt, pour que «Mitterrand n'ait pas de difficultés avec ses élus du Sud-
Cette petite phrase n'a cependant pas facilité la situation du PS dans le Sud-Ouest de la France, région viticole qui sera particulièrement frappée par l'entrée de l'Espagne dans la CEE. Les notables socialistes locaux ont en effet vu baisser leur cote et subi les contrecoups de la campagne chauvine que mène le PCF dans la région et, début mars, cinq fédérations socialistes socialistes locales décidaient d'adhérer au mouvement «Mon pays écorché», qui mène campagne contre l'élargissement de la CEE. Mais le gros du PS a accepté accepté l'alignement européen qui permet aussi de préfigurer, au niveau français, de possibles convergences avec la majorité giscardienne.
A LIRE AUSSI Articles sur la RFA 1. Les sidérurgistes pour
35 heures, numéro 40, 14 décembre 1978. 2. Six semaines de grève dans la sidérurgie - premier bilan, numéro 40, 14 décembre
Articles sur la Grande-Bretagne sortir de plusieurs défaites et à la veille d'une année électorale, de Brian
Grogan et de Rich Palser;
paru dans Inprecor no 22, du 17 février 1978. 2. Callaghan et Ford contre la ouvrière, de Brian paru dats bre 1900r no 36, 3. La dernière année du gouvernement Callaghan,
Rich Palser;
paru dans Inprecor no 40, du 14 décembre 1978. 4. Le gouvernement travailliste passera-t-il l'hiver? par
Brian Grogan; numéro 45,
15 février 1979.
En Italie, également, le PSI s'est aligné sur la social-démocratie allemande sur la question européenne. Ce parti avait, au années 70, tiré bilan négatif de sa longue collaboration avec la Démocratie chrétienne dans les gouverements de centre-gauche et opéré un tournant «gauche», combattant le compromis historique au nom d'une «alternative de gauche» au régime démocratesur le modèle de l'Union de la gauche française. Etant donné la difficulté de réaliser cette politique en Italie et la modification de ses espérances européennes (échec de l'Union de la gauche), il changea de perspective lors de son Congrès de Turin en février 1978, reléguant au calendes grecques l'alterative de gauche, se lançant dans une virulente polémique contre le «léninisme» du PCI et affirmant son «choix occidental» (rappelons que, lors de la guerre froide, le PSI est le seul parti social-démocrate à choisi de défendre le «camp» soviétique). Il espère ainsi, porté par la vague de la social-démocratie européenne, gonfler ses voiles en Italie même.
Seule note discordante dans le concert socialiste européen, le Parti travailliste de James Callaghan. Pro-européen, Labour Party doit cependant se faire porteur des exigences particulières du capitalisme britannique, en position de faiblesse et qui maintient des rapports privilégiés avec les Etats-Unis. De plus, le Parti travailliste est divisé sur la question de l'Europe, la gauche travailliste ayant appelé à voter contre l'entrée de la Grande Bretagne lors du referendum sur l'adhésion de cette dernière au Marché commun. Or Callaghan a déjà pas mal de sujets de discordes à propos de sa politique salariale pour ne pas en ajouter d'autres. Il doit donc à la fois s'efforcer de na pas raviver le lobby anti-européen dans son parti, sans se couper pour autant du processus de construction européenne
Malgré les réticences anglaises, la social-démocratie présentera donc un courant homogène au niveau européen. Mais ce n'est pas le fait que les partis socialistes se présentent unis à cette échéance qu'il faut dénoncer - comme le fait le PCF, leur donnant ainsi à bon compte un d'interationalistes - mais bien l'orientation pro-impérialiste qu'ils viennent y défendre.
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR
Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe - manifeste adopté par les sections européennes de la Vle Internationale; numéro 45, 15 février 1979. LES «VOIES NATIONALES» DES EUROCOMMUNISTES
Les différents partis communistes, tout «eurocommunistes» qu'ils s'affirment, donnent, tace à cette échéance, toute la dimension de leur adaptation aux intérêts de leurs différentes bourgeoisies nationales. La polémique qui avait éclaté en août dernier entre le PCE et le PCF au sujet de l'entrée de l'Espagne n'était en fait que la pointe de l'iceberg de la discorde entre ces partis. Devant la campagne chauvine que le PCF avait lancé dans le Sud-Ouest de la France contre l'entrée de l'Espagne dans la CEE, les dirigeants du PCE pour qui cette entrée est une pièce maîtresse de l'évolution de l'Espagne, dénoncèrent le «patriotisme de clocher de Marchais» et l'accusèrent de «réveiller les démons réactionnaires parmi les agriculteurs arriérés». Le PCF répondit vertueusement par un entrefilet dans l'Humanité en expliquant que «chaque parti avait le droit de déterminer librement ses propres positions».
Et en effet ces positions sont plus que discordantes comme le montre un rapide pot-pourri de déclarations des divers partis communistes.
C'est dans la revue gaulliste l'Appel que Georges Marchais écrivait en juillet 1978 : «Il est clair, que, en ce qui nous concerne, nous refusons catégoriquement d'être liés à une quelconque mini-internationale, de subordonner nos revendications nationales à un parti européen.
évident n'assistions pas actuellement à un mouvement regrettable de tous les autres partis français, sans exception, vers des formaregroupements qui, bien qu'ils se nomment européens, représentent en réalité dans la plupart des cas, des intérêts qui sont, pour le moins, en opposition l'intérêt
Mis à part le Parti communiste français, bien sûr, cela vaut pour tous les autres partis sans exception, pour le Parti socialiste qui a élaboré un préambule et un catalogue de propositions communes avec ses partenaires européens, de même que pour tous les partis de la droite qui sont unis avec des partis réactionnaires d'autres pays européens.
«Malgré notre profonde solidarité avec les luttes et les aspirations des ouvriers européens et la lutte des communistes des Neuf, nous sommes trop conscients de l'intérêt pour agir de cette façon. Je note que cela n'est pas nouveau dans notre attitude; les députés communistes français qui sont membres du Parlement européen depuis 1973 et qui, pour des raisons administratives, sont membres d'un groupe communiste européen, ont toujours affirmé que leur seule fonction, dans l'Assemblée elle-même, était l'intérêt national français».
Pour Giancarlo Pajetta, «Ministre des Affaires étrangères» du PCI, au contraire : «Ce qu'il faut, c'est une organisation qui puisse réellement agir, qui soit basée sur un transfert de pouvoir accordé par les gouvernements et parlements des Etats membres, et puisse ainsi traiter problèmes cruciaux les Etats nationaux ne peuvent traiter tout seuls. Ce pouvoir multinational doit être garanti, aux yeux des peuples des Etats membres, par un contrôle démocratique ferme qui pourrait être exercé directement par le Parlement européen s'il avait des pouvoirs bien plus larges que maintenant. Comme nous le voyons, ces pouvoirs multinationaux doivent être très différents de ceux de l'actuel Conseil de l'Europe. Les prérogatives du Parlement et de la Commission doivent renforcées et il doit y avoir un meilleur équilibre entre organes et le Conseil des Ministres. Il doit s'agir d'un pouvoir démocratique, capable de rassembler dans la sphère européenne, la souveraineté à laquelle les parlements nationaux renoncent, et d'assurer une participation populaire effective à la planification et à l'application des politiques communautaires. Sans cela il n'y a aucune chance d'insuffler une nouvelle vie à cette commu-
Le Parti communiste hollandais, quant à lui, l'idée que la construction d'un pouvoir supra-national soit un fait auquel on ne puisse échapper» et se battra «pour la protection de la souveraineté nationale de notre pays, pour la protection de la Constitution hollandaise qui stipule que le Parlement hollandais est le seul représentant élu du peu-
Le PC belge pense, au contraire, qu' «En réalité, il est faux d'opposer des mesures nationales à des mesures com-
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par exemple que la vision expo- battre en brèche, tant il difmunautaires comme si étaient incompatibles. Nier la possibilité de mesures économiques nationales désarme aujourd'hui le mouvement ouvrier et démocratique qui mène nécessairement sa lutte dans les frontières nationales et cela revient, en fait, à laisser la voie libre au grand capital. Mais, d'un autre côté, ne pas présenter de perspectives au niveau du Marché commun, c'est permettre à ces mêmes forces du grand capital de prendre seules des décisions à ce niveau, décisions contre lesquelles la résistance «nationale» sera ensuite plus difficile (...). Ces problèmes (économiques) demandent des politiques coordonnées qui ne peuvent être menées sans le transfert de certaines prérogatives des Etats nationaux à des organismes intégrés, afin que les décisions prises d'un commun accord soient appliquées».
Le Parti communiste d'Irlande, lui, est «opposé à l'élection directe du "Parlement' européen» et se prononce pour le retrait de l'Irlande du Marché commun.
Et l'on pourrait poursuivre la liste... Ces positions divergentes reflètent les conditions nationales propres à chaque pays, auxquelles s'adaptent les politiques de collaboration de classe des PC. Ainsi les PC espagnol et italien, qui épousent les intérêts des grands monopoles de leurs pays et mènent une politique d'union nationale avec leurs représentants, sont-ils des «européens» convaincus. PCF, quant à lui, allie, dans sa campagne anti-européenne, son chauvinisme traditionnel politique de division envers le Parti socialiste et à sa recherche de l'«Union du peuple de Fran-
L'analyse des politiques «européennes» des deux principaux partis communistes, l'italien et le français, montre quelles voies divergentes peut prendre même adaptation aux intérêts de bourgeoisies nationales. L'EUROPEANISME DU PCI
Le PCI a depuis le début des années 60 fait le choix de l'Europe comme cadre de réalisation de la «voie italienne au socialisme». Celle-ci, nécessitant le maintien du statu-quo international les réalités existantes, prendre en compte l'Europe étant une de celles-ci.
D'autre part, l'approfondissement de la «voie italienne» avec l'élaboration du «compromis historique» et l'engagement dans une politique d'union naavec la DC, parti des monopoles italiens, allait confirmer et amplifier ce choix européen du PCI. Celui-ci est non seulement pour l'élargissement du Marché commun, pour l'élection du Parlement européen au suffrage universel, mais égalepour un transfert des pouvoirs des parlements nationaux à cette instance européenne, comme le montre la citation de Pajetta reproduite ci-dessus. Ce choix européen va d'ailleurs beaucoup plus loin puisque le PCI accepte également le cadre des alliances militaires de l'Europe, avant tout l'OTAN.
On se souvient que Berlinguer déclarait lors de la campagne électorale italienne de juin 1976 qu'il se sentait plus sûr dans le camp de l'OTAN que dans celui du Pacte de Varsovie pour développer son expérience de «marche au socialisme». Récemment encore, des dirigeants du PCI participaient à une conférence sur la sécurité en Europe. Cette conférence était organisée aux USA par le Research Institute on International Change de l'Université de Colombia (institut créé Brzezinski) et y participaient tous les partis socialistes européens plus le PCI, le PCE et la des communistes yougoLe professeur Bogdan Denitch, de l'institut sus-nommé, commente ainsi la politique du PCI : «Les communistes italiens ont fait une impression très, très forte. Ils sont apparus comme un mouvement sérieux, comme un parti de gouvernement qui ne cherche pas à éluder les problèmes. Il y avait des mant me le ont te ment entre les socialistes et les Américains présents. Je pense sée par le sénateur Calamandrei (PCI) à propos de l'OTAN et de son rôle dans le maintien d'un équilibre stratégique comme pré-condition à la détente était très bien articulée, raisonnable et représente ment une base de discussion. Il est vrai qu'il a exposé quelques réserves, par exemple en matière de consultations, de standardisation des armements et de limitation de la sphère d'influence. Mais en cela le PCI n'est pas apparu très différent de certains partis sociaux-démocrates. Le sous-secrétaire norvégien de la Défense a dit plus ou moins la même chose. Ce qui a constitué une surprise non seulement pour les Américains, également pour certains socialistes présents qui tendent à être plus neutralistes et à avoir plus de réserves que n'en a aujourd'hui le PCI sur l'utilité l'OTAN». (2)
Les responsables du PCI ne laissent d'ailleurs planer aucune illusion sur leur objectif dans la construction de l'Europe. Pajetta le rappelait en septembre dernier, lors d'une conférence publique à Turin: «Je ne crois pas que la transformation socialiste de l'Europe soit à l'ordre du jour». Tout comme il a choisi l'austérité et nationale pour sauver italien, le PCI choisit la construction de l'Europe comme complément indispensable à cette entreprise de sauvetage. LA LUTTE DU PCF CONTRE L'«ABANDON NATIONAL»
Le Parti communiste français a empoigné, lui, un tout autre drapeau, celui de la défense de la «nation française» que tous, selon lui, veulent vendre pour une poignée de Deutch Mark ! Il a atteint là des sommets inégalés dans le chauvinisme et retrouve avec un délice apparent les accents «anti-boches» de sa politique de la dernière guerre. Même si notre critique de sa politique à propos de l'Europe ne saurait se limiter à dénoncer son chauvinisme, il faut cependant fermement le
fuse le venin nationaliste dans la classe ouvrière, stimulant la division et ouvrant la voie au racisme (ne voit-on pas des maires communistes se prononcer pour la limitation du nombre de travailleurs immigrés dans leur commune)?
Dès les premiers pas de la construction de l'Europe, PCF s'était dressé pour défendre «sa nation» contre l'abandon national qui se profilait. Jacques Duclos déclarait octobre 1953 : «Nous sommes prêts avec tous les Français, quels qu'ils soient - nous disons bien quels qu'ils soient - qui, comme nous ne veulent d'une nouvelle Wehrmacht, participer à toutes les actions politiques qui peuvent et doivent être organisées par une puissante campagne dans toute la France». Cette déclaration vieille de 25 ans est reproduite en bonne place dans un livre que le PCF vient de publier «Europe : la France en jeu» (3) pour montrer la continuité «nationale» de sa politique.
Au cours des années 50 et 60 le PCF avait en effet mené de virulentes campagnes contre toutes les manœuvres d'intégration et de concentration européennes, toujours au nom de la défense du patrimoine français. En 1965 cependant, Waldek Rochet, secrétaire général d'alors, opérait un premier tournant timide en expliquant qu'il fallait tenir compte du fait que le Marché commun existait et lutter pour sa démocratisation. Et c'est avec la signature du Programme commun de gouvernement en 1972 que le PCF sanctionnait son choix européen, l'acceptation de l'Europe capitaliste comme champ d'action de l'Union de la gauche.
Cette acceptation de l'Europe était évidemment le corrolaire des choix du Programcommun, programme collaboration de classe ne remettant pas en cause le système capitaliste. Sur l'élargissement du Marché commun, le PCF ne mettait qu'une condition : la mise en : place de régimes démocratiques en Grèce, en Espagne et au Portugal. Condition qui, aux yeux du PCF, devrait être aujourd'hui réalisée.
C'est au lendemain de la rupture et de l'échec de l'Union de la gauche en mars 1978 que le PCF est revenu à son cours nationaliste question de l'Europe. Cette position correspond, pour lui, a plusieurs objectifs : masquer derrière sa campagne chauvine son acceptation du capitalisme et du Marché commun capitaliste (non élargi) et donc-son incapacité à donner des perspectives aux travailleurs frappés par la crise; alimenter sa politique de division avec le Parti socialiste, parti «européen» et même «allemand» par excellence, et poser les jalons de sa politique d'«Union du peuple de France» en se retrouvant aux côtés des gaullistes dans sa défense de la «nation française».
Si on ne lit pas la presse du PCF sur cette question on a du mal à imaginer la dimension réelle de sa campagne chauvine. Donnons-en quelques exemples. La presse communiste ne parle plus de trusts ou de monopoles, mais de «konzern», et quand il faut nommer un capitaliste il ne peut s'appeler que Krupp ou von Thyssen ! Et que dire de ce dessin à la une de l'Humanité qui représente la France portant pancarte : «A vendre, millions de Marks»; de cette affiche placardée sur les murs de
Get qui dit simplement «Non à l'Europe allemande»; ou du rapport de Fitermann au Comité central de septembre 1978 du PCF qui expliquait que l'Allemagne voulait gagner par le biais de la CEE ce qu'elle n'avait pas pu obtenir par la guerre ! Que dire aussi de la campagne d'affiches du PCF pour «produire français» et de la campagne de la FFTL (le syndicat du livre qu'il contrôle) pour le rapatriement des travaux d'imprimerie «français» faits en Belgique ?
Le livre récemment publié par le PCF sur l'Europe offre un véritable concentré de ce natio-
L'introduction «l'idée européenne» les «grands européens» qui vont de Churchill à Hitler, de Goebbels à Robert Schuman ! Un seul leitmotiv parcourt tout le livre : «Pour les hommes qui nous gouvernent, comme pour les sociaux-démocrates, l'Europe, c'est défaire la France» (p. 8). Contre cet abandon, il
«développer toutes les potentialités de la nation française... garantir la souveraineté nationale... pour une France forte reposant sur le savoir-faire de ses ouvriers, ciens et ingénieurs...» (p. 9).
Après de longues descriptions de l'hégémonie allemande sur l'Europe, l'auteur s'écrie : «En langage clair, cela veut dire que les peuples, notre peuple, pourraient se voir imposer des décisions par des majorités étrangères» (p. 84). Et de citer les déclarations de l'évrivain gaulliste hyper-réactionnaire Maurice Druon : «Ces données ne manquent pas d'inquiéter de larges secteurs de l'opinion française et Maurice Druon, ex-ministre et écrivain pouvait recemment écrire : 'Allons-nous nous résoudre à une Europe à domination allemande ?'» (pp. 101 et 102).
Ce déchaînement nationaliste et chauvin ne réussit pas à masquer les contradictions de la politique du PCF. Celui-ci organise des manifestations contre l'entrée de l'Espagne dans la CEE mais, à aucun moment ne remet en cause le Marché commun capitaliste en tant que tel. Il mène bataille contre l'accentuation de l'intégration européenne nom de la défense du capital national et donc des exploiteurs nationaux ! C'est son refus de remettre en cause le système capitaliste, national et interational, qui donne toute sa dimension réactionnaire - au sens littéral du terme, retour en arrière - à sa position sur l'Europe. A l'étape actuelle de développement des forces productives, se battre pour le rapatriement des capitaux et forces productives «françaises» dans la France capitaliste n'apporte aula crise, au contraire. Si cela se faisait réellement on assisterait en fait à une crise de surproduction qui entraînerait une destruction
Prochain article : Faire entendre la voix de l'internationalisme abonnez - VOUS (voir p2)
massive des forces productives par les capitalistes et donc à une hausse du chômage. Sans parler de la mise à pied des ouvriers travaillant dans des entreprises à capitaux français à l'étranger.
Toute remise en cause du Marché commun quine s'accompagne pas d'une lutte radicale contre le capitalisme, pour la solidarité internationale concrète des travailleurs, pour une planificarion économique interna-
INTERCONTINENTAL
Les travallleurs de Ford contre Callaghan RDA: l'écho du Co Le mouvement de l'actualité tionale et pour les Etats-Unis socialistes d'Europe ne peut que prendre le caractère réactionpour bien souligner le caractère tout à fait instrumental de la politique du PCF, que celui-ci celui-ci s'émeut aujourd'hui en automne 1977 lors de l'extradition de France en RFA de
FieS8Fbe4,80F3.
INTERCONTINENTAL PR
ERNEST MANDEL:"1979-
R
RECESSION AUX ETARS les sid pour le
FOU NOUVELLE
RECESSION GENERA
EGU. USA•ESPAC
YOUGOSLAVIE• URS
PAYS SOUS-DEVE
..=.
n'attend pas !
naire de la politique du PCF.
NOTES
Rappelons aussi en passant, de la mise en place du système judiciaire européen, alors qu'il a refusé de lever le petit doigt meiff vier 1979.
INTERCO
L'Indochine du conflit
Elections
TERCON
IRAN
REFORMER OU LIQUIDER
LA MONARCHIE?
l'avocat de la RAF Klaus Croissant, première victime de ce système judiciaire. (1) C'est au Congrès de Bad Godesa rejeté la perspective de la lutte pour (2) Interview reproduite dans «La Republica» du 4 octobre 1978. Le quotidien communiste «L'Unita» de la même époque a fait également une large publicité à cette conférence
3) D. Debatisse, S. Dreyfus, •
C. Thomas : «Europe : la France en jeu», Editions sociales, jan-
IENTAL PRESS
à l'heure
sino-vietnamien
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