Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VENEZUELA

« Révolution bolivarienne »

· Inprecor n° 483, juillet 2003 · p. 11-19 · 5 609 mots

Syndicalisme

De notre correspondant Édouard Diago* A bolivarienne » est aussi méconnue que u pouvoir depuis 1998, la « révolution controversée. Lorsque Hugo Chavez arrive à la présidence de la république en 1998, il prend les rênes d'un pays et d'un État profondément dépolitisés, gravement malades de la corruption et du clientélisme. La « démocratie » instaurée en 1958 fut confisquée par les élites des partis alliées au grand bénéfice de quelques réseaux affairistes qui se répartissent les fruits du pouvoir dans le premier producteur-exportateur de pétrole. Le président Chavez a été élu sur la base du rejet de cet ancien système plus que sur un projet politique solide porté par des forces sociales organisées sur lesquelles il puisse s'appuyer. La clémence au moment du jugement est donc de vigueur, d'autant plus que le processus politique en cours au Venezuela est totalement novateur et inédit.

Disons-le d'emblée, il n'y a pas de révolution socialiste au Venezuela dont le leader serait Hugo Chavez. Mais si on entend par « révolution » le changement radical de la mentalité politique et de son organisation, la prise de conscience massive que le pouvoir appartient au peuple, alors cette révolution est en marche. Dès les années 1950...

Si on entend par « révolution » un processus long, qui naît avant ses réalisations concrètes, la révolution vénézuélienne commencé dans les années 1950 contre la dictature de Marcos Pérez Jimenez et se trouve aujourd'hui aux portes du pouvoir avec Hugo Chavez comme porte-parole. Pour reprendre une idée fréquemment invoquée par les partisans du président au béret rouge, la « révolution bolivarienne » serait une sorte de révolution française, étape indispensable pour assainir le pays et le préparer à des processus plus radicaux à l'avenir.

Voyons comment naît et meurt la « démocratie représentative» par la marginalisation des forces de la gauche révolutionnaire qui décident d'investir des forces dans un travail politique interne à l'armée avant d'essayer de décrire la complexe réalité de la « révolution bolivarienne », étape de la « démocratie participative et protagoniste, multiethnique et pluriculturelle » selon le préambule de la « Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela ». Pacte anticommuniste

L'histoire contemporaine du Venezuela a souvent été présentée par les analystes comme une exception à l'échelle latinoaméricaine : un pays dans lequel a réussi à s'installer une démocratie représentative et libérale pendant que le reste du continent était soumis à l'instabilité politique des dictatures militaires et du développement des guérillas. La réalité est autrement plus complexe !

La démocratie représentative du Venezuela naît le 23 janvier 1958 avec le renversement de la dictature de Marcos Pérez Jiménez à la suite d'une insurrection populaire accompagnée d'un soulèvement militaire. Côté civil, le Parti Communiste Vénézuélien (PCV) est le parti le plus actif dans l'insurrection ; il dirige la Junte

Patriotique — l'alliance de tous les partis opposés à la dictature : Action Démocratique, COPEI, URD et PCV (1). Certains historiens affirment que les classes les plus favorisées de l'époque, alliées aux États-Unis, avaient intérêt au renversement de la dictature, qui ne répondait plus tout à fait à leurs intérêts.

A cette époque, le Venezuela est le principal pays pétrolier de la planète. Il fut le principal fournisseur de pétrole et de matières premières nécessaires au déploiement militaire des États-Unis pour intervenir en Europe pendant la seconde guerre mondia* Édouard Diago, militant de la Ligue communiste révolutionnaire (section française de la IVe Internationale) et collaborateur de Rouge, séjourne actuellement au Venezuela. 1. Action Démocratique est un parti populiste de gauche, section vénézuélienne de l'Internationale socialiste. COPEI (Comité d'Organisation Politique Électorale Indépendant) est chrétien-démocrate. URD, Union Républicaine Démocratique, insignifiante aujourd'hui, était un parti nationaliste de gauche. Le Parti communiste vénézuélien (PCV) bénéficiait d'une autonomie stratégique et politique importante par rapport à Moscou, il était partisan de la politique de collaboration de classes face à l'impérialisme, ce qui le poussa à mener à l'extrême sa politique d'union nationale grâce à la Junte Patriotique.

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le. L'ensemble de l'industrie pétrolière est contrôlé par les compagnies occidentales, notamment anglo-saxonnes. La chute de la dictature amène un nouveau régime politique qui se met définitivement en place avec l'élection de Romulo Betancourt, dirigeant de l'AD en exil. Le PCV se rallie à la candidature de Wolfgang Larrazabal qui assura l'intérim de la présidence entre le 23 janvier 1958 et l'élection de Betancourt en janvier 1959. Le nouveau régime, qui se dote d'une Constitution en 1961, est scellé pendant l'année 1958 par une alliance entre les trois principaux partis (AD, COPEI, URD). Cette alliance décide de marginaliser le PCV, par le biais du Pacte de Punto Fijo. Il s'agit d'une sorte d'accord de co-gouvernement entre les trois partis qui, sous prétexte de protéger la démocratie naissante, décident de se partager le pouvoir quels que soient les résultats électoraux. Parallèlement, la principale centrale syndicale, la Centrale des Travailleurs du Venezuela (CTV), dirigée par AD et répondant directement à ses intérêts, signe un accord avec le patronat sur la non-remise en cause des conventions collectives issues de la dictature. Ainsi, le modèle est ficelé, les trois partis se partagent le pouvoir, les travailleurs sont marginalisés comme acteur politique par le rapt de la centrale syndicale, et la gauche se voit écartée. Ce pacte de Punto Fijo s'effondrera définitivement avec la victoire de Chavez en 1998, qui bénéficie alors d'un grand soutien populaire comptait participer à la tentative d'insurrection militaire du 4 février 1992. Aujourd'hui, tout en dans son opposition frontale à ce régime dénommé « régime populiste de conciliation des élites » par les politologues vénézuéliens. Travail militaire du PCV

Parallèlement à l'établissement de ce modèle politique, la gauche ne reste pas inactive. Les premiers mois du régime sont agités par les revendications des travailleurs, des étudiants, et de la gauche révolutionnaire en général, PCV inclus. La victoire de Betancourt en 1958 est rapidement considérée comme une trahison. Élu sur un programme et une image d'homme de gauche (il fut membre du PC du Costa Rica dans les et les années 1990, il fait fortune dans les assurances et aurait souhaité l'instauration d'un systè-

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années 1930 et participa à un gouvernement de gauche entre 1945 et 1948, puis il a réaffirmé cette identité politique pendant son exil), sa politique va tourner en faveur des intérêts des classes dominantes, convaincu qu'il est en 1959 qu'aucun gouvernement de rupture ne peut tenir face à l'impérialisme des États-Unis.

La révolution cubaine, qui s'installe le premier janvier 1959, va démentir de façon cinglante ce pronostic. Elle favorise la radicalisation des secteurs de la gauche au sein du parti au pouvoir AD, remet le PCV sur les rails et introduit le conflit régional entre d'un côté la raisonnable « révolution démocratique » vénézuélienne encensée par le département d'État des États-Unis, et de l'autre la révolution castriste vouée aux gémonies par ce même département.

La répression des secteurs de gauche par le gouvernement de Betancourt oblige d'une certaine façon la gauche révolutionnaire à se détourner de la voie légale. Le PCV, le premier, va décider du tournant de la lutte armée, rejoint en 1961 par le MIR, une scission de gauche de l'AD animée par son secteur jeunesse, influencé par le marxisme révolutionnaire pendant les années de clandestinité.

Au sein du PCV, un secteur s'occupe du travail militaire sous la direction de Douglas Bravo. En 1959, il revendique l'adhésion au PCV de 180 officiers de carrière encadrés dans un front militaire. Ce front va tenter de renverser le régime de AD en 1962 par deux tentatives de coup d'État militaire organisées par le PCV. L'émergence de Chavez sur la scène publique le 4 février 1992 est la suite de la stratégie des forces de gauche au sein d'une armée composée dans sa grande majorité d'éléments provenant des secteurs populaires dont une partie de la formation se fait dans les universités publiques, donc perméable à la pensée marxiste et progressiste diffusée par certains universitaires et militants révolutionnaires. En cela, on peut parler d'un processus révolutionnaire qui débute à la fin des années 1950 pour trouver en l'élection de Chavez une première petite victoire. Engagement clandestin de Hugo Chavez

Hugo Chavez, jeune militaire en formation, entre dans le mouvement clandestin vers la fin des années 1970, capté par son frère, Adan Chavez, aujourd'hui en charge de la réforme agraire au Venezuela, alors militant du Parti de la Révolution vénézuélienne (PRV).

Le PRV est issu de la guérilla. Elle s'est dotée en 1962 d'un Front de Libération Nationale et de Forces Armées de Libération Nationale sous l'influence du PCV. Lorsqu'en 1965, le PCV appelle ses militants à arrêter la lutte armée, Douglas Bravo refuse. Le FLNFALN se transtorme en FALN-PRV. En 1969, la majorité des combattants accepte l'amnistie du Président Caldera. Le groupe de Douglas Bravo et d'Ali Rodriguez — aujourd'hui directeur de la compagnie pétrolière nationale, Petroleos de Venezuela S.A (PDVSA) - maintient le PRV dans la guérilla et reprend un travail clandestin au sein de l'armée.

Notons que tant le PCV que les FALN et qu'ensuite le PRV ont adopté un programme politique antiféodal et anti-impérialiste, polyclassiste. Selon celui-ci, la bourgeoisie nationaliste a sa place dans le régime révolutionnaire à naître, pensée politique largement reprise à son compte par Chavez. Dans le Venezuela des années 2000, la majorité « chaviste » pense comme la guérilla des années 1960, ce qui n'est pas un petit acquis politique.

Hugo Chavez développe au sein des forces armées ce qui deviendra le MBR-200 (Mouvement Bolivarien Révolutionnaire) qui sera l'outil de l'insurrection civico-militaire du 4 février 1992. Plus connue comme un « coup d État », cette insurrection est la réponse du MBR-200 à la répression des émeutes populaires du 27 février 1989 (le Caracazo), mouvement spontané des mas-

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ses exclues du Venezuela contre un paquet de mesures néolibérales mises en place par Carlos Andres Perez, figure latino-américaine de l'Internationale Socialiste. Les forces de l'ordre laisseront 3000 morts sur le pavé

Inconnu, Chavez entre donc sur la scène publique par la tentative de coup d'État du 4 février 1992. Naturellement, les secteurs de la gauche traditionnelle, peu au fait du travail politique au sein des forces armées, se 2. Causa Radical est un parti né en 1971 à partir d'un secteur du PCV qui, conscient de l'échec de la guérilla et opposé à une orientation socialdémocrate, décide d'investir ses forces dans le syndicalisme de quelques grandes entreprises de la sidérurgie. Marxiste hétérodoxe, Radical sera aux portes de la présidence du Venezuela en 1993. 3. Bandera Roja est une scission du MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria, scission marxiste révolutionnaire du parti AD en 1961) qui refuse la pacification au début des années 1970 et maintient un petit appareil militaire. Alors qu'il prit une orientation pro albanaise dans les années 1980, il est actuellement membre de l'opposition et considéré comme le bras armé de la coordination dominée par les forces de droite.

méfient de ce colone res partis de la gauche radicale sont au fait, voire développent leur propre appareil au sein des forces armées : Causa Radical (2) et cause de sa politique néolibérale et haute-

Causa

(RESCATEMOS

REVOCACION DE LA

CONCESiÓN A LOS

SOL PiSTAS putschiste. A part le PRV, réduit alors à un groupuscule, deux autsée). Bandera Roja (3). Les masses populaires, elles, voient immédiatement en Chavez une possibilité de se défaire d'un régime honni à ment corrompu (une minorité du pays vit

LOS MEDiOS!

selon les standards de vie des États-Unis pendant que l'immense majorité est délais-

De 1958 à 1993, tous les présidents ont été issus soit de l'AD soit de COPEl. L'élection présidentielle de 1993 voit la rupture de ce modèle et l'émergence à un niveau de masse de Causa Radical, parti marxiste hétérodoxe qui s'est développé notamment dans le syndicalisme lutte de classe dans l'Est du pays. Lors de l'élection de 1993 son candidat, Andres Velázquez est sur le point de devenir président. Des fraudes massives lui volent son élection. Une minorité du parti demande que le parti convoque des manifestations de rue pour revendiquer sa victoire... ainsi que la sortie publique des troupes que le parti possède dans l'armée à la suite d'un travail similaire à celui de Douglas Bravo puis de Hugo Chavez ! La majorité refuse, semant les germes de la division de 1997 qui verra naître le parti Patria Para Todos (PPT), aujourd'hui deuxième parti pilier de la majorité chaviste

Pendant le travail clandestin de Chavez dans l'armée, des contacts avaient eu lieu

----- photo credits and running heads -----

A

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entre le colonel et Causa Radical, sans que puisse naître un accord. Lors de l'élection présidentielle de 1993, Chavez appelle à l'abstention active, suscitant une haine farouche de la part de Causa Radical à son égard. Son candidat Andres Velázquez est aujourd'hui dans l'opposition et n'a pas hésité à apporter son soutien aux militaires putschistes d'avril 2002.

Au moment de participer à l'élection présidentielle de 1998, Chavez précise qu'il s'agit d'un « mouvement tactique ». Dans le cadre de la démocratie représentative, considérer une élection comme tactique, c'est avouer le caractère révolutionnaire de ses objectifs. Il affirme alors vouloir arriver au pouvoir par les urnes pour installer la révolution à partir de sa position de chef d'État légitime. Une révolution politique

Chavez va gagner successivement plusieurs processus électoraux. Le premier en décembre 1998 contre presque tous les partis établis. Le PPT décide, sous la pression de la base et contre la volonté de son principal dirigeant de l'époque, Pablo Medina (4), de soutenir Chavez. Le Mouvement vers le Socialisme (MAS), pilier du dernier gouvernement de droite de Caldera (1993-1998), le soutient aussi (5), provoquant le départ de ses principaux dirigeants. Toutes les autres forces politiques s'y opposent. Il gagne néanmoins l'élection avec 55 % des suffrages après une campagne de proximité telle que les Vénézuéliens ne l'avaient jamais connue.

Son grand projet politique est d'opérer une réforme constitutionnelle, avec comme slogan : « tout le pouvoir pour le peuple ». Pour y parvenir, il fait voter le principe d'une Assemblée Constituante par référendum. Lors de l'élection de cette Assemblée ses nouvelle Constitution sera écrite en moins électoral, avant le renouvellement de tous les mandats électits en août 2000. Chavez obtient alors plus de voix que lors de l'élection de décembre 1998.

le « Constitution bolivarienne » de la

République Bolivarienne du Venezuela novatrices. Le concept d'Etat de droit est remplacé par celui d'État de Droit et de

Justice, le concept de démocratie participative y est introduit. Les élus deviennent révocables (6). Le concept de la coopérative ouvrière est introduit, tout comme le principe d'autogestion. Les droits des indigènes sont reconnus y compris les droits de pro-

4. Le cas de Pablo Medina est symptomatique de la division de la gauche par rapport à

Chavez.

Figure

Radical, marxiste révolutionnaire, il fut secrétaire du PPT et était une des figures du mouvement contre le paiement de la dette au Venezuela. Il participa activement à la rédaction de la nouvelle constitution. Il a écrit un livre, Rebeliones, dans lequel il revendique un rôle de premier ordre dans l'arrivée au pouvoir de Chavez, malgré son refus de le soutenir à l'élection de 1998. Alors qu'il exerce la direction du PPT, il cherche la son parti rupture entre

Chavez qu'il obtient partiellement mais est désavoué a pospar le congrès de son teriori organisation.

Il quitte le PPT seul.

Toute sa famille reste membre de la direction du PPT.

Il rallie l'opposition au premier trimestre 2002 et apparaît parmi les putschistes du mois d'Avril

GRAL

LA GRANITA FELIFE partisans obtiennent 90 % des sièges. La d'un an, approuvée par la majorité du corps

Dans de nombreux domaines, la nouvelcontient des mesures authentiquement bonne place.

Aujourd'hui, il est membre de la

Coordination Démocratique, de Causa cartel des organisations appuyant une sortie à tout prix du « régime castro-communiste de Chavez » et avant tout composé de secteurs de droite.

Mystères de la politique vénézuélienne...

5. Depuis 2002, la majorité de la direction du MAS est passée à l'opposition. Ceux qui ont refusé se sont regroupés dans un parti,

Pour nouveau

Démocratie Sociale (PODEMOS, acronyme qui signifie « nous pouvons »). Sa première activité de masse en Avril 2003 a et regroupé 25 000 personnes au bas mot.

6. Les articles 72 et suivants prévoient la possibilité de révoquer tous les mandats électifs, mais aussi d'abroger une loi ou un traité, de proposer une loi, ou d'organiser un référendum consultatif sur toute question

CIRCULOS BOUVARIANSS

ALES

ALOSTA priété sur la terre, gérée selon les traditions ancestrales des peuples précolombiens. La

Constitution est féminisée. Le principe de défense de l'environnement est encadré par de nombreuses dispositions constitutionnelles. Le brevetage du vivant est interdit tout comme le sont les monopoles. Le pétrole, comme matière première, est exclu du champ des possibilités de privatisation. La présence de troupes étrangères sur le territoire est interdite. Le principe de solidarité et d'intégration latino-américaine figure en

Pour autant, d'autres éléments indiquent que les négociations dans le bloc arrivé au pouvoir ont fait l'objet de concessions

Pour la droite du bloc Chavez, le principe de police décentralisée issu de l'ancien système est maintenu, contribuant à maintenir de dans le palais présidentiel. importante. Pour les mandats importante. Pour les mandats électifs, la révocation peut avoir lieu à partir de la mi-mandat.

Les partisans d'un référendum doivent réunir les signatures de

20 % du corps électoral. Pour que le mandat soit révoqué les suffrages favorables à la révocation doivent être supérieurs au nombre de voix obtenues par l'élu. Le mandat de Chavez arrive a mi mandat le 19 août, date a laquelle l'opposition peut introduire ces signatures au national la

Conseil électoral

(CNE). Les mandats des députes, maires et gouverneurs sont arrivés à échéance il y a plusieurs mois déjà, mais la nomination du CNE n'a pas eu lieu empêchant l'organisation des référendums. L'opposition souhaite à tout prix éviter ces référendums contre les députés élus avec Chavez et qui ont depuis rejoint l'opposition afin de concentrer le tir contre le

Président.

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véritables shérifs locaux (7). L'avortement, après un débat aigu, fut repoussé malgré la position de Chavez en sa faveur (répétée publiquement au mois d'Avril 2003). La non discrimination en raison de l'orientation sexuelle n'a pas été introduite dans la discussion mais Chavez a défendu récemment les droits des homosexuels. La libre entreprise est maintenue comme principe constitutionnel tout comme la propriété privée des moyens de production. La Constitution se situe incontestablement dans le cadre d'un régime capitaliste. Ces exemples parmi d'autres montrent que le parti de Chavez compte, au début de son mandat, d'authentiques réactionnaires (8).

Parsemée d'obstacles pour une véritable révolution sociale, la Constitution n'en est pas moins un outil précieux pour le mouvement populaire qui bénéficie avec elle d'un allié dans la conquête de la démocratie semi- directe, ou démocratie participative. Car c'est là la véritable innovation de la « révolution bolivarienne ».

Une société en mouvement

Des milliers de cercles bolivariens, assemblées populaires, syndicats de luttes, assemblées de femmes, d'étudiants, comités pour les terres urbaines ou agricoles, des dizaines de regroupement politiques à la base, font du Venezuela des années 2000 une société en mouvement. Toutes ces associations bénéficient du soutien franc et massif du chef de l'État qui voit en elles le véritable processus de conscientisation nécessaire à la transformation du pays. Ainsi, a titre d'exemple, c'est avec le soutien du chef de l'Etat qu'une école peut être reprise en main par la communauté organisée face à sa fermeture par décision politique de la directrice (9). C'est avec le soutien du ministre de l'Éducation supérieure contre le recteur que se font les assemblées d'étudiants en faveur de l'ouverture aux classes populaires de

7. Le cas le plus emblématique la candidature d'Alfredo Pena.

est celui d'hui ministre de l'Éducation et

Membre de l'assemblée constituante au titre du MVR de un des piliers de la - révolution »

Chavez, il défend ardemment le

8. C'est le cas par exemple de décentralisation

Luis Miquilena. Après avoir été principe de dont le maintien de polices l'éminence grise de Chavez, décentralisées. Élu Maire de la l'organisateur du parti MVR, le

• Grande Mairie de Caracas » président de l'Assemblée constiavec le soutien de Chavez, il tuante, il fit nommer les membres du Tribunal Supérieur de devient vite son principal opposant et met la police métropoli-

Justice. Après avoir été écarté taine de Caracas au service des du pouvoir par Chavez, il fut artisans du coup d'État d'avril une des chevilles ouvrières du

2002. Alfredo Pena est un cas d'État. Le coup emblématique d'arrivisme au

Supérieur de Justice nommé par sein même du bloc Chavez. Ce lui décida en août 2002 qu'il n'y dernier a soutenu Pena contre avait pas eu de coup d'État au

EPISODIO III:

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BRECHA

EN LARA

l'Université publique. L'Institut National des Femmes a développé des milliers de « points de rencontre » dans tout le pays pour sensibiliser les femmes aux violences familiales ou dans le travail, leur rappeler leurs droits, les organiser pour en acquérir d'autres. Ce même institut organise les femmes pour leur accès au micro-crédit public leur permettant de devenir des actrices économiques autonomes, même si les activités proposées reproduisent une forme de division sexuelle des tâches (couture, restauration, etc.). De nombreux nouveaux syndicats sont apparus disputant à la centrale CTV liée à l'opposition le monopole de la représentation des travailleurs. Ces syndicats ont décidé à la suite du lock-out des mois de décembre et janvier de former une nouvelle confédération, l'Union Nationale des Travailleurs (10).

Caracas est une ville de 4 millions d'habitants environ. Une grande partie de sa population vit dans les « barrios » (l'équivalent des favelas brésiliennes), zones où se sont installées les victimes d'un développement économique excluant. De bidonvilles à d'Aristobulo Venezuela, mais un • vide de Isturiz, membre du PPT, aujour- pouvoir ». Il existe au Venezuela des réseaux d'influence plus importants que les lois. 9. Lors du lock-out des mois de décembre 2002 et janvier 2003, le maire de la grande Caracas, Alfredo Pena, dont dépendent les écoles, a donné l'ordre de fermer les écoles. 10. L'UNT regroupe les plus grandes fédérations qui ont quitte la CTV. Lors du 1ª mai, le défilé de l'UNT a regroupé pro-

Tribunal bablement une centaine de millier de manifestants.

Si BUSH QUIERE BETROLEO, ¡QUE LO COMPRE.! l'origine, les barrios se sont transformés avec le temps en de véritables quartiers où les habitants construisent leurs maisons sur des terrains occupés, sans titre de propriété. Dans ces quartiers, fiefs du « chavisme », les habitants s'auto-organisent, prennent en main leur quartier et suivent en cela le conseil du président : « organisez-vous, nous vous apporterons le soutien politique et économique ». Ainsi naissent les assemblées populaires, bientôt renforcées par une nouvelle institution : les conseils locaux de planification populaire, auxquels s'opposent tous les bureaucrates, souvent de l'opposition mais aussi parfois de la majorité politique de Chavez.

On a là une des subtilités les plus intéressantes de la « révolution bolivarienne : le chef de l'État est le principal promoteur de la subversion de l'État par l'organisation populaire. Face à un État hautement bureaucratisé, Hugo Chavez appelle ses compatriotes à gérer eux-mêmes directement les affaires de leurs quartiers, et promeut le contrôle ouvrier des entreprises. Pour que le peuple soit détenteur véritable du pouvoir politique, il doit être organisé et disposé à la lutte, faisant ainsi écho à la théorie marxiste du double pouvoir.

Ce bouillonnement politique impressionnant n'a cependant pas débouché sur une véritable transformation de la société vénézuélienne. Pas de transformation structurelle palpable

Contrairement à la révolution cubaine qui, en moins de trois ans, avait alphabétisé son peuple, réduit les loyers de moitié, nationalisé l'électricité, mis en place la réforme

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agraire, la « révolution bolivarienne » n'a pas encore mis en œuvre de grandes réformes structurelles. Mais contrairement aussi à la révolution castriste, le chavisme n'a pas supprimé un journal, pas interdit un parti, et ne compte pas un seul prisonnier politique. Ni pour le meilleur ni pour le pire, la révolution bolivarienne ne peut être assimilée, comme le font les opposants anti-Chavez, à une quelconque « cubanisation ».

Mais de grandes réformes structurelles sont nécessaires pour que le peuple ne perde pas confiance dans les possibilités de ce gouvernement. Un grand plan d'alimentation populaire, commencé timidement ces dernières semaines, doit être développé (11). La santé publique est dans un état de délabrement avancé. Seule la réforme de l'éducation nationale a commencé avec l'ouverture des écoles bolivariennes qui assure aux élèves l'alimentation et des journées complètes d'enseignement (12).

Cependant, il serait erroné de faire porter la responsabilité entière de ces manques sur le seul gouvernement. La grande difficulté à laquelle est confronté le gouvernement, c'est l'absence de contrôle sur de grandes parties de l'appareil d'Etat. Or si la stratégie légaliste de Chavez (« une révolution démocratique et pacifique ») lui permet de bénéficier du soutien international des démocrates, la prise de contrôle de l'appareil d'Etat, composé de travailleurs protégés est substantiellement plus complexe !

Cette réalité bureaucratique s'explique par le modèle de développement du Venezuela de la deuxième moitié du XXe siècle.

Le Venezuela vit depuis quarante ans de sa rente pétrolière qui représente 50 % de ses recettes fiscales et 80 % de ses exportations. 70 % de ses besoins alimentaires sont importés. Pourtant, c'est le 5° exportateur mondial de pétrole et ses ressources minières apparaissent aujourd'hui comme les plus importantes de la planète. Le modèle économique du Venezuela est basé sur l'exportation de son pétrole brut, et l'argent n'a jamais été investi dans l'industrialisation du pays. On peut dire que le

Venezuela n'est pas, à proprement parler, un pays capitaliste dirigé par une bourgeoisie nationale. Il n'existe pas à proprement parler de classe ouvrière dépendant d'un patron. 50 % des travailleurs sont employés dans le commerce informel, le plus gros employeur formel est l'État et ses emplois répondent au modèle clientéliste du régime antérieur. Chaque ministre ou directeur de service a fait entrer ses amis sans en licencier d'autres, et l'adhésion aux partis politiques s'est beaucoup faite sur cette base clientéliste. Résultat, les administrations regorgent de salariés protégés qui répondent à des réseaux d'influence qui n'ont que peu de choses à voir avec la hiérarchie administrative que l'on enseigne dans les facultés. A titre d'exemple, le service presse et communication de l'arrondissement Libertador de

Caracas a 54 salariés ! Les quelques entreprises privées existantes au Venezuela se sont créées grâce aux apports initiaux de l'État et ceux qui sont devenus propriétaires de ces entreprises n'ont jamais compris ce que le mot impôt signifie.

Absence d'un projet stratégique

Il n'y a pas, au Venezuela, de parti de la classe ouvrière digne de ce nom comme a pu l'être le Parti des travailleurs (PT) du Brésil.

Chavez est arrivé au pouvoir sans appareil et sans réflexion stratégique. Il est aussi le produit de la méfiance gigantesque qu'ont les

Vénézuéliens pour la forme parti. Or, un parti structuré, qui fournisse au gouvernement des orientations claires à partir des besoins et des réflexions du mouvement populaire fait cruellement défaut. L'absence de projet stratégique de transformation de la société vénézuélienne se fait sentir par les hésitations entre l'alliance avec les travailleurs, le petit patronat local et les facilités faites au capital transnational. Le discours hésite entre la nécessité de la construction d'un capitalisme national

PRESIDENTE HUGO CHAVEZ NO PERMITA LA PRIVATIZACION DE CALIMAR EN MARACAY MUNICIPIO GIRARDOT - TRABAJADORES DE CALIMER (voire quelquefois d'une classe capitaliste) pour favoriser un développement endogène et le développement des forces productives ou l'aspiration à la cogestion voire à l'autogestion.

Le fait que la justice reste inféodée à l'opposition devrait faire l'objet d'une offensive stratégique pour que l'impunité qui sévit au Venezuela ne devienne plus qu'un souvenir. Impunité aussi bien pour ce qui est des délits de droit commun qu'en ce qui concerne les délits politiques : les auteurs du coup d'Etat du mois d'avril sont tous en liberté par décision de justice ! Là encore, la stratégie légaliste est à la fois un atout et un obstacle aux transtormations.

Enfin, malgré ses origines révolutionnaires, Hugo Chavez manque de formation politique. Cela l'a conduit à faire confiance a des personnages qui, tels Alfredo Pena et Luis Miquilena pour ne citer que ceux-là, sont devenus des adversaires de premier plan bien intégrés à l'appareil d'Etat dès que le processus a connu ses premiers signes de radicalisation.

Du même coup, les forces politiques et sociales qui se trouvent aujourd'hui autour de Chavez sont nettement plus à gauche que celles qui le soutenaient en 1998 L'organisation populaire ayant fait son œuvre, les masses favorables à la « révolution bolivarienne » sont plus vigilantes ‹ qu'auparavant, et, mieux formées, commencent à indiquer quelle est la route à suivre. William Lara, ex-Président du Parlement, mettait en garde les membres de la majorité 11. L'armée assure des marchés populaires qui apportent le minimum vital à des prix défiants toute concurrence. De même le premier magasin public d'alimentation a été ouvert au mois d'avril, le projet du gouvernement est d'ouvrir des épiceries à prix cassés dans les quartiers populaires. Un projet similaire de pharmacies est en cours d'élaboration. Face à la pénurie organisée par les entreprises agro-alimentaires, le gouvernement importe massivement des aliments. 12. La norme dans l'éducation était que les écoles fonctionnaient en 2 x 8 pour pallier le manque d'enseignants et de locaux.

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de ne pas se retrouver en deçà des aspirations politiques de la population qui a acquis en quatre ans une formation politique très importante.

Face à des médias aux mains d'une opposition irrationnelle, le mouvement populaire a imposé une loi de contenu de la radio et de la télévision qui est discutée ces semaines au parlement. Même timide, cette loi est le signe que le gouvernement a décidé de ne plus laisser le champ libre à la manipulation de l'information. La nouvelle centrale syndicale, Union Nationale des Travailleurs, se situe nettement sur le terrain de la lutte des classes contre la tradition de collaboration syndicat-patronat de mise au Venezuela depuis 1958. Après l'échec de la grève patronale dans le secteur pétrolier, le gouvernement a repris en main l'industrie pétrolière. Il reste maintenant à reprendre le nière résolution de la commission des droits de l'homme de l'ONU contre Cuba et Fidel Castro contrôle de la justice et du conseil électoral afin de pouvoir procéder à la révocation d'un certain nombre de députés et gouverneurs qui après avoir été élus en tant que chavistes ont rejoint l'opposition.

Le processus politique en cours au Venezuela est novateur et interroge nos propres traditions politiques. La prise du pouvoir central ne suffit pas à mettre en route les transformations nécessaires pour partager les richesses nationales. Le Venezuela nous enseigne que la distribution du pouvoir peut être une alternative aux obstacles bureaucratiques dans le cadre d'un processus de transformations qui passe strictement par le cadre légal. Le projet politique n'est pas révolutionnaire et pourtant les classes dominantes n'acceptent pas le suffrage populaire. Les détenteurs du pouvoir économique et politique qui se sont vus déplacés du pouvoir en 1998 feront tout pour empêcher les réformes engagées par Chavez pour que les richesses du Venezuela bénéficient véritablement aux Vénézuéliens. Le Venezuela pose la question maintenant traditionnelle de tous les processus révolutionnaires : peut-on s'en prendre frontalement aux intérêts des classes dominantes dans le cadre d'une révolution « démocratique et pacifique » ? Au Venezuela, de par l'histoire particulière du mouvement révolutionnaire, l'armée est apparemment sous contrôle du gouvernement. Sera-ce suffisant pour éviter une issue non démocratique comme les opposants essayèrent de la provoquer le 11 avril 2002 en remplaçant Chavez par le dirigeant patronal Carmona ? Quelle issue ?

L'opposition, même démembrée et divisée comme elle l'est actuellement, n'a pas déposé les armes. Elle dispose d'une issue constitutionnelle : la révocation des élus à mi-mandat.

Le président de la République arrive à -mi-mandat le 19 août 2003, date à partir de laquelle l'opposition peut récolter des signatures pour soumettre sa révocation au référendum. Depuis plus d'un an, l'opposition ne cesse de répéter que l'immense majorité du pays veut le départ de Chavez. Cette certitude relève de auto-persuasion. Tant les sondages non diffusés que les manifestations. en faveur de Hugo Chavez laissent penser que la victoire de l'opposition lors d'un référendum révocatoire n'est pas gagnée d'avance. Cela explique les stratégies multiples de l'opposition, la plus évidente étant d'utiliser les moyens de communications pour diffuser l'idée que, quoiqu'il arrive, le gouvernement est en train de pré-

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parer une issue non constitutionnelle à la crise. En semant le doute dans le pays, l'opposition se prépare à expliquer que les conditions ne sont pas requises pour révoquer le mandat de Chavez. Par ailleurs, elle sait que le référendum contre Chavez sera nécessairement accompagné de référendums contre les gouverneurs et députés de l'opposition, et peu sont prêts à abandonner leurs positions de pouvoir.

En cas de révocation du mandat de Chavez, reste une inconnue de taille pour l'opposition : rien n'indique jusqu'à preuve du contraire que l'actuel président ne pourrait se représenter à une nouvelle élection présidentielle. Dans ce cas de figure, le « chavisme » n'a qu'un seul candidat : Chavez. Combien de candidats représenteraient l'opposition ? Il suffit qu'elle n'en ait que deux pour que Chavez soit assuré de gagner la présidentielle. Et si le mandat de Chavez n'était pas révoqué, rien n'indique dans l'attitude de l'opposition qu'elle ne chercherait pas d'issue extra-constitutionnelle à son désir de déplacer le chavisme du gouvernement.

La « révolution bolivarienne » est une étape transitoire nécessaire qui peut ouvrir la voie à une révolution animée par les secteurs opprimés de la société vénézuélienne. Pour qu'elle voie le jour, elle a besoin de l'organisation de réseaux de solidarité politique et syndicale.

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