Le nouvel internationalisme, contre les guerres impériales et la privatisation du monde de Daniel Bensaïd* V brit un pett livre incisir e brillant, qui plonge au cœur de la mêlée et offre des armes pour comprendre et pour agir sur la réalité présente.
Notre époque, constate Bensaïd, est celle de la mondialisation capitaliste libérale -qui est aussi, nous le voyons tous les jours, une expansion impériale brutalement agressive et conquérante ; face à cette offensive, deux réactions sont possibles : la voie régressive des nationalismes rances, des paniques identitaires et des réflexes xénophobes, ou celle, tendue vers l'invention d'un autre monde possible, d'un nouvel internationalisme.
Si la rencontre « intergalactique » des zapatistes en 1996 a été le prologue du mouvement altermondialiste - et non « antimondialiste », comme le prétend une presse réactionnaire — ce sont les manifestations de Seattle en 1999 (suivies, comme l'on sait par celles de Prague, Gênes, Porto Alegre, Barcelone, Florence, parmi d'autres) qui constituent son baptême historique. Ce nouvel internationalisme se distingue de celui du passé — la lle et Ille Internationales — par son caractère d'emblée planétaire et par la diversité des acteurs mobilisés, irréductibles au seul mouvement ouvrier traditionnel. Par ailleurs, son anti-impérialisme militant ne souffre pas de la logique binaire des « camps » qui a tant pesé sur celui des années 1960 et 1970. Le « mouvement des mouvements », ou réseau des réseaux, a permis la convergence directe de mouvements sociaux du Nord et du Sud, autour de luttes et revendications communes, comme le montrent l'Internationale agraire « Via Campesina », le réseau Attac,
Cette Internationale sans nom des résistances — qui ressemble dans une certaine mesure à la Première Internationale par la diversité de ses composantes — est soudée par des thèmes communs, dans le combat contre le despotisme du marché : « Le monde n'est pas une marchandise », « Un autre monde est possible » - un monde fondé sur des valeurs comme le bien commun et le service public. Entre l'esprit de Porto Alegre, fondé sur la logique de la satisfaction de besoins collectivement déterminés, et celui de Davos, qui représente le despotisme impersonnel du capital global, l'affronte-
Cependant, le mouvement des mouvements est loin d'être homogène : au moins trois courants distincts
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le traversent, avec des propositions stratégiques assez diverses : 1) ceux qui aspirent à corriger les excès de la dérégulation néolibérale ; 2) ceux qui sont attirés par la tentation nationaliste et 3) les partisans d'un internationalisme radical, qui cherchent à inventer des formes inédites sans abolir la mémoire des luttes du passé. La deuxième partie du livre est une analyse du « nouveau désordre impérial ». Réfutant les thèses de Negri et Hardt, marquées par « le bon vieux déterminisme économique et les bonnes vieilles illusions du progrès », Bensaid montre que la globalisation en cours ne résulte pas d'une mutation technologique mais d'une contre-réforme libérale, qui ne représente en rien « un progrès par rapport à l'impérialisme traditionnel ». Face à la surenchère guerrière des USA - dont l'auteur démonte les enjeux pétroliers, économiques et géostratégiques — et au discours de la « guerre illimitée », il faut éviter les travers symétriques de l'américanisme et de l'anti-américanisme : du point de vue internationaliste, on distingue toujours entre « leur Amérique » (celle des Mac Carthy, Bush et Cheney) et « la nôtre », celle des martyrs de Chicago, des opposants à la guerre du Vietnam et des militants du Black Power. Distinction qu'oublient de faire les apologistes de l'Empire - les Finkielkraut, Taguieff, Bernard-Henri Lévy et autres Jean Clair — NE SAURAIT REMPLACER LA CRITIQUE DES ARMES. K. MARX 27, rue Taine 75012 Paris [email protected] Vente par correspondance Paris, province, étranger :
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Notes de lectures responsables d'une nouvelle démission des clercs. La palme d'or en revient sans conteste à Alain Minc, fondamentaliste du marché et inconditionnel du militarisme US, qui n'hésite pas à proclamer, la main sur le cœur : « Aurait-il fallu que les Américains ne bombardent pas
Deux ex cursus plus personnels complètent l'argumentation :
1. Les réponses internationalistes à la question juive : se réclamant de Spinoza (le juif non-juif qui a « trahi la synagogue et la tribu pour l'humanité »), l'auteur s'explique sur ses prises de position sur le conflit du Proche-Orient, notamment l'appel des intellectuels juifs contre Sharon et en solidarité avec le peuple palestinien. Une solidarité qui ne l'empêche pas, soit dit entre parenthèses, de condamner, moralement et politiquement, les actions kamikazes contre les civils israéliens.
2. Un hommage à David Rousset, homme de raison profane et de révolte logique, qui affirmait, à la fin de sa vie : « La révolte est au commencement de tout. Le refus d'accepter. Toute l'intelligence du monde ne saurait remplacer cette indignation qui mobilise l'être entier ».
Je ne peux cependant pas suivre Daniel Bensaïd quand il rejette ce qu'il appelle « le cosmopolitisme libéral des droits de l'homme », ou «le droit cosmopolitique remplaçant les États », et encore moins quand il met en question (en citant Carl Schmitt) « la notion d'Humanité majuscule ». Je ne saurais dire si le désaccord est seulement terminologique ou plus substantiel... La conclusion de cet opuscule précieux et lucide est un hommage à Jacques Derrida, qui avait, dès le début des années 1990, annoncé - prophétiquement, peut-on dire — l'avènement d'une « nouvelle Internationale » contre la loi du marché et ses monstrueuses inégalités. Mais, ajoute Bensaid, cet internationalisme nouveau (dont la journée mondiale contre la guerre du 15 février 2003 est un exemple frappant) n'existerait pas sans l'héritage de l'ancien, sans la remémoration des expériences passées... Michael Löwy * Daniel Bensaïd, Le nouvel internationalisme - contre les guerres impériales et la privatisation du monde, Textuel, Paris 2003, 184 pages.