Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HAÏTI

L'effondrement du régime Aristide

· Inprecor n° 491, avril 2004 · p. 16-18 · 3 154 mots

États-Unis

Haïti Par Arthur Mahon*

Plus de deux mile bilets de cent dolars,

rendus illisibles par la moisissure! Les partisans d'Aristide qui ont pris part au pillage de sa résidence ont eu la surprise de trouver cette somme dans un coffre-fort caché dans un souterrain secret. Ils ont alors compris que pour leur cher président, 200 000 dollars cela représente bien peu de choses. Pour comprendre la situation actuelle, il faut faire comme ces partisans d'Aristide : ne pas s'en tenir aux premières impressions, et creuser un peu dans les souterrains de la politique haitienne !

Pour beaucoup de gens bien intentionnés, le scénario du départ d'Aristide est simple. Il aurait été victime d'un coup d'État qui se serait déroulé en trois phases : • la bourgeoisie haïtienne déstabilise le gouvernement d'Aristide « démocratiquement élu » parce que, en dépit de ses faiblesses, il mettait en place des réformes ; © des anciens militaires liés à la CIA prennent le contrôle d'une partie d'Haïti dans un bain de sang; ® un commando de l'armée américaine vient kidnapper Aristide et le force à signer une lettre de démission. Aristide serait en quelque sorte un nouvel Allende. Sauf qu'Allende ne stockait pas des piles de dollars chez lui ! Contrevérités

La thèse que nous venons de présenter, qui est en gros celle de la propagande aristidienne, repose sur plusieurs contrevérités. Ainsi, Aristide n'a pas fait la moindre réforme progressiste durant son second mandat et il n'y a pas eu de conflit Aristide/bourgeoisie pour une raison très simple : Aristide est lui-même l'un des plus grands bourgeois d'Haiti. On a assisté à la convergence de quatre processus : un conflit à l'intérieur des classes dominantes, une mobilisation de * Arthur Mahon, membre de la rédaction de la revue Volcans, est militant de longue date de la solidarité avec l'opposition haïtienne.

L'effondrement

du régime Aristide

grande ampleur des intellectuels et d'une importante fraction des classes dominées contre un pouvoir réactionnaire et despotique, le retournement contre Aristide de bandes armées qu'il avait utilisées auparavant, l'intervention d'anciens militaires dans des conditions qui restent encore peu claires. La meilleure preuve que l'on n'a pas assisté à un simple « coup d'État » est que, malgré les crimes passés de certains d'entre eux, les quelques dizaines ou centaines d'hommes armés qui se sont emparés du Nord d'Haïti ont été accueillis en libérateurs par une grande partie de la population. En certains endroits, elle s'est même attaquée aux commissariats et aux symboles du pouvoir avant leur arrivée. Comme l'a écrit un commentateur, même Belzébuth accompagné d'une horde de dragons aurait été accueilli en héros.

Le rôle joué dans par les Etats-Unis dans cette crise complexe est loin d'être aussi simple qu'on le dit généralement. Déjà sous Clinton, Aristide n'était pas l'ami des républicains. Cependant, il présentait l'avantage d'assurer le calme social, d'appliquer les rétormes néolibérales demandées et reprenait à son compte la propagande états-unienne. Rares sont les chefs d'Etat qui, comme lui, se sont félicités du « succès » du Sommet sur le développement durable de Johannesburg ! Tout en exerçant des pressions économiques et politiques sur Aristide, Washington l'aura finalement soutenu jusqu'à la veille de son départ comme la corde soutient un pendu. Bush a par contre évidemment refusé de lui envoyer les militaires qu'il réclamait pour protéger son régime. Il fallut que les « chimères » d'Aristide commencent à mettre Port-au-Prince à feu et à sang et à racketter des citoyens nord-américains pour que Colin Powell lâche Aristide à la suite de Dominique de Villepin. En procédant ainsi depuis quatre ans, les Etats-Unis ont laissé une expérience née à gauche aller au bout de sa dégénérescence et se discréditer elle-même.

La thèse de « l'enlèvement moderne » d'Aristide, qui ne serait pas absurde a priori, est peu crédible même si elle a un grand écho. Aristide lui-même n'a pas soufflé mot d'un quelconque enlèvement lorsqu'il prit la parole à la radio à son arrivée en Centrafrique. Et jusqu'à présent, il n'a pas réussi à formuler un récit cohérent. Les dirigeants de son parti n'ont pas repris sa thèse à leur compte, et sa lettre de « démission » a été lue sans sourciller par son premier ministre et homme de confiance, Yvon Neptune. Le système Aristide

Les élections parlementaires et locales de mai 2000 ont donné lieu à une fraude assez incroyable : le but n'était pas de gagner les élections mais de remporter tous les postes. Les observateurs internationaux n'ont pas vu grand chose, car l'essentiel de la fraude a eu lieu après le vote. Bourrage des urnes, modifications des procès-verbaux, intimidation des protestataires, tout fut bon pour obtenir le résultat escompté. Les militants de Lavalas (organisation des partisans d'Aristide) avaient reçu des armes en grand nombre pour l'occasion. Et lorsqu'ils n'étaient pas assez nombreux, la police fut mise à contribution. Le président du Conseil électoral provisoire refusa de signer le procès-verbal et jugea plus prudent de s'exiler lorsqu' Aristide lui dit au téléphone que « C'était une question de vie et de mort ». L'Organisation des États américains (OEA) resta néanmoins sourde aux plaintes émises par l'opposition et se concentra sur un problème secondaire concernant quelques sénateurs. Il en résulta une longue crise politique. L'OEA multiplia les missions pour essayer d'aboutir à une négociation entre le pouvoir et l'opposition. Mais elle faisait surtout des reproches à l'opposition, accusée de se monter trop intransigeante. L'incendie de ses locaux en décembre 2001 encouragea cette dernière dans l'idée que de nouvelles élections seraient impossibles tant que des bandes armées à la solde du pouvoir pourraient agir librement.

« Jésus, Toussaint-Louverture, Aristide : le credo du peuple haïtien », lisait-on encore récemment sur des banderoles accrochées

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au-dessus des rues de Port-au-Prince. Aristide a mis en place au fil des années un système qui inexorablement empruntait de plus en plus de traits au duvaliérisme : élections truquées, corruption généralisée, vassalisation de la Justice et de la force officielle de répression (l'armée dans le cas de Duvalier, la police pour ce qui est d'Aristide), impunité généralisée, mise en place de bandes parallèles armées, répression de la presse, lutte contre les syndicats et les autres mouvements organisés, attaques contre l'autonomie de l'Université, lutte contre les secteurs récalcitrants de la bourgeoisie, idéologie basée sur une prétendue défense de la « race noire », manipulation du vaudou, double langage vis-à-vis de l'impérialisme, culte de la personnalité. François Duvalier se présentait en « leader du tiersmonde » persécuté par les États-Unis. Les dirigeants qui, tels Hugo Chavez, prennent bien imprudemment sa défense risquent de le consacrer dans ce rôle. On ne peut cependant placer un trait d'égalité entre Aristide et Duvalier. Au contraire de François Duvalier (qui menaça cependant les Etats-Unis de se tourner vers Moscou), Aristide a rétabli les relations diplomatiques avec Cuba en 1996, et reste, semble-t-il, un admirateur de Che Guevara et de Fidel Castro.

De Fidel Castro, Aristide aura peut-être retenu les notion de parti unique, de coup tordu contre les opposants et de dialogue direct avec les masses. Par contre, l'ancien prêtre a abandonné tout projet de réforme sociale en retrouvant son fauteuil présidentiel en février 2001. Même le semblant de réforme agraire que son prédécesseur, René Préval, avait quelque peu entrepris, a été jeté aux orties. L'organisation paysanne KOZEPEP mise en place avec l'aide de René Préval, et qui avait pourtant joué un rôle important dans la fraude électorale de l'année 2000, a dû fermer boutique en raison des pressions qu'elle subissait. Son dirigeant Charles Suffrard s'est exilé aux États-Unis. Systématiquement, le ministère des Affaires sociales a pris partie contre les ouvriers et en faveur des patrons. Lorsque, près du Cap Haïtien, des syndicalistes liés au mouvement Batay Ouvriye ont été tués lors d'un mouvement social, le pouvoir s'est retourné contre les victimes. Plusieurs d'entre eux, dont certains étaient blessés, ont été conduits, sans être soignés, en hélicoptère à Port-au-Prince. Ils ne sont sortis de prison qu'au bout de plusieurs mois, après une campagne de solidarité.

En avril 2002, à l'issue de négociations, le parlement a voté une loi doublant presque le salaire minimum, qui n'avait pas bougé depuis des années et était devenu totalement obsolète. I s'est surtout agı d'une action de propagande et d'un moyen de faire pression sur les entrepreneurs qui commençaient à s'agiter. Au même moment, le premier ministre leur reprochait d'avoir la peau claire et de ne pas être de vrais Haïtiens. Après le passage de la loi, les travailleurs de l'Etat n'ont pas été augmentés pour autant... lorsqu'ils étaient payés. Et surtout, les chefs d'entreprise n'ont, comme à l'habitude, été l'objet d'aucun contrôle C'est d'ailleurs une syndicaliste qui a appris au ministre des Affaires sociales que la loi avait été votée ! Priorité au business

Sous la férule de Jean-Bertrand Aristide, on a assisté à un remodelage du capital haïtien, tout comme cela s'était passé sous les Duvalier. Contrairement à ce que dit la légende, des secteurs importants de la bourgeoisie haitienne sont liés à lui. C'est le cas du groupe Mews, ami de tous les régimes qui se sont succédés depuis des décennies. C'est le cas du groupe bancaire Unibank, créé il y a dix ans, et qui serait aujourd'hui la première banque haïtienne. Des entreprises ont été conduites à la faillite et rachetées par des hommes de paille au bénéfice d'Aristide. Des hommes d'affaire ont été rackettés. Certains ont été enlevés. Un entrepreneur étranger a affirmé que lors d'une entrevue avec Aristide, ce dernier lui a demandé une commission de 20 %. Cependant, à en croire les révélations faites par d'anciens policiers, l'essentiel de la fortune d'Aristide pourrait avoir une autre origine : le trafic de cocaïne. Il a ainsi été révélé que, de plus en plus, les chefs départementaux de la police étaient choisis en fonction de leurs capacités à gérer le trafic de cocaïne. Jean Baudoin

1 Gouro: Larralas la

A to

Kétant était, semble-t-il, l'homme clé de ce trafic en Haïti. Il a été lié à trois cartels colombiens à la fois, et la DEA (service anti drogue des États-Unis) affirmait vouloir l'arrêter depuis les années 1980. Il aurait été, pendant un moment, un proche d'Aristide. Ce dernier l'a finalement livré à la justice nord-américaine l'année dernière, pour des

Haiti raisons qu'il serait fort intéressant de connaître. Lors de son procès tenu en Floride au mois de février, il a affirmé qu'Aristide contrôlait 85 % du trafic de cocaïne transitant par Haïti. Lui-même lui aurait versé des dizaines de millions de dollars de commission. Un entrepreneur haitien, Olivier Nadal, homme fort peu recommandable par ailleurs, affirme que le groupe Unibank était utilisé par Aristide pour le blanchiment d'argent. Au mois de février, les deux principaux responsables de ce groupe ont été reçus par certains des premiers ministres de la Caraïbe qui plaident en faveur d'Aristide.

Alors qu'il était président de la République, Aristide est allé jusqu'à appeler à voter pour un candidat démocrate dans des élections locales américaines. Depuis son exil à Washington (1992-1994), il est en effet très lié au parti démocrate. Et pas seulement pour des raisons idéologiques ! Sous Aristide, Haïti, « le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental », comme on aime e dire en Amérique, était le quatrième sur la liste des États dépensant le plus d'argent pour ses actions de lobbying aux Etats-Unis. En contrepartie, Taiwan a arrosé largement l'administration Lavalas. Et, déjà en 1991, Aristide profita d'un temps de parole à l'assemblée générale des Nations unies pour proposer que Taiwan retrouve son siège à l'ONU. Une déclaration incongrue en cette occasion, qui passa inaperçue du fait qu'il fut renversé par un coup d'État militaire quelques jours plus tard. Mobilisations importantes

Le 5 décembre 2003, des partisans armés du président, les « chimères », ont pris d'assaut, avec l'appui de la police, la Faculté des Sciences humaines. Ils ont attah st Rokhadl, qué sauvagement les universitaires présents, qui se préparaient à manifester. Le recteur de l'Université d'État, qui essayait de négocier, a eu les jambes brisées à coups de barre de fer. Même sous François Duvalier on n'avait pas assisté à de tels actes dans une université. Pour le milieu éducatif et les intellectuels, c'en était trop. Le mouvement étu-

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Haïti diant et lycéen allait alors fournir aux manifestations de l'opposition la force et la détermination qui leur manquaient et entrainer dans son sillage de larges couches de la société. Sans que l'on puisse parler d'un véritable raz-de-marée, on a assisté à Port-au-Prince à plusieurs manifestations de très grande ampleur. La plupart ont été l'objet d'agressions violentes de la part de commandos, qui allèrent jusqu'à tirer sur la foule depuis des camionnettes. Des manifestations se sont déroulées dans de très petites villes, qui n'avaient connu aucune mobilisation depuis un siècle.

La Plate-forme démocratique de l'opposition, regroupant des partis politiques et des associations, était hétérogène et marquée par une grande confusion. Elle ne s'est jamais fait le porte-parole de la moindre revendication sociale. La place occupée par certains industriels intelligents, qui avaient pris la tête d'un regroupement de la « société civile », a permis au pouvoir de présenter le mouvement comme l'expression de la haine des exploiteurs contre le peuple.

Sans l'existence des mobilisations antidictatoriales et d'un profond mécontentement à travers le pays, on n'aurait pas assisté à un basculement de la situation, marqué notamment pas la désertion des policiers. La prise du commissariat de la ville des Gonaïves par d'anciens mercenaires du président, puis l'entrée en scène de quelques dizaines d'ex- militaires et d'anciens putschistes venus de Saint-Domingue seraient sans doute restés de l'ordre de l'anecdote C'est la profondeur du mouvement anti-

MISTIS

POU

TRAVAYÈ!

KOTE LETA!

KI WOL LETA)

NAN YON PEYI KOTE SE BOUJWA, GRANDON AK GRANMANIE TOU SEL KAP BYEN MENNEN, KOTE JISTIS POLI TRAVAYE KOTE JISTIS POU MAS PEP LAI ATA KONPAYI ETRANJE KITWOUVE YO I.EGAL. NAN PEYE A, SB YO LAJISTIS BAY REZON!

POU DI AYITI FIN VANN?!

ENIKICKMAAL PREMIE ME BATAY OLAHIYE HIPH BOLL « Justice pour les travailleurs ! Où est l'Etat ? Quel rôle joue l'Etat ? Dans un pays où il n'y a que les grands propriétaires fonciers et les grands fonctionnaires à pouvoir vivre, où est la justice des travailleurs ? Où est la justice des masses populaires ? Même les compagnies étrangères illégalement installés dans le pays, la justice leur donne raison ! Est-il possible qu'Haïti soit définitivement vendu ? » Affiche de Batay Ouvriye

Aristide qui explique aussi que l'opposition ait eu la force de résister aux formidables pressions exercées par les Etats-Unis, la France et le Canada. A quelques jours du départ d'Aristide, ces États la menaçaient encore des pires malheurs si elle n'acceptait pas une cohabitation suicidaire avec le tyran.

Quelques heures après la démission d'Aristide, le Conseil de sécurité de l'ONU vota une résolution autorisant le déploiement d'une force internationale en Haïti. Cette décision a été prise à la demande du seul Alexandre Boniface, le juge qui avait pris la place d'Aristide au palais national. Cependant Washington et Paris, réconciliés pour l'occasion, ne peuvent pas, pour le moment du moins, agir totalement à leur guise. C'est ainsi que dans le comité tripartite (opposition, Lavalas, « communauté internationale ») mis en place après le départ d'Aristide, la plate-forme de l'opposition s'est fait représenter non par un quelconque « fantoche », mais par Paul Denis, une figure historique de la gauche haïtienne. Cependant, le fait qu'un ancien général, même qualifié de « démocrate », ait été nommé ministre de l'Intérieur et ait failli être choisi comme premier ministre en dit long sur la confusion qui traverse aujourd'hui la plupart des partis politiques opposés à Aristide. Mouvement social contre l'armée

On a assisté ces dernières années à une certaine remobilisation du mouvement social. Les organisations féministes réunies dans la Coordination nationale de plaidoyer pour les droits des femmes (CONAP) ont joué un rôle de pointe dans la dénonciation des violences du régime Aristide, qu'elles ont déclaré « hors-la-loi ». Il y a quatre ans, malgré les agressions des « chimères », elles furent les premières à manifester pour demander justice après l'assassinat, souvent attribué à Aristide lui-même, du journaliste Jean Dominique. Dans le département du Sud-Est, un long travail de préparation a débouché à l'automne dernier sur le premier congrès de la Coordination régionale des organisations du Sud-Est. Elle fédère des associations d'origines très diverses, notamment sur le plan politique, mais elle a néanmoins adopté au consensus une résolution anti gouvernementale. Le processus de contestation du régime Lavalas s'est accompagné d'un début de réflexion

1. ME sur le bilan de 200 ans d'indépendance et la nécessité de rom-

SE JOU pre radicalement avec les voies empruntées depuis le départ de

BATAY

Duvalier. La préparation de la 3ª

Assemblée des peuples de la

OUVRiYE

Caraïbe, qui s'est tenue l'été dernier en Haïti, a ouvert des

KINT PATy, pistes de réflexion intéressantes.

Le Collectif « Solidarité, identité

« Le Premier Mai est le et liberté » a proposé que l'anjour de la BATAILLE DES née 2004 soit une année de

OUVRIERS CONTRE

LES PATRONS ! » refondation d'un projet national.

(Affiche de Batay Ouvriye)

Au mois de février, trente-cinq organisations du mouvement social se sont rassemblées dans un « regroupement démocratique et populaire » : organisations féministes, groupes paysans, associations altermondialistes y côtoient des réseaux de militants politiques, des radios communautaires et des équipes intervenant en milieu ouvrier. Dans une déclaration écrite à la mi-mars, trois de ces associations font remarquer que « les forces américaines sont intervenues en Haïti pour détourner et confisquer la victoire du peuple haïtien contre la dictature d'Aristide ».

Un autre acteur n'a pas fini de faire parer de lui. Il s'agit des anciens militaires ayant rejoint les insurgés des Gonaïves et ayant conquis facilement le Nord d'Haïti en compagnie d'anciens paramilitaires. Beaucoup a été dit à leur sujet, et notamment à propos de Guy Philippe, leur chef militaire, grand admirateur de Montesquieu et de Pinochet, qui se verrait bien à la tête de l'armée.

Cependant, bien des zones d'ombre subsistent, y compris sur leurs effectifs réels. Il est probable que les services de renseignement nord-américains connaissaient pour le moins leurs intentions et qu'ils ont bénéficié de complicité à l'intérieur de l'armée dominicaine. L'un d'eux a déclaré qu'ils ont reçu des financements de la part d'entrepreneurs haitiens. Il est possible qu'ils aient agi en simples mercenaires de la CIA. Il se peut aussi que l'affaire soit plus complexe, et qu'ils aient leur propre projet, axé sur le contrôle du trafic de la cocaine. En décembre 2000, c'est l'ambassade nord-américaine qui avait dénoncé un complot de Guy Philippe, ce qui l'avait obligé à quitter Haiti. Quoi qu'il en soit, et même s'ils font profil bas depuis qu'un général américain a haussé le ton, la possible jonction des hommes de Guy

Philippe avec une série d'anciens haut gradés évadés de prison le 29 février peut représenter une grave menace pour l'avenir.

Et une carte que Washington pourrait être tenté de jouer.

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