(minoritaire au Comité politique national du Parti de refondation communiste)
U dul tient de seteleares diverses depects
du débat de notre parti. Il s'agit de plans divers, qui, apparemment, se déplacent sur des cours parallèles mais qui représentent, pris un à un ou en bloc, un constant glissement par rapport aux décisions du dernier congrès. Le parti est actuellement plongé dans la confusion, dans un malaise et doit faire face à des difficultés en ce qui concerne sa capacité d'initiative militante. La discussion sur le parti européen n'est qu'un aspect de cette situation et elle serait peu compréhensible sans une réflexion plus générale. Pour ces raisons, nous proposons à la discussion et au vote, un document général, analysant la situation actuelle et proposant des choix qui en découlent. La guerre permanente
La situation politique continue à être marquée par l'offensive de l'administration des Etats-Unis et par la logique de la guerre permanente et préventive. Malgré l'échec de la guerre contre l'irak — si Saddam a été destitué, le peuple irakien se trouve dans une situation pire qu'avant et doit, en outre, faire face au phénomène terroriste - l'administration Bush continue à utiliser sa supériorité militaire et technologique pour dominer la planète, employant, après les armes, sa force économique comme le démontre la dévaluation compétitive du dollar. La politique guerrière marque donc une phase de forte instabilité et d'incertitude, même sur le plan démocratique, au niveau mondial. L'action du terrorisme international, qui dans sa détermination autonome poursuit l'objectif d'un nouvel "ordre" interne au monde arabe, non seulement ne constitue pas une riposte acceptable, mais de plus ne fait que renforcer les projets de domination impérialiste du gouvernement des États-Unis.
C'est dans cette dynamique que l'Union européenne tente de s'insérer avec la tentative de se risquer sur ce même terrain : Le projet d'une Constitution européenne néolibérale, pour le moment en échec mais qui n'a pas pour autant été abandonné, va en ce sens ; mais c'est surtout le sens du projet de directoire proposé par la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne (qui tente d'impliquer aussi l'Italie). C'est un projet d'Europe-puissance, non seulement sur le plan économique mais également sur le plan militaire, essentiel pour défier les États-Unis. Cette dynamique est
La phase politique
et le parti européen
contradictoire, elle est fondée sur une concurrence évidente entre les deux principaux blocs impérialistes (voir l'affrontement commercial et les droits imposés aux exportations états-uniennes) mais aussi sur des tentatives de construire une entente politique, économique et militaire (voir l'intervention conjointe franco-américaine en Haiti).
Dans ce cadre l'offensive contre les travailleurs et travailleuses à l'échelle internationale se poursuit. En Europe, c'est particulièrement visible dans les politiques imposées par le Pacte de stabilité : mise en cause des systèmes des retraites, flexibilité au travail, réductions de salaires. La dénonciation des entraves au Pacte de stabilité ne constitue pas une inversion de tendance des politiques néolibérales, mais seulement une tentative de la part des classes dominantes de se munir du plus grand nombre de ressources publiques pour affronter la crise économique. Lattaque du gouvernement Berlusconi
Ce processus est particulièrement évident en Italie où l'on observe une agressivité croissante du gouvernement, en particulier sur le plan social. L'adoption définitive de la loi n° 30 (1), la réforme des retraites proposée, le projet fédéraliste, l'augmentation de la répression interne constituent des pans d'un projet néoconservateur qui recherche le soutien des secteurs de la bourgeoisie et qui, en même temps, tente de resserrer les rangs d'une majo* Nous reproduisons ici le document présenté au vote par Gigi Malabarba, Flavia D'Angeli, Franco Turigliatto, Salvatore Cannavò, Lidia Cirillo, Barbara Ferusso, Elena Majorana, Livio Maitan, Nando Simeone lors de la session du Comité politique national (CPN) du Parti de la refondation communiste (PRC, appelé aussi Rifondazione), qui s'est tenue à Rome les 6-7 mars 2004. Les 9 membres du CPN signataires de ce document, militants du courant Bandiera Rossa, faisaient partie de la majorité lors du dernier congrès du PRC en 2002 (sur ce congrès on se reportera au dossier paru dans Inprecor n° 470/471 de mai-juin témoigne de la soumission au réforocument* rité parlementaire en crise, incohérente et manquant de légitimité politique et sociale. Le gouvernement vit une contradiction qui est la conséquence de ses propres politiques sociales : en frappant de larges secteurs populaires, elles mettent à mal également un secteur de l'électorat de centre-droite. L'objectif de souder le néolibéralisme et le populisme est loin d'être réalisé et, surtout, le mariage entre le néolibéralisme et le consensus électoral reste un mirage (non seulement pour les forces conservatrices mais également pour la gauche modérée, comme le démontrent les défaites de
Schröder). Dans cette crise, Berlusconi cherche, sur le plan électoral, à renforcer sa position personnelle et son leadership, sans pour autant perdre de vue le maintien de bons rapports avec les principaux secteurs de la bourgeoisie italienne, coincée entre la récession européenne, la force excessive de l'euro et la recherche désespérée de résultats concrets. Le soutien à
Luca di Montezemolo à la tête de
Confindustria (2) représente cette tentative.
La preuve du centre-gauche
L'élément paradoxal est que les forces modérées de l'Olivier poursuivent le même objectif. La naissance des listes unitaires s'inscrit dans ce cadre. Ce qui devrait constituer un important élément nouveau, la Convention de la liste unitaire, représente un facteur orienté non vers la constitution d'une nouvelle force réformiste, mais vers la constitution d'un sujet social-libéral voulant servir de solution de
2002). Le CPN a adopté par 67 misme (12 voix) et lui reprochant voix la résolution présentée par la d'abandonner « le programme de majorité qui approuve l'adhésion du classe » (4 voix), et enfin le docu-
PRC au Parti de la gauche euroment que nous reproduisons ici (7 péenne (PGE), dont le congrès de voix en l'absence de deux signataifondation se tiendra à Rome les 8-9 res). Le CPN a élu une délégation mai prochain. 53 voix se sont prode 12 membres - 6 femmes et 6 noncées contre ce projet. Mais il s'ahommes — pour représenter le git d'une opposition divisée entre
PRC au congrès constitutif du quatre autres résolutions : celle criti-
PGE, dont Flavia D'Angeli et Gigi quant le projet du PGE car il n'intè-
Malabarba. Traduit d'italien par gre pas les PC les plus conservateurs
Maria Gatti
(le KKE grec, le PC portugais et les
1. La loi n° 30 (legge 30) est une loi
PC d'Europe de l'Est) et demandant de flexibilisation du travail imposée le renvoi du congrès de fondation par Berlusconi.
du PE après les élections euro-
2. Confindustria est l'association patronale italienne.
péennes (30 voix), deux autres considérant que le projet du PGE
reproduction médicalement assistée a été votée sous - 6. La FIOM (Fédération des employés et ouvriers rechange à la bourgeoisie italienne une fois assuré l'échec du gouvernement Berlusconi. Le manifeste européen de Prodi, le seul horizon programmatique de la nouvelle liste unitaire, les propositions « de réforme » des retraites, l'attitude lors de l'affaire Parmalat (3) et la volonté de parapher une entente avec le centre-droite sur la loi sur l'investissement en sont des preuves sans équivoque. La logique de l'alternance demeure la logique dominante du cadre politique, avec des effets probable sur l'abstentionnisme et sur la désaffection du vote et de la politique. Cela réside dans l'attraction fondamentale que le cadre politique de centre-droite et centre-gauche exerce sur les secteurs forts du patronat et de la bourgeoisie italienne, qui, avec un sens aigu de leurs intérêts de classe, recourent aux deux regroupements. L'appui « bipartisan » à la candidature à la présidence de Confindustria en est une preuve évidente.
Par ailleurs, les déclarations des dirigeants des Démocrates de gauche (DS) et de Marguerite ne laissent pas place au doute.
Le refus du vote sur la mission militaire italienne en Irak, cache en réalité le soutien de l'Olivier à la présence italienne en Irak. Et la référence à l'ONU ne suffit pas à masquer l'aspiration à devenir un interlocuteur fiable des Etats-Unis. Le soutien apporté à l'opération militaire en Afghanistan, première application de la doctrine de la guerre infinie, contirme cette option. La décision dans ce contexte de participer à la manifestation du 20 mars n'atténue pas la gravité du choix. Elle l'aggrave par un témoignage de cynisme politique qui contraste avec la nécessité de refonder les formes de la politique. Une attitude « responsable » le groupe dirigeant de l'Olivier la manifeste dans son attitude envers l'Union européenne. En approuvant la Convention, donc le projet constitutionnel de la Convention de Giscard d'Estaing (et de Fini et Amato), l'Olivier a démontré la substance de sa politique en soutenant activement et avec conviction une culture « européiste » qui, au mépris de la démocratie, formelle et substantielle, tenté de transformer le Vieux continent en un réceptacle néolibéral gouverné par les règles du marché. Et que dire de l'attitude de Romano Prodi, qui dirige la Commission européenne, en défendant le pacte de Stabilité et la rigueur financière avec véhémence. Ce pacte de stabi3. Parmalat est une entreprise multinationale de produits laitiers dont la faillite a provoqué une crise politique en Italie, révélant une comptabilité truquée et des rapports qualifiés de « maffieux » entretenus avec les banques italiennes. La Banque centrale d'Italie a été mise en cause pour n'avoir pas joué son rôle de surveillance des opérations bancaires. Laffaire a également mis en lumière les liens de l'Olivier - et particulièrement du secteur de Romano Prodi — avec les grandes banques du nord de l'Italie. 4. La nouvelle loi, restrictive, sur les techniques de lité étrangle depuis des années non seulement les politiques nationales mais la possibilité pour les organismes locaux de mener à bien des réformes modestes en faveur des citoyens. L'unité nécessaire
Les exemples pourraient se poursuivre — de l'appui de Marguerite à la loi sur les techniques de reproduction médicalement assistée (4) aux accusations de « grève sauvage » contre les travailleurs des transport urbains — mais c'est assez pour nous faire comprendre la nécessité de revoir les orientations adoptées lors du dernier Comité politique national. Aujourd'hui les bases pour un accord programmatique de gouvernement avec le centre-gauche n'existent pas. Dans une perspective d'unité contre les droites, il est possible de construire un accord électoral pour battre Berlusconi, mais sans que cela implique une responsabilité gouvernementale. La perspective même de l'unité électorale pour chasser Berlusconi ne peut avoir aucune efficacité si on ne réalise pas d'abord l'unité dont nous avons vraiment besoin, dans les luttes en cours, autour d'une plate-forme commune fondée sur les revendications générales du vaste mouvement qui lutte, de manière encore éparpillée, contre les politiques néolibérales de Berlusconi, souvent soutenues par l'Union européenne. Voilà où réside le problème principal, et c'est ici qu'on peut saisir les limites et les contradictions des forces qui, sur le papier, devraient et pourraient constituer les alliés solides d'une éventuelle gauche alternative. Nous pensons en premier lieu à la CGIL, qui du point de vue de l'unification des luttes, fait peu ou rien quand elle ne travaille pas carrément pour saper leur pouvoir ou pour les freiner, comme dans le cas des transports urbains, en fonction d'une reprise de la concertation et du rapport privilégié avec la CISL ou l'UIL (5). Les signaux d'une relance de la concertation sont assez forts : depuis les contenus d'une série de passages unitaires des trois organisations syndicales jusqu'aux illusions créées autour de l'élection d'un nouveau président de la Confindustria. Une nouvelle phase de collaboration par la concertation se ferait à un niveau encore plus bas que celle des années 1990, car la Confindustria considère comme acquises et la pression de la hiérarchie catholique. Elle pourrait ouvrir la voie légale à la remise en cause du droit à l'avortement, car elle considère que l'embryon est un « sujet » juridique. Les élus de Marguerite — une des composantes de l'Olivier — ont voté en faveur 5. Il s'agit des trois confédérations syndicales italiennes traditionnelles. En 1995, la Confédération générale italienne du travail (CGIL) annonçait 5,25 millions de membres, la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CISL) — 3,75 millions et l'Union italienne du travail (UIL) - 1,73 million.
consolidées les mesures anti-ouvrières du gouvernement, et comme intouchable la répartition actuelle du revenu national et dont les organisations syndicales affaiblies n'ont pas la capacité d'en imposer à froid la renégociation.
C'est pourquoi il est si important aujourd'hui que le parti soutienne pleinement le projet de la FIOM (6) de rompre avec cette politique pour construire une nouvelle phase de conflit et de protagonisme de la classe ouvrière, un projet qui ait une signification très politique, non seulement syndicale.
Il est également important de maintenir un soutien actif aux initiatives du syndicalisme de base et à ses tentatives de résister à la concertation comme protagoniste dans des expériences importantes de lutte de classe.
Une nouvelle phase du mouvement
Par ailleurs, dans le sens indiqué par les mobilisations de masse des derniers mois, le travail du « mouvement des mouvements », qui est trop replié sur lui-même, devrait être relancé. Le mouvement vit une impasse de formes de représentation et de coordination, une difficulté à fixer des objectifs communs et des terrains de croissance. À côté de cette impasse, toutefois, on constate une montée globale des conflits sociaux : la lutte des transports, celle de l'école, le sommet des métallurgistes, la lutte contre la précarité des chercheurs universitaires, celle du secteur de santé, les luttes environnementales de Scanzano
Civitavecchia (7), la mobilisation extraordinaire de Terni en défense de la sidérurgie, et d'autres luttes souvent fragmentées. Le conflit n'a plus connu de grandes journées de mobilisation, mais il a commencé à s'enraciner sur de nombreux lieux de travail, avec une plus grande capacité d'articulation et d'approfondissement de la lutte. Désormais la lutte de classe concrète fait apparaître la nécessité d'une plate-forme unificatrice autour de certains points centraux : la lutte contre la précarité à partir du boycott de la loi 30, le salaire (y compris le salaire social), la défense et la relance de l'État social, l'abolition des Centres permanents de détention (8) et les droits de citoyenneté pour les migrants, la relégitimation de l'intervention publique et la défense des biens métallurgistes) est la fédération syndicale unitaire de la métallurgie. 7. A Scanzano c'est toute la population qui s'est mobilisée contre l'installation d'un site de stockage des déchets nucléaires ; à Civitavecchia toute la population locale s'est mobilisée contre l'installation d'une centrale électrique au charbon. 8. Les Centres permanents de détention (CPT) ont été mis en place dans le cadre de l'offensive contre les immigrés et les demandeurs d'asile. Ils permettent à la police d'y parquer les étrangers en situation irrégulière, sans jugement, en attendant leur expulsion.
communs, la démocratie des et dans les mouvements, à partir de la représentativité des travailleurs et travailleuses. C'est en déterminant des plates-formes communes aux différentes luttes, par un projet centré sur la reconstitution des liens et la recomposition du nouveau et de l'ancien mouvement ouvrier, qu'il est possible de passer aujourd'hui à une nouvelle phase. Une phase qui valorisera l'unité d'action concrète privilégiant la « continuité du mouvement » sur la « continuité des groupes ». L'occasion du Premier mai à Milan va en ce sens et doit donc engager fortement notre parti.
Par ailleurs, il faut mettre en avant non seulement la nécessité d'une grève générale pour bloquer la nouvelle contre-réforme du système des retraites, mais une rencontre nationale en bonne et due forme des délégués de l'ensemble du monde du travail pour définir des contenus communs de lutte syndicale et revendicative.
Dans l'immédiat, il y a la date du 20 mars et la mobilisation contre la guerre. Il n'y a pas de doute que l'instance pacifiste continue à animer la plus grande partie du mouvement italien, même dans ses composantes plus modérées. En ce sens il faut noter positivement la capacité de travailler unitairement à la réalisation de la manifestation du 20 mars, où nous sommes fortement engagés. Mais le problème reste de ne pas épuiser le mouvement pacifiste dans une dimension de témoignage, par une manifestation annuelle, qui tend à préserver sa fonction d'opinion publique globale mais non sa capacité effective d'agir politiquement. Il s'agit, en d'autres termes, de travailler pour que la dimension éthique nécessaire - que le débat sur la non-violence tend à codifier, en le cristallisant — devienne également une proposition politique. Cela passe par l'articulation du mouvement dans des campagnes thématiques et continues autour de certains points clés — les dépenses militaires, les bases militaires italiennes et étrangères, le processus de construction de l'armée européenne - en tant que lieux d'intervention pour un mouvement qui doit trouver les formes et les instruments pour demeurer présent après le 20 mars. La lecture du XX* siècle
Dans ce projet, le mouvement n'a point besoin d'un débat sur la non-violence, quelle que soit la valeur culturelle et politique de celui-ci. Ce n'est pas l'urgence première d'un mouvement qui a fait de ses formes pacifiques de lutte un trait distinct et naturel de sa propre existence.
Il est vrai par contre, que la discussion sur la non-violence contient l'hypothèse d'une redéfinition de l'identité de parti, d'une rupture avec les échecs et les erreurs du XX* siècle, fondée sur une relecture du siècle et de l'histoire communiste qui ne correspond pas à l'histoire concrète de la lutte des classes et qui n'est pas très utile pour tirer un réel bilan critique des expériences du passé.
Le point d'attaque choisi de la relecture du XX* siècle est le nœud de la guerre et à travers elle la question de la violence. On nous dit qu'une certaine propension, ou concession, à la violence, a traversé le mouvement communiste au point d'altérer ses aspirations d'origine et de déformer sa signification. Cette critique ne se borne pas aux horreurs et aux atrocités commises par le stalinisme, mais va au-delà, en recherchant et en trouvant des erreurs et horreurs commises des sa « jeunesse », une série de péchés originels, qui déplacent la critique du stalinisme vers une critique plus générale de l'attitude violente du mouvement ouvrier contenue dans ladite « prise du Palais d'Hiver ». Ainsi, sans jamais se donner la peine de vérifier cette image caricaturale, on en vient à mettre en accusation la Révolution d'Octobre, qui n'est pas un « santon » identitaire, mais un tournant décisif de la pensée et de la pratique du marxisme révolutionnaire dont on met en relief le caractère prétendument violent, en laissant en marge sa signification historique de libération et de l'activité autonome des masses. Au centre de ce processus il y avait, en effet, un des plus grands événements historiques, la capacité des masses à s'organiser de manière démocratique à travers les soviets, à travers les conseils d'usine, à pratiquer un niveau de démocratie que même la plus démocratique parmi les républiques n'a jamais su produire. À tous les moments les plus hauts des mouvements de masse du XX* siècle, ces formes d'auto-organisation ont réapparu sous des formes diverses, contre les efforts de tous les appareils d'origine social-démocrate et stalinienne pour les détruire ou les vider de leur substance en les réduisant à des logiques réformistes.
Il faut approfondir la critique du stalinisme et d'une grande partie de l'histoire communiste (il serait plus correct de dire : celle des formations modelées par le stalinisme) marquée en réalité par une double involution sur la question de la stratégie et du pouvoir : soit social-démocrate, qui renonce à la construction d'un processus révolutionnaire, soit autoritaire dans un sens vertical et putschiste. Il s'agit de conceptions profondément antithétiques à une stratégie révolutionnaire et démocratique de l'auto-organisation des masses.
L'aspect paradoxal c'est qu'en fondant les raisons de l'involution stalinienne sur un présumé péché originel du communisme, la prise du pouvoir comme un acte violent, on minimise la portée du stalinisme lui-même, en le réduisant à une variante, certes horrible, mais en définitive secondaire d'un problème beaucoup plus grand situé en amont. Outre Staline, on rejette Lénine, et avec lui, nous imaginons, Trotski et Rosa Luxemburg, en écrasant une histoire tourmentée et vitale sur une image posthume qui ne lui rend pas justice. Et à la fin c'est Staline et sa contre-révolution sociale qui en sortent relativisés
Cette discussion contient certainement la possibilité, encore totalement inexprimée, d'une sortie progressiste et de gauche des erreurs du XX* siècle. De ce point de vue, il peut être utile de s'interroger sur la question épineuse et jamais résolue, du pouvoir. Mais le fait de réduire la question du pouvoir aux erreurs et horreurs originelles conduit à banaliser un aspect important de l'action politique, celui de pouvoir décider et de pouvoir changer le monde. Ce qui a toujours été la prérogative des classes dominantes est mis en question avec violence lorsqu'il s'agit des classes opprimées. Nous pouvons discuter sérieusement, et ce serait utile, si l'organisation du pouvoir, produit de la Révolution d'Octobre, était celle qui fut la mieux adaptée à cette phase. Mais pouvons-nous soutenir que lorsqu'une révolution de masse brise l'ordre existant elle ne doit pas se doter d'un système de règles, d'institutions, de démocratie participative dirions-nous aujourd'hui, pour être à même de peser sur la réalité, défendre sa révolution, changer l'état de choses présentes ? Le nœud irrésolu : la démocratie
En réalité, cette discussion ne tient pas compte des effets d'une attitude idéaliste qui situe les erreurs non pas dans les déterminations historiques concrètes des processus mais dans des catégories abstraites. L'élément clé pour proposer une discussion cohérente et profitable sur la question du pouvoir et d'une sortie « à gauche » des erreurs du XX* siècle tourne autour de la question irrésolue de la démocratie. La révolution présuppose la participation et la démocratie dans toutes les phases de son évolution. S'il y a un élément d'actualité constant dans les événements tourmentés de ce siècle, dans ses erreurs et horreurs, il a trait au déficit d'une démocratie réelle et substantielle. C'est l'absence d'une réelle démocratie socialiste, fondée sur une véritable « auto-émancipation des travailleurs » sous la terrible pression de la guerre civile et de l'isolement de cette expérience, outre les erreurs commises dans ce contexte, qui a miné de l'intérieur le processus révolutionnaire ouvert avec la Révolution d'octobre ; c'est le manque d'une démocratie des et dans les mouvements, sous des formes qui garantissent l'auto-organisation et l'autonomie, qui ont empêché, lors de différentes phases historiques du XX* siècle, que les mouvements emportent sur le champ les conditions de contre-pouvoir et qui ont permis leur récupération et la mainmise des appareils social-démocrate et stalinien ; c'est l'absence d'une démocratie effective du et dans le parti, qui a bloqué le débat libre entre les options diverses — toujours trop dramatisées et résolues par des scissions, des affrontements idéologiques et des rancœurs — et c'est l'absence d'une participation effective aux choix et à leurs applications, qui a permis la croissance du culte de la direction et des appareils bureaucratiques. Le nœud de la révolution, qui reste
central pour notre identité, doit aujourd'hui être lié à celui de la participation et de la démocratie : c'est l'enseignement le plus précieux qui nous vient du mouvement altermondialiste quand il revendique la démocratie participative pour un autre monde possible. La politique européenne
La discussion sur le XX* siècle et sur les erreurs du mouvement communiste doit avoir une conséquence naturelle dans les choix concrets et actuels. Si nous voulons vraiment critiquer les pratiques bureaucratiques et verticales du mouvement ouvrier, nous ne pouvons pas accepter qu'un choix important, comme la constitution d'un nouveau parti européen, soit pris dans le huis clos des secrétariats et des rapports diplomatiques du parti. Il s'agirait d'un exercice impropre du pouvoir.
Aujourd'hui nous sommes à la veille de l'échéance importante des élections européennes : un rendez-vous central pour la vie du parti autour duquel il est utile que nous présentions les choix que nous faisons. Toute hypothèse organisationnelle doit être fondée sur un projet à long terme et une orientation politique claire et partagée. Justement à partir de l'Europe et de la place qu'elle occupe dans les principaux choix politiques actuels.
L'existence d'un vaste mouvement, social, politique, syndical et citoyen, qui, à partir du Forum européen de Florence, en passant par celui de Paris, se mobilise et se bat au nom d'une autre Europe, constitue une occasion precieuse pour avancer un projet alternatif pour une autre Europe.
Une Europe, avant tout, qui aurait comme repère le refus de la guerre comme instrument de résolution des différends internationaux et qui, en conséquence, commencerait à se « désarmer », en réduisant les dépenses militaires, en fermant les bases militaires, en commençant par les bases états-uniennes, mais surtout en s'opposant fermement à tout projet d'une armée européenne.
À partir du refus de la guerre, l'Europe doit rejeter l'idée de se construire sur la base de l'exclusion ethnique ou de genre. Dans notre Europe, personne ne devrait se sentir étranger et la citoyenneté devrait être universelle. Les mobilisations des migrants, qui commencent à se coordonner à l'échelle continentale depuis le Forum social de Paris, doivent être soutenues et unifiées aux autres luttes.
Ainsi le terrain social peut devenir le véritable terrain de mobilisation et d'unité qui, au nom d'une autre Europe, identifie des objectifs partiels et communs et en mesure de renforcer les luttes elles-mêmes. Il n'y aura pas d'autre Europe si nous ne parvenons pas à réaliser une grève européenne en défense du bien-être, des droits sociaux minima, des garanties syndicales, etc. Il n'y aura pas d'autre Europe si auparavant, les mouvements n'ont pas expérimenté des relations stables, des réseaux et coordinations effectives, des luttes en commun en valorisant le meilleur de l'expérience des Forums sociaux européens. En ce sens la conception de la démocratie elle-même peut et doit être enrichie. La Constitution européenne n'est pas une question qui puisse être déléguée aux gouvernements ou aux institutions comme la Convention. C'est une question générale devant établir les bases pour une nouvelle démocratie substantielle qui profite de l'expérience des mouvements, valorise la méthode participative, identifie de nouvelles structures participatives, non pas abstraites mais en fonction des contenus sociaux et politiques d'une
Pour ces raisons, il faut rejeter le projet de Convention. Une politique d'amendements n'est pas possible. Plusieurs forces, non seulement les sociaux-démocrates et les verts ont déjà choisi de la soutenir, mais aussi des organisations syndicales et associations qui défendent la nécessité de ce texte en raison de l'absence de toute référence constitutionnelle. Contre la Constitution des multinationales et de la mondialisation capitaliste, il faut au contraire construire une vaste mobilisation sociale, de masse, et créer ainsi les conditions pour une autre Europe, pour une autre Constitution, des peuples, sociale, démocratique et pacifique. Le parti européen
Notre congrès s'est posé un objectif ambitieux mais nécessaire : construire un nouveau sujet politique, en mesure d'unir les forces de la gauche alternative et contestataire sur les points communs de la lutte contre la mondialisation et la guerre. Cette construction d'un sujet politique européen doit aller en syntonie avec la croissance du mouvement altermondialiste, pacifiste, écologique, des travailleurs, des précaires, des jeunes des femmes et des intellectuels à l'échelle continentale.
Les événements à la suite du congrès ont confirmé la nécessité d'une nouvelle force politique, non pas imposée par en haut, ou seulement figurative sur le plan institutionnel, mais à l'issue d'un processus réel, qui se constitue dans le vif des luttes sociales décidées collectivement sur le plan supranational. Une organisation qui se formera par des rapprochements successifs, mais qui aurait tout de suite un agenda de travail crédible. Un sujet pluriel, ouvert, formé par divers secteurs du mouvement ouvrier et de la gauche de classe, qui saurait agir, discuter, construire un programme à la hauteur du défi capitaliste. Non pas un rabibochage plus ou moins diplomatique, mais un sujet en mesure de réaliser la « refondation » à l'échelle continentale et donc équipé pour combattre de manière plus efficace les forces de droite et d'ouvrir une bataille pour l'hégémonie face aux partis sociaux-démocrates, une véritable alternative à ceux-ci et à leurs gouvernements.
Des mouvements et des forces présentes au Forum social européen, pour arriver ensuite aux luttes sociales, aux luttes ouvrières et à celles des jeunes précaires qui se manifestent dans les différents pays, émerge l'exigence d'une organisation anticapitaliste européenne capable de représenter les diverses identités et subjectivités : un sujet anticapitaliste de travailleuses et de travailleurs et de la jeunesse, qui soit aussi féministe, écologiste, internationaliste
Tout en étant présent au sein du GUE, le groupe parlementaire européen constitué essentiellement des partis de « tradition communiste », au cours des dernières années notre parti s'est engagé sérieusement dans les travaux de la gauche anticapitaliste européenne qui a réalisé tous les six mois, à l'occasion des sommets de l'UE, un travail d'approfondissement politique, de convergence patiente entre les différentes forces qui la composent, de participation au nouveau mouvement depuis son départ. La convergence avec ces forces, avec leur orientation politique et idéologique doit être renforcée et se développer en lien avec nos orientations de congrès soulignant la nouvelle centralité de la construction du conflit social, des mouvements, de la démocratie d'en bas et participative, à la recherche d'un nouveau projet révolutionnaire de rupture avec le capitalisme et de transition vers une société alternative, tant il est vrai que le rapport introductif du congrès proposait de remettre la révolution à l'ordre de jour.
L'hypothèse de la construction d'un parti européen était intégrée au sein de ce choix radical, dont découle un jugement politique sur les différents courants de la gauche en Europe, en relation non seulement avec les positions politiques programmatiques mais aussi avec les choix politiques concrets. Il impliquait une appréciation non seulement des courants sociaux-démocrates mais aussi des partis de ladite « tradition communiste ». Le choix du congrès poussait ainsi à renforcer les relations avec les courants anticapitalistes au détriment des relations marquées par la continuité d'un passé à réévaluer ou par des orientations comptables ou « gouvernementalistes » de type social-démocrate.
Rifondazione avait justement assumé le rôle de charnière entre les différentes forces en cultivant des rapports pluriels, en valorisant en termes de propositions et d'influence sa propre expérience et la crédibilité qu'elle a conquise.
Aujourd'hui Rifondazione doit faire un choix politique clair : • elle peut mettre à disposition son rôle et sa politique à l'échelle européenne, sa présence dans le mouvement pour réaliser la construction de la gauche anticapitaliste, en allant en ce sens de manière cohérente avec son congrès, sans fermer la porte à qui que ce soit, en maintenant une pluralité de rapports et en favorisant le renouvellement et la radicalisation de l'ensemble de la gauche non social-démocrate, • ou elle peut construire un parti européen,
Nouvelles du mouvement ouvrier et de l'Internationale avec un centre de gravité bien plus à droite, avec des contenus génériques et vagues, comme ceux qui se sont exprimés dans le texte signé par les 11 partis, où il n'y a pas de refus explicite de la Constitution européenne, ce qui n'est pas un hasard, mais où on trouve une référence ambiguë à l'armée européenne et une référence générique au mouvement des mouvements.
Ainsi, elle peut constituer un axe avec des forces politiques modérées, dont plusieurs partagent la responsabilité des politiques néolibérales avec les forces social-démocrates au pouvoir, ou travailler de manière conséquente à une hypothèse plus cohérente avec la gauche alternative.
Qu'un tel choix ait pu être fait, en premier lieu, par un cercle restreints du parti - sans une participation adéquate des organismes dirigeants et de l'ensemble du parti, sans une réflexion approfondie des implications que les deux options peuvent avoir sur l'avenir de notre parti en Italie, mais aussi et surtout sur la configuration possible d'une gauche alternatives, en mesure de répondre aux défis du processus capitaliste d'unification européenne — nous paraît une grave erreur du secrétariat que ce Comité politique national doit commencer à
Vietnam dépasser.
Que de plus un tel choix ait pu être fait sans même ressentir le besoin d'inviter des forces qui constituent la Conférence de la gauche anticapitaliste, en les mettant devant un fait accompli, ce n'est pas, à notre avis, la meilleure façon de procéder. Un processus constituant
Pour ces raisons, Rifondazione décide de rouvrir en d'autres termes le processus de constitution d'un parti européen, par la promotion d'un processus constituant en bonne et due forme qui implique l'ensemble des sujets intéressés. Le point de départ ne peut être que le jugement sur les dynamiques et sur les projets de l'unitication capitaliste, l'évaluation de la signification de la Convention européenne, la valorisation des différentes formes de résistance et de lutte qui surgissent, la pleine participation au mouvement contre la mondialisation capitaliste, un travail pour construire les réseaux, les liens, les plates-formes de lutte contre les politiques du capital et des gouvernements qui en sont l'expression.
Tout cela signifie un jugement sévère sur les politiques de la social-démocratie, partie * Pourquoi donc et comment a-t-il fait pour être admis cette année au Vietnam?
Italie / Vietnam prenante des choix des classes dominantes européennes et en conséquence, la construction d'une alternative aux forces social-démocrates : ces forces ne doivent pas être exclues des convergences et des initiatives communes et unitaires lorsque celles-ci seront possibles et utiles au développement des mouvements ; mais c'est l'orientation politique générale, les pratiques politiques, l'insertion sociale qui nous distinguent stratégiquement de ces forces. Une force d'alternative, indispensable aujourd'hui pour construire une perspective pour les travailleuses et les travailleurs européens, sera ou bien anticapitaliste de manière cohérente et donc alternative à la social-démocratie, ou bien ne verra pas le jour.
C'est sur la base d'un tel processus de discussion, en tenant compte des finalités et des preuves à mettre en œuvre, que nous devons reprendre les contacts, retisser des liens, ouvrir à nouveau les discussions, avec toutes les forces politiques qui sont disposées à les entreprendre aujourd'hui. Au terme d'un tel processus, nous pourrons voir qui est vraiment intéressé et disponible à s'engager pleinement dans la construction d'un projet européen anticapitaliste, solidaire, démocratique et social. • nombreux domaines. Lorsque le président Clinton s'est rendu au Vietnam pendant trois journées de 1999 il a été très applaudi par la jeunesse. A l'é-