Dans le cadre de la discussion ouverte dans nos colonnes à propos du conflit sino-indochinois, nous publions ci-dessous un texte que nous ont fait parvenir nos camarades japonais de la JRCL (Ligue communiste révolutionnaire du Japon, section de la IVe Internationale). Il s'agit du bref résumé d'un long document adopté lors d'une réunion de leur Comité central en janvier, c'est-à-dire avant
Débat/Indochine
Le Vietnam et la question cambodgienne
Déclaration de la JRCL, section japonaise de la IVe Internationale l'intervention chinoise au Vietnam.
1. Nous soutenons le gouvernement vietnamien et le nouveau gouverement cambodgien du Front de salut national face au gouvernement chinois et à l'ancien régime de
Pol Pot.
2. Du fait de difficultés intéinternationales, tout particulièrement avec le gouvernement chinois, le gouvernement et l'Etat vietnamiens fuune intervention militaire afin de libérer le peuple cambodgien du régime de Pol Pot et de mettre fin à la confrontation militaire directe entre le Vietnam et le Cambodge. L'armée vietnamienne est la principale force ment du régime de Pol Pot. Elle remporta une victoire éclair grâce à l'effondrement rapide de
Pol Pot et de son armée, qui n'ont jamais eu le soutien tif des masses cambodgiennes.
Le niveau de conscience des cambodgiennes était masses alors très inégal et généralement faible du fait du processus d'ensemble enclenché par les Accords de Genève de 1954 qui provoqua la dissolution des forces armées de libération, et la constitution du régime bonapartiste colonial de Sihanouk, puis son remplacement par le régime fantoche et contre-révolutionnaire de Lon Nol, puis enfin, après son renversement, l'émergence de la dictature militaire de Pol Pot, comme première direction politique de l'Etat ouvrier cambodgien.
Dans ces conditions, il aurait été préférable, cela avait été possible, que le Front de salut national combatte pendant une assez longue période, avec le soutien du gouvernement et de l'Etat vietnamien, et élargisse ainsi progressivement les zones libérées. Cela aurait en effet permis une réorganisation politique des masses cambodgiennes qui auraient pu alors libérer elles-mêmes le Cambodge du régime de Pol Pot.
Cependant, le gouvernement et l'Etat ouvrier vietnamien ont été contraints de faire le choix politique du renversement du régime de Pol Pot, en utilisant avant tout la puissance de l'armée vietnamienne, et en soutenant le Front de salut national du Cambodge, vu les conditions concrètes qui prévalaient, telles que l'accentuation de la politique réactionnaire hostile de la bureaucratie chinoise à l'égard de l'Etat ouvrier vietnamien, et les graves difficultés politiques comme militaires auxquelles devait faire face le combat des masses cambodgiennes sous le régime de Pol Pot. 3. Le renversement du régime de Pol Pot dans l'Etat ouvrier cambodgien et la constitution du gouverement du Front de salut, avec le soutien de l'Etat ouvrier vietnamien, représentent une tentative de rétablissement de la solidarité et de l'unité de combat des trois peuples du Vietnam, du Laos et du Cambodge, forgées dans la lutte commune contre l'impérialisme américain.
Il s'agit d'une unité de combat pour défendre et renforcer les trois pays indochinois, comme forteresse de la révolution internationale en Asie du Sud-Est. Cela représente donc, au niveau international, un coup pour l'impérialisme américain et japonais et pour les régimes néo-colonialistes et anticommunistes de l'ASEAN. C'est un coup porté à la politique étrangère réactionnaire de la bureaucratie chinoise qui mène une politique ouverte de bloc avec les forces impérialistes et néocoloniales contre l'Union soviétique et s'oppose à l'Etat ouvrier vietnamien. 4. A lheure actuelle, vu les conditions historiques de la lutte de libération et les
socio-économiques des trois pays d'Indochine, un soutien réciproque et fraternel entre ces trois pays, autour du Vietnam, est indispensable politiquement et économiquement pour progresser dans la construction de chacun des Etats ouvriers. Le Vietnam occupe la place centrale politiquement et socio-économiquement dans les relations entre ces trois Etats ouvriers, par plus riche de la lutte de classe internationale et nationale et par son économie relativement
Le régime de Pol Pot, caractérisé par son extrênationalisme, n'ayant pour seule base politique que son armée, a refusé toute coordination avec l'Etat ouvrier vietnamien, adopté une politique sociale et économique extrême de «communauté villageoise», et établi un régime politique autocratique extrêmement répressif, interdisant aux masses ouvrières et paysannes toute possibilité d'action démocrati-
Les intérêts de classe de l'Etat ouvrier cambodgien et les intérêts politiques et économiques des masses paysannes cambodgiennes rendent indispensable la mise en œuvre d'une coordination entre le Cambodge et le Vietnam. Cette coordination limitée aux trois Etats ouvriers indochinois ne pourra pas éliminer toutes les contradictions, et il existe dans ces différents pays divers problèmes bureaucratiques et nationaux. Cependant, l'établissement et les progrès de la coordination entre ces trois pays indochinois sont fondamentaux pour l'intérêt de classe des trois Etats ouvriers et leur renforcement en tant que forteresse de la révolution en Asie du Sud-Est. De ce point de vue, nous défendons et nous soutenons la constitution et les progrès de la coordination entre les trois Etats indochinois. 5. La principale perspective offrant une solution aux difficultés actuelles de ces trois Etats ouvriers est dans l'unité et la liaison internationale avec la montée de la révolution dans le pays voisin, la Thailande. Cependant, les conditions actuelles subjectives et objectives sont extrêmement difficiles pour les trois Etats ouvriers in- Cela posera de façon aiguë le dochinois.
La constitution d'une alliance entre les trois pays indochinois autour du Vietnam augmente l'hostilité de classe de l'impérialisme et des régimes néo-colonialistes munistes de l'ASEAN contre le Vietnam, le Laos et le Cambodde ces trois pays s'accentue aux niveaux politique et économique; l'hostilité réactionnaire de la bureaucratie chinoise contre ces trois pays augmente avec ses conséquences politiques et militaires. Dans de telles conditions, régionales et internationales, et vu l'ampleur des difficultés qui existent au Vietnam même, ainsi qu'au Laos et au Cambodge, le gouvernement vietnamien ne peut que se trouver de plus en plus dépendant de l'Etat ouvrier soviétique et de
Kremlin.
Bien sûr, cela ne signifie pas automatiquement que la directravailleurs miens perdra son indépendance nationale et qu'elle sera entiè rement subordonnée à la bureaucratie du Kremlin.
Les relations entre les trois Etats ouvriers indochinois en sont maintenant au point de départ, pour la constitution d'une nouvelle coordination, libre des pressions nationalistes et militaires du régime de Pol Pot. Simultanément, la situation intemationale et nationale exposée ci-dessus et les difficultés qui en découlent pour l'Etat ouvrier vietnamien représentent de sions sur celui-ci et sur les masses ouvrières paysannes des trois pays. Ce sont des facbureaucratisation des trois Etats ouvriers indochinois, rendant encore plus difficile la mise en pratique d'une solution réellement démocratique différents problèmes nationaux dans ces trois pays.
Dans les conditions internationales mentionnées ci-dessus, l'orientation internationale que la direction vietnamienne devra adopter, dans la période actuelle, en Asie du Sud-Est, ne pourra être que défensive, ne pourra être qu'une orientation pour le maintien du statu quo et de la coexistence pacifique.
problème des relations internationales entre l'Etat ouvrier vietnamien et le régime néo-colonialiste et anticommuniste thailandais. Dans la situation présente, la bureaucratie chinoise réprimera le mouvement révolutionnaire thaï et apportera son soutien au régime Kriangsak.
Compte tenu de son histoire et des conditions présentes d'existence de l'Etat ouvrier vietnamien, la direction vietnamienne ne peut pas aujourd'hui adopter une orientation de soutien actif à la montée révolutionnaire en Thailande dans les autres pays de l'Asie du Sud-Est. Dans de tels contextes, en effet, les choix d'orientation de la direction vietnamienne se sont toujours faits à partir de la situation concrète. C'est-à-dire que le pôle d'une montée des luttes révolutionnaires en Thailande, par ses conséquences internationales et les pressions qu'elle exercerait sur la direction vietnamienne, est décisif pour déterminer l'évolution de cette orientation. Il en va de même pour une montée de la lutte de classes internationale, au Japon et dans les autres pays de l'Asie du Sud-Est, de l'aggravation de la crise du système impérialiste et colonialiste en Asie du Sud-Est.
Si de tels développements se produisaient, l'Etat ouvrier vietnamien et les autres pourraient se joindre au mouvement révolutionnaire international Asie du Sud-Est et en Asie de l'Est dans son ensemble. En leur absence, et dans l'immédiat, la transition au socialisme et la coordination des trois Etats ouvriers devra prendre un chemin tortueux et difficile, qui récla mera de nombreux sacrifices; c'est dire l'importance de notre lutte dans toute l'Asie orientale : cette lutte est décisive pour la défense des trois Etats ouvriers. La tâche du prolétariat japonais - à savoir le renversement de l'impérialisme japonais - représente une contribution importante à la construction socialiste de l'Etat ouvrier chinois et des trois Etats ouvriers indochinois.
8-16 janvier 1979