La libération inconnue, à chacun sa résistance de Maurice Rajsfus a période de la Libération a été
1 « idéalisée » et trop souvent l'arrivée des Alliés a été présentée comme le couronnement d'une insurrection généralisée se réclamant unanimement de la figure emblématique du général de Gaulle. La police parisienne aurait été exemplaire dans son passage à l'insurrection contre les occupants et le régime de Vichy. Quant aux maquisards, ils auraient tous été gaullistes et auraient été régulièrement fournis en armes par les services de la France libre. Ne parlons pas du « Parti des 75 000 fusillés », le PCF, qui aurait toujours mené une lutte héroïque contre l'occupant et ses valets. La population française, en ce qui la concerne, aurait été unanime contre le régime du maréchal Pétain.
Le livre que vient de publier Maurice Rajsfus, « La libération inconnue, à chacun sa résistance », remet bien les choses au point et doit absolument être lu, notamment par la jeune génération. C'est après avoir pris connaissance de tout ce qui a été écrit sur le sujet qu'il a rédigé son texte, en citant régulièrement ses
Nous ne parlerons que de quelques * Maurice Rasjfus, « La libération inconnue, à chacun sa résistance », Le cherche midi, avril 2004, 19 euros.
uns des pieux mensonges auxquels l'auteur tord le cou.
Prenons par exemple le comportement du PCF. Après la signature du Pacte germano-soviétique le 23 août 1939 il convient de ne plus stigmatiser l'occupant mais seulement le régime de Vichy qui continue à arrêter les militants du parti. Les dirigeants du PCF et l'Humanité clandestine ne mentionnent plus les nazis (cf. le fameux Appel au Peuple de France du 10 juillet 1940, signé par Thorez et Duclos). Il y a cependant quelques exceptions locales : c'est ainsi que Charles Tillon, membre du Comité central, alors à Bordeaux, rédige un tract violemment antinazi qu'on pourrait dénommer « l'Appel du 17 juin »... D'autre part, lors de la fameuse grève des mineurs de mai 1941, l'Humanité clandestine datée du 20 juin salue cette « lutte revendicative » mais précise que « ce n'est pas dans la victoire d'un impérialisme sur un autre que réside notre salut commun ». Écrit deux jours plus tard elle se serait exprimée différemment...
En effet, après l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941 le PCF vire sa cuti, redevient violemment antinazi et prépare la lutte armée. D'après le colonel communiste Rol Tanguy ce n'est qu'au début de 1942 que le PCF l'organise en créant les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) essentiellement avec des militants juifs ou étrangers membres de la MOI (Main-d'Œuvre Immigrée, structure crée au début des années 1930 pour intégrer les militants étrangers à la classe ouvrière française).
Rajsfus va longuement insister sur la méfiance qu'inspire la résistance communiste (les FTP) à de Gaulle et à ses hommes. En fait, le général surestime la nature véritablement « communiste » du PCF et craint qu'à l'occasion de la Libération, contrôlant nombre de maquis et de résistants urbains, il ne parvienne à prendre le pouvoir. C'est pourquoi, grâce au
(Bureau Central Renseignement et Action) lié à l'Intelligence Service, il va s'efforcer de contrôler les maquis en les faisant installer le plus loin possible des centres urbains et en ne parachutant des qu'aux combattants non Pour le général Résistance, animée en grande partie par les FTP, est un véritable camp rival qui s'opposera à lui quand après la victoire il voudra mettre en place son pouvoir. On peut citer comme exemples de la stratégie gaulliste les énormes « maquis mobilisateurs » comme ceux du plateau des Glières ou du Vercors dont l'objectif était d'éloigner les résistants des zones urbaines et qui furent écrasés par l'ar-
Si dès le début les autorités gaullistes se sont méfiées de la Résistance intérieure, elles ont tout fait, après la Libération, pour rendre son honneur à la Police dont la présence est indispensable à la survie d'un État fort : alors que l'immense majorité des policiers avait servi Vichy sans états d'âme, arrêtant régulièrement juifs et résistants, dès le 12 novembre 1944 « les quelque 20 000 fonctionnaires de la préfecture de police de Paris ont été décorés, collectivement, de la Fourragère rouge, pour leur action héroïque, par le général de
En effet, voyant les armées alliées se rapprocher de Paris, les flics avaient jugé qu'il était temps de retourner leur veste : ils s'étaient mis en grève le 15 août 1944 et avaient participé à l'insurrection parisien-
L'auteur fait d'ailleurs remarquer que l'attitude de la police ne faisait que refléter celle d'une bonne partie de la population qui ne deviendra « résistante » qu'à la fin : « la grande majorité de la population filait doux, se contentant de subsister ».
Alors que beaucoup de ceux qui avaient pris les armes espéraient qu'après le départ des nazis on pourrait mettre en place un pouvoir populaire, une société plus juste, de Gaulle et le PCF se retrouvent pour les calmer : le général en tant que représentant officiel du pouvoir bourgeois, le PCF en tant que représentant non officiel du pouvoir soviétique qui avait signé en 1943 avec les Alliés les de Téhéran l'Europe en deux. Comme devait le proclamer Maurice Thorez devant le Comité Central du PCF le 21 janvier 1945 (après Moscou...) : « Nous qui sommes des communistes, nous ne formulons pas présentement des exigences de caractère socialiste et communiste. Nous disons cela au risque d'apparaître tièdes aux yeux de ceux qui ont constamment à la bouche le mot de
On ne saurait mieux dire !
Jean-Michel Krivine