Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOYEN-ORIENT

La nature de la période. Eléments de changements structurels (4)

· Inprecor n° 48-49, 30 mars 1979 · p. 15-20 · 3 834 mots

Golfe et Irak Économie mondiale Femmes

Nous publions ci-dessous la quatrième et dernière partie de l'article paru dans les trois derniers numéros d'Inprecor.

Une autre façon de voir ce les investissebond dans ments industriels est de faire une comparaison entre le type et la taille des industries dans les années 60 et dans les années

70. En 1964, lorsque les vingt- sept établissements d'industrie les non-pétrolière plus importants ont été nationalisés en

Irak, leur valeur nette a

• été estimée à

18,5 millions de dinars irakiens.

Ils comprenaient quatre fabriques de ciment, cinq minoteries, trois fabriques de cigarettes et un certain nombre de fabriques de détergents, de chausde papier, d'amiante et d'allumettes. Les trois plus grandes sociétés valaient entre 2 et 3 millions de dinars irakiens, et vingt parmi les vingt-quatre autres étaient évaluées à moins d'un million de dinars irakiens chacune.

l'Irak, qui comprend une fond'une capacité de tonnes de fer par an, maintenant presque terminée et évaluée à 40,5 millions de dinars irakiens; son extension, décidée en 1974, avec une capacité de 1,2 million de tonnes par an destinées à l'exportation vers la France et évaluée à 62 millions de dinars irakiens; l'achèvement d'une usine d'aluminium d'une capacité de 16000 tonnes par an à Nassiriyah et la décision en 1975 de lancer les adjudications pour une deuxième usine d'une capacité de fusion de 150000 tonnes; l'expansion importante de la propétrochimique, comprenant plusieurs usines d'engrais, dont une vient d'être terminée à Basrah, alors qu'un autre complexe chimique énorme est en construction à Qa'im; l'accroissement de la capacité de raffinage de pétrole, dont la création d'une raffinerie ayant une capacité de 10 millions de tonnes par an, qui va quadrupler la capacité de raffinage de l'Irak par rapport à ce qu'elle était en 1974;

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l'établissement d'une d'assemblage automobile Eskandariyah et d'une autre à Suwairah; l'accroissement important de la capacité de production de ciment avec la construction d'usines qui ont chacune quatre ou cinq fois la capacité d'une de celles de l'ancienne génération, etc. Ce sont quelques-uns des projets les plus importants. Nous pourrions continuer plus longtemps à énumérer les investissements industriels et gérés par l'Etat de taille petite ou moyenne, que ce soit dans les matériaux de construction, l'industrie alimentaire ou les biens de consommation, qui sont les domaines dans lesquels les investissements de cette taille sont concentrés.

Malheureusement, core trop tôt pour voir en termes statistiques l'impact précis de tels établissements industriels, dans un pays comme l'Irak, sur la croissance valeurs relative et absolue de la classe ouvrière industrielle, des employés, etc. L'information n'est pas disponible, ou, si elle l'est, elle n'est pas accessible au public.

Néanmoins, on ne peut pas se tromper sur la tendance générale. L'Irak entreprend aujourd'hui, par rapport aux années 50 et 60, une expansion importante de son industrie et de son infrastructure, finalement, complète de ce qui reste de sa structure agricole traditionnelle. Ces développements ne pourront être menés à bien que bouleversements sociaux, des dislocations, et restructuration des classes sociales à la campagne, sur une sans précédent dans l'histoire du pays au XXe siècle.

On peut dire la même chose de tous les pays arabes producteurs de pétrole, y compris les pays du Golfe, en dépit de leur faible niveau de population. L'accent a bien sûr été mis sur l'expansion de l'infrastructure, surtout les ports, les aéroports, les réseaux de télécommunications, et les routes (à la fin de l'année 1976, l'Arabie saoudite avait construit 14000 kilomètres de routes, et des plans étaient en cours pour la construction de 13000 kilomètres supplémentaires de routes principales et d'environ 10000 kilomètres de routes secondaires). Néanmoins, l'industrie a reçu des sommes énormes.

DANS LE NUMERO

ECONOMIQUE (NUMERO 41-42)

Economie capitaliste internatio nale : 1979-1980 : récession seulement aux Etats-Unis ou nouvelle récession généralisée ?

(Ernest Mandel)

Economie capitaliste européenne : le projet de système monétaire européen (Winfried Wolf)

Etats-Unis: freiner l'effondrement du dollar (Jon Britton)

Brésil : vers la récession en 1980

(Martin Fernandez)

Espagne : un an après le pacte d'austérité (Jesus Albarracin et

Pedro Montes)

Yougoslavie : le système yougoslave face ses impasses

(Catherine Verla)

URSS: qu'est-ce qui fait courir Brejnev ? (E. Laurent)

Chine : la réinsertion dans le marché mondial (P.G.)

Pays sous-développés : la situation économique des pays sousdéveloppés (Charles-André

Udry)

Dans les Emirats, par exemple, la zone industrielle libre de Jebel Ali se développe, et l'un des projets principaux y est une usine de fusion d'aluminium, d'une capacité initiale de 135000 tonnes par an, qui doit être portée à 180000 tonnes par an. Ce projet (financé par des prêts en eurodollars, et non par des subventions d'Etat) est en construction sous la direction de la Dubai Aluminium Company qui, et c'est significatif, est à 20% privée, et dans laquelle il y a des parts américaines et japonaises, pour assurer les marchés futurs. Des centrales électriques et des usines chimiques sont déjà en marche dans la zone Jebel Ali, et une cimenterie valant 63 millions de dollars, qui est propriété privée, d'une capacité de 500000 tonnes par an, vient juste d'être terminée.

Néanmoins, l'Arabie saoudite est le pays à observer dans les quelques années à venir. Voici une liste partielle des dépenses actuelles, engagées par le gouvernement sur des projets entre 1973 et 1977 (1) : (voir tableau numéro un page suivante.)

Les dépenses pour l'industrie jusqu'en 1976/77 ont été faibles par rapport à l'ensemble des dépenses, comme le montre le tableau ci-dessus. Néanmoins, elles seront obligées de s'accroitre énormément dans la période à venir. Deux énormes complexes industriels, qui etaient planitiés, sont maintenant en cons truction à Yanbo, à l'Ouest et à Jubail à l'Est. Des oléoducs et des gazoducs traverseront le désert pour joindre entre eux les deux complexes, et il est finalement planifié qu'ils passent sous la mer Rouge et à travers lEgypte pour amener le pétrole et le gaz jusqu'à la Méditerranée. L'échelle du projet n'est comparable qu'à la construction de loléoduc de l'Alaska, qui, à l'époque, était considéré comme le plus grand projet de génie civil de ce type. Sous les auspices du ministère de l'Industrie et de l'Electricité, 2,8 milliards de dollars ont été alloués à la Corporation des Industries de base, spécialement créée pour prendre en charge toutes les industries lourdes, sauf le raffinage du pétrole, dans les centres de Yanbo et de Jubail. Voici le plan officiel du gouvernement pour l'industrie des hydrocarbures entre 1975 et 1985 (2). (voir tableau numéro deux page suivante)

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TABLEAU NUMERO UN

Travaux publics et logement

Education

Communications

Industrie, électricité et commerce

Agriculture et ressources en ea

Aviation civile

TABLEAU NUMERO DEUX

PROJET JUBAIL

Collectage et traitement du gaz

Quatre complexes pétrochimiques

Deux raffineries pourl'exportation Raffinerie de produits lubrifiants

Quatre usines d'engrais

Une usine d'aluminium

Une aciérie YANBO Oléoduc de brut vers l'Ouest Pipe-line (LNG) vers l'Ouest Raffinerie pour l'exportation Complexe pétrochimique

Outre les pays gros producteurs de pétrole, les effets des grosses sommes se déversant aujourd'hui dans l'ensemble des régions arabes affectent et transforment les pays voisins, dont les économies ne sont pas complètement structurées par la production pétrolière, comme la Syrie et la Jordanie. On ne doit pas oublier que la Syrie, non seulement est autosuffisante

INVESTISSEMENT

(en milliards de dollars)

4,5

2,6

1,3

0,6

0,4

0,4

1,6

1,5

0,3

0,6

0,7 en pétrole, mais a en plus tiré

0,5 millions de dollars de ses exportations

1974. De plus, en dépit des dommages dûs à la guerre d'ocet 1975 la Syrie a reçu des aiforme de prêts et de subventions, qui font plus que com-

1975/74

1974/75

18,8

32,4

160,0

358,2

580,7

1192,2

13,0

32,4

242,0

298,2

325,7

132,0

(équivalent éthylène)

500000 barrils par jour

107 000 barrils par jour

210000 tonnes par an

3500000 tonnes par an

2400 000 barrils par jour

356000 barrils par jour

250000 barrils par jour

500000 tonnes par an

(équivalent éthylène)

de pétrole en tobre, qui ont été estimés à un milliard de dollars, en 1974 des des pays du Golfe, sous

(3).

1975/76

1976/77

2564,8

52,6

1802,3

1798,8

3112,0

4353,0

166,0

306,0

486,3

487,2

1265,2

1265.2

CAPACITE TOTALE

1600 millions de pieds cubes par jour

2 millions de tonnes par an

2 millions de tonnes par an penser cette perte. Son budget de 1976, par exemple, a été de loin le plus important de son histoire moderne, avec des allocations à l'industrie dépassant de 84% celles de 1975 et représentant 28% du total des dépenses du gouverement de cette année-là (c'est-à-dire à peu près 1,2 milliards de dollars)

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LE CARACTERE DE L'INDUSTRIALISATION ET LES LIMITES QUI LUI SONT INHERENTES (4)

Les projets décrits dans les exemples donnés plus haut ont tous les caractéristiques suivantes : 1. Chaque nouveau projet tend à être énorme du point de vue de l'investissement initial quis pour le faire sortir de terre. En tout cas, leur taille est totalement hors de proportion avec la structure industrielle existante et avec ce qu'on concomme grand dans les pays arabes jusqu'au début des annés 70. Cette différence de taille renforce une tendance déjà prédominante dans les écocapitalistes (surtout les pays producteurs de pétrole), vers une compartimentation «grandes» et de «petites» industries, sans lien entre elles. Ceci réduit de façon significative l'effet multiplicateur de telles industries dans l'économie, en limitant le développement du marché local, dont l'extension est évidemment une condition essentielle d'un processus d'industrialisation à long terme réussi. 2. Les projets ont généralement une valeur très forte en capital (en particulier dans la pétrochimie). Cela signifie qu'ils n'ont besoin que d'un nombre relativement réduit d'ouvriers très qualifiés pour les faire fonctionner. D'autre part, ils nécessitent, pour fonctionner de façon rentable, un environnement infrastructurel développé et sophistiqué, un grand nombre de cadres spécialisés et improductifs (surveillants, ingénieurs, administrateurs, personnel de gestion, de publicité et de marketing, etc.). A part le fait qu'une telle force de travail spécialisé n'existe pas encore dans les pays arabes (et le système éducatif courant n'est pas non plus capable de la produire), l'infrastructure, malgré la quantité d'investissements récents, n'est simplement assez développée pour permetl'installation, moins le fonctionnement rentable, de telles industries de forte intensité capitalistique.

Il est important de garder à l'esprit le fait que l'infrastructure moderne n'est plus quelque-chose de simplement physique, comme une route ou un pont. C'est un réseau entier de services et de réseaux de communication, fonctionnant dans une population entière habituée à leur utilisation. Une telle infrastructure est loin d'être établie dans les pays arabes producteurs de pétrole. En conséquence, les quatre dernières années d'installation sauvage d'industries ont été accompagnées goulots d'étranglement de toutes les sortes : pénuries, ruptures de stocks et de transport; déquates entraînant de longs délais d'attente pour les navires; détériorations des stocks de gros et destruction de produits importés; immigration de travailleurs qualifiés; crise du logement, etc. 3. Une très large proportion de ces projets sont orientés vers l'exportation, surtout ceux des pays du Golfe, mais même ceux de pays à population dense comme l'Algérie et l'Irak. Cela réserves). a. le développement de l'industrialisation est délibérément conditions du marché b. une des tâches principales de l'industrialisation dans les pays arriérés - le développement du marché interne - est bloquée; c. par conséquent, il existe une très forte tendance pour que l'objet de l'industrialisation soit pratiquement réduit au problème de remplacer les revenus en devises (par exemple du pétrole raffiné et d'autres sous-produits du pétrole). On peut donc dire, et c'est fondamental, que la nature de l'industrialisation est telle qu'au moment où l'on s'efd'établir une économie qui ne soit pas entièrement fondée sur les revenus du pétrole brut, on recrée conditions - mais à un niveau différent, plus en accord avec la structure du capitalisme tardif -de sa préservation.

Les caractéristiques nouvelle génération d'industries dans la région arabe ont pour origine la combinaison des conditions d'extrême retard économique et d'un cadre concurrenqui nécessite l'acquisition de l'équipement industriel le plus avancé que les pays impérialistes aient pu produire. En ce sens, la loi du développement inégal et combiné gouverne le processus d'industrialisation. La logique capitaliste qui détermine les investissements est demière analyse le besoin de rendre maximum le taux d'accumulation de valeur d'échange - qui vient de la capitalisation des revenus du pétrole - pour compenser un éventuel épuisement des revenus du pétrole. Les classes dirigeantes des pays producteurs de pétrole cherchent essentiellement à tirer avantage d'une situation temporaire de gains inattendus pour assurer la base de leur pouvoir économique et politique, afin que celui-ci ne s'effondre pas lorsque les revenus du pétrole commenceront à baisser, ce qui est presque inévitable (ce déclin doit être vu en termes relatifs, car il se produira bien avant l'épuisement physique réel des

Un tel processus d'industrialisation est pour ainsi dire administré de haut en bas. Il se déroule à trop large échelle pour être géré et contrôlé à ses dépar quelqu'un d'autre qu'une bureaucratie d'Etat. On doit s'attendre à ce que cela continue jusqu'à ce qu'au moins quelques projets individuels fassent la preuve de leur rentabilité.

De plus, la façon dont les classes dirigeantes de la région arabe se sont formées encourage cette tendance à une industrialisation menée par l'Etat, surtout dans les pays producteurs de pétrole. Les racines historiques de ces classes dirigeantes dans les sociétés dont elles sont issues sont beaucoup plus faibles que celles de leurs homologues dans d'autres pays capitalistes arriérés non producteurs de pétrole, dont la formation a été le produit d'un processus de développement capi-

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taliste interne, déséquilibré mais profondément enraciné, qui a été stimulé par l'intervention économique et politique capitaliste. Par conséquent, dans la Russie tsariste, en Inde et dans beaucoup de pays latino-américains, par exemple, une bourgeoisie urbaine faible mais néanmoins présente s'est formée en même temps qu'un prolétariat moderne, qui bien que minoritaire numériquement, avait un poids social significatil. Dans beaucoup de pays arabes, la formation à la fois d'une bourgeoisie industrielle et d'un prolétariat a été retardée, et ceci se reflète dans la vie politique de la région. De plus, en raison de la nature même des revenus pétroliers (qui sont rapidement transformables en fortunes monétaiimportantes), croissance numérique, la formation et la diversification des activités de la nouvelle génération d'exploiteurs arabes dont on a parlée, peut considérée comme ayant «décollé» beaucoup plus rapidement que la croissance d'un prolétariat moderne, comme conséquence de la capitalisation des revenus du

Néanmoins, depuis le début des années 1970, ces classes dirigeantes, activement aidées par l'appareil d'Etat, non seulement en mettant en place les infrastructures, construisant l'industrie lourde, se sont solidement enracinées dans la structure sociale arabe elle-même. combinaison d'un développement privé et d'un développement mené l'Etat a signifié le début d'une prolétarisation des sociétés arabes, et ce, malgré l'intensité capitalistique des industries de grande dimension. Cette prolétarisation se déroule d'abord dans l'infrastructure, les transports, la construction, les industries de biens de consommation et les services nécessitant beaucoup de personnel comme l'éducation et la santé. Le prolétariat nouvellement formé est surtout issu, et continuera de l'être, des masses petites-bourgeoises des villes. Dans le cas des pays du Golfe et de l'Arabie saoudite, elle est en grande majorité importée de pays comme le Yémen, Oman, l'Egypte, et le sous-continent asiatique.

prolétarisation l'Irak ne sont malheureusement pas encore disponibles. Il est nécessaire d'extrapoler et de projeter à partir de l'information disponible dans les journaux commerciaux qui énumèrent les projets, les contrats, et les intentions gouvernementales. La même chose est vraie dans les pays du Golfe, bien que quelques estimations aient récemment été faites pour l'Arabie saoudite, selon lesquelles il y a au moins 500000 Yé-

200000 Egyptiens, 100000 Soudanais, 50000 Européens et 30000 Nord-américains qui travaillent dans ce seul pays. En ce qui concerne les travailleurs immigrés originaires de l'Inde, du Pakistan, de Corée et d'autres pays asiatiques, certains observateurs évalué leur nombre à deux millions, répartis dans tous les pays du Golfe (5).

A son début, donc, le processus d'industrialisation caractéristique des pays producteurs de pétrole est marqué du d'une lourde composante administrative Dans aucun de ces pays, les masses, même de loin, ne « participent» à la construction de leur propre avenir. C'est un facteur qui paraît évident, mais qui est très important, et doit être pris en compte quand on parle de ces régimes en général, et en particulier dans des cas comme ceux de l'Irak ou de l'Iran. Dans de tels pays, l'expérience a montré que c'est l'appareil répressif, plus même que l'appareil de « planification économique», qui est utilisé par l'Etat pour mettre en œuvre sa politique. Même l'augmentation occasionnelle et à court terme, du niveau de vie (qui est rapidement récupérée par l'inflation) ne génère pas une garantie à long terme ou une base sociale permettant au régime de manœuvrer. Les événements d'Iran l'ont montré de la façon la plus claire possible.

Les sociétés des pays producteurs de pétrole, et des pays affectés par les revenus du pétrole, sont donc

Les chiffres montrant cette restructurées dans la mesure où sont reforgées prennent forme dans la société, mais ceci se produit dans un vide politique et culturel total. Il n'y a pas de renaissance d'idées de nouvelle culture qui se développent, même de la part de la bourgeoisie, parallelement à la dislocation et aux bouleversements des structures sociales. Au contraire, la misère quotidienne des masses est constamment confrontée à une corruption endémique qui fait partie de la routine quotidienne et à l'opulence ostentatoire et à la décadence bouffie des classes dirigeantes locales.

Dans un climat aussi étouffant, créé par l'absence totale de possibilité d'expression des masses, le plus simple pratique à une augmentation rapide du taux d'accumulation du capital dans l'industrie (goulots d'étranglement, pénurie, crise du logement, inflation, chaos urbain, etc.) prend une importance sociale et politique inhabituelle. A cet égard, les événements iraniens de 1978, et le fait que le mouvement des masses se préoccupe de sujets comme la corruption, le logement, et les effets de l'inflation sur le niveau de vie, ont montré clairement aux classes dirigeantes de tous les pays arabes environnants, un scénario possible et même probable de leur propre avenir, ce qui sans aucun va entrer en ligne de compte dans leurs calculs de façon plus importante que dans le passé.

Néanmoins, d'un point de vue purement théorique, il n'apparaîtrait pas que de tels obstacles, produits de l'arriération des écononomies à industrialiser, puissent, par eux-mêmes, imposer les limites définies par l'ampleur du processus d'industrialisation. Des obstacles similaires, mais sous des formes différentes, ont été surmontés autrefois dans toutes les économies industrialisées. La question de savoir si ces obstacles contition de l'industrie ou s'ils seront surmontés à l'avenir, dépend, nous semble-t-il, d'une condition beaucoup plus fondamen-

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tale pour un véritable « décollage » économique, qui ne peut être réalisée dans les pays producteurs de pétrole.

L'industrialisation est généralement le résultat de l'allocation d'une partie des revenus du pétrole à l'industrie. Aussi longtemps que le flux des revenus du pétrole se maintient, il n'y a aucune raison de s'attendre à autre chose qu'à des taux de croissance élevés dans l'industrie. Mais, le test essentiel sera de voir si les nouveaux revenus tirés de la production industrielle pourront graduellement remplacer les revenus tirés du pé-

Get à mesure que s'épuiseront, dégageront des profits suffisants être réinvestis de façon productive dans l'industrie, afin que le taux de croissance initial des investissements puisse être maintenu.

Les investissements industriels à forte intensité capitaliste et à grande échelle, en raison de leur haute composition organique en capital, entraînent la transformation du gros des revenus pétroliers en capital constant importé (machines, biens intermédiaires, matières premières). Le passage final de la valeur matérialisée par ce caMARS pital constant à de nouveaux biens, à travers la dépréciation de l'équipement en capital fixe consommation des biens intermédiaires et des matières premières importés, demandera nécessairement une production inhabituellement importante de matérialisée dans les produits de ces indus-

La plus-value apportée par une force de travail productive peu importante, travaillant nécessairement pendant une grande période de temps, avec des niveaux de productivité beaucoup plus bas qu'en Occident (ceci a été confirmé par tous les rapports sur le fonctionnement de ces industries dans les quelques dernières années) apportera une contribution nette proportionnellement plus basse à la production valeur. D'un autre côté, les coût pour leremplacement de ce constant - par des importations aussi, car il n'y a pas la possibilité, même lointaine, de progrès techniques se réalisant dans les pays producteurs de pétrole - sont très élevés. De plus, les dépenses improductives de l'Etat pour son propre appareil et pour les services apportés à ces industries sont aus-

SOMMAIRE * Aménager son temps de travail * Prostitution - Projet le Tac * De l'intérieur du PCF * La campagne internationale pour le droit de choisir s'organise * Impérialisme, contrôle natal et sous-développement * En réponse à l'OCT - construire le mouvement de femmes * L'histoire des femmes - les femmes et le socialisme * Les femmes et la classe ouvrière - Le lien entre le féminisme et le syndicalisme

Pour toute commande Cahiers du Fémnisme 10 Impasse Guéménée 75 004 - Paris 10 numéros 60 F.

si très élevées, et n'ont aucune chance de baisser à l'avenir. Si l'on prend en compte tous ces facteurs, ainsi que la perspective de la fin du tampon protecteur des revenus pétroliers, les perspectives à long terme pour ce type d'industrialisation dans les pays producteurs de pétrole paraissent extrêment sombres.

La variante la plus probable est une appropriation par l'Etat d'une proportion de plus en plus grande de la plus-value industrielle - au fur et à mesure que les revenus pétroliers diminuent - en en laissant progressivement de moins en moins pour le réinvestissement dans l'industrie. Lorsque les investissements initiaux se déprécieront (à la fois physiquement et en raison des progrès techniques dans les pays impérialistes), ils seront de plus en plus incapables d'être concurrentiels sur le marché mondial, auquel ils étaient originellement

The Economist a décrit des investissements à forte intensité capitalistique similaires, dans la région du Mezzogiorno en Italie dans les années soixante, comme la construction de «cathédrales dans le désert » (6). Cette expression semble prophétique et particulièrement appropriée lorsqu'on l'applique aujourd'hui à la création d'industries au Moyen-Orient. NOTES 1) Toutes les statistiques sont tirées de «Quarterly Economie Review» et d'une étude des économies au Moyen-Orient, réalisée par l'«Economist Intelligence Unit». 2) Ibid 3) Ibid 4) Les arguments repris dans cette partie sont un résumé de l'article «Les limites de l'industrialisation dans la région arabe», de M. Jafar, paru en novembre 1975, publié dans «Khamsin », numéro 4. 5) On doit ajouter à ces chiffres sur l'Arabie saoudite l'estimation de la force de travail saoudienne, qui est de moins de 1,25 millions de personnes. Les projections réalisées par le gouvernement saoudien lui-meme (qui est très sensible aux questions concernant la population et les travailleurs étrangers dans le pays, et qui ne divulgue que peu d'informations à ce sujet) montrent qu'il faudra, pour remplir ses besoins de dé. veloppement dans les quelques années à venir, 730600 travailleurs étrangers de plus. Voir le « Financial Time Survey» sur l'Arabie saoudite, du 28 mars 1977. 6) «The Economist», du 25-30 juillet 1975.

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