Inprecor 1974–2004

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DEBAT/INDOCHINE

Les problèmes posés par les conflits militaires en Asie du Sud-Est

· Inprecor n° 48-49, 30 mars 1979 · p. 27-48 · 17 561 mots

Indochine Chine Stalinisme URSS et Russie

Différentes positions ont surgi dans la IVe Internationale sur l'appréciation et l'attitude politique à adopter face aux conflits militaires qui se sont produits en Asie du Sud-Est depuis décembre 1978. Ces désaccords semblent avoir comme axe central l'attitude à adopter envers l'invasion du Cambodge par les forces armées régulières vietnamiennes

LE CAMBODGE DE (BIEN QU'EXTREMEMENT BUREAUCRATI

Des articles écrits par les camarades Mary-Alice Waters, Fred Feldman et Steve Clark dans Intercontinental Press essayent de justifier le soutien critique qu'ils apportent à l'invasion du Cambodge par l'armée régulière vietnamienne, à l'aide l'argument que ce pays n'était pas un Etat ouvrier et que, au contraire, le régime de Pol Pot était un «gouvernement capitaliste contre-révolutionnaire qui menaçait la révolution vietnamienne» (The Militant du 23 février 1979). Les analogies historiques viennent alors immédiatement à l'esprit : la Géorgie, la Finlande.

- la condamnation de l'invasion chinoise au Vietnam a été unanime. Mais leurs implications politiques en ce qui concerne l'attitude à adopter face à d'éventuels conflits armés futurs entre des bureaucraties au pouvoir dans des Etats ouvriers ne sont pas claires. Ceci est potentiellement dangereux, surtout en raison de la possibilité d'un conflit

* I * POL POT ETAIT-IL UN ETAT OUVRIER conflit militaire entre un Etat ouvrier et un Etat bourgeois, les marxistes révolutionnaires soutiennent le premier contre le second, en raison de la nécessité de préserver un système socioéconomique supérieur de la restauration du capitalisme. Cela reste la tâche prioritaire, quel que soit le degré de bureaucratisation qui caractérise ouvrier en question. Cela a été l'attitude programmatique commune de la IVe Internationale depuis les expériences de 19391940. Rien, à nos yeux, ne justifie une modification de cette position.

armé entre l'Union soviétique et la République populaire de Chine. En outre, les questions théoriques sous-jacentes sont d'une telle importance (et, dans un cas, d'une telle nouveauté) qu'une discussion les examinant attentivement est devenue inévitable. Dans cet article, nous traiterons essentiellement des positions exprimées dans Intercontinental Press. SEET DESPOTIQUE)?

Les camarades Mary-Alice Waters, Fred Feldman et Steve Clark basent leur position avant tout sur l'hypothèse que le régime cambodgien de Pol Pot n'était pas un Etat ouvrier. Nous rejetons cette hypothèse comme contraire à la fois aux faits et à la théorie marxiste.

Une guerre civile a commen-

Cambodge en avril-mai 1967, lorsque les dirigeants du Parti communiste cambodgien ont quitté Phnom Penh pour organiser une guerre de guérilla contre le régime bourgeois du Prince Norodom Sihanouk, après que ce régime ait déclen-

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ché une répression sévère contre les communistes et d'autres forces de gauche, et après le déclenchement de révoltes paysannes spontanées à Samlaut, dans la région de Battambang, où les propriétaires essayé d'imposer le paiement d'une rente à des paysans qui utilisaient librement la terre depuis des siècles (voir «Cambodia in the South East Asian War», par Malcolm Caldwell et Lek Hor Tan, Monthly Review Press, pages 157 à 161; François Ponchaud, «Cambodge, anneezero», Paris, Julliard, 1971, pages 195 et 196. Cet auteur indique que pour éviter d'être arrêtés, deux dirigeants du Parti communiste cambodgien, Ieng Sary et Son Sen, étaient déjà passés à la clandestinité dès 1963).

La guerre civile s'est élargie considérablement lors des attaques aériennes massives et de l'invasion du Cambodge par les Etats-Unis en 1970, et après le coup d'Etat de Lon Nol (ancien commandant des forces militaires de Sihanouk). Elle était étroitement liée aux guerres civiles au Vietnam et au Laos, et à la guerre de libération nationale des masses vietnamiennes contre l'impérialisme US. Elle a finalement culminé dans le renversement du régime de Lon Nol par les Khmers rouges en avril 1975. Bien que les forces vietnamiennes, dirigées par le Parti communiste, aient joué un rôle important par l'aide qu'elles apportée Khmers rouges dans la guerre

Pol Pot civile, surtout en repoussant plusieurs offensives contre eux des forces impérialistes US et des contre-révolutionnaires sud-vietnamiens et cambodgiens, le Parti communiste cambodgien a jalousement défendu son autonomie et a agi d'une façon qui était de plus en plus independante d'Hanoï. Cela a été démontré, entre autres, par la façon dont il a essayé de détruire tous les éléments de l'Etat bourgeois et de la classe capitaliste d'un seul coup, au lendemain de sa victoire d'avril 1975.

Contre les conseils de Hanoï et de Pékin - les conseils de Moscou n'étaient plus écoutés, surtout après que le Kremlin ait conservé des relations diplomatiques avec le régime de Lon Nol, au moment où ce demier massacrait les communistes, les ouvriers, les étudiants, les intellectuels et les paysans cambodgiens par milliers - les dirigeants du Parti communiste cambodgien ont essayé œuvre une «révolution sociale radicale sur tous les plans» dans les délais les plus courts possibles (pour reprendre la formule avec laquelle les dirigeants actuels du Cambodge décrivent le régime de Pol Pot-voir la «Déclaration de fondation du FUNKSN» «Le conflit Vietnam-Kampuchea», Hano,

Une grande partie des membres de l'appareil d'Etat bourgeois ont été physiquement éliminés (sauf ceux qui se sont enfuis à l'étranger).

La grande majorité de la bourgeoisie, jusqu'aux couches moyennes inférieures, a subi le même sort. La population urbaine à été dispersée. La propriété et l'utilisation privées de la terre ont été sévèrement limitées, quand elles n'ont pas été radicalement supprimées. Des paysans qui avaient été le prototype de l'agriculture individuelle en Asie du Sud-Est pendant des siècles ont été forcés à cultiver de façon collective rigide (en coopératives) :

« Remplaçant un système dans lequel l'agriculture était essentiellement une entreprise familiale, les groupes de production solidaires sont devenus l'unité de base du travail agricole. A leur tour, ils étaient organisés dans 30000 coopératives agricoles. Bien que les paysans conservent de petits jardins pour leurs fruits et leurs légumes, la propriété privée de la terre n'existe fondamentalement plus aujourd'hui.» (George Hildebrand et Gareth Porter, «Starvation and Revolution», Monthly Review Press 1976, pages 71 et 72).

François Ponchaud (op. cit., page 120) indique que dès octobre 1975, tous les moyens de production avaient été collectifermes d'Etat ont été créées.

Le radicalisme (ou l'aventurisme ultra-gauchiste) du régime de Pol Pot a été jusqu'au point de supprimer toutes les formes de commerce et de monnaie. Seul le troc le plus rudimentaire subsistait.

L'économie et la société du Cambodge avaient déjà été ruinées par les bombardements impérialistes barbares et par d'autres actes de guerre. Il a été estimé que, rien que sur la zone fortement peuplée qui entoure Phnom Penh, l'équivalent de sept bombes atomiques du type de celle d'Hiroshima ont été lâchées chaque mois par les bombardiers US, pendant les six mois qui ont précédé août

La désorganisation de l'agriculture et de la production agricole qui en a résulté a été catastrophique. Une étude non publiée international a estimé qu'à la fin de 1974, le total de la superficie en rizières a diminué de 75% et que la production de riz la République Khmère (c'est-à-dire les régions non libépar les Khmers rouges à l'époque) était tombée d'un niveau annuel de 3,8 millions de à seulement 493000 tonnes (même ce dernier chifconsidéré comme exagéré par les sources pro-Khmers rouges). La famine généralisée, la malnutrition et les épidémies étaient devenues endémiques. Une grande partie des morts qui ont été attribuées, d'abord

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sible de parler du régime ou du production asiatique a été à la propagande impérialiste, ensuite par Hanoi et Moscou, aux atrocités de Pol Pot, étaient en fait la conséquence des actes barbares de l'impérialisme et de ses fantoches locaux.

Mais il est aussi évident que la politique aventuriste menée par le traction de Pol Pot a beaucoup contribué le prix payé, en termes de souffrances humaines, pour le chande régime social Cambodge. De plus, cette politique a rendu impossible de réparer rapidement les dommages causés par les destructions impérialistes. L'économie nationale, et la base même de toute division sociale élémentaire du travail, ont continué désorganisées par les méthodes inhumaines utilisées pour supprimer la propriété privée. Les transports, l'approvisionnement en médicaments, les hôpitaux, et une grande partie du système d'éducation n'ont pas seulement été désorganisés - ils avaient entièrement disparu pendant toute une période. La répression s'est étendue à des groupes sociaux entiers, y compris des femmes et des enfants. Le nombre des victimes du terrorisme d'Etat doit certainement être compté en termes de centaines de milliers.

Le parallèle évident qui vient à l'esprit est la sévérité, l'ampleur et le terrorisme extrême de la collectivisation forcée en sous Staline, résumée par sa formule «supprimer les koulaks en tant que classe». Les - pour ne pas parler des résultats à long terme en misère et pénurie de certains produits alimentaires en Union soviétique -a été incommensurable. Khrouchtchev a estimé que, pendant cette période et au cours des purges qui l'ont suivie dans les années 30, Staline et ses acolytes ont tué douze millions de personnes, et que des millions d'autres, impossibles à dénom-

Sont été déportées. Ces chiffres sous-estiment plutôt l'horrible réalité.

Mais c'est une chose de dire qu'un despote inhumain a utilisé des méthodes barbares - que nous condamnons bien sûr totalement et sans réserves, et qui ne peuvent pas conduire à la construction d'une société socialiste sans classes - pour supprimer la propriété C'est autre chose que

Ice despote comme un «capitaliste contre-révolutionnaire». A moins que nous ne partisans de la théorie du capitalisme d'Etat ou de celle du collectivisme bureaucratique, nous devons reconnaître que les crimes de la bureaucratie soviétique contre les ouvriers et les paysans de l'Union soviétique

CHINE THAILANDE n'ont eu ni le but ni l'effet objectifs de restaurer le capitalisme ou d'établir le pouvoir d'une nouvelle classe. Tout s'est passé dans le cadre d'une société post-capitaliste - une société de transition entre le capitalisme socialisme - c'est-à-dire d'un Etat ouvrier. Ce qui est vrai pour la terreur stalinienne est également vrai pour la terpas avant tout une de spéculation, mais une question de juger des faits.

l'appareil d'Etat bourgeois a été totaleau Cambodge - probablement plus complètement que dans aucune révolution sociale antérieure (1) -; s'il est vrai que non seulement la bourgeoisie mais même la paysannerie ont été expropriées; s'il est vrai qu'on ne peut troureste des rapports capitalistes de propriété et de production dans le Cambodge de 1976, de 1977 ou de 1978, alors il est simplement imposgouvernement de Pol Pot comme capitalistes. Un gouvernement capitaliste ou un Etat bourgeois qui détruisent complètement le capitalisme, c'est une absurdité du point de vue de la théorie marxiste des classes et de l'Etat. C'est un concept qui est en contradiction avec tous les éléments de base du matérialisme historique.

On peut arguer que, comme le Cambodge est un pays extrêcapitaliste - le prolétariat bien que la bourgeoisie -n'y étaient présentes que sous une forme presque embryoncritères classiques déterminer la nature de classe de l'Etat ne peuvent que être appliqués, et doivent l'être en tout cas avec beaucoup de réserves et en se référant constamment à l'arrière-plan historique à la spécificité de la société cambodgienne. Nous sommes entièrement d'accord avec cette remarque. La tragédie de la révolution cambodgienne est une déformation extrême et grotesque de la tragédie du stalinisme, renforcée par une arriération extrême. Mais il s'agit d'une répétition déformée du stalinisme et non de la contre-révolution bourgeoise. Tout jugement erroné sur cette question aura de sérieuses conséquences sur l'analyse que l'on fait de l'Union soviétique et aussi des autres Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou gravement déformés.

Il est probable que dans l'esprit de certains camarades, la question de la nature de classe du régime de Pol Pot et de celle de l'Etat combodgien sous ce régime a été obscurcie par le fait qu'ils n'ont pas examiné le problème de la nature de classe de la bureaucratie khmère rouge et qu'ils n'ont pas étudié ses relations avec la classe ouvrière et avec la bourgeoisie sous cet angle.

L'idée que cette bureaucratie pourrait être comparée d'une certaine façon à la bureaucratie de sociétés dites du mode de

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juste titre rejetée par les camarades Feldman et Clark. Nous vivons dans le dernier quart du

XXe siècle, non au début du

Moyen âge. Mais dans le même contexte, l'idée que la classe ouvrière a été complètement supprimée et que, pour défendre la théorie que le Cambodge est un Etat ouvrier, il faut penser que l'on puisse connaître «un Etat ouvrier sans classe ouurière», doit, elle aussi, être rejetée comme absurde.

Aucun Etat contemporain, sans parler d'une économie contemporaine, ne peuvent exister ni survivre sans aéroports, sans télécommunications, sans voies ferrées, sans routes, sans infrastructures portuaires (s'il a un débouché sur la mer, comme c'est le cas du Cambodge), sans ateliers de réparations, centrales électriques, pôts d'armes, sans un minimum de production de ciment d'autres matériaux de construction, sans une production textile minimale, et sans une cerproduction industrielle d'instruments agricoles. cela implique non seulement l'existence mais aussi l'expand'une force de travail industrielle. Cela n'a tout simplement aucun sens de présenter les choses comme si Pol Pot et ses partisans avaient délibérément voulu détruire le prolétariat industriel et y étaient effectivement parvenus au Cam-

En fait, comme les camarades Feldman et Clark le constatent eux-mêmes à juste titre, le Parti communiste cambodgien l'intention de réaliser une certaine industrialisation, mais d'un type spécial: c'est-à-dire, ayant un rapport spécial à l'agriculture (une idée qui, soit dit en passant, n'a pas été empruntée idéologues bourgeois, mais à Mao Tzedong). Son dirigeant numéro deux, leng Sary, l'a proclamé clairement devant l'Assemblée générale des tions-Unies.

Selon Hildebrand et Porter, déjà cités plus haut, qui sont, il est vrai, des apologistes du régime de Pol Pot, et dont par conséquent les informations doivent être prises avec précaution, 100000 personnes auraient été autorisées à rentrer à Phnom Penh à la fin de 1975, et une partie d'entre elles travaillaient dans des usines. Ils disent aussi près de avaient été remises en route dans le pays (op. cit. pages 90 et 91). D'autres sources donnent des chiffres beaucoup plus bas. Selon la Far Eastern Eco1978, Pol Pot a déclaré à une délégation japonaise que la population de Phnom Penh avait déjà atteint 200000 personnes et devait continuer à augmenter jusqu'à atteindre 400000 personnes.

Ponchaud (op: cit. pages 107 à 109) donne des informations similaires; il insiste particulièrement sur le rôle des ouvriers, des moyens de communication et des transports. Le journaliste yougoslave Slavko Stavic, qui a visité le Cambodge en 1978, rapporte que 220000 personnes vivaient dans la banlieue de

La question revient donc à ceci : quel type d'industrie la bureaucratie de Pol Pot commençait-elle à reconstruire Une industrie capitaliste ou une industrie non-capitaliste ? Cela n'est pas seulement une question de nationalisation ou non de l'industrie initiale. Cela renvoie à l'ensemble du contexte socio-économique.

Cette nationalisation et cette industrialisation maintiennentelles ou conduisent-elles à renaissance de la propriété privée, de l'accumulation privée du capital, à la naissance d'une nouvelle classe capitaliste ? Les bureaucrates administrant cette industrie accumulent-ils des fortunes privées (que ce soit par la corruption, le vol, ou des opérations de marché noir) ? Il est certain que des bureaucrates d'obédience et d'origine staliniennes pourraient fai cela. La question est : l'ont-ils fait au Cambodge ? Les camarades Feldman, Clark et Mary-Alice Waters n'apportent pas l'ombre d'une preuve pour étayer cette hypothèse. Le fait que «le travail forcé est exploité» n'est pas plus la preuve de l'existence ou de la survie du capitalisme au Cambodge qu'il ne l'était en Union soviétique. La question est : cela conduit-il à la propriété ou à des rapports de production capitalistes, une production généralisée de marchandises ? Aucune preuve ne peut être avancée pour faire prendre corps à une telle affirmation.

Il en découle donc forcément que nous ne nous trouvons pas en face d'une bureaucratie d'Etat capitaliste, bourgeoise, ou «pré-capitaliste», mais en face d'une bureaucratie liée à la classe ouvrière non seulement son idéologie (il est vrai extrêmement déformée), mais aussi et surtout par sa spécifique de rémunération et par son rapport de base aux moyens de production et à la propriété. savons qu'il est difficile à digérer que des despotes du genre de Pol Pot aient quelque lien que ce soit ouvrière. Mais, pour parler franchement, est-il plus facile à digérer que la bureaucratie

Get de Béria soit fraction extrêmement dégénérée de la bureaucratie d'un Etat ouvrier ? La répugnance morale justifiée ne devrait pas empêcher d'arriver à des défi. nitions scientifiques correctes, dans un cas comme dans l'autre.

Nous devons rappeler que le Parti communiste cambodgien n'a jamais abandonné ses déclarations programmatiques en faveur de la dictature du prolétariat, de la construction du communisme, du rôle dirigeant de la classe ouvrière, et de la nécessité d'une solidarité internationale avec les travailleurs de tous les pays. Dans le «Petit guide pour l'application des statuts du Parti», publié 1975, le «but à long terme du Parti» est établi comme suit : «Conduire le peuple à créer une révolution socialiste et une société communiste au Cambodge...»

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Dans la Constitution du Cambodge démocratique, adoptée le 14 décembre 1975, les deux premiers articles disent :

«Article 1 : L'Etat du Cambodge est l'Etat des ouvriers, des paysans, et de toutes les couches laborieuses du Cambodge...

«Article 2 : Tous les moyens de production importants sont la propriété collective de l'Etat du peuple et la propriété collective du peuple tout entier.»

De plus, l'article 12 déclare : «Chaque ouvrier est maître de son usine...» (ces citations viennent de Ponchaud, op. cit. page 230).

Une brochure publiée en août 1973 par les Khmers rouges disait que «la classe ouvrière forme l'avant-garde» de toutes les «forces patriotiques» engagées dans la guerre; qu'elle «est devenue une classe totalement capable de conduire la guerre révolutionnaire de libération nationale et populaire à la victoiте ». («La classe ouvrière et les travailleurs du Cambodge dans guerre révolutionnaire de libération nationale et populaire», pages 3 et 4). La même brochure déclare que «la lutte révolutionnaire du peuple cambodgien fait de la lutte des ouvriers et des travailleurs de tous les pays du monde, y compris ceux des Etats-Unis, contre l'oppression l'exploitation néo-colonialistes et listes. Les ouvriers, les travailleurs et le peuple du Kampu-

Sont toujours fermement soutenu les luttes des ouvriers, des travailleurs et des peuples du monde, y compris ceux des

Sont manifesté leur solidarité militante avec eux.» (Ibid, page 7).

Le 10 septembre 1976, à l'occasion de la mort de Mao, Pol Pot a exalté la dictature du prolétariat comme l'héritage commun de «Marx, Engels, Lé-

Staline et Mao Tzedong» (Ponchaud, op. cit. page 145). Tout cela n'est-il que du verpropagandiste ? Peutêtre. Mais le contenu de la propagande ne nous donne-t-il pas des indications sur la nature de classe de ceux qui emploient un tel langage ? Des démagogues petits-bourgeois pourraient à la rigueur utiliser un langage pourraient-ils commencer à le mettre en pratique, comme ce fut incontestablement le cas au Cambodge ?

Les contradictions sérieuses auxquelles doivent faire face ceux qui nient que la bureaucratie de Pol Pot était une forme extrêmement dégénérée de bureaucratie ouvrière - un exemple extrême de dégénérescence d'un parti communiste d'origine stalinienne - s'expriment clairement dans les déclarations officielles des opposants les plus violents à la bureaucratie de Pol Pot, ceux-là même qui ont renversé son Voici ce qu'ils ont à dire à propos de la clique de Pol Pot :

«Il en résulta une situation complexe : d'une part, la coopération entre les révolutionnaires vietnamiens et cambodgiens se poursuivait, mais de l'autre, du côté vietnamien, on sentait bien que l'attitude de la direction révolutionnaire du Cambodge avait changé.» («Le

Vietnam-Kampuchea», publié à Hanoï en 1979, page 8).

En septembre 1976 encore, l'organe officiel de propagande d'Hanoï, Le Courrier du Vietnam, a publié une interview de Pol Pot, dans laquelle les réalisations révolutionnaires de son régime et ses liens étroits avec étaient célébrés. La brochure de 1979 déjà citée dit qu'en sep-

1977, chauvins - la tendance chauvine -avaient définitivement triomphé à l'intérieur du Parti communiste cambodgien (op. cit. page 21). En fait, une certaine forme de collaboration entre les directions des Partis communistes vietnamien et cambodgien a été maintenue pendant deux ans et demi après la victoire d'avril 1975. Néanmoins, la déclaration de fondation du FUNKSN, publiée dans la même brochure, traite la fraction de Pol Pot de « militaristes», de «tyrans réactionnaires » et même d'« esclavagistes». Nous savons, bien sür, que dans la tradition stalinienne, les communistes d'aupeuvent rapidement devenir des « contre-révolutionnaires» et même des «fascistes», dès qu'apparait la moindre déviation par rapport à la « ligne générale ».

Mais les camarades Mary-Alice Waters, Feldman Steve Clark se trouvent face à la même difficulté. Les fondateurs des Khmers rouges étaient de toute évidence à l'origine communistes d'obédience stalinienne, des membres des Partis communistes indochinois et français. Quand ils ont rompu avec le régime de Norodom Sihanouk, ils étaient encore communistes, n'est-ce Quand ils ont organisé et mené à la victoire la guerre de guérilla, en collaboration étroite avec le Parti communiste vietnamien, c'étaient encore des bureaucrates communistes sans doute. Quand sont-ils devenus une «nouvelle bourgeoisie naissant au sein de l'appareil d'Etat» ? Après l'occupation de PhnomPenh et des autres grandes villes ? Mais cette occupation a coïncidé avec une suppression radicale de la propriété privée ! Un stalinien se transformant en capitaliste (et même en fasciste, car il y a rarement eu de gouverement «capitaliste» plus terroriste que celui de Pol Pot, si vous voulez le caractériser comme bourgeois) par... la suppression de la propriété et des rapports de production capitalistes : n'est-ce pas un peu difficile à avaler pour un trotskyste?

KHIEU SAMPHAN

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QUELS DEF

Nous avons dit : le Cambodge est un cas limite, étant donné l'extrême arriération du pays, aggravée par les résultats catastrophiques des bombardements américains, et la désorganisation de la vie économique et sociale qui en a résulté. Par elle-même, une divergence sur la définition exacte du régime de Pol Pot de la nature l'Etat sous ce régime ne serait pas si sérieuse, si elle n'était pas combinée avec la question des critères à utiliser pour déterminer la nature de classe d'un Etat. C'est l'utilisation de critères erronés qui rend potentielaussi dangereuse la position défendue par les camarades Mary-Alice Waters, Feldman et Steve Clark. En effet ces critères ont des implications évidentes en ce qui concerne notre jugement sur la nature de classe de beaucoup d'autres Etats ouvriers, et même en ce qui concerne notre position de base sur la nature de classe de l'Union soviétique République populaire de Chine.

Résumons d'abord rapidement ce qui a été la position majoritaire inchangée de la IVe Internationale sur ce sujet depuis au moins un quart de sièquand et si l'appareil d'Etat bourgeois existant auparavant a été détruit, quand la classe bourgeoise existante a perdu son pouvoir politique et économique, et quand l'économie, basée de nouveaux rapports de production et de propriété, d'une nature non-capitaliste, évolue selon des lois qui ne sont pas celles que Marx a découvertes dans «Le Capital» comme étant les lois de développement du mode de production capitaliste.

Ceci implique : a. que nous n'acceptons pas la possibilité qu'un Etat existe à l'époque de l'impérialisme (c'est-à-dire dans le monde dans lequel nous vivons, dans le der-

* II * SONT LES CRITERES POUR INIR UN ETAT OUVRIER? ne soit ni un Etat bourgeois ni un Etat ouvrier, ou qui soit une « combinaison » entre les deux; b. que nous n'acceptons pas la possibilité que dans des pays arriérés, la propriété terrienne semi-féodale ou sur grande échelle, l'exploitation des paysans par le commerce, la banque, l'usure, etc., puissent être supprimées - c'est-à-dire qu'une révolution agraire radicale puisse avoir lieu - dans le cadre d'un Etat bourgeois, avec une classe dirigeante capitaliste maintenue au pouvoir; c. que nous n'acceptons pas qu'un Etat bourgeois puisse exister sans la présence d'une classe bourgeoise dirigeante, même si elle est faible, dont l'existence et le caractère bourgeois doivent être prouvés empiriquement, à l'aide des définitions données par Marx; d. que nous n'acceptons pas que le capitalisme puisse exister sans propriété privée, sans production généralisée de marchandises et sans que l'économie développement de ce mode de production, telles que Marx les a établies.

Les points a. et b. découlent directement de la théorie de la révolution permanente comme Trotsky l'a formulée lui-même. Les points c. et d. découlent de l'analyse générale du capitalisme par Marx. Et de l'ensemble des points, il découle que, là où une révolution agraire s'est produite, la ou la bourgeoisie existante a perdu le pouvoir d'Etat, et n'est plus une classe dirigeante, là où la propriété

La été supprimée pour l'essentiel, là où l'économie ne fonctionne visiblement plus sur la base des rapports de production et de propriété capitalistes, et ne suit plus les lois de développement du capitalisme, un Etat ouvrier est né, indépennier quart du XXe siècle), qui damment des conditions dans lesquelles cela s'est produit.

Alors qu'il est vrai qu'il y a, historiquement, une unité entre la destruction du pouvoir d'Etat de la classe capitaliste, la disparition de la bourgeoisie en tant que classe dirigeante, et la suppression de la propriété privée et des rapports de production capitalistes, il n'y a pas nécessairement synchronisation de ces processus. La tradition marxiste est claire à ce sujet. Cela commence avec « Le Manifeste communiste » lui-même :

«Le prolétariat utilisera toute sa suprématie politique pour arracher, par degrés, tout le capital des mains de la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production dans les mains de l'Etat, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dirigeante; et pour accroitre l'ensemble des forces productives aussi rapidement que possible.» (souligné par nous).

L'idée qu'un Etat ouvrier ne vient à l'existence qu'après l'abolition finale des derniers restes de propriété privée des moyens de production, est complètement étrangère à cette tradition. Ceci est confirmé de facon trappante par le rapport de Trotsky au IVe Congrès du Kominter («Sur la nouvelle politique économique soviétique et les perspectives de révolution mondiale ») : «Il est parfaitement évident que du point de vue économique, l'expropriation de la bourgeoisie est justifiée dans la mesure où l'Etat ouvrier est capable d'organiser le fonctionnement des entreprises sur de nouvelles bases. Les nationalisations générales d'ensemble que nous avons réalisées en 1917 et 1918 n'étaient absolument pas en accord avec la condition que je viens de souligner. Les potentialités organisationnelles de l'Etat ouvrier étaient très en retard par rapport à une nationalisation tota-

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le... En réalité, si nous avions été capables d'entrer dans l'aréne du développement socialiste après la victoire de la révolution en Europe... nous aurions pu tranquillement prendre possesuniquement des grandes entreprises, laissant les moyennes et les petites exister pendant un certain temps sur la base capitaliste privée...» («The First Five Years of the Communist International», vol. II, page 226 - notre propre traduc-

L'hypothèse des camarades Waters, Feldman et Clark contient une contradiction insurmontable du point de vue de la théorie marxiste de l'Etat. Si l'Etat est un instrument pour maintenir le pouvoir d'une classociale donnée, comment peut-il être utilisé pour renverpouvoir de cette même classe ? Car c'est sous le pouvoir d'Etat donné, en utilisant l'appareil d'Etat donné, que l'ultérieure abolition totale de la propriété privée a lieu.

En Russie, pour prendre le premier exemple, aucun changement dans la structure de l'Etat ni dans la nature du pouvoir d'Etat n'a eu lieu après la Révolution d'Octobre 1917. Si l'on avance l'argument lequel cet Etat est resté un Etat bourgeois jusqu'à ce que la propriété capitaliste soit complètement abolie à l'automne 1918 -pourquoi pas jusqu'à l'abolition de la NEP en 1928? - alors c'était un Etat bourgeois qui a aboli le pouvoir économique de la bourgeoisie, proposition absurde s'il en est.

La même remarque s'applique au cas de la Chine. Les camarades Feldman, Clark et Waters prétendent que l'Etat chinois est resté bourgeois après la proclamation de la République populaire de Chine en octobre 1949. Mais, en laissant de côté le fait que l'on ne trouvera pas un seul capitaliste chinois pour croire qu'il était encore au pouvoir en 1950 ou en 1951 dans son pays, l'extension de la réforme agraire et les nationalisations généralisées des années qui ont suivi ont été manifestement réalisées par le pouvoir d'Etat (l'armée, le gouvernement, l'administration, l'appareil d'Etat) établi en octobre 1949. Comment un Etat bourgeois pourrait-il être utilisé pour abolir le capitalisme ? Sous la pression des masses ? Sous la «contrainte» de la pression impérialiste ? N'est-ce pas là la thèse très révisionniste des sociaux-démocrates, des staliniens depuis 1935 et des eurocommu-

Afin de ne pas succomber aux tentations du « trotskysme», c'est Mao lui-même qui - comme les camarades Feldman et Clark - a continué à nier que la dictature du prolétariat ait été établie en Chine en octobre 1949, comme elle l'avait été en Russie en octobre 1917. Dans ce but, et afin d'éviter quand même la thèse absurde de la survie d'un Etat bourgeois en Chine entre 1949 et 1953, il dut soutenir la théorie également révisionniste d'un Etat dit de « démocratie nouvelle», en partie bourgeois et en partie ouvrier.

Feldman Clark préfèrent-ils s'en sortir de la même façon, au lieu d'admettre l'évidence, c'est-à-dire que la destruction de l'Etat bourgeois conduit à la • l'établissement d'un Etat ouvrier, meme si la propriété privée n'est pas complètement et immédiatement

Il est vrai que l'Histoire a connu de courtes phases de transition, pendant lesquelles la question de savoir quelle classe dirige réellement la société ne peut trouver de réponse claire. Les périodes de double pouvoir en sont un exemple. Mais dans tous les cas, la nature de classe de l'appareil d'Etat survivant ne aucun doute: il reste bourgeois. Il doit donc être rapidement détruit, afin que la classe ouvrière ne reperde pas les éléments de pouvoir de classe qu'elle commence à acquérir.

On peut considérer qu'une courte phase de transition similaire s'est produite en Europe orientale sous l'occupation soviétique (nous ne parlons pas de la Yougoslavie) dans les années 1946-1947. Mais le rapport de forces réel est rapidement apparu. C'est sans grande difficultés que les forces occupantes ont éliminé les éléments de pouvoir bourgeois survivants, tout par des moyens militaires et bureaucratiques.

camarades Feldman, Clark et Mary-Alice Waters éliminent complètement cette analyse élémentaire du pouvoir de classe et de la nature de classe de l'Etat, afin de réduire l'ensemble de la question - au moins dans tous les cas où une révolution prolétarienne n'a pas pris la forme classique de la Commune de Paris ou de la Révolution d'Octobre - à seul critère : « La nationalisation de la propriété n'est pas suffisante en elle-même établir un Etat ouvrier. L'intervention des ouvriers - la seule force de la société moderne capable d'établir et de maintenir en place une structure économique progressiste - est nécessaire.

«Les nationalisations qui ont eu lieu au Cambodge ne se sont pas produites grâce à des mobilisations de la classe ouvrière -même limitées et contrôléesmais à la suite de l'écrasement par les Khmers rouges des ouuriers des villes. L'expropriation des capitalistes par les ouvriers, et la transformation de l'industrie en propriété publique, créent la possibilité de coordonner les moyens de production par un plan économique national (et finalement internatio-

(Intercontinental Press, du 26 février 1979, traduit dans Inprecor numéro 47, du 15 mars 1979).

La formule «la nationalisation de la propriété n'est pas suffisante pour établir un Etat ouvrier. L'intervention des ouvriers est nécessaire », peut avoir deux significations. Employée de façon compatible avec la méthode du matérialisme historique, il s'agit d'une hypothèse de travail. Elle signifie alors : nous pensons que sans l'intervention des ouvriers, la nationalisation de la propriété ne suffit pas pour détruire le pouvoir de classe de la bourgeoisie. Celui-ci va renaître, comme les têtes de l'hydre, quels que soient les

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coups utilisés pour tenter de les éliminer. Cette hypothèse doit alors être vérifiée par l'analyse des faits. Elle a été vérifiée en Europe orientale, pour ne pas parler du Cambodge. Ni la classe bourgeoise, ni la propriété privée, ne sont réapparues, bien que dans la plupart des cas les « mobilisations ouvrières» aient été inexistantes ou extrêmement marginales. Bien que l'abolition du capitalisme se soit essentiellement produites à l'aide de moyens militaires et bureaucratiques, le capitalisme a effectivement été aboli.

Mais si l'on applique pas rigoureusement la méthode du matérialisme historique, la même formule devient un syllogisme dogmatique : si les nationaproduisent pas grâce à des mobilisations de la classe ouvrière, si les capitalistes ne sont pas expropriés par les ouvriers, alors, par définition, le capitalisme continue à régner, même s'il n'y a ni capitalistes, ni des lois capitalistes de fonctionnement de l'économie, ni le capital, ni même la monnaie. Un capitalisme sans capisans capital monnaie : tout Marx s'en va par la fenêtre ! Nous pourrions alors avoir deux pays avec les mêmes rapports de production, les mêmes systèmes socio-économiques et les mêmes lois de développement, étant un Etat ouvrier et le second un Etat bourgeois, uniquement en raison des conditions historiques sous lesquelles ces deux systèmes identiques auraient été établis. Pour un marxiste, les origines des rapports de propriété sont tout de même importantes que leur

Si l'on accepte l'idée complètement révisionniste que l'on peut avoir un Etat capitalistes sans capitalistes, sans classe dirigeante capitaliste, sans rapports de propriété et de production capitalistes, alors 99% des arguments marxistes traditionnels contre les théories du capitalisme d'Etat - d'abord celles des mencheviks et des sociaux-démocrates, puis celles des bordighistes, de C.L.R. James et de Tony Cliff, et enfin celles des maoïstes et de Bettelheim - s'évanouissent. Les misérables restes de ces arguments tiennent alors au mince fil des «origines» des nationalisations et à elles seulement. Les esprits fractionnels et aiguisés comme des rasoirs, des partisans des théories du capitalisme d'Etat n'auront aucune difficulté à couper ce fil-là.

Si Pol Pot a extorqué « une accumulation capitaliste extrême» de la collectivisation forcée de la paysannerie cambodgienne (Intercontinental Press, du 26 février 1979 - paru dans numéro 47, du 15 mars 1979), Staline n'en a-t-il pas fait autant avec la collectivisation forcée de la paysannerie russe, qui a été une affaire autrement étendue et sanglante ? Que reste-il de la nature non-capitaliste de l'Etat et de «accumulation capitaliste extrême » qui aurait eu lieu en Russie entre 1929 et 1934 ? Si, pour avoir un Etat ouvrier, la bourgeoisie doit être expropriée par les ouvriers, comment alors peut-on avoir des Etats ouvriers en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie, en Pologne, en Allemagne de l'Est et en Corée du Nord, où, malgré tous les efforts d'imagination, on ne peut pas interpréter les expropriations comme ayant été réalisées eux-mêmes (quelques rues effectuées par des ouvriers contrôlés de façon rigide pour soutenir ces expropriations sont visiblement autre chose que des expropriations réalisées par les ouvriers)?

Ironiquement, on pourrait affirmer qu'au Cambodge, il y a eu en fait plus de mobilisations de masse contre les capitalistes et les propriétaires fonciers que dans la plupart des pays d'Europe de l'Est. Feldman et Clark fournissent eux-mêmes certains éléments qui le prouvent. De puissantes mobilisations de masse ont eu lieu au Cambodge contre le pouvoir bourgeois en 1974-75 (y compris une grève générale à PhnomPenh en 1974). De nouveau, les mobilisations de masse, surtout celles des paysans pauvres, ont été assez importantes après la victoire des Khmers rouges en 1975, comme Feldman Clark eux-mêmes l'admettent.

En fait, la création de beaucoup des coopératives agricoles a été effectuée à l'aide de mobilisations de masse.

Déjà avant la victoire finale, dans les zones libérées, la direction du Parti communiste camétait « apparemment directement passée à des étapes plus avancées de la collectivisation » (« Communist Party

Kampuchea» - Le pouvoir du Parti communiste au Cambodge -, op. cit. p.18). La dynamique allait dans cette direction, et coïncidait avec l'émergence de structures pré-étatiques d'une nature clairement non-capitaliste. Après cela sont arrivées la collectivisation forcée et les déportations de masse, visiblement sans la participation et contre les souhaits de l'écrasante masse des travailleurs (comme cela s'est passé en Russie et dans d'autres Etats ouvriers).

Mais les deux premières vagues de mobilisations de masse ne sont pas suffisantes pour « prouver» aux camarades Feldman, Clark et Waters l'existence d'un Etat ouvrier. La collectivisation forcée, d'autre part, est suffisante pour apporter preuve du contraire. Un triste cas de schématisme dogmatique dans lequel ces camarades se sont trouvés piégés! Car n'est-il pas évident que les deux premières vagues de mobilisation étaient plus que suffisantes pour détruire T'Etat bourgeois, les rapports capitalistes de propriété, et le pouvoir de classe de la bourgeoisie, et que par conséquent le Cambodge devenu un Etat ouvrier ? Et que la collectivisation forcée et les déportations ont été des politi ques criminelles mises en œuvre par la bureaucratie au pouvoir dans le cadre de l'Etat ouvrier déjà existant, comme cela avait été le cas en Russie sous Stali-

L'ironie qui vient d'être soulignée engendre un paradoxe suprême. Sous Pol Pot, disent

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les camarades Feldman, Clark et Waters, il y avait un « gounaire bourgeois» engagé dans une «accumulation capitalisextrême». libérateurs vietnamiens ont alors probablement mis en place un Etat ouvrier avec Heng Samrin. Selon la Far Eastern Economic Review du 2 mars 1979, Samrin a accordé une interview au professeur Kaarle Nordenstreng, de l'Organisation internationale des journalistes. Il y a déclaré : « La discussion a porté aussi sur l'économie démantelée. Il a dit que l'industrie lourde serait propriété de l'Etat, mais qu'en ce qui concernait l'artisanat et les autres petites industries, des entrepreneurs privés auraient le droit d'exister, quoique sous contrôle de l'Etat.»

Passer d'une politique de collectivisation forcée ou de « communisme de guerre» extrêmement terroriste à une politique du type de la NEP, a probablement un sens dans les conditions prévalant au Cambodge aujourd'hui. Nous tendons à approuver un tel tournant. Bien entendu, cela ne peut être compris que dans le cadre d'un Etat ouvrier déjà existant. Mais identifier, comme certains le font, transition d'une propriété collectivisée à 100% à une propriété collectivisée à 75 ou 60%, c est-à-dire une restauration de la propriété privée sur assez grande échelle, comme la transition d'un Etat bourgeois à un Etat ouvrier.. cela dépasse la raison, du moins la raison telle qu'elle est pratiquée par les marxistes.

Là nous voyons déjà les implications possibles - et dangereuses ! - de l'étonnante affirmation des camarades Feldman et Clark : « La classe ouvrière cambodgienne n'avait absolument pas d'intérêts (!) dans la nationalisation de la propriété, réalisée sans sa participation, par la petite-bourgeoisie de l'Angkar» (Intercontinental Press, du 26 février 1979 - traduit dans le numéro 47 d'Inprecor, du 15 mars 1979). Ont-ils peut-être quelque intérêt à la restauration de la propriété privée?

Les camarades Feldman et Clark mettent beaucoup cent dans leurs arguments sur les « précédents historiques». Il en citent essentiellement trois sortes : la lettre bien connue de Trotsky de 1932, concernant un affrontement possible entre les armées paysannes et le prolétariat urbain en Chine; ce qui s'est effectivement produit Chine entre 1948 et 1951; et ce s'est passé dans des pays comme l'Egypte, la Birmanie, le Mozambique et l'Angola.

Nous avons déjà parlé de la sophisme ne peut camoufler le fait qu'à cette époque, pouvoir d'Etat est passé d'une classe sociale à une autre, que les capitalistes chinois ont du leur pouvoir politique et économique (ce qui n'implique pas nécessairement qu'ils aient perdu toute leur propriété privée - en fait, il ne l'ont pas enperdue aujourd'hui), que le pouvoir est passé aux mains de la bureaucratie maoïste qui était (et reste) une bureaucratie ouvrière, et que tout le reste concerne des orientations politiques (souvent traîtres et antiouvrieres, c'est vrai; mais celles de Staline létaient aussi: à l'intérieur de l'Etat ouvrier établi en octobre 1949.

L'hypothèse formulée dans la lettre de Trostky de 1932 concerne un cas très spécifique de conflit de classe, que les camarades Feldman et Clark éliminent de leur référence : le conflit entre une classe ouvrière voulant abolir la propriété capitaliste et une paysannerie ayant l'intention de la défendre (au moins de défendre sa propre propriété privée). Le contexte général de la lettre de Trotsky l'établit clairement. Il parle de l'opposition entre la socialisation et la répartition privée de la propriété; de l'intégration possible de la couche supérieure des armées paysannes à la bourgeoisie; de la possibilité que de gros propriétaires surgissent des guerres paysannes (« Leon Trotsky on China» - Léon Trotsky sur la Chine-pp. 524, 526, 527). Comment l'auteur de la théorie de la Révolution permanente aurait-il pu dire autre chose, c'est-à-dire ment toumé contre ce qui est l'hypothèse-clé de cette théorie, à savoir l'incapacité de la paysannerie à jouer un rôle historiquement indépendant de la classe ouvrière et de la bour-

Mais dans le cas du Cambodge, il n'y a aucune preuve que les Khmers rouges aient d'une quelconque façon défendu la propriété privée, à l'encontre des ouvriers qui souhaitaient la collectivisation. Même la thèse d'une «armée paysanne» (pas dans le sens de sa composition sociale, mais en termes de la sociale objective de cette armée) devient complètement absurde à la lumière des faits, confirmés par Feldman et Clark, de ce que cette armée écrasait les paysans autant que les ouvriers (peut-être encore plus). L'armée khmère rouge n'était done pas une «armée paysanne», mais l'armée de la bureaucratie. Nous en sommes nouveau au point de départ : la question de la nature de classe de la bureaucratie de

L'analogie avec l'Egypte, la Birmanie, la Syrie, le Mozambique et l'Angola est encore plus révélatrice. Dans tous ces pays, la propriété privée n'a jamais été abolie ni interdite par la Constitution. Ce qui a été nationalisé, c'était, dans la plupart des cas, la grande industrie, la banque, le commerce de gros et les grosses compagnies de

HENG SAMRIN

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LE CONTEXTE CONCRET ET L'INTERCONNECTION DES transport (quelquefois même la propriété impérialiste est restée intacte). Mais ces secteurs ne formaient au départ qu'une relativement faible de l'économie nationale, donné l'arriération de ces pays. L'utilisation privée du sol urbain et rural a été limitée, mais jamais abolie. Elle avait été la base principale des fortunes capitalistes avant la «révolution». Elle est restée la base principale de celles-ci après les changements politiques. La classe capitaliste n'a jamais disparu - seules ses articulations internes (les rapports de forces entre ses différentes composantes) se sont tranformées. Les secteurs nationalisés, importants par leur ampleur, n'ont donc servi d'énormes bouillons de culture développement de l'accumulation privée du capital.

D'immenses fortunes privées réapparurent et se développèrent, notamment grace aux fortes indemnités que de nombreux capitalistes reçurent lorsque leurs propriétés furent nationalisées. La Bourse continue à fonctionner durant toute période du régime nassérien. C'est pourquoi l'apparition d'un puissant «secteur privé» économique (il ne s'agissait pas d'un petit secteur artisanal, mais d'un véritable secteur capitaliste, très développé) ne fut qu'une question de temps, notamment grâce aux «encouragements» prodigués par les pays

EN ASIE

L'aspect le plus dangereux de l'argumentation des camarades Feldman. Clark et Mary-Alice Waters réside dans le fait que pour tenter de justifier l'invasion du Cambodge par l'armée régulière vietnamienne, sur plusieurs points ils se laissent entraîner plus loin que la « position de principe » initiale (« nous impérialistes et les trusts. C'est ce qui s'est passé en Egypte avec le gouvernement Sadate. C'est ce qui se passera demain en Mozambique et en Angola, si aucune révolution sociale ne vient détruire la bourgeoisie en tant que classe. C'est ce qui est en train de se passer en ce moment même en Birmanie et en

Mais précisément, au Cambodge comme dans tous les autres Etats ouvriers, cela ne s'est pas produit et ne pourra se produire sans tion sociale. Et c'est là l'un des critères qui permet de déterminer la nature de classe de ces Etats et de la bureaucratie au pouvoir. Celle-ci peut se livrer au vol, au pillage, à un travail de sape, elle peut trahir et accomplir bien d'autres forfaitures. Mais ses privilèges demeurent du domaine du niveau de vie, des biens de consommation et non de celui de l'accumulation de fortunes privées et de l'appropriation des moyens de production. Ce qui est mulé » par l'Etat, ce sont des valeurs d'usage sous forme de biens de production - pas des valeurs d'échange sous forme de marchandises ou d'argent.

Certes, on pourrait dire que le temps qui s'est écoulé entre l'établissement du régime de Pol Pot et son renversement

* II * CONFLITS INTERBUREAUCRATIQUES, ET DU PROCESSUS REVOLUTIONNAIRE ET A L'ECHELLE MONDIALE soutenons un Etat ouvrier bureaucratisé contre un Etat bourgeois»), ce qui les amène à un type d'analyse conjoncturelle impressionniste. Analyse qui se rapproche dangereusement d'une justification de l'invasion, même au cas où il considéreraient que le Cambodge est un Etat ouvrier.

était trop court pour que l'on puisse émettre un jugement dé finitif sur la question. Quand bien même ce serait vrai, il n'y a aucun doute quant à la dynamique du processus: non pas celle de la restauration de la propriété privée, mais celle de sa suppression.

Certaines parties de la bureaucratie peuvent devenir le noyau d'une nouvelle classe capitaliste (tout peuvent en URSS), mais à condition de rompre avec la bureaucratie en tant que caste, et de se transformer en un groupe social qualitativement différent, en une classe bourgeoise possédant la propriété privée (au moins au sens économique du terme, sinon au sens immédiatement juridique), accumulant le capital pour elle-même, défendant l'indépendance des trusts, des entreprises et des capid'autres. Cela s'est passéen Egypte, en Birmanie, en Syrie et cela se passera en Angola et au Mozambique. Cela ne s'est pas produit au Vietnam, en Corée du Nord, en Roumanie, en Hongrie et en Pologne. C'est le moyen de constater concrètement différence entre une bureaucratie bourgeoise et une bureaucratie ouvrière, entre un Etat bourgeois avec un large secteur nationalisé et un Etat ouvrier même avec un secteur privé non sans importance.

Les implications que contiennent de tels arguments sont inquiétantes. Elles pourraient conduire demain à la justification - dans une conjoncture semblable - d'une attaque soviétique contre la Chine ou d'une occupation par l'armée soviétique et ses satellites de la Yougoslavie, de la Roumanie, de

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promesse d'une très importante aide économique très importanl'Albanie ou de la Corée du Nord. Ce n'est pas par hasard en effet que les gouvernements de ces cinq Etats ouvriers ont été hostiles à l'attaque du Vietnam contre le Cambodge. Quiconque pense qu'ils adoptèrent cette position parce que ce sont des «suppôts de l'impérialisme», ferait mieux d'y réfléchir à deux fois. Ce qu'ils ont dit en réalité, c'est qu'ils condamnaient l'action de Hanoï au Cambodge parce qu'ils craignaient de subir le même traitement : « Nous disons Cambodge, mais c'est à nous que nous pensons».

Les camarades Feldman, Clark et Waters font bien la différence entre les raisons qui, du point de vue d'une analyse objective, expliquent l'invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie en août 1968, et les raisons qui expliquent l'invasion du Cambodge par le Vietnam en décembre 1978-janvier 1979. Il n'y avait rien au Cambodge qui ressemblait à une révolution antibureaucratique en train de se développer et qu'Hanoï aurait voulu écraser parce qu'il s'en serait méfié, contrairement à la situa-

Men Tchécoslovaquie en 1968 où il y avait effectivement un mouvement antibureaucratique dont le Kremlin avait peur et qu'il voulait réprimer. Mais c'est une chose que de noter cette différence objective c'en est une autre que d'omettre de signaler que ce parallele entre les deux situation est souligné par les bureaucraties elles-mêmes. La Far Eastern Economic Review écrit dans son édition du 23 février 1979 :

«Selon certaines sources, les dirigeants soviétiques conseillé, immédiatement après l'ouverture du conflit entre Phnom Penh et Hanoï (en décembre 1977), de se livrer à une rapide opération 'à la tchèque" pour destituer Pol Pot».

A la lumière de ces lignes, il est aisé de comprendre le bien-fondé des craintes des prochaines victimes potentielles (ci-dessus énumérées) de la doctrine de la «souveraineté limitée».

Nous sommes étonnés de voir que les camarades Feldman, Clark et Waters semblent complètement insensibles ces inquiétudes.

Leur analyse n'en devient que plus inquiétante lorsqu'on lit la formule suivante :

«En réalité, les dirigeants vietnamiens n'ont agi ni par ambition impérialiste, ni pour étendre la révolution au-delà de leurs frontières. Leur but se limitait à la protection des frontières vietnamiennes contre un étau militaire ennemi se resserrant de plus en plus. Leur grande crainte était de voir apparaitre en Indochine un régime antivietnamien au Cambodge, très proche de Pékin et aux perspeccroissantes de liens avec l'impérialisme, y compris des liens militaires. (...) l'encerclement militaire, économique et diplomatique par l'impérialisme US est toujours très fort. (...) Dans ces conditions, l'établissement des véritables relations diplomatiques entre la Chine et l'hostilite grandissante de ces deux pays envers le Vietnam - a pu contribuer à convaincre Hanoi qu'une action décisive était devenue né cessaire pour briser l'étau diplomatique et militaire qu'il sentait se resserrer autour de lui. » (Fred Feldman, dans Intercontinental Press du 22 janvier

« Les dirigeants vietnamiens ont engagé des forces militaires très importantes dans l'attaque contre le régime de Pol Pot parce qu'ils se sentaient de plus en plus encerclés et qu'ils craignaient la possibilité de tentamilitaires de la part de l'impérialisme. » (Mary-Alice

Intercontinental Press, du 26 février 1979).

«L'invasion du Vietnam par amer de l'accord contre-révolu-

Centre l'impérialisme US et la bureaucratie stalinienne de Pékin » (ibidem).

« Etant donné les difficultés qui entravent une intervention militaire directe des USA, Washington s'est assuré le concours du régime stalinien de Pékin, qui, en échange de la reconnaissance diplomatique et de la aide économique, a envahi le Vietnam et lancé une guerre frontalière de grande envergu-

«Le but de Pékin n'est pas de conquérir le Vietnam, mais de forcer celui-ci à se retirer du Cambodge, c'est-à-dire d'obéir aux ordres de Washington. » (Gus Horowitz, Intercontinental Press, 5 mars 1979).

Ce qui est grave dans cette sorte d'analyse, c'est qu'elle pourrait être reproduite dans bien d'autres cas et pour bien d'autres régions du monde. Si Pékin n'agit pas de son propre intérêt contre la bureaucratie vietnamienne, mais en soutien à Washington et à sa politique contre-révolutionnaire, ne pourrait-on pas alors expliquer demain qu'après tout, dans son conflit avec Moscou, c'est aussi la patte de l'impérialisme qui guide la main de la Chine? Et ne pourrait-on pas dans ce cas, interpréter une attaque préventive de Moscou contre Pékin comme un acte justifié d'auto-défense d'un Etat contre la principale puissance impérialiste qu'elle la menacerait («l'encerclerait ») avec l'aide de la bande de Deng Xiaoping ?

Si l'établissement d'un « régime anti-vietnamien» au Cambodge constituait « un étau militaire ennemi se resserrant de plus en plus» autour des frontières vietnamiennes, la mise en place d'un régime anti-soviétique à Belgrade (après la mort de Tito par exemple), « avec des perspecties accrues de liens avec l'impérialisme», ne constitueraient-elles pas « un étau militaire ennemi se resserrant de plus en plus» autour de l'Union soviétique, qui justifierait donc une attaque militaire préventive «pour la protection des frontiè-

En vérité, Moscou n'a-t-il pas affirmé que Dubcek menaçait d'établir un « régime anti-soviéà Prague ? Un événement si grave n'est-il pas propre à justifier des mesures d'autodéfense, y compris une invasion, de la part du Kremlin ?

Et la Chine alors ? L'URSS n'a-t-elle pas « en échange d'une

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te » (assurée actuellement par l'impérialisme de façon plus large que celle promise à Pékin), mis en place un gigantesque dispositif militaire frontière chinoise afin de poursuivre l'œuvre de Washington qui voulait étouffer la Révolution chinoise? Ne reste-t-il pas d'importantes têtes de pont impérialistes, la Corée du Sud et Taïwan, comme « forces potentielles pour des tentatives mil'impérialisme» ? L'alignement de Hanoï sur Moscou n'a-t-il pas contribué à ce que Pékin «sente l'étau diplomatique et militaire se resserrer autour de lui», et soit convaincu qu' « une action décisive était nécessaire pour briser cet étau » ?

En fait, si la discussion internationale ne nous apportait rien d'autre que l'assurance de la part des camarades Feldman, Clark et Waters qu'ils ne suivent, en aucune manière, un raisonnement - qui « objectivement », impliquerait une capitulation face à la bureaucratie stalinienne et une caution apportée aux manœuvres diplomatiques et militaires visant à rétablir son contrôle sur les Etats ouvriers qui ont échappé à ses griffes - nous serions déjà presque statisfaits. «..l'équivalent de sept bombes atomiques du type de celle d'Hiroshima ont été lâchées chaque mois par les bombardiers US pendant les six mois qui ont précédé août 1973....»

Pour pouvoir donner corps à leurs schémas, les camarades Feldman, Clark er Waters de réécrire quelque peu l'Histoire. Ils présentent en effet la série d'événements qui ont conduit aux conflits militaires qui se déroulent actuellement en Asie du Sud-Est, d'une manière qui n'a plus qu'une ressemblance fortuite avec la réalité.

Contrairement aux affirmade ces camarades, le Sud-Vietnam est devenu un Etat ouvrier, au moins au moment de la réunification formelle entre le Nord et le Sud, sinon dès la prise de Saïgon par les forces armées révolutionnaires. Il est tout bonnement impossible de prétendre que la bourgeoisie a gardé le pouvoir au Sud-Vietnam jusqu'à l'expropriation des commerçants chinois de Cholon qui a eu lieu au printemps 1978, alors que les deux parties du pays étaient réunifiées depuis deux ans dé. jà. Comment un seul Etat peutà la fois bourgeois et

Dès décembre 1975, le Courrier du Vietnam publiait le discours d'un dirigeant du Parti communiste vietnamien qui affirmait catégoriquement : « Le

Sud ne devrait pas attendre que toutes les tâches de la révolution nationale, démocratique et populaire accomplies pour s'atteler aux tâches de la révolution socialiste et construire le socialisme. Il devrait, contraire, exploiter toutes les conditions favorables et profiter des expériences faites au Nord pour commencer immédiatement à s'attaquer aux tâches menant à l'étape suivante».

En septembre 1976, un plan économique central et unifié de cinq ans était annoncé pour la période allant de 1976 à 1980; il concernait les 35 provinces du Nord et du Sud-Vietnam et couvrait la plupart des branches d'industrie (Courrier du Vietnam, octobre 1976). Ce plan commun, qui démarra début 1977, n'était-il pas la preuve qu'il existait un seul Etat outout le Vietnam? Peut-on englober une économie «capitaliste » et un « Etat bourgeois» dans une planification commune avec un Etat ouvrier et une industrie nationalisée ?

Contrairement aux affirmations des camarades Feldman, Clark et Waters, c'est le Cambodge, et non le Vietnam, qui au cours des trois demières années, a été la cible principale d'une campagne internationale féroce, une campagne qui n'a guère eu d'équivalent depuis la Guerre d'Espagne, sinon depuis la Révolution d'Octobre 1917. La campagne contre le Vietnam était beaucoup plus modérée, du moins jusqu'à la fin de 1978.

Encore une fois, contrairement aux affirmations des camarades susnommés, ce n'est pas le Cambodge, mais le Vietnam, et tout particulièrement le Premier ministre Pham Van Dong, qui a fait de nombreuses ouvertures en direction des impérialistes des USA et du monde entier. Ces ouvertures sont même allées jusqu'à la candidature vietnamienne au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à la Banque pour le développement de l'Asie. Au printemps 1977, Hanoï « a édicté un code des investissements étrangers était à la fois libéral et souple, et qui prévoyait des

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sa tentative d'établir sa propre de Nixon. Mais l'impérialisme entreprises mixtes et des industries entierement étrangères tournées vers l'exportation, ainsi que des réductions généreuses d'impôts et le droit de rapatrier les profits». (Far Eastern Economie Review, du 9 février 1979). De fait, des mesures modérées d'aide au Vietnam furent prises et appliquées, par exemple par le Japon, la France et la Suède. alors qu'il n'y en a jamais eu pour le Cambodge.

Il est vrai que ces mesures d'aide ont été en général trop limitées et, qu'après l'invasion du Cambodge par le Vietnam, elles ont été suspendues (2). Mais cela ne peut en aucun cas être une preuve que l'impérialisme a systématiquement cherché à considérer et à utiliser le régime de Pol Pot contre la Révolution vietnamienne. tions des camarades Feldman, Clark et Waters, il n'y a pas eu de nouvelle montée révolutionmasses sud-vietnamiennes en 1978, que le régime contre-révolutionnaire Pot ou même la bureaucratie chinoise aurait pu considérer comme un danger. La seule chose que l'on peut constater, c'est que la tendance du mouvement des masses sud-vietnamiennes était, et reste, plutôt au recul et non à la montée. L'activité politique des masses sud-vietnamiennes nement plus limitée que celle des masses chinoises. Un sentiment de mécontentement s'est largement répandu face à la pénurie alimentaire, au scandale de la corruption, à l'incorporation des jeunes à l'armée, et même à l'invasion du Cambodge. Selon de nombreuses sources, (voir par exemple Far Easter Economic Review du 19 janvier 1979), le moral des troupes vietnamiennes au Cambodge est fort bas. Il y aurait même eu un certain nombre de désertions.

Contrairement aux affirmations des camarades Feldman, Clark et Waters, Pékin n'est pas intervenu au Vietnam sur ordre ou comme instrument de Washington, mais avant tout en fonction de ses propres intérêts :

sphère d'influence sur l'ensemble des Etats ouvriers asiatiques et d'empêcher le Kremlin de s'asurer une forteresse sur sa frontière Sud. Et bien qu'il soit vrai que l'impérialisme tente d'exploiter le conflit dans ses propres intérêts - comme lors du conflit Staline-Tito, lors du conflit Mao-Khrouchtchev, ou lors du conflit Breiev-Dubcek - cela ne signifie pas que cette exploitation soit l'unique caractéristique, ou même la principale caractéristique, de ce genre de

Contrairement aux affirmations des camarades Feldman, Clark et Waters, Hanoi n'est pas intervenu au Cambodge parce qu'il était «encerclé» à cause des «intrigues» de Pol Pot avec l'impérialisme, mais parcqu'il voulait établir une fédération indochinoise sous son propre contrôle bureaucratique.

Bon nombre d'éléments peuvent être cités à l'appui de la thèse que, pour l'impérialisme et le capitalisme au Cambodge, les possibilités accrues d'intrigues et de manœuvres, en liaison avec la dictature thai, ne sont pas la cause, mais la conséquence de l'invasion de ce pays par le Vietnam. Il en est de même quant à un éventuel retour au pouvoir de Norodom Siha-

Bien sûr, l'impérialisme n'a point abandonné l'idée de freiner la révolution indochinoise, ou même de refouler ses secteurs les plus faibles, le Laos et le Cambodge. Il maintient une flotte puissante dans la zone, à cette fin. Il maintient des bases militaires à Taïwan, en Corée du Sud et ailleurs. Il renforce la puissance militaire de la dictature thai et d'autres régimes réactionnaires de l'ASEAN. Il finance les guérillas réactionnaires pro-capitalistes au Laos et au Cambodge. Il a organisé un blocus réussi du Laos en 1976-1977. Dans toutes ces manœuvres, il a besoin de l'appui de la politique de «coexistence pacifique» de Pékin, que Pékin était prêt à lui accorder en échange du modus vivendi réalisé lors des visites de Kissinger et agit principalement par ses propres instruments, et non par Pékin et certainement pas par

Et contrairement à l'analyse des camarades Feldman, Clark et Waters, existe une certaine connivence en Asie orientale entre la bureaucratie chinoise, Tokyo et Washington - à laquelle il ajouter comme « contradiction secondaire » les intrigues permanentes de Moscou auprès contre-révolutionnaire de Taïpeh - la caractéristique essentielle de la situation mondiale n'a pas changé : c'est-à-dire recherche permanente de la coexistence pacifique et la collaboration entre Moscou et Washington à l'échelle globale. Il suffit de voir leur étroite collaboration pour maintenir le statu-quo en Europe et au Moyen-Orient, pour ne citer que ces deux regions du monde.

Donc à l'échelle mondiale, il n'y a pas de différence au-

Centre les politiques contre-révolutionnaires de Moscou et de Pékin. Il n'y a pas de raison de croire que l'impérialisme est plus « doux » ou plus «compréhensif» envers l'un ou l'autre, ou qu'il cherche une alglobale avec Pékin contre Moscou. Les deux bureaucontre-révolutionnaires représentent des obstacles majeurs sur le chemin de la victoire de la révolution mondiale. Elles n'ont, en aucune façon, de rapports qualitativement différents avec la révolution mondiale ou avec l'impérialisme internatio-

Si l'on examine les différentes étapes de l'évolution du régime de Pol Pot jusqu'à ce qu'il en arrive à des attitudes isolationistes et à un nationalisme extrême, il faut énumérer tous les coups traumatisants par les bureaucrates communistes du Cambodge de la part de leurs alliés supposés. Ils ont été scandaleusement ignorés par Moscou et par Pékin lors de la Conférence de

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Genève. Il ont été abandonnés une seconde fois par Moscou en 1960, quand le Kremlin a soutenu Lon Nol contre eux. Une troisième fois, ils ont été

Men 1973, pendant la Conférence de Paris, quand Hanoï ( avec sans doute le soutien tactique de Pékin, bien que ce ne soit pas prouvé), essaya de leur imposer un gouvernement de coalition avec Lon Nol, leur ennemi irréductible. De plus, Hanoï arrêta son aide abandonna sous les bombardements des B-52, en représailles pour leur refus de se soumettre à sa pression (voir Patrice de Beer dans Le Monde diplomatique de février 1979). Le Kremlin est même allé jusqu'à s'abstenir sur la question de leur aux Nations-Unies (Ponchaud, op. cit., p. 204).

cela ne justifie pas politique naliste et raciste anti-vietnamienne qu'ils ont adoptée ensuite. Mais ces éléments permettent une explication plus cohérente que celle qui s'appuie sur leur supposée nature «bourgeoise» ou leur «intention »... de rétablir le capitalisme au Cambodge. Un « Etat ouvrier» qui essayerait d'imposer «aux capitalistes» un gouvernement de coalition avec la bourgeoisie, et des « capitalistes» qui refuseraient avec indignation et dégoût : c'est un peu dur à ava-

C'est l'attitude et la campagne violemment nationalistes et anti-vietnamiennes de Pol Pot qui ont conduit à la rupture de décembre 1977. Pol Pot a rompu brusquement les relations diplomatiques Hanoï, qu'il a accusé publiquement de préparer l'invasion du Cambodge («Documents Communist Affairs 1977», édité par Bogdan Szajkowski, University College Cardiff Press, 1977, page 165).

C'est cette rupture de tous les liens, en plus du rapprochement entre Phnom-Penh et Pékin, avec toutes ses conséquences militaires, qui ont conduit la direction vietnamienne à envisager de renverser Pol Pot et d'installer une nouvelle direction cambodgienne à Phnom-

Penh, qui accepterait plus volontiers une domination et un contrôle du Vietnam - du même type que celui établi par le Vietnam au Laos - sur une fédération indochinoise de facto. Sans aucun doute, il existait au Cambodge un grand mécontentement contre le régime de Pol Pot, et il y a eu une série de tentatives de soulèvements contre le régime. Sans aucun doute, le PC vietnamien aurait eu raison de soutenir des mouvements populaires, reflétant la volonté de l'immense majorité des travailleurs et des paysans du Cambodge.

De cette façon, une véritable nouvelle direction du PC cambodgien aurait pu se formalgré ses origines une bureaucratisation future, aurait au moins pu jouer un rôle semblable à celui de la direction Nagy en Hongrie ou de la direction Dubcek en Tchécoslovaquie, c'est-à-dire ouvrir la voie à de véritables mobilisations de masse et par conséquent à une véritable révolution politique.

Mais ce n'est pas du tout ce qui s'est passé au Cambodge. L'armée régulière vietnamienne commença une escalade militaire au printemps 1978 (voir l'article déjà mentionné de Slavko Stanik, p.89-90). Le Front national cambodgien pour le salut national (FUNSK) ne se constitua qu'en décembre 1978, juste à la veille du Blitzkrieg qui, en l'espace de quinze jours, conduisit les divisions blindées d'élite l'armée vietnamienne Phnom-Penh, Battambang et à l'occupation de toutes les villes du pays. Personne n'est naif au point de soutenir que ce n'était qu'une «aide fraternelle au développement d'un soulèvement populaire ». C'était une invasion militaire en bonne et due forme, soutenue accessoirement quelques forces dans le

En réalité, les masses cambodgiennes, giennes, déjà accablées et atomisées par les coups successivement reçus d'abord du fait des attaques meurtrières de l'impérialisme, puis de la terreur du régime de Pol Pot, furent si désorientées par l'invasion étrangère que même aujourd'hui, trois mois plus tard, le régime nouvellement installé à PhnomPenh rencontre de grandes difficultés pour former une administration normale - sans parler de réussir à obtenir un large soutien des masses. L'inimitié historique entre les «envahisseurs vietnamiens» et les « patriotes cambodgiens», sur laquelle la clique de Pol Pot peut maintenant jouer à fond, fournit à cette demière la base politique sur laquelle organiser ses forces de guérillas. La lutte contre les nouveaux maîtres qui règnent à Phnom-Penh peut devenir un long combat, fournissant ainsi de nombreuses occasions aux complots impérialistes et contre-révolutionnaires. Mais encore une fois, c'est là un résultat de l'invasion et non une

De plus, la direction vietnamienne a gravement sous-estimé (ainsi que l'ont fait les camarades Feldman, Clark et Waters) la possibilité, pour ne pas dire la probabilité, de voir les prétexte de l'aventure cambodgienne pour lancer une attaque militaire à grande échelle contre le Vietnam. En décembre 1978, selon

Eastern Economic Re view du 22 décembre 1978, « Hanoi (était)... sûr que la Chine n'attaquerait pas militairement le Vietnam à cause du Cambodge... Selon des sources émanant de diplomates résidant à Hanoi, les dirigeants vietnamiens sont totalement confiants que le traité d'amitié soviéto-vietnamien et la concentration de forces soviétiques toujours présentes sur la frontière nord de la Chine, se révèleront de puissants suasion contre tout projet d'intervention chinoise.».

Ce n'est pas ce qui s'est passé ! On pourrait également mettre en doute le fait que la « totale certitude» de Pékin que Moscou ne déclencherait pas de représailles militaires l'invasion du Vietnam par la Chine soit tellement bien fondé. La conclusion est évidente : ces aventures successives sont extrêmement irresponsables du point de vue des inté-

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rêts des travailleurs et des paysans d'Asie du Sud. Elles sont tout à fait contraires à l'extension de la Révolution indochinoise.

Le 23 janvier 1978, le camarade Bauman écrivant dans Intercontinental Press, avait une position correcte : «... Le conflit armé entre Hanoï et PhnomPenh joue au profit de la propagande impérialiste». Les camarades Feldman, Clark et Waters auraient été bien avisés de s'en tenir à cette ligne de raisonnement.

Si l'on veut juger de la réelle dynamique potentielle de la Révolution indochinoise, il faut regarder les pays capitalistes voisins, et d'abord la Thailande, la Malaisie, les autres Etats de ce que l'on appelle l'ASEAN et la Birmanie. On pourra alors noter sobrement que dans la pério-

La suivi la victoire de la Révolution indochinoise 1975, Moscou, Pékin, Hanoi et Phnom-Penh ont fait tout ce

LES GUE BUREAUCRA

QUELLE DEVRAIT

Dans le numéro d'Intercontinental Press, la camarade Mary-Alice Waters rejette résolument la possibilité de guerres entre Etats ouvriers bureaucratisés :

«Le danger, ce n'est pas une invasion chinoise du Vietnam par la Chine, mais ce sont les manœuvres impérialistes que Pékin contribue à couvrir...

«Evidemment, la concentration de forces militaires chinoises le long de la frontière avec le Vietnam crée le danger de conflits sporadiques (!) entre les troupes chinoises et vietnamiennes. Mais là ne se trouve pas la source de menace de guerre en Indochine aujourd'hui...

«Nous devons centrer le feu sur la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, non sur celle entre le Vietnam et la Chine.» qu'ils pouvaient pour calmer les craintes que la fameuse théorie des dominos ne devienne réalité en Asie du Sud-Est. Toules bonnes grâces de la dictature thailandaise et de « normaliser» leurs relations avec elle. Si les effets objectifs de l'invasion vietnamienne du Cambodge peuvent être jugés à la lumière de cet élément, il est clair que la situation des guérillas thaïs s'est sérieusement détériorée et n'a pas connu d'amélioration due à l'émergence soudaine d'un soudaine «nouvel Etat ouvrier » au Cambodge. Peut-être cela confirmet-il qu'un nouvel Etat ouvrier n'a pas vu le jour à ce moment-là et qu'au contraire, un Etat ouvrier déjà existant plutôt affaibli à la suite de la guerre de guérilla prolongée que l'invasion a déclenchée, ce qui permet maintenant à la contre-révolution impérialiste et bourgeoise de rentrer dans le jeu ?

* IV * RRES ENTRE ETATS TISES SONT-ELLES POSSIBLES ET ETRE NOTRE ATTITUDE A LEUR EGARD?

L'encre n'avait pas encore séché sur ce numéro d'Intercontinental Press que la guerre éclata en effet - mais non sur la frontière entre la Thailande et le Cambodge, mais bien sur celle entre le Vietnam et la Chine, contrairement aux prévisions de la camarade Waters.

On pourrait évidemment se retirer sur la ligne de défense déplorable qui consiste à affirmer qu'il n'y a pas eu de véritable guerre entre les Etats ouvriers chinois et vietnamien, mais seulement des «incidents de frontière » (comme on pouvait voiler la guerre entre les bureaucraties du Cambodge et du Vietnam en niant que le Cambodge soit un Etat ouvrier). Mais pareille ligne de défense ne constitue qu'une inadmissible au mépris de la vie de dizaines de milliers d'ouvriers et de paysans de la part de bureaucraties au pouvoir, de

Pour parachever le panorama de la complexité de la situation réelle dans le Sud-Est asiatique et en Indochine - une situation qui ne correspond pas du tout aux schémas préconçus des camarades Feldman, Clark et Waters - les guérillas semi-fascistes des Khmers-serei, c'est-à-dire les vrais contre-révolutionnaires au Cambodge, les partisans de l'ex-dictateur Lon Nol, viennent de publier un communiqué dans lequel ils portent un jugement positif sur l'invasion vietnamienne et sur le régime du FUNSK nouvellement installé (Le Matin de Paris, 5 mars 1979). Leur but principal est d'éliminer ce qui reste des forces de Pol Pot et de rétablir un

Etat bourgeois avec l'accord de Sihanouk. Sur le terrain, les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être pour des camarades qui pratiquent la méthode de prendre simplement le contrepied mécaniste d'une certaine propagande impérialiste. OUVRIERS vies qui ont été perdues, non pour la causes de leur libération de toute exploitation ou oppression, non pour la cause de la lutte contre l'impérialisme, mais parce que diverses fractions de la bureaucratie cherchent à « éviter l'encerclement»

(par d'autres fractions de la bureaucratie), cherchent à « donner une leçon » (à d'autres fractions de la bureaucratie), cherchent à «punir l'agresseur criminel » et poursuivent d'autres

«buts de guerre» écœurants - empruntés directement à l'arsenal classique de la diplomatie absolutiste, semi-féodale, colonialiste et impérialiste. Nous devons le proclamer hautement et clairement : ces guerres sont des entreprises criminelles, irresponsables et contre-révolutionnaires. Elle ne font qu'aider l'impérialisme. Pas une seule vie de soldat, d'ouvrier ou de paysan ne devrait être sacrifiée pour les buts particularistes,

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étroits et nationalistes d'accroissement de pouvoir d'une quelconque fraction de la bureaucratie contre une autre, quelle qu'elle soit.

Nous avons cité l'article de la camarade Waters, non pour marquer à bon marché des points dans la polémique. Personne dans la IVe Internationale n'avait prévu longtemps à l'avance que des guerres pourraient éclater entre des Etats ouvriers bureaucratisés, c'est-àdire entre des bureaucraties au pouvoir. Nous sommes confrontés avec un tournant de la situation mondiale des plus imprévus au cours des dernières décennies. Nous avons la responsabilité devant l'avant-garde de la classe ouvrière internationale et devant le mouvement ouvrier international tout entier de les expliquer et d'adopattitude claire et non ambiguë à leur égard.

Il est vrai qu'au sein de la IVe Internationale, il y a accord sur quatre concepts importants, accord qui reste inchangé malgré événements tragiques du Sud-Est asiatique.

Tout d'abord le danger fondamental d'une nouvelle guerre mondiale ne provient d'aucune «loi de développement» des Etats ouvriers bureaucratisés, mais de la tendance irrésistible du capital vers l'expansion l'échelle mondiale, particulièrement du capital à l'époque impérialiste. Aussi longtemps que le capital impérialiste survit dans un quelconque pays industrialisé majeur, il n'abandonnera jamais cette poussée vers la domination mondiale, vers l'effort pour réincorporer dans la sphère d'exploitation directe les pays qui en ont échappé grâce à des révolutions sociales victorieuses, ni sa tendance à écraser les travailleurs de tous les pays qui sont couramment engagés dans des efforts pour parachever des révolutions sociales. Voilà ce qui est et qui restera la seule source de guerre mondiale potentielle dans l'époque ouverte par la fin de la Deuxieme Guerre mondiale.

En second lieu, le danger d'une nouvelle guerre mondiale n'est pas imminent. Pour pousa cand te commet agressions jusqu'au point d'une attaque ouverte et d'ensemble contre l'URSS, l'Europe orientale et la République populaire de Chine, l'impérialisme devrait d'abord modifier radicalement les rapports de forces potiques au sein des pays impérialistes métropolitains eux-mêmes, c'est-à-dire qu'il devrait d'abord infliger une défaite écrasante au prolétariat mondial. Aussi longtemps que cela ne s'est pas produit, il lui sera impossible de lui faire accepter la folie de risquer la destruction nucléaire de l'humanité tout en-

En troisième lieu, il n'y a pas de raisons économiques fondamentales pour des guerres entre Etats ouvriers bureaucratisés. Il est vrai que la bureaucratie au pouvoir désire accroître pouvoir et ses privilèges, et qu'elle peut piller des pays étrangers, si elle réussit à les inclure dans sa sphère d'influence sans mettre en danger la « coexistence pacifique» avec l'impérialisme à l'échelle globale, c'est-à-dire grâce à un modus l'impérialisme mondial. Mais ce désir n'est absolument pas relié structurellement à la nature de l'économie des Etats ouvriers. Le pillage de l'Allemagne de l'Est s'est arrêté en gros après le soulèvement ouvrier de juillet 1953. Cuba n'est pas pillé, mais subsidié par la bureaucratie sovié tique - et la même remarque s'applique dans une proportion croissante à la Tchécoslovaquie depuis la «normalisation» de 1968-1969. Nous doutons fortement que Pékin ait «pillé» le Cambodge ou désire « piller» le Vietnam. Et même si Hanoï, souffrant cette année d'une grave pénurie de riz, pouvait jeter un œil envieux sur la bonne récolte du Cambodge, si ses troupes s'enlisent dans contre les guérillas des Khmers rouges, il sera sans doute également obligé de subsidier ses alliés de Phnom-Penh plutôt que de les « piller ».

Il est absurde de supposer que la Chine ait besoin de « colonies à exploiter», alors qu'elle manque désespérément des ressources nécessaires pour exploiter 80% des richesses naturelles existant sur son propre sol. Il est tout aussi absurde d'affirmer que la bureaucratie soviétique désire «coloniser la Chine», alors qu'elle n'a même pas les moyens d'exploiter les richesses de ses propres territoires sibériens d'Extrême-Orient, et qu'elle invite le capital japonais, allemand, français, nord-américain à participer à cette immense entreprise.

En quatrième lieu, l'inabilité de l'impérialisme à lancer à présent une guerre générale de reconquête contre les Etats ouvriers n'implique point son incapacité à tenter de les déstabiliser, de saper leur force, pour pouvoir notamment réaliser un retour en force dans ceux d'entre eux où le nouveau système social est encore le plus jeune et relativement le plus faible. Voilà ce qu'il cherche incontestablement à réaliser en Indochine. De même, cela n'implique d'aucune manière une incapacité à chercher à arrêter toute nouvelle extension intemationale de la révolution sociale.

S'il y a accord sur ces quatre principaux, peut-on dès lors expliquer les dangers de guerres entre Etats ouvriers bureaucratisés, ou plus exactement de guerres entre les bureaucraties au pouvoir dans ces pays? Comment ce danger de guerre s'articule-t-il avec la lutte entre l'impérialisme et les forces anti-impérialistes et anticapitalistes à l'échelle mondia-

Nous estimons que ce danger de guerre ne peut plus être nié à la lumière des conflits militaires incontestables entre Vietnam et le Cambodge, entre la Chine et le Vietnam, et des menaces réelles d'une confrontation militaire entre la bureaucratie soviétique et la bureaucratie chinoise. Nous devons essayer d'expliquer ces guerres dans le cadre de l'analyse marxiste traditionnelle de la nature sociale spécifique de la bureaucratie au pouvoir dans ces pays. Nous croyons que nous commes parfaitement capables de le faire, sans risque d'ébranler la cohésion et la logique interne

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de la théorie marxiste en général et de celle des bureaucraties des Etats ouvriers en particulier.

Les racines de ces conflits potentiels politiques et non socio-économiques. plus exactement : leurs racines économiques se rapportent à la manière particulière dont la couche bureaucratique sclérosée qui règne dans ces pays peut garantir et maintenir les privilèges matériels dont elle jouit. La garantie et la reproduction de ces privilèges matériels dépendent de l'exercice d'un monopole de pouvoir politique et social par la bureaucratie. Tout défi sérieux de ce monopole, toute forme de «pluralisme» politique public, même de nature inter-bureaucratique, accélère inévitablement le réveil des masses qui peut ébranler en très peu de temps la base même des privilèges bureaucratiques, comme le montrent les exemples de la Hongrie et de la Tchécos-

Staline a incarné de la manière la plus nette, la plus conséquente et la plus radicale ce principe du monopole du pouvoir - du monolithisme absolu. C'est pourquoi il a supprimé toute différenciation politique, non seulement au sein du PC de l'Union soviétique, mais encore au sein du Komintern. Lorsque le pouvoir de la bureaucratie soviétique a débordé les frontiè res d'avant-guerre de l'URSS vers les pays dits « de démocratie populaire», il se vit obligé d'étendre ce même principe du monolithisme à travers ces nouveaux Etats ouvriers, y compris le seul qui n'avait pas été créé par des actions et manipulations militaro-bureaucratiques Kremlin, mais par une véritable révolution populaire, fût-elle une révolution bureaucratiquement contrôlée : la Yougoslavie.

C'est cette poussée qui était à la base du conflit Staline-Tito de 1948, et non une quelconque peur des effets en URSS d'un mouvement de masse inexistant. au début de 1948 en Yougoslavie. La même nécessité de préserver le monolithisme explique l'éclatement du conflit sino-soviétique en 1959.

forme de développement politique et idéologique autonome de tout Etat ouvrier, indépendemment du niveau immédiat des mobilisations masse qu'on y enregistre, est considérée comme une menace de ses dominations par le Kremlin, y compris de sa domination

Union soviétique. forme de développement politique et idéologique autonome de asiatique de même considérée par Pékin comme menaçant son pouvoir, à la longue y compris en Chine. Tout développement d'autonomie politique et idéologique de tout pays d'Indochine ou voisin est de même considéré par Hanoi comme une menace pour son pouvoir, y compris à la longue sur le Vietnam lui-même. C'est là, et nulle part ailleurs, que se trouvent les racines politiques objectives des guerres potentielles entre Etats ouvriers

Aussi longtemps que l'URSS était le seul Etat ouvrier existant, Staline pouvait des directions serviles et obéissantes à n'importe quel parti communiste, souvent par diktat direct de Moscou, grâce à une combinaison de corruption, de sélection régressive de cadres dirigeants, et de chantage d'une rupture publique qui aurait, du moins pour toute une période, des conséquences politiques et organisationnelles désastreuses pour les partis en question. Plus tard, la menace de terreur physique ouverte ou d'assassinat, et la mise en pratique de ces menaces, s'ajouta à ces méthodes dans un certain nombre de cas.

Mais quand communistes d'origine stalinienne furent installés dans des positions de pouvoir d'Etat après la Deuxième Guerre mondiale, ces méthodes s'avérèrent insuffisantes, vu les ressources matérielles qualitativement accrues dont disposa chaque bureaucratie « nationale». Le Kremlin dut dès lors employer des méthodes plus directes de contrôle politique : l'occupation militaire; le contrôle sur l'appareil de répres-

«national», surtout l'armée; la police secrète et un réseau particulier d'agents d'information; le contrôle sur un certain nombre de points névralgiéconomique; l'obligation imposée à la bureaucratie « nationale » d'appliquer une ligne politique qui la laisserait sans base populaire sérieuse dans son propre pays, la plaçant ainsi en position de dépendance par rapport à la «protection» militaire «pays fratemel».

A des degrés divers, ces méthodes furent couronnées de succès dans la plupart des pays où les bureaucraties furent installées au pouvoir par la puissance militaire de l'URSS, les deux exceptions étant la Corée du Nord et la Roumanie. Mais elles ont généralement échoué dans tous les pays où la bureaudisposait dès le départ d'une base de pouvoir matérielle, politique et sociale autonome, du fait qu'elle avait conquis son pouvoir sur la vague d'une révolution sociale massive et populaire, fût-elle contrôlée et manipulée bureaucratiquement : la Yougoslavie, la Chine, le Vietnam. Encore une fois, c'est là qu'il faut rechercher les racines du conflit Tito-Staline, Khrouchtchev, du conflit Vietnam-Chine et, pourquoi pas, du futur conflit Vietnam-URSS.

Nous savons que les racines idéologiques de ce processus de désintégration du monolithisme stalinien - de cette crise stalinisme - se trouvent dans la théorie du socialisme dans un seul pays et du phénomène du « messianisme national» qui en découle directement («notre » pays, et «notre » pays seulement - ou du moins en premier lieu - est « le mondiale »). Dans ce sens, grâce à des décennies de lutte contre ces déviations nationalistes petites-bourgeoises du marxisme, notre mouvement était théoriquement et politiquement armé comprendre • les raisons profondes des conflits politiques entre différentes fractions de la bureaucratie, et leur tendance à déborder vers des conflits entre Etats gouvernés par ces différentes fractions. Les positions globalement correctes que nous avions adoptées dès

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le départ à l'égard du conflit Mao-Khrouchtchev devraient nous aider à comprendre la dynamique de ces conflits au niveau étatique, pouvant conduire à des guerres entre Etats ouvriers bureaucratisés. Mais nous devons comprendre aussi que ces déviations nationalistes du marxisme possèdent des racines matérielles et sociales.

Les méthodes utilisées par Staline pour essayer de faire plier genou à Tito furent les méthodes typiques de pression des grandes puissances : le blocus économique; la concentration de troupes aux frontières de la Yougoslavie; un énorme barrage de propagande afin d'inciter des fractions de la bureaucratie yougoslave (surtout de l'armée et de la police) à renverser l'appareil titiste. Le but L'évacuation de Phnom Penh en 1975 était de remplacer cette direction à la tête du PC et de l'Etat yougoslaves par une fraction docile par rapport au Kremlin.

Etant elle-même une bureaucratie et non le représentant authentique du prolétariat yougoslave, la direction titiste réagit de manière typique, fût-ce assez audacieuse, en cherchant d'une part à élargir sa base populaire, en abolissant la collectivisation forcée de l'agriculture, en accordant aux travailleurs un niveau de vie et des libertés civiles plus élevées (avec évidemment de nombreuses restrictions, puisqu'elle voulut à tout prix, elle aussi, conserver le monopole du pouvoir politique), et en manœuvrant d'autre part au niveau international avec toutes sortes de forces impérialistes et bourgeoises, sans faire quelques concessions traîtres à ces forces sociales hostiles, comme par exemple l'appui qu'elle accorda à la guerre impérialiste en Corée.

analyse analogue peut être faite du débordement de querelle idéologique entre Mao et Khrouchtchev vers un conflit ouvert au niveau étatique. Le Kremlin organisa blocus économique de la Chine au moment même où l'économie chinoise se trouvait en situation désespérée par suite de léchec de la deuxième phase du «grand bond en avant» de Mao, et à une époque où le blocus impérialiste de la Chine était encore pleinement opérant. Il refusa tout appui milià la Chine (et surtout le « parapluie nucléaire») au moment où le Pentagone était encore engagé dans un débat sérieux sur la question de savoir s'il fallait ou non jeter des bombes atomiques sur la Chine. Il aggrava ses péchés contre-révolutionnaires en concentrant plus d'un demi-million de troupes soviétiques sur la frontière sino-soviétique en Asie centrale -en fait, plus de soldats qu'il ne stationne en Europe orientale -, y compris des détachements armés de fusées nucléaires, pointées vers les bases nucléaires de la Rpublique populaire de

Chine, vers ses centres industriels en Mandchourie, vers Pékin, la capitale, et vers la zone métropolitaine de Shanghai.

Les bureaucrates chinois, pris dans l'étau de cette double menace qui pesait sur la base de leur pouvoir, réagirent de manière pragmatique typiquement bureaucratique. D'abord, ils se retirèrent idéologiquement sur la ligne de «ne compter que sur ses propres forces», c'est-à-dire une simple rationalisation de l'isolement désespéré dans lequel ils se trouvaient. Simultanément, ils adoptèrent une position d'« équidistance» par rapport aux deux « super-puissances », sous le couvert d'une rhé. thorique «super-révolutionnai re ». En même temps, ils regardèrent de tous côtés pour découvrir des ouvertures dans l'étau qui les encerclait. Ces ouvertures ne sont venues ni du Kremlin ni des satellites. Elles sont d'abord venues de la part des impérialistes européens et japonais, sur le front économique et commercial. Puis elles sont venues de Washington, par des mouvements prudents de désengagement militaire. Pékin a tout de suite répondu avec enthousiasme, prêt à sacrifier la Révolution vietnamienne en échange de ces ouvertures. L'analogie avec le comportement de Staline et de Khrouchtchev dans des circonstances similaires est trop frappante pour ne pas conclure qu'il ne s'agit pas là d'une quelconque déviation particulière de la part des bureaucrates chinois, mais de caractéristiques générales de la caste bureaucratique en tant que telle.

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Après-coup, nous savons aujourd'hui que nous aurions dû comprendre, du moins à partir du milieu des années soixante, que cette transposition des conflits inter-bureaucratiques au niveau de conflits entre Etats et l'emploi de tous les instruments classiques de diplomatie de grandes puissances dans ce cadre, impliquaient un danger de guerre potentiel. Mais la transformation de cette menace potentielle de guerre en guerres effectives marque en fait une nouvelle étape dans la dégénérescence de la bureaucratie.

Après coup également, nous savons aujourd'hui que l'invasion militaire de la Hongrie en 1956 et de la Tchécoslovaquie en 1968 peuvent être considérées comme des bancs d'essai de cette tendance, bien qu'elles ne se soient pas transformées en guerres effectives, dans le sens réel du terme, comme la guerre entre le Vietnam et le Cambodge et celle entre la Chine et le Vietnam. Et alors même que nous comprenons beaucoup mieux aujourd'hui ces dangers de guerre, nous devons insister sur le fait que, du moins dans l'état actuel des rapports de forces à l'échelle mondiale, 1l ne peut s'agir que de guerres limitées (ce qui ne signifie pas qu'elles ne puissent pas donner lieu à des guerres de guérilla prolongées) comparées aux guerres provoquées par de véritables conflits d'intérêts économiques à long terme, tels des conflits inter-impérialistes, des guerres de terme, tels des conflits interimpérialistes, des guerres de conquête coloniales, des guerres de libération nationale, ou des guerres entre des systèmes sociaux différents (des guerres entre l'impérialisme et des Etats

Il n'y a aucune raison sociale fondamentale pour laquelle la direction chinoise serait « alliée à l'impérialisme américain contre l'Union soviétique». Ses besoins de modernisation pourraient être satisfaits par l'URSS autant que par l'impérialisme, du moins partiellement. En jouant l'un contre l'autre - comme elle a déjà joué l'une contre l'autre diverses puissances impérialistes - la bureaucratie chinoise minimiserait les coûts et augmenterait les gains de ses emprunts internationaux. Il ne faut pas non plus oublier que moderiser son économie grâce à la coopération avec l'impéfinancières croissantes à l'Etat ouvrier chinois, qui, d'un certain palier, s'arreter, sinon planifiée en tant que telle se désagrégerait. Cela a été bien démontré par l'exemple de l'Europe orientale et surtout celui de la Yougoslavie. Lorsque ce palier sera atteint, une réelle pression matérielle s'exercera sur la bureaucratie en faveur d'un «partage des charges» entre Washington. C'est ce qui est arrivé en Yougoslavie. C'est ce qui est arrivé en Pologne et en Hongrie. C'est ce qui arrivera aussi à Pékin... si le Kremlin veut que cela arrive.

Cette analyse débouche sur une conclusion politique capitale. La IVe Internationale est contre des guerres entre Etats ouvriers bureaucratisés. Elle les considère comme entièrement réactionnaires et irresponsables; elles ne peuvent qu'aider l'impérialisme et que nuire à la cause de la révolution mondiale. Elles sont contraires aux intérêts de la classe ouvrière internationale, contraires à la cause de la libération des peuples coloniaux et semi-coloniaux opprimés.

Nous sommes contre l'invasion du Cambodge par l'armée régulière vietnamienne. Nous sommes contre l'invasion du Vietnam par la Chine. Nous commes contre toute attaque du territoire de la République populaire de Chine par l'armée de l'URSS ou de ses satellites. Nous disons : luttez ensemble contre l'impérialisme et le capitalisme, non contre les ouvriers et les paysans d'autres Etats ouvriers! Et nous ajoutons : lorsque les ouvriers et les paysans pauvres de ces pays disposeront du pouvoir politique réel pour décider des questions de paix et de guerre, de telles guerres ne se reproduiront plus jamais !

La défense de la révolution vietnamienne est certainement une des tâches-clé de la IVe Internationale. Mais la question est de savoir comment et par quel moyens. Nous sommes convaincus que l'invasion du Cambodge n'a pas aidé, mais plutôt sapé cette défense.

Il n'y a aucun «humanitarisne libéral» et pas un atome de pacifisme petit-bourgeois" la base de cette position de principe que nous adoptons (nous tenons cependant à répéter une fois de plus que nous considérons comme moralement écœurant et contraire aux besoins élémentaires d'élever le niveau de conscience de la classe ouvrière le fait d'identifier la préoccupation légitime pour la défense de la vie d'ouvriers et de paysans du Cambodge, du Vietnam, de la Chine et de TURSS, le refus de voir ces vies sacrifiées pour la cause de inter-bureaucratiques sordides, avec de l'«humanitarisme libéral»). Nous ne sommes opposés ni aux insurrections armées de masse, ni aux guerres de libération nationales, ni à l'aide fraternelle - y compris l'aide armée - que les révolutions victorieuses peuvent accorder aux travailleurs et paysans insurgés d'autres pays. Notre opposition aux guerres entre Etats ouvriers bureaucratisés est fondée sur une compréhension correcte de la nature des castes bureaucratiques ossifiées qui déclenchent ces guerres, et de leurs rapports avec la révolution mondiale et le prolétariat mondial.

Nous rejetons complètement l'idée qu'une quelconque fraction de la bureaucratie puisse avoir d'une manière quelconque historique» de «centraliser » les intérêts d'un soi-disant « camp socialiste», c'est-à-dire des Etats ouvriers bureaucratisés dans leur ensemble, dans la confrontation avec les forces impérialistes et capitalistes, soit régionalement, soit globalement. Tout le bilan historique sur lequel notre analyse de la bureaucratie est fondée démontre justement le contraire. Chacune de ces fractions de la bureaucratie - le Kremlin autant que Pékin, et hélas, aussi systématiquement les intérêts généraux du prolétariat mondial et des peuples opprimés, les intérêts géné-

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raux de la révolution mondiale à ses propres intérêts particularistes étroits et conservateurs, ceux de défendre son propre pouvoir et ses propres privilèges, sans tenir compte des conséquences ailleurs.

En fait, aujourd'hui même, la bureaucratie soviétique autant que la bureaucratie chinoise, la direction vietnamienne autant que la clique de Pol Pot, conduisent le conflit idéologiquement au niveau le plus bas. Elles attisent systématiquement la haine chauvine, sinon raciste, contre les « Mongols » (les « jaunes »), les « viets», les « hans», etc. Ce chauvinisme méprisable s'allie à une célébration scandaleuse des «dizaines de milliers d'agresseurs hans (ou viets) exterminés» dans la guerre, sans égard pour le fait que des ouvriers sont en train de tirer sur des ouvriers, que des paysans sont en train de tirer sur des paysans, et que personne n'est en train de tirer sur des impérialistes, des capitalistes ou des propriétaires fonciers. Voir seulement dans cela des agissements politiques «normaux», ou des manœuvres diaboliques de l'impérialisme, c'est couvrir des crimes du stalinisme. Ce poison petit-bourgeois chauvin ne constitue que l'ultime fruit amer du «socialisme dans un seul pays».

Nous rejetons de même complètement toute approche purement conjoncturelle de la question, qui consisterait à souligner que « dans une situation donnée», une fraction donnée de la bureaucratie serait «objectivement» plus (ou moins) contrerévolutionnaire qu'une autre. De telles considérations impressionnistes ne sont pas seulement condamnées à être dépassées d'un jour à l'autre par les événements (qu'on se rappelle des théoriciens qui ont tiré toutes sortes de considérations générales de l'alliance temporaire entre Staline et Hitler !). Elles pêchent surtout en subordonnant les similitudes structurelles de tous les Etats ouvriers à des considérations basées sur des facteurs purement conjoncturels. Même aujourd'hui, tout coup sérieux porté à la République populaire de Chine serait un coup contre un Etat ouvrier, c'est-à-dire un coup en faveur de la restauration du capitalisme en Chine, et non un coup contre « un allié de l'impérialisme américain». La même remarque s'applique d'ailleurs à tout coup sérieux porté contre n'importe quel Etat ouvrier, sans exception aucune.

Il n'est pas très malin de réarranger l'analyse de la situation mondiale autour de la thèse bizarre selon laquelle le but principal de Washington serait de «refouler la Révolution indochinoise» à partir du Cambodge. N'est-il pas évident que les buts stratégiques qui conserver le contrôle sur le pétrole du Moyen-Orient, à empêcher la révolution socialiste en Europe, à garder la main sur l'Amérique latine, sont infiniment plus importants pour l'impérialisme américain ? Mais pour pouvoir atteindre ces buts décisifs, Washington a besoin d'une collaboration étroite avec le Kremlin bien plus qu'avec Pékin - qui ne peut rien apporter de concret dans ces zones-là. Pourquoi l'impérialisme américain agirait-il délibérément contre ses propres intérêts vitaux en s'alliant avec Pékin contre Moscou, dans le seul but de reconquérir le marché cambod-

Quant au Kremlin, sa machine de propagande tient le langage suivant : sales hégémonistes chinois, vous sapez la détente, vous essayez de collaborer avec Washington, afin de nous empêcher de mieux collaborer avec Washington! Et vous, gouvernants occidentaux, si envoyez des armes aux Chinois, vous êtes bêtes, car à la longue, seront employées vous sur ce demier point, voyez les Izvestia du 12 décembre 1978). Tout cela est éloigné d'une situation mondiale prétendûment dominée par les efforts acharnés de l'impérialisme de passer à l'ofcontre la Révolution vietnamienne à l'aide des Chi-

En fait, la plupart des observateurs bourgeois insistent sur le fait que Washington accorde la priorité dans sa politique étrangère à la conclusion de l'accord SALT II avec Moscou, au-delà de tout avantage qu'il pourrait obtenir des conflits inter-bureaucratiques Sud-Est asiatique et de ses liens plus étroits avec Pékin. Les gouvernements bourgeois des pays de l'ASEAN, tout en se montrant satisfaits de ce que la dynamique de la Révolution indochinoise soit affaiblie par ces conflits, se montrent inquiets de la concentration de forces militaires chinoises que de celle du Vietnam (Le Figaro, 12 mars 1979). Ils ont d'excellentes raisons pour réagir de la sorte - ainsi qu'un robuste instinct de classe. Car indépendemment des alignements et réalignements conjoncturels, c'est la nature de classe des différents Etats(et des différentes armées), qui s'avérera à la longue décisive pour déterminer leur rôle dans la politique mondiale.

Plus généralement, l'impérialisme peut essayer et essayera d'utiliser les conflits inter-bureaucratiques afin de gagner des avantages et de modifier les rapports de forces. Mais son but historique fondamental est non pas celui d'affaiblir Moscou par rapport à Pékin ou vice et versa, mais de restaurer le capitalisme dans les deux pays et d'arrêter l'extension internationale de la révolution. Sur la route qui mène à la réalisation de ce but, la nature de classe de tous les Etats ouvriers reste un obstacle formidable, indépendemment des manœuvres opportunistes conjoncturelles et traîtres que telle ou telle fraction de ces bureaucraties peut effectuer.

accordé une énorme importance au fait que Washington connaissait d'avance le projet d'attaque de Pékin contre le Vietnam, et que l'impérialisme américain y a soit donné le feu vert, soit a manqué d'allumer le feu rouge, soit a réagi avec tant de division et de confusion que Teng a pu se sentir encouragé pour agir comme prévu (Die Zeit 2 mars 1979). Mais toutes ces spéculations concernant ce qui se serait réellement passé lors de la visite de Teng à Washington et celle de Blumenthal à Pékin passent largement à côté de la question. Tout le monde dans la IVe Internationale

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est d'accord sur deux points. Après sa lourde défaite de 1975, l'impérialisme US est, pour le moment, incapable l'intervenir directement en Indochine. Il ne peut donc réentrer sur cette scène qu'en exploitant les conflits entre les dirigeants soviétiques, chinois, vietnamiens et cambodgiens.

Les divergences portent sur deux points différents. L'intervention vietnamienne au Cambodge et l'intervention chinoise au Vietnam ont-elles facilité ces manœuvres impérialistes ? Nous répondons oui dans chaque cas, et nous apportons des preuves solides pour appuyer ce jugement. Les camarades Feldman, Clark et Waters répondent « non » dans le premier cas et «oui» dans le deuxième. Mais les preuves à l'appui de ce jugement sont minces, pour ne pas dire plus.

Et la divergence la plus importante porte sur la question suivante: dans le conflit entre la Chine et le Vietnam, Pékin agit-il fondamentalement au service de l'impérialisme - et en généralisant ce raisonnement, Staline agissait-il fondamentalement pour l'impérialisme en attaquant Tito, Tito agissait-il fondamentalement pour l'impérialisme en ripostant contre Staline; le même verdict peut-il être formulé concernant le conflit Mao-Khrouchtchev ? Ou bien s'agissait-il dans tous ces cas de véritables conflits interbureaucratiques, que les impéexploiter et qu'ils ont exploités, mais qu'ils n'ont ni déclenchés ni contrô-

Nous rejetons en particulier toute politique du «moindre mal» appliquée aux diverses fractions et sous-groupes de la bureaucratie. Dans la mesure où nous avons à faire avec des pays où le pouvoir de la bureaucratie a été ossifié et institutionnalisé - c'est-à-dire où il ne peut être éliminé qu'au travers d'une révolution politique - aucune des castes bureaucratiques d'autres Etats ouvriers ne peut être considérée comme favorisant sérieusement, ou même initiant, pareille révolution politique.

C'est politiquement et socialement inconcevable. leur prêter l'intention de se suicider. La tâche de renverser chacune de ces bureaucraties privilégiées ne peut être résolue que par les ouvriers et les paysans de chacun de ces pays, et non par d'une armée régulière étrangère.

Finalement, la question notre opposition quelconque Etat ouvrier bureaucratisé par autre Etat ouvrier bureaucratisé est liée étroitement à une compréhension correcte du développement inégal, historique, économique, social, politique et culturel, entre les différents Etats ouvriers, c'est-à-dire de la dynamique dangereuse de question nationale après la victoire de la révolution socialiste, une dynamique que les marxistes révolutionnaires n'ont encore pleinement comprise et maîtrisée.

Comment peut-on oublier que la Chine fut pour plus d'un siècle une semi-colonie pillée. démembrée et humiliée par les puissances impérialistes, parmi lesquelles Lénine inclut citement la Russie tsariste ? Comment peut-on oublier que l'Empire chinois chercha pendant près de deux millénaires à se soumettre le pays plus petit qu'est le Vietnam? Comment peut-on oublier que des empereurs vietnamiens tour ont menacé l'indépendance du Cambodge, pays encore plus petit, par des agressions répétées et des guerres de conquête qui s'échelonnent sur plusieurs siècles ?

Croire qu'il suffit de réaliser une révolution socialiste - en maintenant d'énormes difféde niveau de développement économique entre différents Etats ouvriers - pour que tous les sentiments de méfiance, toutes les conséquences idéologiques et politiques de situations vieilles de nombreux siècles, disparaissent comme par enchantement de la conscience de millions de gens peu versés dans le marxisme, c'est croire racle. Mieux vaut être un peu plus réaliste, prendre cette méconsidération, s'abstenir soigneusement toute action qui pourrait stimuler de nouvelles vagues nationalisme de longue durée. Ne fût-ce que pour cette raison-là, nous avons à condamner catégoriquement les deux inva-

Notons que Lénine, quant à lui, a parfaitement aspect du problème. Déjà dans son rapport sur le programme du Parti en 1918, il a affirmé catégoriquement ouvrier devrait accorder l'autodétermination (c'est-à-dire l'indépendance) même à des nations restant sous domination bourgeoise, si, en agissant différemment, la différenciation de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat devait se ralentir ou même s'obscurcir par un renouveau du développement du nationalisme dans ces pays. Et dans le codicille final Testament, il a affirmé :

«Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d'une grande nation, nous nous presque toujours coupables, à travers l'Histoire, de violences et même plus, d'une infinité d'injustices et d'exactions sans nous en apercevoir...

l'internationalisme du côté de la nation qui opprime ou de la nation dite 'grande'... doit-il consister non seulement dans le respect de l'égalité formelle des nations, mais encore dans une inégalité compensant de la part de la nation qui de la grande nation, l'inégalité qui se manifeste pratiquement dans la vie. Quiconque n'a pas compris cela, n'a pas vraiment compris ce qu'est réellement prolétarienne à l'égard de la question nationale..

"... Le préjudice que peut causer à notre Etat l'absence d'appareils nationaux unifiés avec l'appareil russe est infiniincommensurablement moindre que celui qui en résulte pour nous, pour toute l'Internationale, pour des centaines de millions d'hommes des peuples d'Asie qui apparaîtront après nous sur l'avant-scène de l'Histoire dans un proche avenir. Ce serait un opportunisme impardonnable si, à la veille de cette

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intervention de l'Orient et au début de son réveil, nous reniions à ses yeux notre autorité par la moindre brutalité ou injustice à l'égard de nos propres allogènes. éveillant ainsi la suspicion sur la sincérité de nos principes, sur notre justification de principe de la lutte contre l'impérialisme.» (V.I. Lénine, «Oeuvres», tome 36, pp. 620, 621, 624).

Dans l'intérêt de la révolution mondiale et de la défense de la solidarité intemationale des travailleurs, nous devrions prendre ces avertissements de Lénine fort au sérieux !

La seule exception que nous pourrions envisager à la règle générale mentionnée plus haut serait celle d'une situation de guerre généralisée de l'impérialisme contre les Etats ouvriers dans leur ensemble. Si dans une telle situation - dans laquelle la survie des Etats ouvriers en tant que tels serait immédiatement menacée - une ou deux bureaucraties au pouvoir combattaient militairement aux côtés de l'impérialisme, des opérations des armées des autres Etats ouvriers sur leur territoire seraient justifiées. Mais même dans ce cas, toutes les considérations mentionnées plus haut resteraient valables, surtout le fait que nous appellerions les travailleurs de ces quelques pays à renverser immédiatement les bureaucrates traîtres qui les gouvernent. La victoire d'une telle révolution politique serait mille fois préférable à une invasion et occupation étrangères - même dans le cadre d'une guerre mondiale -, qui entraîneraient de nombreuses conséquences négatives pour la survie de l'Etat ouvrier en tant que tel.

Ajoutons que nous croyons toujours qu'une telle éventualité est extrêmement improbable - et que nous nous refusons totalement à identifier une situation de guerre mondiale ayant effectivement éclaté avec une situation de «manœuvres préventives en vue d'un danger de guerre potentiel», qui pourrait perdurer pendant un demi-siècle ou plus.

L'impérialisme tire beaucoup de profit politique et idéologique des crimes récents de la bureaucratie dans le Sud-Est asiatique. Il en tirera encore plus de profit demain. Il cherchera à semer une confusion énorme parmi la classe ouvrière interationale et les combattants pour la libération des colonies et des semi-colonies, en faisant crier à tue-tête par tous ses porte-paroles - certains bien payés, certains plutôt éloquents, certains pénétrant profondément au sein du mouvement ouvrier organisé - que les événements viennent de prouver que Marx avait tort quand il pensait que les guerres disparaîtraient avec le capitalisme; que Lénine avait tort quand il faisait inscrire au préambule de la première Constitution de l'URSS que la guerre est structurellement liée au capitalisme de même que la paix l'est au socialisme; que le marxisme et l'internationalisme prolétarien ont fait faillite, lorsque des armées marchant toutes les deux sous le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau se tirent dessus les unes sur les autres.

Nous devons prendre cette offensive impérialiste à bras le corps. Nous devons en dénoncer l'hypocrisie et le caractère de diversion. Comparées aux victimes des guerres impérialistes passées et présentes, les victimes tragiques de ce qui est en train d'arriver dans le Sud-Est asiatique sont et resteront une infime minorité. Comparés aux menaces que l'existence de l'impérialisme fait peser sur la survie même du genre humain, les conflits militaires inter-bureaucratiques restent un aspect secondaire du devenir du monde.

Mais nous ne pouvons pas répondre efficacement à la machine de propagande impérialiste en niant ou en minimisant l'étendue des crimes de la bureaucratie. L'analogie avec l'offensive bourgeoise dite « sur les droits de l'homme» est fort pertinente à ce propos. Toute ligne de défense contre cette offensive du type de « l'impérialisme est le seul responsable des atteintes aux droits de l'homme» ou « vous exagérez l'étendue des camps de travail forcé sous Staline» était condamnée à s'effondrer tôt ou tard. Elle a en fait aidé la machine de propagande impérialiste. Nous devons regarder la réalité en face. Nous devons devons dire ce qui est. Seule la vérité est révolutionnaire. La vérité, c'est que les guerres déclenchées par les différentes bureaucraties en Asie sont des crimes immondes de la bureaucratie contre la classe ouvrière et contre le socialisme, qui doivent être condamnées comme tels. Il faut expliquer qu'elles n'ont rien à voir avec le socialisme, pas plus que les procès de Moscou n'avaient quelque chose à voir avec lui. Ni Marx, ni Lénine, ni les révolutions socialistes n'ont provoqué ces guerres; elles sont le produit de bureaucraties privilégiées qui, en dernière analyse, résultent de la survie du capitalisme à l'échelle internationale, et qui doivent être renversées par des révolutions politiques. Ce que les événements sanglants dans le Sud-Est asiatique justifient, ce n'est pas la rhétorhique hypocrite de l'impérialisme couvert de sang. C'est le bien-fondé historique de la lutte principielle que l'Opposition de gauche, que la IVe Internationale, ont menée contre la bureaucratie, contre le « socialisme dans un seul pays», contre le nationalisme petit-bourgeois, pour l'interationalisme prolétarien, pour le révolution mondiale et la démocratie socialiste, pour le front unique de tous les Etats ouvriers contre l'impérialisme. Voilà la seule ligne de défense principielle face à l'offensive idéologique de l'impérialisme. A la longue, elle s'avèrera la seule ligne de défense efficace.

15 mars 1979 NOTES (1) Les camarades Feldman et Clark citent longuement le livre de Ponchaud. Mais ils ne mentionnent pas sa conclusion sur cette question-clé : «Le 17 avril 1974, une société a disparu et une autre naissait sous l'impulsion d'une révolution qui est, sans aucun doute, la plus radicale qui ait jamais été réalisée en aussi peu de temps.» (op. cit. p. 229). (2) Cette aide a continué dans le cas du Japon («Le Monde», du 3 mars 1979), dont le gouvernement a également condamné publiquement l'invasion du Vietnam par la Chine comme «injustifiée».

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