Des régionales aux européennes la défaite de la droite
Par la DN de la LCR* 1 • défaite. Toutes les régions, La droite vient de subir une cinglante sauf l'Alsace, basculent à gauche ainsi que la moitié des départements. C'est évidemment l'expression d'un rejet massif à l'égard du gouvernement et un affaiblissement global, une perte de légitimité de Chirac et de Raffarin. Le « parti unique » de la droite, censé résoudre la crise structurelle qui touche celle-ci depuis 20 ans, a échoué.
C'est la politique ultra-libérale du gouvernement Raffarin qui est avant tout censurée. Une politique antisociale, qui a accéléré l'offensive libérale d'adaptation de la société aux exigences du capitalisme mondialisé. Une politique outrageusement cynique et arrogante, en particulier, en ce qui concerne les choix fiscaux clientélistes du clan au pouvoir. La remontée du chômage, les attaques successives contre le droit à la retraite, le droit des chômeurs, le régime d'assurance-chômage des intermittents, l'éducation et la recherche sacrifiées, l'absence de volonté de bloquer les plans de licenciements, toutes questions qui, entre autres, ont suscité des mobilisations d'envergure, sans obtenir de victoires, ont trouvé une perspective dans les urnes.
Pour beaucoup, les conditions très particulières de réélection de Chirac le 5 mai 2002 ont créé des illusions sur le type de politique qu'il allait mener. C'est aussi ce marché de dupes qui s'est soldé dimanche 28 mars.
L'effet Sarkozy tant annoncé, qui allait à la fois refouler l'insécurité et le vote pour l'extrême droite, s'est également révélé être un leurre.
En réalité, ce gouvernement, comme le précédent, n'a pas réglé les éléments de la crise sociale et politique qui frappent le pays et qui s'étaient manifestés le 21 avril 2002. Beaucoup de commentateurs reprennent l'idée d'un 21 avril à l'envers. Au-delà de la formule, il est à noter la violence des mouvements du balancier électoral dans des périodes très courtes et l'usure rapide des
Traduire en luttes
équipes au pouvoir.
En profondeur cela traduit un rejet profond du libéralisme et des plans du MEDEF. L • rer globalement une avancée supplé- Le Front National (FN), sans enregistmentaire significative, s'est enkysté dans le paysage politique à un niveau extrêmement préoccupant. Présent dans 17 triangulaires et dans beaucoup de cantons, réalisant des scores significatifs dans la plupart des régions, il représente incontestablement la troisième force nationale. Son implantation dans les classes populaires qui s'est élargie aux milieux ruraux en fait un des enjeux des batailles politiques à
LA RUE
venir. 3. pluriele reconst- La gauche extuée a bénéficié à plein HONGRIE de la défaite de la droite et tente aujourd'hui d'utiliser l'affaiblissement de la droite pour marquer des points. C'est un véritable succès élec- MAIS toral puisque, au niveau national, elle obtient la majorité absolue sans ELLE avoir besoin du FN... Le vote utile, qui a pleinement fonctionné, amplifié par le souvenir douloureux du 21 avril et par le nouveau mode de scrutin, ne signifie pas l'adhésion au PS ou à ses alliés et à sa politique. Le vote se situe plus dans une logique de contre-pouvoirs à la droite que d'une alternative à celle-ci. D'ailleurs, à l'exception de Montebourg, elle ne demande pas la convocation de nouvelles élections. La compétition pour le leadership et la candidature à l'Élysée a plutôt commencé dès dimanche soir alors que sur le plan du programme et des alliances, l'équipe dirigeante du PS est bien en mal de proposer autre chose que la reconduction de la stratégie jospiniste. Mais celles et ceux qui ont voté contre la droite, dimanche soir, sont susceptibles d'entrer en action dans les semaines qui viennent, ulcérés à juste titre par le mépris chiraquien. Avec un million de voix au premier tour, les listes LCR-LO (1) nous ont permis d'affirmer une quatrième force nationale, avec des résultats plus modestes que ce qui était annoncé, expression électorale de l'aile la plus combative du mouvement social, que nous retrouverons dans les luttes à venir. 4. lités de mobilisation sociale. Le carac- Cette situation est grosse de possibitère précaire du maintien de Raffarin, la faiblesse de son gouvernement équilibre d'ambitions rivales, l'absence de légitimité qui touche désormais le président de la République, ouvrent des possibilités fortes de luttes d'envergure Nous exigeons le retrait des mesures antisociales adoptées par le gouvernement : loi Fillon sur les retraites, statut des intermittents ou des travailleurs sociaux, décentralisation de personnels, privatisations et déréglementations ainsi que les
VOIE lois liberticides dont la loi
Perben. D'autant que l'exécutif ne semble pas avoir modifié sa feuille de route concernant trois Dans une manif en juin 2003... attaques substantielles : la loi de mobilisation sur l'emploi dont on sait tous les risques concernant ce qui reste du code de travail, la poursuite de la déréglementation et de la privatisation des entreprises publiques en particulier de l'EDF-GDF, et sans doute ce qui va être l'enjeu décisif : la santé, l'assurance-maladie. En effet, cette * Nous reproduisons ici la résolution politique adoptée par la Direction nationale de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IV° Internationale) lors de sa session des 3 et 4 avril 2004. 1. Coalition de la Ligue communiste révolutionnaire et de Lutte ouvrière — les deux principales organisations d'extrême-gauche en France.
question condense tous les problèmes d'insécurité sociale posés par le scrutin : protection sociale, accès aux soins, développement d'un marché en lieu et place de la solidarité, privatisation rampante des hôpitaux, pression fiscale accrue pour les salariés avec l'augmentation prévue de la CSG (2)... La mobilisation pour défendre la sécurité sociale est notre priorité.
Notre orientation, d'ici la fin de l'année scolaire, est de tout faire pour relancer une mobilisation nationale contre le gouvernement : unité syndicale, relance des réseaux interprofessionnels, appels à la mobilisation unitaire...
L'échéance du premier mai représente une échéance claire de mobilisation antigouvernementale qui peut permettre de faire converger dans des manifestations unitaires l'ensemble des mouvements sociaux.
Depuis six mois, notre campagne permanente pour l'interdiction des licenciements n'a pas permis de déboucher sur une initiative nationale d'ampleur. En revanche elle a permis de tourner la LCR vers les entreprises privées, installant ce thème dans la campagne électorale. Dossier par dossier, nous poursuivons cette campagne et mettons en demeure le PS et ses alliés de bloquer dans les conseils régionaux la politique de subventions publiques aux entreprises privées.
Le verdict des élections régionales est sans appel : à travers le gouvernement Raffarin, c'est l'ensemble de sa politique qui a été désavoué. Dans cette situation, la décision de Chirac de renommer Raffarin constitue une véritable provocation. Puisque, ni le gouvernement, ni Chirac ne veulent rien entendre, il faut que, dès à présent, s'organise un vaste mouvement pour les stopper et les chasser.
La nature antidémocratique des institutions apparaît clairement. Le gouvernement n'a aucune légitimité pour poursuivre sa politique antisociale. Il a été contraint de 2. La Contribution sociale générale (CSG) a été créée en 1991 par le gouvernement Rocard (PS) au nom de « l'équité ». Il s'agit en fait d'une taxe sur les revenus individuels (salaires, allocations de chômage, pensions, revenus de l'épargne etc.). En 1998 les cotisations-maladie (payées jusque là partiellement par les entreprises et partiellement prélevées sur les salaires bruts à la source) ont été transférées vers la CSG (réduction des salaires nets et des charges des entreprises). La création de la CSG, dans la lignée des ordonnances de 1967 (qui imposaient une gestion paritaire — 50 % syndicats ouvriers, 50 % syndicats patronaux — des caisses de la Sécurité sociale auparavant gérées par les seuls représentants des salariés), vise la remise en cause de la notion « salaire social » des prestations de la Sécurité sociale et sa fiscalisation (transfert du pouvoir de gestion des salariés à l'État).
renoncer à son intransigeance sur certains domaines. Il faut lui imposer de revenir sur les mesures prises depuis 2002, en particulier sur la réforme des retraites et la décentralisation. C'est le peuple qui doit avoir le dernier mot. Nous n'attendrons pas 2007 ! || faut chasser le gouvernement Chirac par la rue et par les urnes.
La dissolution de l'Assemblée nationale peut devenir un mot d'ordre d'agitation en cas d'accélération de la crise politique et/ou si un mouvement social d'ampleur se développe pour résister aux attaques du gouvernement.
Cela doit aller de pair avec l'exigence de la satisfaction des revendications du mouvement social, d'une rupture claire avec les politiques menées, de la nécessité de faire vivre en toute indépendance un pôle clairement anticapitaliste, autour des axes du plan d'urgence social et démocratique qui propose une réelle alternative aux travailleurs et à la population.
Systématiquement, nous proposons à LO de mener ensemble cette politique et ces initiatives. 5. tent le prochain grand test national. Ces élections européennes représenElles arrivent très vite après les régionales dans une situation de crise nationale et de modifications européennes produites par le résultat des élections espagnoles. Le contexte est donc plus favorable à une écoute supérieure et une participation plus forte alors même que ce scrutin pour une assemblée dotée de peu de pouvoirs mobilise peu, traditionnellement, les électeurs. Le mode de scrutin à un tour doit nous permettre de sortir du piège du vote utile : le 13 juin, il faut voter pour ses idées.
Beaucoup d'électrices et électeurs ont hésité jusqu'au bout quant à leur vote aux régionales et une partie de ceux qui nous sont proches ont voté directement pour un des partis de la gauche ex-plurielle pour faire barrage à la droite. Ceux-ci ont maintenant l'occasion de voter pour leurs idées. lls savent bien que seules les luttes sociales et une extrême-gauche influente imposer la satisfaction des aspirations popu-
C'est bien évidemment l'acte Il de la censure contre le gouvernement qui sera au centre de notre campagne articulée à l'idée d'une rupture avec les politiques menées depuis vingt ans. Si la gauche anticapitaliste ne parvient pas autour d'un programme d'urgence sociale à incarner une alternative, à modifier le rapport de force vis-à-vis de la gauche ex-plurielle, alors il n'y aura pas de changement politique, de rupture avec les politiques libérales.
Il s'agit dans le cadre de l'accord LCR-LO de poursuivre le mouvement de rejet du gouvernement tout en maintenant l'indépendance vis-à-vis de la gauche plurielle et en défendant des perspectives clairement anticapitalistes, internationalistes, à l'échelle européenne et nationale. Appliquer un programme d'urgence sociale et démocratique, c'est s'engager dans la mobilisation des classes populaires pour construire une autre Europe. Cela nécessite une rupture de fond avec la logique capitaliste de la construction européenne. On ne peut comme le PS ou les Verts se prononcer en faveur de la constitution européenne et prétendre incarner une alternative à la droite. On ne peut comme le PCF se prononcer contre cette constitution et prétendre demain gouverner avec ses anciens partenaires. Un gouvernement réellement au service des travailleurs, s'appuyant sur leur mobilisation et leur organisation, ne peut satistaire les besoins de la population sans au préalable exiger une rupture dans la construction européenne. Pas de politique anticapitaliste sans rupture avec l'Europe de Maastricht.
Contre l'Europe capitaliste et des traités qui l'organisent, nous défendons la perspective d'une Europe sociale et démocratique, Europe des travailleurs et des peuples. Nous dénonçons la « Constitution » européenne dite Giscard qui inscrit dans le marbre les politiques libérales, dont le processus d'adoption a été relancé par la victoire socialiste en Espagne. Nous n'oublions pas que la construction libérale et capitaliste de l'Europe s'accélère depuis dix ans et notre responsabilité est de montrer les responsabilités des gouvernements qui se sont succédés. Dans le cadre de la profession de foi avec LO nous défendons les axes suivants en gardant une priorité sur les thèmes sociaux : • Contre la déréglementation et les privatisations, la construction de services publics européens ; • L'interdiction à l'échelle européenne des licenciements pour les entreprises qui font des bénéfices, la suppression des aides publiques aux entreprises privées ; • L'unification par le haut des législations sociales : un SMIC européen, un statut unifié du travailleur en Europe comprenant l'ensemble des protections sociales, une convergence sociale progressive avec les Pays de l'Est; • La taxation et le contrôle des marchés financiers, la redistribution des richesses, le refus du dumping fiscal et des paradis fiscaux qui ne profitent qu'aux plus riches ; • Une Europe écologique, une Europe sans nucléaire ni OGM (Organismes génétique-
ment modifiés) ; • Pour une Europe débarrassée de la surexploitation et de l'oppression des femmes, garantissant le droit à l'avortement pour toutes; • L'égalité pour les homosexuels ; • Le refus d'une Europe-forteresse, l'égalité des droits pour les étrangers, y compris non communautaires, dont le droit de vote et d'éligibilité, la régularisation des sans-papiers ; • Contre une « Europe-puissance », contre la guerre impérialiste, pour une Europe pacifique renonçant à l'arme atomique et aux expéditions impérialistes, pour la rupture avec l'OTAN et les projets de « défense européenne », pour l'annulation de la dette du tiers-monde et la solidarité avec la lutte des peuples qui luttent pour leur émancipation.
Dans ce cadre, la mobilisation à l'occasion de la venue en France de Bush les 5 et 6 juin, est une initiative déterminante. La LCR interviendra en coordination avec les sections européennes de IVe Internationale.
Pour sa part, la LCR développera son combat pour une autre Europe, son refus de la « Constitution Giscard », son exigence que les peuples d'Europe décident. En France, nous mettrons toute en œuvre pour exiger la tenue d'un référendum.
Nous éditons une brochure nationale de campagne fixant les axes de l'organisation et reprenant les principaux aspects de la brochure Europe. Le cadrage de la campagne doit intervenir rapidement, y compris les aspects unitaires avec LO, pour permettre de débuter celle-ci fin avril. 6. tiques libérales en Europe et des gou- Nous insistons sur le rejet des polivernements qui les portent, dans les urnes et dans la rue, que ce soit en Espagne, en Allemagne, en Italie, ou en GrandeBretagne. Ce rejet relance avec plus de force la nécessité de construire en France comme en Europe une force anticapitaliste porteuse d'une alternative de société en phase avec les mobilisations sociales, anti-guerres, les exigences mises en avant lors des FSE de Florence et de Paris. La LCR intègre dans ses axes de campagne sa volonté de construire une telle force en s'appuyant aussi sur l'expérience de la Gauche anticapitaliste européenne.
Le mois d'avril doit être utilisé pour renforcer la LCR dans la perspective du nouveau parti anticapitaliste. Intégrer réellement de nouveaux adhérents, ouvrir de nouvelles sections, prospecter systématiquement les villes où la LCR n'existe pas et où les listes ont fait un bon score.