Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Bilan de la campagne des élections régionales

· Inprecor n° 492-493, mai 2004, n° 492/493 · p. 27-30 · 4 175 mots

France

Par le BP de la LCR*

La direction nationale (DN) doit tirer les

premiers enseignements des résultats des élections régionales dans le cadre sui• d'une part, l'objectif essentiel de cette DN est d'analyser la nouvelle situation politique, de préparer l'organisation à intervenir sur les grandes questions sociales d'ici l'été (assurance-maladie, privatisation d'EDF, réforme du code du travail) et de nous mettre en ordre de marche pour mener la campagne des européennes. • d'autre part, le bilan des régionales n'est qu'un bilan d'étape. Tous les enseignements de l'orientation définie au dernier congrès national seront tirés, avec le recul nécessaire, après les élections européennes (résultats électoraux, bilan de l'accord électoral avec LO, initiatives pour une force nouvelle).

Nombre de militants, sympathisants, amis, ont été déçus par les résultats électoraux des listes LO-LCR. Les interrogations, les discussions, les critiques sur les analyses et les orientations de l'organisation, lors de ces élections, sont tout à fait légitimes, d'autant que nous avons fait, globalement, une bonne campagne, que nous avons rassemblé des milliers de salariés et de jeunes dans les meetings et réunions publiques, et étendu notre implantation.

Dans tout bilan d'une action politique, il y a ce qui relève de la situation objective, de ses contraintes et ce qui relève de l'action propre de l'organisation.

Aussi faut-il examiner ce que nous avons fait à la lumière de l'ampleur du vote pour la gauche, vote qui a été utilisé pour rejeter la politique de droite. Quand il y a une telle lame de fond pour voter utile, les électeurs se tournent vers les partis traditionnels de la gauche qui par leur influence, leur implantation, leur présence dans les institutions, constituent, à leurs yeux, des instruments plus efficaces que l'extrême gauche. Dans ces conditions, nous ne pouvions augmenter le nombre de nos voix. Dans le passé, en particulier aux élections législatives de mai de la campagne des élections régionales

1981 ou en 1997, le vote utile nous rejetait entre 1 % et 2 %. Cette fois-ci, nous avons résisté à près de 5 %. On peut et on doit discuter tous les points d'orientation et d'action de notre campagne, mais nous devons toujours prendre la mesure de notre action dans un contexte électoral marqué par l'ampleur exceptionnelle de ce « vote utile » qui ne pouvait que marquer des limites pour les résultats électoraux de la gauche révolutionnaire.

Les listes LCR-LO ont obtenu 4,58 %

. des suffrages exprimés. Deux ans après le score historique de l'extrême gauche au ler tour de l'élection présidentielle de 2002, qui dépassait les 10 %, les résultats des régionales de 2004 apparaissent comme un net recul. Les effets des campagnes médiatiques sur la possibilité que l'extrême gauche dépasse la barre des 10 %, la dynamique des discussions avec LO et des débats dans la Ligue sur la tactique électorale, mais aussi le fait que nous avons profité politiquement de ce climat pour « sponsoriser » la campagne, ont créé une situation où nous espérions un score « en continuité » avec les 10 % du 21 avril 2002. Personne ne pensait que nous pourrions avoir 10 %, mais nous escomptions des résultats au-dessus des 5 % obtenus. Aucune déclaration de la LCR ou de ses porte-parole n'est tombée dans le triomphalisme ou le petit jeu des pronostics autour des 10 %. Nous aurions dû insister plus sur le caractère exceptionnel du score du 21 avril 2002 et les difficultés de ce scrutin des régionales de 2004 Rappelons que le scrutin du 21 avril 2002 se situait après 5 années de gouvernement Jospin, qui avait mené une politique d'austérité et de remise en cause des acquis sociaux.

Car sur la longue durée, la gauche révolutionnaire stabilise, étend et consolide son électorat. * Nous reproduisons ici le rapport présenté par la majorité du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IV* Internationale) en vue de la discussion au sein de la Direction nationale de la LCR, les 3-4 avril 2004.

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Depuis 1995, il y a eu 8 consultations électorales : élection présidentielle de 1995, législatives anticipées de 1997, régionales de 1998, européennes de 1999, municipales de 2001, présidentielle de 2002, législatives de 2002, et régionales de 2004.

Par rapport aux dernières élections régionales (de 1998), nous progressons légèrement en nombre de voix. Il ne faut pas oublier qu'en 1998 LO ne couvrait que 70 départements et la LCR une vingtaine, l'extrême gauche avait donc été absente d'une vingtaine de départements... Les listes séparées LO et LCR obtenaient 939 000 voix en 1998, et 22 conseillers régionaux. La liste LCR-LO obtient en 2004, 1 080 000 voix. En gros, il y a stabilisation, malgré une modification du mode de scrutin qui nous était largement défavorable.

Plus globalement, sur ces 8 consultations électorales, nous en avons deux où la droite était aux commandes : les élections anticipées de 1997 et les régionales de 2004. Les élections législatives de 2002 ayant un caractère particulier, car elles se déroulaient dans la foulée de la présidentielle. En 1997, les listes séparées LCR et LO tournaient autour de 2 %. En 2004, les listes LO-LCR stabilisent un électorat à près de 5 %.

Dans les autres cas, c'est la gauche qui était au gouvernement, et c'est dans ces élections, que l'extrême gauche a obtenu de bons résultats : • Plus de 5 % avec la candidature d'Arlette Laguiller, en 1995, après 14 années de mitterrandisme ; • 4,38 % aux régionales de 1998 ; • 5, 3 % aux élections européennes de 1999 ; • Plus de 3 % en moyenne aux élections municipales, en additionnant les listes LO et les listes LCR (même s'il est difficile de comptabiliser les résultats de ces élections) ; • Plus de 10 %, à l'élection présidentielle, et ce dans des conditions exceptionnelles, suivies des législatives de juin 2002 où l'addition des résultats des candidats LO et LCR

Sur la longue durée, ces résultats traduisent donc une certaine stabilité.

Il faut compléter cette analyse en indiquant, aussi, que tant la structure sociologique du vote extrême gauche » que sa carte géographique se modifient.

Sur le plan sociologique, le vote « extrême gauche » reste stable chez les ouvriers, recule légèrement chez les employés, mais baisse considérablement chez les jeunes 1824 ans. La crainte d'une réplique du 21 avril explique qu'une partie de l'électorat jeune aille vers le vote utile. Lors des prochaines élections européennes, il faudra reprendre une série d'initiatives dans la jeunesse.

Sur le plan géographique, le vote « extrême gauche » recule, essentiellement, dans les terres du Nord et de l'Est, de l'îlede-France, mais progresse dans les autres régions, notamment l'Ouest et le Sud-Ouest.

C'est-à-dire que les listes LO-LCR reculent plutôt dans les départements dominés par LO et progressent sûrement dans les départements où le vote LCR commence à émerger progressivement depuis la présidentielle et les législatives de 2002.

Avec le même mode de scrutin qu'en 1998, les listes LCR-LO auraient obtenu 24 conseillers — soit deux de plus, mais le rapport LO/ LCR se serait modifié au profit de la Ligue. 2 : democratique qui favorisait les partis Dans un scrutin particulièrement antidominants et pénalisait les petites formations, le vote utile a joué à fond. La barre des 10 % apparaissait si haute, pour des formations comme les nôtres, que cela a conduit les électeurs à voter pour les partis qui, grâce à leur implantation et à leur influence, pouvaient être utilisés comme l'outil le plus efficace, pour infliger la défaite la plus cinglante possible à la droite gouvernementale. Même si l'abstention reste forte : près de 40 %.

Nous avions correctement apprécié ce mouvement de rejet, ce qui a conduit tant la Ligue que LO à concentrer le tir contre le gouvernement, à mettre l'accent sur le vote sanction contre Raffarin, à nous présenter comme l'opposition résolue. Cette position a été confirmée dès le soir du 1er tour par nos déclarations qui se félicitaient de la défaite de la droite.

Mais nous avions sous-estimé le fait que cette dynamique profiterait autant au PS et aux partis de la gauche ex-plurielle. Dans les thèses du dernier congrès, tout en indiquant que le processus de social-libéralisation affaiblissait structurellement les liens entre le PS et les mouvements sociaux, nous indiquions que, dans le cadre de l'alternance, le PS pouvait connaître des remontées électorales. Même si, du fait du bilan du gouvernement de la gauche plurielle, nous pronostiquions que cette remontée ne se produirait pas à cette élection et, donc, libérerait un espace que nous pouvions occuper.

Ce que nous avons sous-estimé n'est pas le rejet de la droite, mais la forme que prendrait cette expression. Quinze jours avant le scrutin, celle-ci semblait soit se traduire par une forte abstention, soit par un vote sanction que les commentateurs appellent « le vote protestataire ». C'est d'ailleurs pour cela que nous avons centré une partie de notre campagne sur l'insécurité sociale afin d'arracher au Front national (FN) des secteurs populaires et de les « tirer » vers les réponses que nous proposions.

Ce que nous n'avons pas vu venir, nous et nous tous, c'est que le rejet allait se cristalliser sur le vote utile pour le PS et ses alliés. Sans doute la combinaison de la violence de la droite (qui d'ailleurs dispensait le PS d'avoir un réel programme) et le « traumatisme du 21 avril » ont permis dans les derniers jours l'expression de ce vote utile ; celui-ci a gagné en crédibilité dans la dernière semaine à l'aune de la « divine surprise espagnole » (la victoire du PSOE) en reprenant le credo du devoir civique qui pouvait réserver une agréable surprise.

Surtout que la gauche au gouvernement ou la gauche dans l'opposition n'est pas considérée de la même façon par les salariés et les jeunes. Le PS a été utilisé comme l'instrument nécessaire pour rejeter la politique du gouvernement. Le vote à gauche n'est pas un vote d'adhésion. C'est un vote « fonctionnel » pour battre la droite. Nous ne pensions pas que la remontée électorale du PS serait si rapide. Ce phénomène n'est d'ailleurs nullement contradictoire avec le fait qu'une grande partie des électeurs ne fasse plus la différence entre la droite et la gauche.

Cette mécanique a joué aussi pour le PCF qui, s'appuyant sur son implantation, ses réseaux, la reconstitution de certains segments de l'appareil et la réorganisation de ces forces dans certaines régions, a pu être utilisé contre la droite tout en exprimant une critique du PS. Cette capacité à limiter l'inévitable déclin s'était déjà vu lors des dernières législatives où son implantation locale et des candidatures communes avec le PS avaient permis au PC de sauver son groupe parlementaire. Aujourd'hui, il retrouve les scores de Hue à l'élection européenne de 1999. Indiquons aussi que le PCF se présentant comme force autonome et le PCF intégré directement dans les dispositifs de la gauche plurielle au gouvernement ne sont pas considérés de la même façon par l'électorat communiste.

Ces différences de perception entraîneront des tensions entre le cours de sa direction qui reste sur la ligne de « la gauche plurielle », comme le montrent les déclarations et les initiatives de la gauche unie pour le deuxième tour des régionales, et une aspiration de sa base à une plus grande radicalité, voire à l'unité avec la LCR et LO. Cela dit, les résultats du PCF, honorables dans certains secteurs où il est encore bien implanté, n'inversent pas une tendance générale dominée

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par le recul, recul confirmé par les résultats des élections cantonales. Par ailleurs, ses résultats en Aquitaine (4,35 % contre 6,24 % il y 6 ans), en Franche-Comté et en Alsace confirment cette tendance lourde Notons aussi que dans cette élection, il y a eu « plusieurs PC »...

Enfin, si la massivité du vote contre le gouvernement s'explique par les résistances sociales de la grève générale du printemps, la dynamique du vote utile vers le PS et non vers la gauche révolutionnaire s'explique aussi par les limites des grèves de mai et juin, leur échec, les difficultés à gagner sur le terrain extraparlementaire. Nombre de travailleurs radicalisés dans la lutte ont pu, pour cette échéance électorale, se détourner du vote pour l'extrême gauche et voter PS. Pour un secteur critique, c'est plus un vote par défaut. L'extrême gauche n'étant pas assez forte pour contrecarrer la droite sur le plan électoral, les couches populaires ont utilisé la gauche comme une protection électorale contre la droite. Ainsi, ce mouvement confirme que le vote pour la gauche n'est pas un vote d'adhésion en faveur des directions du PS, des Verts, et du PCF, même si ce vote va aussi conforter celles-ci et relancer les mécanos de type « gauche plurielle ». Les « retrouvailles » de l'entre-deux tours entre Hollande, Cohn-Bendit, Fabius, Strauss-Kahn, Lemaire, Buffet et Claire Villiers rappellent que PS, PCF, Verts vont gouverner ensemble toutes les régions où la gauche sera majoritaire, sous hégémonie PS. 3. elle pas fonctionne » 7 Des le dima- « La stratégie d'alliance LO-LCR n'a-tche soir, au-delà d'une analyse sobre des résultats, la presse s'est déchaînée avec ce type d'affirmations. Effectivement la question qu'il faut d'abord se poser, avant d'examiner tel ou tel aspect de la campagne, est de répondre à cette question : fallait-il conclure une alliance avec LO pour ces élections régionales, oui ou non ?

Après ces élections, notre réponse reste positive. Les considérants politiques de cet accord étaient corrects. Il s'agissait, à ces élections, de présenter une alternative anticapitaliste basée sur les revendications et mesures d'urgence susceptibles de rassembler le maximum de celles et ceux qui s'opposaient à la politique d'austérité du gouvernement Raffarin, tout en marquant leur différence avec la gauche ex-plurielle.

Une campagne de la Ligue seule nous aurait, peut-être, permis d'obtenir dans certaines régions de meilleurs résultats que LO ; mais nous aurions alors fait le choix d'une extrême gauche divisée, incapable de poser, même de manière partielle, le problème d'une alternative politique. Et, dans ces conditions, l'addition des scores de listes divisées aurait peut être dépassé les 5 % Mais les uns et les autres auraient plafonné autour de... 2 %.

Nous aurions eu alors une extrême gauche divisée, avec des scores pour le coup en net recul... et une responsabilité des deux organisations dans cette division, la dynamique du vote utile jouant encore plus.

Les résultats électoraux sont moindres que ceux escomptés même si, dans ce scrutin difficile, la gauche révolutionnaire stabilise un électorat. Nous avons mobilisé 21 500 participants aux meetings communs avec des meetings impressionnants : notamment 3200 à la Mutualité, 1500 à Lille, Nantes, 1700 à Lyon, 1800 à Rennes. Nous avons organisé plus de 150 réunions publiques, dont la moitié avec LO, dans des dizaines de villes... Faites REAS

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Juin 2003

Nous avons visité plus d'une vingtaine d'entreprises : Euromoteurs (Caen) ; ExleverCoventry Altadis (Nord) ; STM (Rennes, Tours et Marseille) Air littoral (Montpellier) ; BMA (chantiers de Saint-Nazaire) ; SKF ; DHL ; Maxi-Livres ; Mac'Do Virgin Mégastore (région parisienne) et participé à de nombreuses manifestations, dont le rassemblement de STM devant la Bourse où Olivier a pris la parole

Mais cette campagne ne se résume pas à nos interventions centrales. Le stage des têtes de listes des 17 et 18 janvier a été une bonne préparation sur le contenu de notre campagne et un entraînement utile pour les passages devant les médias de nos têtes de liste. Ce qui a contribué à l'émergence de nouveaux et de nouvelles porte-parole, régionaux et départementaux, au cours de cette campagne, que ce soit dans les meetings départementaux, dans les réunions locales ou dans les médias. Enfin, indiquons que si la parité été totale pour les têtes de listes régionales, nous avons rencontré plus de difficultés pour les têtes de sections départementales : si, au final, la parité n'a pas été totale, l'effort a été réel ( 26 hommes et 22 femmes). De même, la moyenne d'âge de tous les candidats LCR (41 ans) indique, là aussi, un effort soutenu pour un profil public plus jeune de la LCR. En regard de la composition sociologique de notre organisation, il faut mettre aussi à notre crédit la composition des listes LCR (51,28 % fonction publique au sens large et 48,72 % hors fonction publique).

La brochure de campagne et les autres thématiques, de même que Rouge avec les « dossiers arguments », ont été autant de supports efficaces dans cette campagne où, lors des meetings, nous avons enregistré beaucoup de demandes de contact.

Voilà les acquis de cette campagne, campagne militante, qui constituent un socle pour repartir dans de nouvelles batailles, sociales comme électorales, en commençant par les prochaines élections européennes.

Quelle était l'alternative ? Une alliance avec le PCF qui s'intègre directement ou indirectement dans le dispositif mis au point par le parti socialiste ?

Au congrès, nul n'a proposé autre chose : le débat portait sur les conditions de l'accord et non sur le fond et la nécessité de cet accord

Même les plus réticents à un accord avec LO voyaient bien que l'alliance avec le PCF nous conduirait, par touches successives, à être assimilés aux coalitions de type union de la gauche dominées par le PS et son orientation libérale ou englobées dans celles-ci.

Aujourd'hui, sur la base des résultats électoraux qui montrent un recul de LO, on nous explique que l'alliance avec LO nous a pénalisés. « On était prêts à voter pour vous, LCR, mais votre alliance avec LO ne passe pas ». Cette réalité existe autour de nous. Mais cela fait l'impasse sur l'aspiration unitaire d'autres secteurs... et, surtout, sur les dégâts qu'aurait entraîné une concurrence LCR/LO et une dispersion des votes sur deux listes. D'ailleurs rappelons-nous que notre orientation unitaire à l'égard de LO a été payante, tant lors des municipales qu'à la présidentielle. On ne peut avoir un profil unitaire et, ensuite, refuser l'unité lorsque celleci est possible

L'alliance avec LO nous aura permis d'apparaître comme une vraie force politique durant toute la campagne, au-delà même des espoirs déçus par les résultats

Alors oui, l'alliance LCR-LO était la

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réponse aux régionales, comme elle constitue la réponse pour les prochaines élections européennes, et le débat de bilan confirme, à cette étape, qu'il n' y avait pas d'alternative à cette politique. 4. pouvons discuter du type de campa- Une fois clarifiée cette question, nous gne qui a été menée. Ici et là, on reproche à notre campagne la centralité excessive de la question sociale. Rappelons que le débat politiqué des élections régionales a tourné essentiellement sur les questions sociales : emploi, pauvreté, logement, transports, école, sécurité... Thèmes que nous avons abordés lors des interventions dans les meetings, dans notre matériel de campagne, dans les émissions télé.... Nous avons réagi, dans la presse comme dans les émissions télé, sur la crise politique autour de l'affaire Juppé, sur les événements de Madrid. Peutêtre n'avons-nous pas été suffisamment réactifs sur des débats plus généraux, mais ill n'était pas aussi évident de parler de l'altermondialisation, comme nous l'avions fait pendant la présidentielle. Les thèmes que nous avons développés correspondaient d'ailleurs aux principales préoccupations des électeurs, notées par les sondages : emploi, inégalités sociales, santé, sécurité

Mais nous avons réussi dans cette campagne à imposer un débat sur trois questions décisives pour les luttes dans les entreprises : l'interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, la question des aides et des subventions au patronat, et la nécessité du contrôle des salariés et de la population sur la marche de l'économie.

Plus : les contacts entre Olivier Besancenot et les salariés de dizaines d'entreprises confrontées à des problèmes de restructuration ont changé certaines des relations de militants ou sections de la LCR avec des secteurs du salariat et pas seulement avec les équipes syndicales. Olivier a bien été identifié sur ces questions. Il a même été utilisé, comme Arlette ou comme les dirigeants du PC dans le temps, comme un point d'appui dans leurs luttes.

Au-delà de la question des licenciements, peut-être avons-nous manqué d'une revendication unifiante, permettant mieux à la masse des salariés de s'identifier à notre campagne?

Le succès de notre campagne sur les licenciements et les subventions — succès que l'on constate lorsque l'on voit la manière dont certains responsables de la gauche plurielle reprennent cette revendication, en la subordonnant à des contreparties patronales - a eu un effet pervers dans les débats télé. Ayant imposé cette question dans le débat, nous étions essentiellement interrogés sur ce point. Ce qui, dans certains cas, ne nous donnait pas suffisamment de temps pour développer d'autres questions.

Enfin, notre campagne a-t-elle était suffisamment « régionalisée » ? II y a là un vrai problème qui était l'une des conséquences négatives de l'approche de LO sur « l'ouverture » et de sa crainte de s'engager sur des démarches qui sortaient du cadre national fixé par l'accord LO-LCR. Cela s'est ressenti, surtout dans les professions de foi, qui étaient centrées sur les questions nationales, LO refusant, en général, de développer les ajouts locaux et régionaux.

Il faudra faire, de manière plus détaillée, le bilan des campagnes régionales des sections de la LCR. Mais, en général, notre matériel local et régional a repris les démarches régionales. 5. deuxième tour Il est vrai, qu'une par- Enfin, dernier point, la question du tie de nos électeurs ont voté pour la gauche dès le 1er tour, en arguant de notre position sur le deuxième tour. Cela a joué sur le vote d'une petite partie de notre électorat. Les listes PCF ont bénéficié de leur prise de position pour le vote à gauche au 2ème tour. Mais le vote PS comme les résultats du PCF répondent d'abord à la réalité des rapports de forces électoraux entre la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste et social-libérale. Rien ne dit que ces rapports de forces auraient été modifiés par un appel à voter à gauche au 2ème tour. Le vote utile jouait dès le 1er tour.

Aussi, nous ne croyons pas que les électeurs aient « sanctionné » les listes LCR-LO sur cette question. Toutes les déclarations d'électeurs, qui avaient voté pour nous mais qui, cette fois, votaient pour le PS, ne manifestent pas pour autant une rupture avec la gauche révolutionnaire. De plus, soucieux d'une politique unitaire, nous n'avons jamais renvoyé dos à dos la droite et la gauche. Nous avons toujours fait la différence. Les déclarations du Bureau politique, des porte-parole de la Ligue comme d'Olivier Besancenot ont toujours fait cette différence entre la gauche et la droite.

Plus : dès le début de l'offensive du PS contre la Ligue, nous avons adressé des propositions d'unité d'action à l'ensemble de la gauche sociale et politique.

Mais nous n'avons pas donné de consignes de vote. Et nous avons eu raison.

La question des 10 % et du maintien au deuxième tour a pu nous faire apparaître comme triomphalistes. Mais rappelons aussi que la majorité de la Ligue ne souhaitait pas en parler. Ce point nous a été imposé tant par la direction de LO que par la minorité de la Ligue.

Comme dans chaque mouvement de ce type, il y a une pression à voter à gauche pour se débarrasser de la droite. Il faut épouser ce mouvement tout en restant indépendants. Or, dans les conditions actuelles, appeler à voter à gauche aurait satisfait la majorité de l'électorat de gauche, aurait déçu une partie de notre électorat.... mais nous aurait surtout désarmé dans les mois et années qui viennent, pour organiser la défiance et le combat contre des sommets de la gauche qui ne peuvent que gérer, une fois de plus, les affaires des classes dominantes, dans un cadre social-libéral.

De ce point de vue, les élections européennes seront là aussi une bonne occasion pour mesurer non seulement la stabilité (ou non) de notre électorat des régionales mais aussi notre capacité (ou non) à élargir cet électorat, lors de cette prochaine échéance.

« En effet, aux élections européennes, il n'y aura pas de deuxième tour, les électeurs ont l'occasion de voter vraiment pour leurs idées, l'argument du vote utile ne doit pas jouer. »

« Les élections européennes doivent être aussi le moyen de redonner de nouvelles forces à la gauche révolutionnaire... La droite a perdu les élections régionales ; la gauche a gagné ; mais c'est insuffisant. Pour continuer à rejeter la politique du gouvernement mais aussi pour ne pas laisser les mains libres à la gauche, il faut une extrême gauche forte ».

Ces arguments devront être utilisés pour arracher le maximum de voix pour les listes LCR-LO.

Enfin, dans le cadre des élections européennes, nous pourrons plus facilement combiner la question sociale aux questions internationales : celles de l'Europe, de l'environnement, des rapports Nord/Sud. De plus la convergence des politiques des partis de droite et des socialistes européens ne pourra être dissimulée.

Pour les prochaines élections européennes, rien n'est joué : nous pouvons rebondir, récupérer des électeurs, consolider et élargir le vote pour nos listes.

Cela dépendra aussi de notre campagne...

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