venus du PASOK, de la gauche radicale, et même anarchistes ! Si tel est le cas, c'est un point positif, même si les rassemblements électoraux ne semblent pas avoir attiré les foules (à Athènes, il était du même ordre qu'en 2000). Par contre, la géographie des votes montre de préoccupantes limites : les plus forts progrès (entre 0,50 % et 1,30 %) se font dans Athènes (6,3 % , gain de 0,5 % , régions d'étudiants et tertiaire), en Phocide et en Messénie, régions de droite ; mais SYRIZA perd des voix dans la large banlieue ouvrière du Pirée, qui reste la concentration ouvrière de la Grèce (4 %, perte de 0,5 %). En outre, malgré le système de vote préférentiel, aucun des 6 élus choisis par les électeurs de SYRIZA n'appartient au courant radical (5). Ainsi, « six ans d'un travail assidu de préparation pas à pas » (6) pour en arriver là semble un gros gâchis : cela aurait peut-être valu la peine de jeter plutôt ses forces dans la bataille préalable pour un regroupement des révolutionnaires, qui aurait pu ensuite discuter d'une alliance avec le Synaspismos pour former un bloc de gauche radicale. A son échelle, OKDE est allée en ce sens, et dans le cas grec, c'est vrai que c'est moins facile que des discussions de sommet avec le Synaspismos ! (7) Des échéances de lutte
Le bilan avec les forces de SYRIZA est d'autant plus nécessaire que c'est avec elles que nous travaillons au sein du Forum Social Grec (FSG) et qu'il est important de relancer une structure qui a été malheureusement mise en sommeil dans une période où elle aurait pu jouer un rôle d'interpellation, ce qui aurait d'ailleurs permis de l'élargir. Il est donc hors de question d'accepter que les élections passées, chacun retourne à sa petite cuisine !
De dures batailles s'annoncent, contre les privatisations, contre les multiples cadeaux aux patrons (allègement de charges), pour la sécurité sociale et les retraites, sans oublier le contexte des Jeux Olympiques (accidents du travail, renforcement policier). Il s'agit donc de distinguer les différents niveaux, et c'est l'objet des discussions post-électorales.
En gros, les batailles en perspective passent par l'unité d'action de la gauche (en prenant en compte les militants du PASOK) et des syndicats (avec peut-être une bataille pour la préservation de l'unité syndicale, face au risque de scission voulue par le KKE dans GSEE).
Si le FSG doit servir de pôle de propositions d'action unitaire, il ne saurait être instrumentalisé ni remplacer le développement du débat amorcé sur la formation d'une gauche anticapitaliste, débat qui n'avancera que s'il inclut désormais le plus grand nombre de forces révolutionnaires, avec des perspectives de programme d'action. Les élections européennes pourraient être l'occasion de préparer, enfin, un pôle radical, à la lumière de l'expérience des législatives.
Athènes, le 14 mars 2004
La Coalition de la
Un pas
vers la reco
de la gauc
Par Georges Mitralias* ien que fléchissant un peu, le pourcentage des voix obtenu par les deux partis néolibéraux grecs (le PASOK social-libéral et la Nouvelle Démocratie de droite) a été de nouveau exaspérant : 85 % ! Ce n'est donc pas un hasard si la question dominante au sein de la gauche reste toujours la même : comment débloquer cette situation qui perdure ?
Pour le PC grec (KKE) la solution est simple et se résume à son propre renforcement combiné à l'écrasement et à la disparition de ses concurrents à gauche. Pour une partie des organisations d'extrême gauche, la solution passe par la construction d'une force révolutionnaire en totale opposition aux partis réformistes. Enfin, pour Synaspismos et ses alliés d'extrême gauche la réponse réside dans une approche à la fois unitaire, mouvementiste et dynamique qui combine l'unité d'action contre les politiques néolibérales avec l'approfondissement du dialogue politique en vue de la recomposition radicale de la gauche.
Sur la base de ces orientations des uns et des autres, leurs résultats électoraux sont * Georges Mitralias, journaliste, la gauche et du correspondant de longue date regroupement de d'Inprecor en Grèce, est militant de DEA et membre de la coordinaInprecor a présenté à plusieurs reprises le débat sur la recomposition de la gauche au sein de TOKDE (section grecque de la IVe Internationale) ainsi qu'avec d'autres camarades de la gauche révolutionnaire grecque. Pour le suivre on se reportera notamment à Inprecor n° 459/460 de juin-juillet 2001, n° 463/464 d'octobre-novembre 2001 et n° 489/490 de janvier-mars 2004. 1. Les composantes de la Coalition geants syndicaux exclus ou démisde la gauche radicale sont les suivantes : Synaspismos (Coalition de Mouvement des Citoyens actifs
Gauche Radicale décisif imposition he grecque très éloquents. Le PC peut se targuer de sa progression de 0,4 %, mais force est de constater qu'il devra attendre encore long temps avant de pouvoir s'imposer comme l'unique alternative à gauche, d'autant plus qu'il vient d'échouer dans sa tentative
(avouée) de faire disparaître Synaspismos du paysage politique grec. D'autre part, les groupes d'extrême gauche qui optent pour la construction prioritaire du « parti révolutionnaire », tout en se présentant séparément aux élections, obtiennent des résultats qui - manifestement — ne confirment pas leurs choix tactiques (de 0,11 % à 0,15 % avec un total d'environ 0,5 % pour toute cette nébuleuse sectaire).
Le résultat de la Coalition de la Gauche
Radicale (1) qui a regroupé Synaspismos,
DEA, KEDA, AKOA, la liste des Citoyens
Actifs et des indépendants et qui a été soutenue par KOE, le Réseau et d'autres, peut être lue de différentes manières. Selon la première lecture (statique et superficielle), il serait presque équivalent a celui obtenu par le seul Synaspismos aux élections précédentes, ce qui aboutirait à la conclusion qu'il y a eu... beaucoup de bruit pour rien. La seconde lecture (dynamique et fondée sur les faits), conduit à une toute autre conclusion.
(fondé en 2002 par le dirigeant de la progrès, issu du résistance grecque, Yanis Glezos). La diverses scissions du PC grec), le DEA (Gauche inter-
KOE (Organisation communiste de nationaliste ouvrière, une organisa-
Grèce, d'origine maoïste, liée au tion marxiste-révolutionnaire formée en 2001 à l'initiative des milid'Argentine), qui avait signé la tants issus du SEK, la section
Déclaration de l'Initiative pour le grecque de la Tendance socialiste regroupement de la gauche (reprointernationale, dont le SWP britanduite dans Inprecor n° 489/490 de nique constitue la principale organijanvier-mars 2004), avait finalesation), l'AKOA (Gauche rénovatriment pris la décision de ne pas ce communiste et écologique, issue rejoindre la liste commune pour les du PC de l'Intérieur, une rupture au élections législatives du 7 mars, tout sein du PC grec après l'invasion de en appelant à voter en sa faveur. Le la Tchécoslovaquie par le pacte de
Réseau pour la défense des droits
Varsovie en août 1968), le KEDA sociaux et politiques (Diktyo) est un
(Mouvement pour l'unité d'action mouvement social autonome jouisde la gauche, formé par des dirisant d'un grand prestige, il a apporté son soutien à la Coalition de la sionnaires du KKE, le PC grec) et le gauche radicale.
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B
KOP Athènes, 20 mars 2003, cortège du Forum social et, ci-dessous, la banderolle « Nous sommes tous Irakiens ! » D'abord, étant donné que, selon tous les sondages, seulement entre 60 % et 50 % des électeurs précédents de Synaspismos ont revoté pour ce parti et ses alliés en 2004, il est clair que que toute comparaison de ces deux résultats est arbitraire et ne correspond pas à la réalité. En effet, le fait que la « Coalition de la Gauche Radicale » ait dépassé légèrement le score de Synaspismos d'il y a quatre ans (3,27 % contre 3,20 %) 2. L'intention — attribuée à tort à l'extrême gauche alliée de Synaspismos — de vouloir créer avec ce parti réformiste « la gauche anticapitaliste grecque » ne peut prêter qu'à rire et ne correspond à aucune réalité. Ceci dit, il faut beaucoup d'aveuglement sectaire ou d'ignorance des réalités pour affirmer que Synaspismos est « très réformiste » quand on tient compte des faits suivants : Synaspismos s'est prononcé contre l'alliance avec la social-démocratie libérale et c'est pourquoi il est, à notre connaissance, le seul parti réformiste européen qui a choisi de faire le contraire : se présenter aux élections allié à des organisations de la gauche radicale. De plus, Synaspismos est aussi, avec le PRC d'Italie, le seul parti réformiste européen qui a participé activement à toutes les étapes de la construction du mouvement des mouvements, depuis les Marches Européennes jusqu'aux FSE de Florence et de Paris en passant par Porto Alegre, Prague, Gênes, Nice, etc. Enfin, Synaspismos s'est prononcé contre le traité constitutionnel européen. Sans vouloir l'idéaliser, mais aussi sans risque de nous tromper, nous persistons à croire que l'extrême gauche de plusieurs pays européens serait bien contente d'avoir un parti réformiste comme Synaspismos pour interlocuteur chez elle... En tout cas, se réfugier dans la passivité fataliste et se priver d'avance de toute possibilité d'intervenir activement dans l'évolution d'une formation comme Synaspismos ne nous semble pas l'attitude la plus indiquée pour des militants qui se battent pour l'émancipation du genre humain. 22 bien qu'elle ait gardé seulement un sur deux de ses électeurs précédents, montre clairement qu'on assiste à un changement profond de la composition de son électorat, qui ressemble à une véritable rupture avec le passé.
L'explication est facile et provoque déjà maint commentaires dans la grande presse du pays. La fuite de l'électorat droitier du parti qui fut accélérée par les démissions en cascade de ses dirigeants tentés par l'alliance avec la social-démocratie, a été contrebalancée par l'arrivée de nouveaux électeurs qui sont qualitativement différents. Évidemment, il s'agit ici d'un événement presque fondateur car il est riche d'enseignements et pourvu d'une réelle dynamique à ne pas sous-estimer.
Le premier enseignement est que l'alliance de Synaspismos avec des organisations d'extrême gauche a été suffisamment crédible pour pouvoir inspirer des dizaines de milliers de militants et d'électeurs de gauche qui rejettent toute collaboration avec la social-démocratie néolibérale. Il ne s'agit pas seulement d'une déduction logique mais aussi de faits concrets car ponctués par des prises de position publiques en faveur de la « Coalition » par des groupes, des réseaux et des inorganisés qui, bien que se caractérisant par une méfiance quasi viscérale envers les partis politiques ou une aversion pour les « élections-piège-à-cons », ont choisi cette fois de voter pour cette alliance inédite ou mieux, pour la soutenir activement !
Le deuxième enseignement tient à la dynamique de ce profond changement de « clientèle » électorale. Il est évident que, même si certains des dirigeants de cette alliance (du Synaspismos ou de l'extrême gauche) étaient tentés par l'éventualité d'un retour en arrière sectaire, ils ne le peuvent plus car ils sont devenus otages d'une dynamique qui non seulement a été payante mais qui se matérialise dans la volonté de 250 000 électeurs et militants de gauche d'imposer l'unité et la radicalité et d'aller de l'avant. C'est ainsi qu'on peut expliquer le pourquoi de la nouvelle perspective qui « imperceptiblement » a fait surface au lendemain des élections et qui provoque déjà âpres débats et positionnements tant au sein qu'à la périphérie de la Coalition de la Gauche Radicale : l'urgence de l'approfondissement programmatique et organisationnel pouvant aller jusqu'à la fondation d'un parti politique radicalement nouveau !
Cette exigence ne correspond pas seulement à une dynamique interne de la « Coalition » mais aussi aux besoins de la conjoncture politique grecque ouverte après les élections. En deux mots, étant donné que la cuisante détaite électorale combinée au brusque virage de sa nouvelle direction vers un parti interclassiste aux forts relents néolibéraux purs et durs, provoquent déjà une grogne des secteurs de gauche de la base du PASOK, il n'échappe à personne que seule la présence d'une force radicale, démocratique et pluraliste à sa gauche peut transformer cette grogne en une véritable révolte de masse qui permettra de débloquer la situation et sortir la gauche grecque de sa marginalité actuelle.
Cependant, pour en arriver là, il faudrait que les alliés de Synaspismos pèsent de tout leur poids sur la marche des événements, ce qui veut dire qu'ils se coalisent - tout de suite - dans un courant anticapitaliste se battant pour l'ouverture vers d'autres sujets que pour la radicalisation de la Coalition. Évidemment, ce « courant anticapitaliste » ne pourra pas être conçu en opposition à Synaspismos. Le fait que ce parti réformiste très atypique se soit épuré de la grande majorité de ses cadres et dirigeants droitiers et surtout, le fait qu'on rencontre en son sein des militants et des dirigeants de plus en plus radicalisés, rend obligatoire pour le « courant anticapitaliste » de regrouper aussi ces camarades-là (2).
En somme, pour la première fois depuis fort longtemps, une partie non négligeable de la gauche grecque peut se doter de moyens afin de contribuer de manière décisive à la fondation d'une gauche radicale, démocratique, féministe, écologique et internationaliste capable de briser les sectarismes, d'imposer l'unité d'action, de bouleverser les donnes et d'influer sur les rapports de force globaux. L'enjeu est de taille et les difficultés ne vont pas manquer. Mais, en dernière analyse, ça vaut la peine de s'y investir avec conviction et enthousiasme...