Forces politiques en présence e Venezuela est partagé aujourd'hui en deux
/ camps, les « chavistes » et les « escualidos » (flasques). Aucun des deux camps n'est homogène. Tentons une synthèse explicative de qui est avec qui dans ce panorama politique particulièrement complexe. Le phénomène Chavez a réussi à faire imploser les délimitations politiques. Si T'immense majorité des forces politiques et sociales qui appuient Chavez se positionnent elles-mêmes dans le champ de la « gauche », ou de la « révolution », l'opposition regroupe avant tout des secteurs de « droite », mais aussi des divisions de la « gauche » voire issues de la « gauche révolutionnaire ».
les partisans de la solution putschiste et les partisans de la solution institutionnelle (référendum ou élection).
Les partis composant l'opposition sont les partis de l'ancien système : AD, COPEI.
La majorité de la direction MAS, après avoir soutenu Chavez est passée à l'opposition. Le MAS était l'évolution social-démocrate d'un secteur du PCV qui intègre le jeu institutionnel en 1970. Sa principale figure, Teodoro Petkoff, avait quitté le MAS en 1998 lors de la décision de soutenir Chavez. Il fut ministre dans le gouvernement de droite de Caldera (1993-1998), en charge du ministère de la planification. Il appliqua scrupuleusement les recettes du FMI. La minorité de la direction, a créé le parti PODEMOS qui est la branche réformiste du gouvernement Chavez.
Mais on trouve aussi des partis issus de l'extrême gauche comme le furent Bandera Roja ou Causa Radical, ou des groupes issus du « chavisme » de 1998.
Bandera Roja est un groupe issu du MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire créé en 1962 et qui fusionna avec le MAS dans les années 1980) qui refusa l'abandon de la lutte armée (Bandera Roja optera pour des positions pro-albanaises). Ce groupe, aujourd'hui implanté essentiellement dans les universités, avait soutenu et expliquant que le gouvernement Chavez est néolibéral, il participe à la Coordination démocratique où se trouvent les éléments les plus anticommunistes du Venezuela. Il est considéré par les partisans de Chavez comme le bras armé de la coordination démocratique ; on lui attribue de nombreux assassinats que l'opposition présente comme des actions armées du gouvernement.
La Causa Radical, née en 1971 à partir d'un groupe de militants communistes qui refusent l'évolution droitière tant du MAS que du PCV, fut longtemps le parti le plus intéressant du Venezuela. Marxiste hétérodoxe, c'est le parti le plus proche de Chavez au moment de l'insurrection civico-militaire du 4 février 1992. Pablo Medina, un de ses porte-parole, était au courant des plans militaires du MBR-200 de Chavez. Après l'échec de cette tentative, son candidat, Andres Velazquez, était à deux doigts de gagner l'élection présidentielle de 1993. Les fraudes l'en ont empêché. Chavez se refusa à appeler à voter pour Velasquez en 1993, lui préférant le mot d'ordre d'abstention afin de délégitimer le système politique vénézuélien. En 1997, Causa Radical se divise et voit la naissance du PPT qui soutient Chavez. Causa Radical est aujourd'hui membre de la coordination démocratique et revendique l'organisation d'une nouvelle assemblée constituante.
Le bras droit de Chavez lors de l'insurrection du 4 février 1992, Francisco Arias Cardenas, après avoir soutenu Chavez en 1998, est devenu le candidat de toute l'opposition en 1999 lors de la deuxième élection présidentielle dans le cadre de la nouvelle constitution. Alors que Chavez refusait la participation électorale en 1993 et ce jusqu'en 1998, Arias Cardenas s'est fait élire gouverneur d'un des États du Venezuela avec le soutien des partis du système en 1995. Il crée son parti, Union, en 1999.
Solidaridad est le parti des partisans de Luis Miquilena qui fut le mentor politique de Chavez jusqu'en 2001. Luis Miquilena fut emprisonné sous la dictature en raison de ses engagements communistes. Il renoue avec la politique lorsqu'il connaît Chavez dans les années 1990 et voit en lui un possible présidentiable. Entre les années 1960 me de fonds de pension dont ses entreprises deviendraient les principales bénéficiaires. Chavez rompt avec lui à la fin de l'année 2001, Luis Miquilena devient un des artisans du coup d'État.
Bandera Roja, le MAS, Causa Radical, Union et Solidaridad se proposent de constituer un bloc de centre gauche (ce qui révèle bien le changement de nature de Bandera Roja).
Parmi les participants à cette grande coordination hétéroclite, on trouve aussi les propriétaires de moyens de communication, de « grandes » figures du journalisme télévisuel et écrit, l'association Gente del Petroleo, composé essentiellement des anciens dirigeants de l'entreprise pétrolière..
D EUX ÉLÉMENTS permettent de com-
prendre les départs successifs du gouvernement Chavez. L'opportunisme est une caractéristique fondamentale de l'ancien système politique vénézuélien. La prolifération de partis ne se fait pas uniquement sur la base de conceptions politiques claires, mais en fonction de la nécessité pour un certain nombre de dirigeants de se doter d'une structure politique pour prétendre occuper des postes au sein de l'appareil d'État. Lorsqu'il devient évident, au cours de l'année 1998, que Chavez va remporter l'élection présidentielle, de nombreux groupes politiques se rallient à lui pour faire partie du bloc majoritaire. On appelle cela le phénomène du « porte-avions ». Lorsque les espérances de se voir attribuer un ministère ou un quota de pouvoir se voient déçues, les partis rejoignent l'opposition. Les alliances à géométrie variable illustrent cet opportunisme : au niveau régional, une alliance peut regrouper des partis qui s'affrontent au niveau national.
Deuxième facteur explicatif : la radicalisation du noyau dur du chavisme. En arrivant au pouvoir en 1998, Chavez n'est pas aussi radical qu'en 2001. Les décrets-lois de 2001 instituant la réforme agraire, la loi sur la pêche, sur les banques, etc. qui vont mettre le feu aux poudres, sont plus radicales que ce que de nombreux membres du « chavisme » de 1998 pouvaient accepter. C'est une des raisons du départ de Miquilena par exem-
ple, ou de la scission du MAS. Parallèlement à ces départs, d'autres forces politiques, peu définies idéologiquement, rejoignent le pôle chaviste, notamment dans la jeunesse. C'est une des leçons des nombreux échanges que nous avons pu avoir au Venezuela. La crainte du militarisme des origines est remplacé par le discours radical et incluant de Chavez.
1 ROIS PRINCIPAUX PARTIS SOUTIEN1 NENT CHAVEZ : Podemos. PPT et MVR.
Le MVR est de loin le parti le plus important en termes de forces militantes. C'est la création électorale de Hugo Chavez pour l'élection de 1998. II regroupe dans un premier temps tous les partisans de Chavez, qu'ils viennent du centre, de la gauche ou de la gauche radicale. Parmi ces derniers citons à titre d'exemple Tarek William Saab, Président de la commission des affaires étrangères et ancien membre du PRV, Juan Barreto, militant un temps dans la Ligue socialiste et une des figures de proue du chavisme militant, Luis Tascon, de formation libertaire et député d'une région frontalière de la Colombie, Iris Varela, longtemps membre du PCV. On parle au Venezuela du MVR comme d'un mouvement alluvionnaire : il regroupe tout ce que Chavez a récolté entre 1992 et 1998 comme soutiens. Du coup, on trouve aussi dans le MVR des politiciens issus de l'ancien système et qui se reconvertissent dans le « chavisme ». Son caractère hétéroclite s'est perpétué malgré les départs successifs qui ont accompagné la radicalisation politique du noyau dur du « chavisme ». Jusqu'à présent, le MVR ne s'est pas doté d'un appareil démocratique qui permettrait d'alimenter la direction gouvernementale. Son principal argument est d'être le parti de Chavez et la base y adhère surtout pour soutenir Chavez. En son sein, des décantations sont à prévoir lors du premier processus électoral interne qui doit se dérouler en juin. Ses dirigeants parlent d'un million d'adhé-
Le parti PODEMOS, issu du MAS (Movimiento al Socialismo), est la composante « raisonnable » du chavisme. Issu d'une tradition social-démocrate de type européen, Podemos est le groupe qui refuse la rupture avec Chavez. Son premier acte public a regroupé au bas mot 20 000 personnes affiliées à ce mouvement. Dans le bloc au pouvoir, il représente l'aile droite et défend les mesures de participation populaire mises en place par le gouvernement. Le nettoyage de l'administration, ou l'idée qu'il faut mettre de l'éthique dans la vie politique sont des bases de sa participation au bloc au pouvoir.
Le PPT est, à mon avis, le parti le plus intéressant dans l'alliance au pouvoir. C'est aussi le plus faible électoralement ! Ne disposant que d'un député et trois gouverneurs, le PPT a la direction de plusieurs ministères dont celui du travail, de l'éducation, de la culture. Le président de l'entreprise pétrolière est membre du PPT. De tradition marxiste, PPT est le produit de la division de Causa Radical. Des trois partis au pouvoir, c'est celui qui est le mieux structuré. Un congrès par an définit l'orientation politique et sa direction nationale avec une participation de la base militante importante. Lors de son 5° congrès, il s'est défini comme un parti de gauche, révolutionnaire et humaniste. Il se définit comme un mouvement de mouvements et intervient dans le syndicalisme (Autonomia Sindical, membre de l'UNT), dans la jeunesse (Jovenes por la Patria), dans le mouvement féministe (Movimiento Manuelita Saenz), dans les quartiers. Ses analyses sur la mondialisation capitaliste rejoignent de nombreuses inquiétudes de la IV° Internationale. S'il ne se définit pas comme communiste, nombre de ses dirigeants le font à titre personnel. Lors du coup d'État du mois d'avril 2002, il fut une force politique décisive dans la reconquête du pouvoir comme l'attestent
Enfin, une constellation de petits partis, petites quartier constituent le réseau à la base du « cha-
Signalons le rôle que jouent certains militants issus du trotskisme, notamment dans le Bloc Démocratique et Classiste de Carabobo, un État industriel du centre du pays. Ce bloc est membre du nouveau syndicat Union Nationale des Travailleurs. De même, l'excellent site web aporrea.org, sorte d'agence de presse autonome de la « révolution bolivarienne » est animé par des militants issus du trotskisme.