e dirigeant trotskiste chinois Wang Fanxi es
→ décéde d'un arrêt cardiaque le 30 décembre 2002 à Leeds, en Grande-Bretagne, à l'âge de 95 ans. Né à Xiashi, près de Hangzhou en 1907, il a rejoint le Parti communiste chinois en 1925, abandonnant ses études littéraires à l'Université de Pékin pour la révolution. En 1931 il a été exclu du PCC et a aidé à l'organisation de l'Opposition de gauche fondée par Chen Duxiu, fondateur du PCC et un des principaux penseurs et littérateurs chinois modernes. Comme les autres trotskistes il a passé la majeure partie des années 1930 dans les geôles de Tchang Kai Chek. En 1949, lorsque le PCC de Mao a pris le pouvoir, ses camarades l'ont envoyé (largement contre sa volonté) à Hongkong, pour servir de lien avec l'extérieur alors qu'ils poursuivaient leur combat en Chine pour la démocratie ouvrière et le socialisme dans le monde entier. Les autorités coloniales l'ont expulsé de sa planque avant même que ses camarades ne soient arrêtés en Chine en 1952 (certains resteront 27 ans en prison). En
Wang
1975 il a dû fuir une nouvelle fois sa planque à Macao, pourchassé par les agents maoïstes. Il a alors atterri à Leeds, où il restera jusqu'à sa mort.
Wang fut l'un de ces centaines de jeunes Chinois qui entrèrent dans l'activité politique radicale par la voie du mouvement pour une nouvelle culture, qui a émergé le 4 mai 1919 dans une mobilisation contre la trahison de la Chine par la Conférence de paix de Versailles. Comme le leader du mouvement du 4 mai Chen Duxiu, il a continué à considérer que l'internationalisme et la démocratie étaient des ingrédients indispensables d'une société communiste, même après que le PCC stalinisé les eut étouffés. Écrivain reconnu il a contribué à l'hebdomadaire littéraire "Yusi" ("Liens d'entretien") avant de consacrer sa vie à la révolution. Il était aussi un linguiste accompli, maîtrisant l'anglais, le russe et de nombreux dialectes chinois et lisant le japonais, le français et l'allemand. En 1925 la classe universitaire dont il faisait partie fut particulièrement distinguée. Elle comptait en plus de Wang deux des dissidents littéraires du PCC les plus connus, son proche ami Wang Shiwei (exécuté par les maoïstes en 1947) et Hu Feng. Après son exclusion du PCC, Wang s'est adonné à l'écriture et aux traductions dans le peu de temps que lui laissait l'activité politique, pour aider financièrement les trotskistes appauvris et pour nourrir sa famille. Dans l'isolement de l'exil à Macao il a eu plus de temps pour écrire qu'il ne l'aurait souhaité. Il y a écrit notamment "l'Étude de la pensée de Mao Tsé Toung", "Sur le révolution culturelle prolétarienne" et bien d'autres études. Ses mémoires ont été publiées dans une traduction anglaise par l'OUP en 1980 et dans une édition étendue par Columbia University Press en 1991.
Wang a fait trois séjours en prison. Pour la première fois en 1927, dans le Wuhan, après avoir durement critiqué les alliés nationalistes du PCC Après l'effondrement sanglant de cette alliance, il a été renvoyé à Moscou pour y suivre une formation militaire. Là il a rejoint la critique de la politique chinoise du Komintern qui a conduit au massacre des rouges, formulée par Trotsky. De retour à Shanghai, il a travaillé sous la direction de Zhou Enlai jusqu'à ce qu'il soit démasqué comme oppositionnel et expulsé du parti en 1931 — un prélude à ses second et troisième emprisonnements. Lorsqu'ils n'étaient pas derrière les barreaux, Wang et les autres trotskistes ont tenté de reconstruire la base urbaine de la révolution par une campagne en faveur d'une assemblée constituante démocratiquement élue, au cours de la première moitié des années 1930. Leur campagne a échoué, non seulement parce que la majorité des trotskistes était en prison mais aussi parce que le PCC favorisait la stratégie rurale, sacrifiant ses forces dans une guerre futile. En 1937 le début de la guerre japonaise a radicalement changé la nature de la politique chinoise. Conséquemment Wang et Chen Duxiu ont tenté de gagner les forces armées à une politique de résistance combinée avec une
, Fanxi 1907
révolution dans les campagnes. Mais le PCC, infiniment plus nombreux et bénéficiant d'une décennie d'expérience militaire ainsi que de l'aide soviétique, même au compte-gouttes, les a facilement éclipsés. Après la guerre les trotskistes ont repris leur lutte pour la démocratie radicale et la lutte des classes dans les villes. Ils furent aveugles devant la prise du pouvoir dans tout le pays par les armées paysannes de Mao en 1949.
Wang a passé ses premières années d'exil à réfléchir sur les raisons de la victoire maoïstes et de la défaite des trotskistes. S'éloignant d'une orthodoxie trotskiste, il a constaté qu'une vraie révolution avait eu lieu sous la direction de Mao. Il a critiqué son propre groupe pour n'avoir pas été capable de développer des forces armées et de mobiliser les paysans dans le cadre de son activité. Mais en même temps il a continué à critiquer le caractère essentiellement militaire de la stratégie maoïste, qu'il liait — non sans une certaine justesse — à la chaîne sans fin des guerres et des restaurations tyranniques qui ont marqué la Chine. Il continuait au contraire de plaider pour la centralité des ouvriers industriels et de l'intelligentsia, les nouvelles classes urbaines qui pouvaient permettre d'entamer un cycle nouveau avec une expérience communiste démocratique.
D'autres trotskistes, autour de Peng Shuzhi, exilé aux États-Unis, dénoncèrent la « capitulation devant le stalinisme » de Wang. Ce faisant ils eurent une conduite symptomatique du fractionnisme des trotskistes, qui les a si souvent rendus vulnérables devant leurs nombreux ennemis.
Relégué dans un rôle de simple observateur, Wang ne pouvait offrir beaucoup plus que ses commentaires, mais même après avoir atteint quatre-vingt-dix ans il a maintenu un intérêt animé pour les développements en cours en Chine et dans le monde. Il suivait de près l'évolution du PCC et prédisait qu'une nouvelle opposition allait émerger de son sein. Les dirigeants du PCC ont tenté de le faire revenir en Chine, mais les conditions qu'il a formulées pour son retour d'exil — la réhabilitation de Chen Duxiu et d'autres communistes — furent refusées. Wang a maintenu une volumineuse correspondance à trois voix avec le vétéran de l'opposition Zheng Chaolin à Shanghai (libéré de prison en 1979) et l'écrivain trotskiste Lou Guohua à Hong Kong. La mort de Lou en 1995 et de Zheng en 1998 l'a privé de cette précieuse source d'inspiration à un moment où sa santé déclinante (suite en partie des séquelles des tortures subies dans les geôles de Tchang Kai Chek) et l'épuisement ont fini par mettre fin à sa production théorique et à ses analyses.
La principale contribution des trotskistes à la révolution chinois aura été scripturale. Les maoïstes ont prêté peu d'attention au marxisme jusqu'à la fin des années 1930. A ce moment Staline avait déjà réduit la théorie marxiste officielle à une idéologie égoïste d'État, que Mao a plagiée pour valoriser ses prétentions « théoriques ». Par contraste, Wang et ses camarades ont
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publié des bibliothèques d'écrits marxistes en chinois, dont leur propres études créatives et de nombreuses traductions des classiques.
Dans les années 1970 les mémoires de Wang ont été publiées à Pékin dans une édition réservée Plus récemment son étude sur le maoïsme a été rééditée. Avant la mort de Mao le terme même de « trotskiste » provoquait un violent choc chez les vieux cadres, mais les penseurs plus hardis ont fini par adopter une attitude plus amicale lorsque l'idéologie officielle commençait a sombrer dans une société de plus en plus polarisée et corrompue. Parmi les plus connus d'entre eux, qui manifestèrent de l'intérêt et de la sympathie pour les idées de Wang, mentionnons l'ancien prisonnier politique Wang Xizhe, le critique du parti Liu Binyan, le philosophe Wang Ruoshui et la dissidente Dai Qing.
En Grande-Bretagne Wang ne s'est pas directement engagé dans la politique. Il exerçait néanmoins une influence sur les étudiants venant de Chine, de Taiwan, de Hong Kong et de l'Asie du Sud-est, et était une référence pour les dirigeants radicaux de la communauté chinoise locale, qui demandaient son avis pour leurs campagnes en faveur de l'égalité sociale au sein du China Town et contre le racisme blanc.
Il était très radical tout en étant le contraire du stéréotype du révolutionnaire — dur, étroit et sûr de lui. Ses amis le connaissaient comme un être profondément cultivé, sensible, modeste, doux, courtois, éclairé, accessible, ouvert et absolument authentique, dévoué envers les individus et envers la cause. Son total désintéressement et le courage avec lequel il a traversé les nombreuses tragédies et pertes personnelles sont devenus proverbiaux. Sa femme lui a survécu à Shanghai, ainsi que deux enfants, trois petits-enfants et deux arrièrepetits-enfants. Dora, sa fille adoptive, a pris soin de sa vieillesse.
Gregor Benton