d'André Fichaut a lecture des Souvenirs d'un ouvrier trotskiste breton est véritablement vivifiante : grâce à son style direct, son auteur captive d'emblée l'attention et expose ses points de vue de façon convaincante.
Ceux qui connaissent André Fichaut (Max, pour les « anciens ») ne seront pas étonnés, ayant déjà apprécié sa chaleur, son hospitalité et son souci d'efficacité. Les plus jeunes découvriront un militant hors pair, tel que la le Internationale en a façonné quelques-uns à une époque où il n'était pas facile de s'affirmer trotskiste
Max a toujours « travaillé » après avoir terminé ses études secondaires : il n'a pénétré pour la première fois dans une Fac qu'à plus de 40 ans, en 1968... Garçon de ferme, apprenti-mécanicien dans un garage, ajusteur sur les chantiers navals de Penhoët, puis agent à l'EDF en 1958 où il restera 19 ans. Il relate avec verve ces différentes périodes où il devra associer militantismes syndical et politique.
S'il prend sa première carte de la CGT en 1944 ce n'est qu'en 1949 qu'il rejoint les trotskistes après avoir remarqué que, bien qu'il les ait fréquentés plusieurs années aux Auberges de jeunesse (seule organisation de jeunesse mixte à l'époque !), personne ne lui avait demandé d'adhérer : pour lui il s'agit là d'« une tare originelle dont ils ont encore aujourd'hui du mal à se débarrasser ».
Le mouvement ouvrier français était alors dominé par les staliniens et Fichaut remarque avec justesse que si l'on doit juger très sévèrement la politique et les directions successives du PCF, il convient d'admirer le courage et le dévouement de ses militants, notamment dans la lutte contre la première guerre d'Indochine.
En ce qui concerne la guerre d'Algérie, ce fut une autre paire de manches : au déclenchement de l'insurrection le PCF traita le FLN de « bande d'assassins » alors que le soutien du PCI fut immédiat. L'auteur est formel : étant donné leur impact dans la population, « si une organisation comme le PCF ou la CGT en avait donné le mot d'ordre, le contingent ne serait pas parti » et la guerre se serait rapidement terminée.
On verra quels problèmes se sont posés au responsable CGT qu'il était lorsque, en * André Fichaut : Sur le pont., souvenirs d'un ouvrier trotskiste breton, Syllepse, Paris 2003, 20 , en vente à la Librairie La Brèche.
1956, alors qu'il était connu comme trotskiste, il lui fallut adhérer au PCF, selon la tactique « entriste » décidée par le précédent Congrès mondial de la IV° Internationale, en prévision de « la guerre qui vient ». Il devait y demeurer 13 années et ne le quittera qu'après 1968. || démissionnera en 1969 mais sera exclu pour sa démission...
Il ne regrette en rien cette expérience qui lui a sans doute permis de « tenir le coup » à une époque où le mouvement stalinien était hégémonique dans les entreprises et où nombre de révolutionnaires ont été brisés de par l'isolement qu'ils connaissaient. Il est actuellement difficile pour un jeune adhérent de la LCR, alors que les trotskistes font plus de voix que le PCF aux élections, d'imaginer ce qu'était le militantisme quand le PCF avait des centaines de milliers d'adhérents et le Parti communiste internationaliste (PCI) peut-être une soixantaine...
En 1969 on lui proposa d'être le candidat de la Ligue communiste pour les élections présidentielles alors qu'il n'avait pas encore quitté le PCF : ne voulant pas « passer pour un fou » il refusa et ce fut Alain Krivine qui prit le relais.
Il est impossible d'énumérer toutes les luttes qu'il organisa en tant que responsable syndical de Brest mais il faut quand même citer la grève totale de 3 semaines (d'octobre à novembre 1972) à l'EDF de Brest pour réclamer des embauches : en une vingtaine
L'ARME DE LA CRITIQUE Librairie La Brèche tél.: 01 49 28 52 44 e-mail : http://www.la-breche.com de pages il détaille les particularités de cette grève avec comité de grève élu, totalement responsable du mouvement (et ne comprenant pas que des syndiqués), avec membres révocables à tout moment. Finalement la direction dut capituler et au lieu des 64 embauches réclamés initialement, les grévistes en obtinrent 70. Sur proposition de Fichaut c'est le Comité de grève qui devait contrôler l'application de l'accord signé : il s'agit bien là d'une mise en pratique du contrôle ouvrier réclamé par le mouvement trotskiste. Max termine ses Souvenirs par la narration de l'aide qu'il a apportée aux révolutionnaires polonais de Solidarnosc en 1981 (plusieurs voyages plus ou moins clandestins) et à la Charte 77 en Tchécoslovaquie en 1989 (transport clandestin de matériel d'imprimerie). Comme quoi pour un trotskiste, avoir toujours voulu rester un responsable syndical local sur Brest ne l'a pas empêché de conserver un internationalisme en éveil n'attendant que l'occasion de se manifester. A 75 ans Max ne croit plus à une révolution type 1917 mais à une révolution par d'autres voies que la jeune génération devra trouver en tenant compte de l'expérience des anciens. C'est pour passer le flambeau qu'il s'est décidé à écrire ces 246 pages captivantes. Jean-Michel Krivine NE SAURAIT REMPLACER LA CRITIQUE DES ARMES. K. MARX 27, rue Taine 75012 Paris [email protected] Vente par correspondance Paris, province, étranger :
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