Inprecor 1974–2004

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VIETNAM

Visite du général Nguyen Cao Ky

· Inprecor n° 491, avril 2004 · p. 15 · 773 mots

Indochine États-Unis

Visite du général Nguyen Cao Ky / Tuan, Vietnamien de nationalité française, precor s'est à nouveau entretenu (1) avec ayant l'occasion d'aller régulièrement au Vietnam et aux États-Unis. * Tu te rends régulièrement dans les deux pays. Leurs relations se sont nettement améliorées depuis la levée de l'embargo économique américain en 1994, la reconnaissance du pays en 1995 et la ratification du traité commercial en 2001. L'adhésion à l'OMC n'a pas encore eu lieu mais qu'y a-t-il de neuf dans leurs relations actuelles ? Tuan : Il y a eu un évènement dont on a beaucoup parlé dans les deux pays. C'est le voyage du général Nguyen Cao Ky en janvier de cette année. * Peux-tu nous rappeler de qui il s'agit ? Tuan : Ky est un officier de l'aviation qui a été dans le gouvernement sud-vietnamien pendant la guerre. Il a été premier ministre et vice-maréchal de l'air de 1965 à 1967, gouvernant donc le Vietnam sous tutelle américaine, puis est passé vice-président en 1967 lorsque Nguyen Van Thieu a été élu président. Il a donc été à un poste dirigeant pendant de longues années. Il n'a pas fait d'école d'officier, est assez peu instruit mais soigne beaucoup son apparence extérieure. Il plaisait beaucoup aux Américains et on dit qu'il est à l'origine de l'emploi de pilotes vietnamiens pour bombarder le Nord-Vietnam à partir de 1965 (il aurait embrassé la première bombe....).

Tuan : Pourquoi a-t-il voulu faire un saut dans ce pays qu'il avait fui en 1975 est une question à laquelle il est difficile de répondre. Il a tenté de le faire, après son retour aux États-Unis, en répondant à une interview par la BBC qu'il avait maintenant 73 ans, que la guerre était finie et qu'il fallait faire comprendre à la jeune génération la nécessité de tourner la page. Pour lui le Vietnam n'avait été qu'un pion entre les géants de la guerre froide URSS-Chine et États-Unis. Il considère que c'est l'Histoire qui jugera et qu'en attendant il faut appeler tous les Vietnamiens à se réconcilier et notamment les anciens combattants.

Quant à la façon dont il s'y est pris pour pouvoir revenir, elle est aussi un peu floue. Il a fait sa demande fin 2001 et a fini par obtenir son visa pour le Têt 2004, grâce, semble-t-il, à une parente plus ou moins liée avec l'ancien premier ministre de la RDV (de 1991 à 1997) Vo Van Kiet. Il s'y est rendu le 14 janvier pour une dizaine de jours et a pu retrouver sa famille et ses amis. * Vient alors aussitôt une question complémentaire : pourquoi les autorités de Hanoi ont-elles fini par lui octroyer le visa ? Tuan : Depuis 2 ans l'appel à la réconciliation nationale a été repris au Vietnam. Pas pour des raisons morales mais pour pouvoir bénéficier de l'apport technique et financier de l'émigration. Il faut quand même savoir qu'il y a près de 2 millions de Vietnamiens aux Etats-Unis (et près de 400 000 en France). Il y en a 80 millions au Vietnam dont la moitié n'a pas connu la guerre, ils n'ont donc aucun ressentiment contre les Américains et même tentent de les singer dans de tranger la jeune génération n'a pas connu la guerre et n'a pas les ressentiments de ses parents vis-à-vis du régime communiste. Or elle représente un fructueux capital de matière grise et de dollars si le commerce prend de l'extension avec les Vietnamiens de Californie. Des deux côtés on prône maintenant la réconciliation nationale. * La communauté vietnamienne aux États-Unis doit quand même être partagée ? Tuan : Bien évidemment elle est plus que partagée : elle est déchirée. Il suffit de voir avec quelle haine s'expriment la majorité de la vingtaine de journaux vietnamiens publiés aux Etats-Unis. Ky s'est fait prendre à partie, on l'insulte, on le traite de tous les noms mais pas dans la jeune génération, celle sur laquelle table Hanoi. Ky a été le premier à faire la demande et a être autorisé à rétablir le contact, il y en aura certainement d'autres. On cite un général qui aurait des idées identiques à celles de Ky et qui ne peut pas le sentir. Mais il ne semble pas avoir encore eu de contacts avec la RDV. Il y a certainement de nombreux émigrés qui songent à rentrer mais qui restent encore prudents à cause de la communauté moins jeune demeurée viscéralement anticommuniste. L'avenir nous dira s'il faut attendre sa disparition pour que la page soit vraiment tournée...

Propos recueillis par Jean-Michel Krivine 1. Cf. Inprecor n° 480/481 de mars-avril 2003, "La guerre chimique a déjà eu lieu".

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