Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Le débat syndical

· Inprecor n° 494, juin 2004 · p. 4-8 · 5 301 mots

Syndicalisme Italie

I ' est utile de fournit

quelques éléments d'analyse sur la politique des trois grandes organisations syndicales CGIL, CISL et UIL. Après une longue phase de division au cours de laquelle la CGIL avait témoigné une forte opposition politique au gouvernement de centre-droite (sans cependant que cette opposition se traduise réellement par une nouvelle politique syndicale et revendicative de ses fédérations, à la seule exception de la FIOM) alors que les deux autres confédérations ont pratiqué une politique d'accords séparés avec les organisations patronales et de concertation avec gouvernement Berlusconi, nous assistons aujourd'hui à un rapprochement.

L'objectif des confédérations est de reconquérir une table de concertation et de l'accord avec les patrons. Elles pensent pouvoir la pratiquer grâce au « tournant » de la Confindustria (l'organisation patronale italienne) — qui a élu à la présidence Cordero de Montezemolo, le président de Ferrari et maintenant également celui de la Fiat, marquant ainsi le retour des représentants de la grande industrie au sommet de l'organisation patronale, contrairement à la gestion précédente marquée par la primauté des petites et moyennes entreprises, des nouveaux-riches et des plébéiens.

La Confindustria a pris des distances avec Berlusconi, se préoccupe de la terrible dégradation du système industriel italien qui mène à la casse de ses industries, s'aperçoit que la recherche a été abandonnée, que la compression du coût du travail ne suffit pas pour être compétitif sur le marché, et souhaite un nouveau rapport avec les organisations syndicales. Cependant, ses membres veulent partir de leurs acquis au cours des dix dernières années, y compris les lois du gouvernement de centre-droite...

Les conditions sont donc réunies pour ouvrir une nouvelle discussion sur ce que seront les stratégies syndicales. Par chance en même temps est arrivée la victoire de Melfi, les luttes de la FIOM, les mobilisations dans les transports et chez les salariés publics.

Les Confédérations ne cherchent pas à donner une réponse d'ensemble, unitaire du point de vue du contenu, en mesure de vernement de droite, et l'agressivité des forces patronales. Oui, la crise économique a affaibli les adversaires, mais elle les poussera encore plus à comprimer la valeur de la force de travail.

La plate-forme pour la grève générale était de ce point de vue très significative. Elle visait à revendiquer une redistribution partielle du revenu à travers le levier fiscal, peut-être de commun accord avec les forces patronales également à la recherche de nouvelles décharges et aides. Le chemin de la FIOM visait par contre la lutte pour une redistribution plus radicale du revenu national à travers l'affrontement avec le patronat, la revendication de fortes augmentations salariales qui auraient même une incidence sur les niveaux de profit des entreprises. D'autre part une nouvelle unité entre les confédérations et une nouvelle saison de concertation avec la Confindustria n'est pas uniquement un objectif, mais — de leur point de vue — une nécessité, un moyen indispensable pour les forces principales du centre-gauche dans leur hypothèse d'alternance au gouvernement Berlusconi. Selon eux tous, on ne combat pas la droite avec une plate-forme et une mobilisation de classe, mais avec une alliance entre centre-gauche, les appareils syndicaux et les forces patronales qui s'éloignent de la

Le débat syndical

droite. Naturellement tout ceci présuppose que la dynamique du mouvement soit sous contrôle et que la pression d'en bas n'exprime pas toute sa force potentielle. Ceci signifie aussi que les choix de la FIOM ne doivent pas se généraliser, même si les sommets de la CGIL ont été forcés de soutenir les mobilisations de la FIOM, sollicités à le faire par la gauche syndicale interne. Signification du congrès de la FIOM

C'est dans ce cadre que le congrès de la FIOM prend toute son importance. Cette fédération est aujourd'hui le plus grand syndicat italien sectoriel, malgré la réduction importante des effectifs qui s'est produite surtout dans les grandes entreprises, avec ses 367 000 membres (sur un peu plus d'un million et demi de salariés de ce secteur industriel). Dans plusieurs élections syndicales d'entreprise, la FIOM a connu une croissance.

Dans le congrès, deux options politiques radicalement divergentes s'affrontent sur le rôle du syndicat et sur les politiques à mener : — D'une partie le document de Nencini. Bien qu'il ne renonce pas à ce qu'a fait la Fédération jusqu'à maintenant, il vise à rétablir une ligne plus modérée en « cohérence » avec celle de la CGIL et donc, sur le plan politique, un autre rapport avec les forces du centre-gauche. — De l'autre, le texte du groupe dirigeant historique allié avec la gauche interne, qui remet au centre (comme variable indépendante et inaliénable) la recomposition du travail, de son unité. La reconquête du point de vue ouvrier comme élément décisif pour construire des nouveaux rapports de force et pour poser l'objectif d'une modification de la répartition du revenu national plus favorable à la classe ouvrière et la démocratie comme instrument fondamental de la participation des travailleurs et de la construction de la plate-forme et des luttes. Les contenus des revendications, les formes de l'unité avec les autres syndicats, les perspectives politiques dérivent de cet axe fondamental. En conséquence, même le « gouvernement ami » n'existe plus, chaque gouvernement sera jugé selon ses actions et les choix de la FIOM seront tout à fait autonomes. Si cette ligne est développée jusqu'au bout, elle implique non seulement la rupture avec la concertation, mais aussi la remise en cause de la politique élaborée lors de la tristement célèbre assemblée de l'Exposition universelle de Rome, en 1978, lorsque fut décidé que le salaire devait dépendre des exigences de l'entreprise, c'est-à-dire du profit. Nous savons quelle pente fut alors prise, qui deviendra une course accélérée vers le bas avec les accords de 1992 sur l'abolition de l'échelle mobile et de 1993 sur la concertation.

La réussite du congrès de la FIOM peut être mesurée par le niveau de participation de la base à la préparation du congrès — environ 220 000 travailleurs et travailleurs y ont pris part — et par le succès du document de gauche qui a obtenu près de 85 % des voix. Mais cette réussite peut aussi être appréciée par le succès des travailleurs à Melfi et de Fincantieri.

Si la FIOM réussit à défendre et à relancer le contrat national, en s'en prenant au travail précaire et en parvenant à reconquérir la part du salaire, il sera plus facile d'avoir un impact sur les dynamiques du débat interne de la CGIL. Nous sommes en train de faire les premiers pas d'un processus de recomposition syndicale et de reconstruction

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chefs par des grèves internes. Ils ont décidé d'aller outre, et de redécouvrir les formes de lutte les plus dures, les assemblées et la participation démocratique. La FIOM (1) est resté à leurs côtés tout au long, avec toute la gauche syndicale de la CGIL. Les ouvriers de Melfi ont demandé la parité salariale avec les autres établissements de la Fiat, la modification du système d'équipes, la fin du régime policier et l'annulation des sanctions.

La Fiat a cru pouvoir briser cette lutte. L'entreprise avait déjà réussi à construire une cage d'exploitation féroce, de division des travailleurs, de répression, de chantage non seulement à l'égard des salariés, mais de l'ensemble des populations et régions laissées en marge du développement économique et industriel du pays. Fiat a cru pouvoir exorciser le mouvement des travailleurs et a perdu.

La lutte est partie d'un événement précis. Une entreprise sous-traitante était en grève, les pièces n'arrivaient pas et l'entreprise a appelé les représentants syndicaux pour leur faire signer leur accord avec la mise à pied sans traitement des travailleurs. Ce genre d'événements est déjà arrivé d'autres fois. Un atelier faisait grève et les travailleurs en aval étaient renvoyés chez eux pour jouer les uns contre les autres. Cette fois le représentant de la FIM a signé, celui de la FIOM non ; or le scénario était changé ; lorsque les délégués sont sortis du bureau de la direction et se sont trouvés devant les travailleurs, ceux-ci leur ont dit : « Cette fois, ça suffit. Cette fois on ne baissera pas la tête ! Nous allons tous bloquer les portes ! ». Et ainsi, pendant 21 jours les travailleurs de la Sata et de toutes les usines sous-traitantes ont tenu en échec un patron qui a cherché par tous les moyens a faire échouer leur lutte.

D'abord il a simplement refusé d'ouvrir la négociation.

Ensuite, il a cherché à les diviser par une manifestation bidon des travailleurs « qui voulaient travailler » avec le maire réactionnaire de Melti en tête : un flop authentique, une centaine de personnes, surtout les chets et quelques notables locaux vendus. Puis il a fait semblant d'ouvrir la négociation en convoquant les syndicats et en leur demandant de signer un document qui condamnait la lutte des travailleurs. La FIM et /'UILM l'ont signé tandis que la FIOM s'y refusait en abandonnant la négociation. A ce point le patron s'en est remis au gouvernement — qui dès le départ n'a même tenté la fiction de médiation en se rangeant ventre à terre du côté de la Fiat — pour tenter de casser la lutte ouvrière et de disperser les piquets par des charges de la police, par un matin froio et pluvieux. Les travailleurs résistaient unis et ils n'abandonnèrent pas les portes. Alors la magistrature est intervenue avec des injonctions à la FIOM et aux délégués de lever les piquets. En même temps la Fiat s'est déclarée disposée à rouvrir la négociation. L'attente était grande. Comment manœuvrer et agir dans une situation aussi complexe. Une grande assemblée était convoquée devant la Sata pour décider comment poursuivre. Les plus hauts dirigeants de la FIOM se sont présentés à l'assemblée avec la proposition de changement de la forme de lutte, tout en disant que si les travailleurs décidaient de continuer à bloquer les grilles et des marchandises, ils suivraient leur choix et affronteraient avec eux les conséquences répressives préparées par la magistrature et le gouvernement. L'assemblée a été un exercice extraordinaire de démocratie ouvrière qui a étonné tout le monde. Après des heures de discussions dramatiques — où s'exprimait la crainte des travailleurs que, s'ils retournaient dans l'usine, les chefs pour1. Le mouvement syndical italien est divisé en trois confédérations historiques: - La CGIL (Confédération générale italienne du travail), la plus importante avec plus de 5 millions une aile gauche de la CGIL ; d'inscrits (dont 50 % seulement sont encore des salariés actifs), liée à la tradition communiste italienne, dirigée aujourd'hui par un regroupement de forces considérés comme étant à la gauche des Démocrates de gauche, mais très minoritaires dans ce parti. Une tendance de gauche (favorable aux accords patronatexiste en son sein, nommée raient exercer un plus fort chantage — la décision de lever le blocage, tout en poursuivant une grève tournante de 8 heures par équipe, était prise à l'unanimité ; les assemblées de travailleurs des différentes équipes ont confirmé cette grève tournante illimitée.

Les portes étaient libres, les briseurs de grève pouvaient entrer... mais seulement une centaine de travaireurs ont traversé le seuil des grilles dans les jours suivants et l'entreprise n'a pas pu reprendre la production.

L'unité des travailleurs avait résisté et vaincu, mais aussi l'unité de la population de la région qui s'était rangée de leur côté, leurs fils et filles. Le sentiment dans les villes et villages où ils habitaient était effectivement de solidarité totale, et de dissuasion envers ceux qui auraient voulu reprendre le travail en divisant la lutte. Une grande manifestation à Rome devant le siège de la FIAT, avec la participation de délégations de tous les établissements de la Fiat, a confirmé la combativité des ouvriers de Melfi. Le FIM a encore semé une diversion provocatrice pour retarder le règlement du conflit, mais à la fin, devant une perte productive de 40 000 voitures, la FIAT a dû céder.

Un système productif conçu sous une forme ultrarigide, sans souplesse, complètement axé sur la réduction des coûts et la maximisation des profits, mais qui laisse peu de marges de manœuvre, entre en crise lorsque la lutte ouvrière refait surface. Le flux tendu est un système d'exploitation féroce, mais ce n'est pas une machine parfaite si les travailleurs luttent unis.

« Changer d'orientation », qui réunit fédération dans la est sa environs 20 % des membres. Sa métallurgie ;

Fédération de la métallurgie — la

— L'UIL (Union italienne du tra-

FIOM — principal syndicat dans la vail) revendique plus d'un million branche, apparaît de fait comme de membres. Son orientation est semblable à celle de la CISL.

— La CISL (Confédération italien-

L'UILM constitue sa fédération de ne des syndicats travailleurs), seconla métallurgie de en nombre (elle revendique plus

En dehors des trois confédérations il de 3 millions d'inscrits, dont la moifaut mentionner l'existence de noutié sont des retraités) a adoptée des veaux syndicats, structurés par des positions de plus en plus modérées comités de base, notamment le SIN et une orientation néo-corporatiste

COBAS.

gouvernement-syndicats). La FIM

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L'accord obtenu est une réponse positive aux demandes avancées. Il oblige l'entreprise à modifier les équipes, en dépassant l'obligation de travailler de nuit durant deux semaines successives avec une seule journée de repos - la tristement célèbre « ribattuta », il impose la parité salariale, bien qu'étalée sur trois tranches, et une révision des mesures disciplinaires. Le sentiment de victoire a été très fort ; les travailleurs ont montré un grand enthousiasme dans les assemblées qui ont discuté de l'accord ; au cours de celles-ci, ils ont hué les représentants syndicaux qui avaient cherché à faire obstacle à la lutte et à la diviser.

Le référendum qui s'est déroulé après les assemblées a confirmé l'avis positif des travailleurs, par la très forte participation au vote, et la grande majorité en faveur du oui. Mais le fait qu'une minorité significative ait voté contre témoigne du degré de participation à cette lutte décisive

La plupart des travailleurs italiens et même l'opinion publique ont soutenu cette lutte. Ainsi, elle sera un grand stimulant pour la reprise du chemin de la mobilisation. Finalement on a obtenu une victoire sur une plate-forme positive La lutte paie de nouveau. Les luttes des dernières années

Justement il y a une modification substantielle de la dynamique et de la nature des luttes sociales. Les luttes des dernières années avaient en grande partie un caractère défensif, même si leur ampleur, à partir de la grande manifestation de la CGIL de 2002, avait été souvent exceptionnelle. Sur le plan des résultats, les objectifs obtenus étaient modestes : par exemple nous avons réussi à endiguer les atteintes à l'article 18 du Statut des travailleurs — qui interdit le licenciement injustifié — mais non pas à bloquer le lancement de la tristement célèbre loi 30, qui précarise les rapports de travail et transforme carrément la force de travail en marchandise. Cette loi, à travers les nouvelles formes de la précarité, contourne les protections de l'art. 18 et tend a individualiser le contrat de travail. De ce point de vue, les luttes n'ont pas été en mesure de stopper l'offensive du patronat et du gouvernement. Et ces luttes ont trop souvent pris la forme de manifestations ponctuelles au cours desquelles la résolution des problèmes était déléguée aux organisations syndicales et notamment à la CGIL, avec une certaine difficulté à transférer le conflit de la vie quotidienne vers les lieux de travail. Toutefois. elles ont été déterminantes pour modifier le climat social dans son ensemble, de concours avec la croissance du mouvement contre la mondialisation capitaliste, créant ainsi les conditions pour dépasser la passivité et le sentiment de défaite dans le mouvement ouvrier.

Il faut en outre rappeler que la mobilisation contre la guerre et pour le retrait des troupes est resté très forte dans notre pays. Ainsi, dans la manifestation du 20 mars il était assez palpable que si l'élément commun déterminant et unificateur était le thème de la paix, les participants, toutefois, travailleuses et travailleurs, jeunes et femmes, précaires, enseignants et étudiants, prenaient part à une mobilisation porteuse également de revendications propres, sociales et de travail, pour ne pas parler de l'aversion toujours plus forte, pour ne pas dire de COORDINAMENTO DONNE

TERMINI IMERESE Per la difesa del lavoro la qualità della vita la haine, à l'égard du gouvernement et de Berlusconi qui n'ont cessé une seule minute de multiplier les atteintes aux droits des travailleurs.

Ces mobilisations ont ainsi beaucoup contribué à créer des conditions meilleures pour la réorganisation de plusieurs secteurs des salariés et pour une réorganisation syndicale. De ce point de vue, la FIOM a joué un rôle central par son refus de signer deux accords léonins avec la Federmeccanica (l'Association patronale des entrepreneurs métallurgistes), pourtant avalisés par deux autres organisations syndicales (FIM et UILM), laissant ainsi ouverte la lutte pour défendre le contrat national de travail. La FIOM a également proposé enfin le dépassement de la politique de concertation, cette forme particulièrement subalterne de collaboration de classe qui est à la de base des défaites des années 1990. Enfin, la FIOM a réintroduit la pleine participation et la démocratie ouvrière dans le fonctionnement du syndicat et dans les luttes, en défendant le principe que chaque plate-forme de lutte et tout accord syndical ne peuvent êtres valides sans un vote des travailleurs et travailleuses intéressés. Grâce à ce rapport démocratique, nous avons réussi à résister tant à l'offensive patronale qu'à l'isolement, où non seulement des organisations de la CISL et de l'UIL, mais même la CGIL nous ont laissés. Car en ce qui concerne la CGIL, elle a été davantage marquée par une opposition « politique » au gouvernement Berlusconi, que par un réel changement des politiques contractuelles syndicales. Une nouvelle phase de luttes

Au cours des derniers mois nous avons ainsi assisté à une série de luttes de la base, très dures, qui ont découvert ou redécouvert des formes de luttes très incisives, à outrance, avec le blocage total des activités productives et des services. Des luttes qu'on ne peut plus qualifier de seulement défensives, mais qui ont su beaucoup plus que par le passé unir l'élément de défense contre les attaques portées par l'adversaire avec des objectifs porteurs des besoins des salariés en matière de salaires et conditions de importantes (à Terni, l'usine a été bloquée 15 jours, avec une participation extraordinaire de toute la population) et ont obligé le propriétaire - le groupe allemand Thissen-Krupp - à faire marche arrière. Là encore, cette lutte a été déclenchée par la réaction des travailleurs aux négociations qui se déroulaient dans l'hôtel le plus luxueux de la ville et qui risquaient de se terminer par un accord à la baisse. Mais les ouvriers se sont présentés en masse à la négociation, ont renversé des vitrines et des gardes du corps et obligé les dirigeants de Krupp à une fuite précipitée par les sorties de secours. Le blocage tota des portes de l'usine a suivi, durant plus de deux semaines. Ici encore, une forte capacité de frapper économiquement l'entreprise et de reconstruire une nouvelle hégémonie ouvrière dans la région a été démontrée. Encore une fois, les jeunes ouvriers étaient aux avant-postes : ceux qui avaient cru pouvoir accéder enfin après des années à un contrat de travail stable et qui se sont vus devant un autre recul.

La mobilisation des cheminots à été également très forte. Avec lesdites « grèves sauvages » (après que de nombreuses grèves « normales » n'eurent pas déplacé d'une virgule le cours des négociations), ils ont complètement bloqué les principales villes, de Milan à Naples, de Rome à Florence. Ils n'ont pas réussi à obtenir ce qu'ils demandaient à cause d'un accord à la baisse signé par les trois organisations syndicales. Par contre, ils ont provoqué un changement des rapports de force dans la catégorie et obligé les organisations syndicales à redéfinir immédiatement une plate-forme de revendications en

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vue du contrat en échéance.

La lutte de Scanzano en Basilicate était tout aussi importante. Le gouvernement voulait y installer un dépotoir de scories extrêmement dangereuses ; une véritable insurrection populaire a éclaté, avec un blocage complet des routes qui a duré plusieurs semaines et a obligé le gouvernement à reculer. Événement assez semblable dans une petite ville près de Melfi ; une expérience importante pour les mêmes travailleurs qui sont devenus peu après les protagonistes de la lutte à la Fiat.

On a pu voir ensuite la mobilisation ardue des travailleuses et des travailleurs de l'Alitalia, face à une dramatique crise de l'entreprise et à un plan du gouvernement qui prévoyait sa faillite pour la dépecer et en vendre les parties désirables, avec des retombées très graves pour l'emploi, qui ont réussi pour l'instant à bloquer ce projet. Cependant, la partie reste ouverte bien que très incertaine du point de vue de son issue finale.

La grève générale des syndicats le 26 mars pour défendre ce qui reste du système de sécurité sociale a vu une grande participation, de loin supérieure aux prévisions, tant à la grève qu'aux manifestations de rue. De même, la journée du premier mai à Milan a rallié environ 50 000 travailleurs précaires et jeunes, un signe de début de luttes même dans les secteurs les plus faibles et sans expérience de combat.

On peut également rappeler la grève générale du secteur public (trois millions de travailleuses et travailleurs), un grand succès avec d'importantes manifestations, dans la foulée des mobilisations tout aussi importantes du milieu scolaire contre la contre-réforme réactionnaire de la ministre Moratti.

Enfin, il faut rappeler une lutte très dure et non moins exemplaire que celle de Melfi qui a duré environ 10 mois, celle des travailleurs de Fincantieri. Fincantieri est un groupe public de construction navale avec des établissements dans les principaux ports italiens, de Monfalcone à Sestri, Rivage Trigoso et La Spezia en Ligurie, d'Ancône à Palerme, de Port Marghera (Venise) à Naples. Au cours des dernières années, malgré les fortes restructurations et les compressions importantes des effectifs, les travailleurs avaient réussi à imposer le maintien de tous ces chantiers, pour un emploi global qui se situe aujourd'hui entre 9 000 et 10 000 travailleurs. C'est dans ce contexte qu'il faut situer la lutte que ces travailleuses et travailleurs ont menée pendant plusieurs mois. Fincantieri est l'unique grand groupe industriel où la FIOM ait réussi à obtenir tout de suite des négociations pré- contractuelles (2). Les travailleurs ont en effet approuvé la plate-forme du projet de convention dès le mois de juin 2003 avec une participation au vote qui a frisé les 60 % (4505 salariés) des participants, en exprimant un soutien massif (86,63 %).

Au cours des mois suivants, différents moments d'initiative et de lutte syndicale ont eu lieu. L'adhésion des travailleurs aux propositions de la FIOM s'est confirmée plus encore dans la définition de la plate-forme et dans le contrat complémentaire arrivé à échéance entre-temps. L'initiative de cette fédération syndicale s'est ainsi développée en tenant ensemble les deux niveaux, celui du projet de la convention et des négociations complémentaire, en arrivant en janvier à bloquer le lancement d'un gros paquebot de croisière — le Caribbean Princess — et en imposant à l'entreprise de discuter de toutes les plates-formes présentées et à renoncer aux accords séparés.

L'affrontement s'est poursuivi dans les mois suivants avec une succession de grèves - parfois très dures, environ 70 heures de grève au total — jusqu'à la mi-mai lorsque les négociations semblaient sur le point de se terminer avec un résultat positif tant sur les contenus du projet d'entente que du contrat d'entreprise. Coup de théâtre lorsque les représentants de l'UILM suivis de la FIM se sont opposés aux clauses sur les contenus du projet de convention, en donnant ainsi le prétexte à l'entreprise pour suspendre les négociations. Mais sous l'effet de la lutte de Melfi les travailleurs sont passés à la lutte à outrance en bloquant tous les chantiers, en empêchant à Marghera le lancement d'un paquebot et en occupant les bureaux de la direction à Gênes. Après une semaine de grèves, Fincantieri a cédé, les syndicats modérés se sont pliés. On a signé un contrat qui prévoit le non-recours à la loi

VENDESI

Attach INAl 30, la réduction de la précarité et le dépassement des différences de régimes entre les nouveaux salariés et les travailleurs à temps indéterminé, de nouvelles règles pour les salariés des fournisseurs, de nouvelles mesures de sécurité et 130 euros par mois en moyenne d'augmentation. Gouvernement et patronat encore à l'offensive

Il serait toutefois erroné de conclure que la situation italienne a connu un renversement global des rapports de force. On sort du point le plus bas dans lequel le mouvement ouvrier était tombé, mais quelques rayons de soleil ne font pas une journée sereine. Des possibilités s'ouvrent, mais dans une situation qui pour l'ensemble de la classe ouvrière reste difficile. Par exemple la plupart des contrats nationaux ont été conclus avec des accords très négatifs tant sur le plan salarial que sur celui de la précarisation des emplois, signés par toutes les organisations syndicales, y compris les représentants de la CGIL.

Les premières victoires partielles restent à consolider, à élargir; il manque encore une stratégie globale pour faire face aux axes de 2. Les négociations pré-contractuelles ont été initiées par la FIOM après qu'au printemps 2003 les autres deux organisations syndicales — FIM et UILM — aient signé un contrat national très négatif du point de vue salarial et normatif. La FIOM ne l'avait pas signé et pour tenir les négociations ouvertes a organisé des négociations usine par usine pour reconquérir le contenu de sa plate-forme votée par les travailleurs et pour imposer par ce biais la pleine récupération du contrat national. Aujourd'hui, il y a 2 200 négociations pré-contractuelles ouvertes qui touchent environ 600 000 salariés. Environ 500 négociations pré-contractuelles ont eu une conclusion positive — elles concernent 130 000 travailleurs et garantissent des augmentations salariales et des clauses normatives contre le travail précaire.

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l'offensive gouvernementale et patronale tout azimut, depuis les retraites jusqu'à l'ensemble de l'Etat social, des règlements de la loi 30 à la baisse de salaires qui entraîne dans la misère des secteurs toujours plus vastes de la population avec des retombés dramatiques sur la cohésion sociale et politique de la classe ouvrière, déjà mise à l'épreuve par 15 ans de politiques libérales.

Sont également présents d'autres éléments de difficultés produits par la récession économique elle-même, la crise que connaissent des secteurs décisifs de l'industrie italienne depuis Fiat jusqu'à l'Alenia, de la Siderurgia au Parmalat pour arriver à la débâcle de l'Alitalia. Nous sommes devant une nouvelle et violente offensive contre l'emploi sans que jusqu'à présent soit apparue une réponse d'ensemble à cette nouvelle phase des restructurations capitalistes sollicitées plus que jamais par la concurrence internationale forcenée. Emplois, salaires, État social... la classe ouvrière continue à encaisser l'offensive et jusqu'à présent les Confédérations syndicales n'y ont pas apporté une réponse globale et unitaire. La crise de la Fiat

Partons de la Fiat. La situation de la Fiat auto reste très grave. La mort d'Umberto Agnelli, président du groupe et dernier représentant de la dynastie, crée un autre élément d'incertitude et laisse la voie ouverte à un rôle plus grand des banques créancières. En septembre 2005, à l'échéance du prêt, celles-ci pourraient devenir propriétaires d'environ 30 % du capital de la Fiat. La famille Agnelli contrôle aujourd'hui 30 % du capital. Les nouveaux modèles ont permis une croissance des ventes et de parts de marché très modeste en Europe et en Italie, un niveau à peine supérieur à 2002, la pire année de la Fiat. Les rapports avec le partenaire américain, General Motors, ont continué à se détériorer. En effet, le siège de Detroit n'a pas investi un sou pour recapitaliser la Fiat et renie les clauses d'achat de la Fiat signées en 2000 en attendant, comme un vautour, la crise finale de la maison italienne, pour s'emparer, s'il le considérera opportun, des parties intéressantes. C'est dans ce cadre que se pérennise la mort lente, mais pas pour autant inexorable, de l'établissement de Mirafiori, à Turin. Cet établissement est en tête du procès productif, s'il disparaît, il n'y aura pas de futur pour Fiat auto comme producteur indépendant ; les autres établissements n'auraient un avenir qu'en tant qu' usines d'assemblage, à vendre au plus offrant ; les retombées en ce qui concerne les emplois directs et ceux des sous-traitants seraient très graves.

Mirafiori est un géant blessé — en deux ans seulement il a perdu la moitié de ses effectifs; il n'y a plus que 16 000 travailleurs - mais il reste la plus grande concentration industrielle et ouvrière de notre pays, un site pour lequel la direction Fiat ne voit pas d'avenir, comme ce fut le cas pour l'installation d'Arese à Milan. C'est une unité où la production baisse de mois en mois, avec des milliers de travailleurs à la « cassa integrazione » (caisse de chômage). L'objectif évident de la Fiat est de rendre économiquement inutile la grande agglomération.

Au cours des derniers mois les travailleurs de Mirafiori ont déclenché de nombreuses grèves face à la tentative de la Fiat d'introduire le système d'exploitation de Melfi, le tristement célèbre Tmc 2, en ayant recours en même temps à la « cassa integrazione », une tentative effrontée et provocatrice de presser le citron jusqu'au bout, avant de le jeter définitivement au rebut.

Le jeu de la plus grande entreprise du pays arrive aujourd'hui à son point décisif. C'est l'expression et le symbole de la crise industrielle et économique globale du pays, le paradigme de la faillite d'une classe capitaliste qui a cru vaincre en vainquant la classe ouvrière, qui, certes, a emporté des victoires contre les travailleurs mais sans réussir à les faire plier définitivement, et qui a de façon criante perdu sur le terrain de sa lutte à elle, la concurrence capitaliste internationale. La propriété Fiat est une entrave, la nationalisation s'impose

Aujourd'hui la propriété Fiat est une entrave insurmontable pour l'avenir de l'entreprise ; la Fiat ne veut ni ne peut relancer une situation qu'elle a laissé se dégrader trop et n'a même plus les ressources nécessaires pour renverser la pente. Pour la faire vivre, sauver tous les établissements, pour l'avenir des entreprises de sous-traitance, il faut emprunter une autre voie : sans intervention publique on ne peut pas redresser l'industrie automobile en Italie. Seule la nationalisation de la Fiat peut libérer les ressources nécessaires pour la relance globale, un avenir productif qui maintiendra l'emploi dans tout le secteur, les besoins de la société et du pays, des entreprises sous-traitantes. En soi, la lutte de Melfi ne résoudra pas les problèmes globaux des travailleurs Fiat, par contre, elle crée des conditions positives pour la relance d'un sommet général sur la Fiat afin de défendre tous les sites productifs, l'emploi et les conditions de travail. La grande journée de mobilisation qui se déroulera le 10 juin à Turin sera un banc d'essai. Élargir les brèches, construire un sommet général

Aujourd'hui il faut travailler pour favoriser toutes les formes de mobilisation, pour élargir autant que possible toutes les brèches qui se sont ouvertes, pour multiplier les terrains de lutte.

En même temps il est assez clair que la convergence et l'unité de ces différentes mobilisations est nécessaire. Il faut une plate-forme d'unité des luttes pour l'emploi, pour le salaire, contre la précarité et la loi 30, pour la défense de l'État social (retraites, école, santé). Une plate-forme où chaque secteur potentiellement disponible trouve une référence, un point d'appui, la condition pour une vaste et durable unité capable de résister à l'affrontement articulé et à long terme.

C'est ce qui est en jeu ici. Et il faudra s'adresser aux Confédérations syndicales, construire les différentes gauches syndicales, internes à la CGIL, et des syndicats de base. Les luttes des derniers mois rendent possible ce pas en avant de la mobilisation des travailleurs.

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