Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Avant les congrès du Parti socialiste et du Parti communiste

· Inprecor n° 50, 12 avril 1979 · p. 22-27 · 5 152 mots

France

En avril se tiendra le congrès du PS, en mai celui du PCF : les deux partis qui sont suivis par la masse des travailleurs de France et, quoiqu'ayant majorité des suffrages aux élections de mars 1978, ont été batus à celles-ci en raison, d'une part, du découpage des circonscriptions; et d'autre part, surtout, en raison de la désunion qui s'aggravait de ladite Union de la gauche pendant les six à sept mois qui précédèrent les élections. Ces congrès les premiers qu'ils tiennent depuis leur detaite électorale; ils precederont de peu les élections à l'Assemblée européenne. L'issue du congrès du PCF ne fait pas de doute, il en est de même pour celui du PS. Mais pour commencer, résumons la tuation économique, et politique dans laquelle se tiendront ces congrès.

La France est à présent frappée de plein fouet par la crise économique. Il sévit une inflation parmi les plus élevées d'Euoccidentale, le nombre de chômeurs dépasse le million et demi et continue de s'accroitre. Les différents « plans» mis en avant par le gouvernement Barre n'ont apporté aucune amélioration à l'économie. Depuis que l'Union de la gauche a été battue et que ses composantes se disputent, Giscard- cher.

Barre et le patronat croient que tout leur sera possible. Sous prétexte de défendre le franc et de juguler l'inflation, ils cherchent à abaisser le niveau de vie des travailleurs. Celui-ci n'avait pas été encore sérieusement atteint jusque vers la moitié de 1978; mais depuis lors, des attaques se produisent sur tous les plans : limitation des augmentations de salaires au-dessous des augmentations des prix; lourde augmentation des cotisations à la Sécurité sociale et atteinte à certains des bénéfices de celleci; atteinte aux indemnités de chômage; augmentation prix des services publies, des loyers, liberté des prix; augmentation des impôts, etc.

Le mécontentement des masses, désormais considérable, a commencé à prendre des formes où il fait place à la colère dans certains secteurs industriels et dans certaines villes, dans des régions qui sont particulièrement touchées (Nord et Pas-de-Calais, Lorraine). Les grèves et les manifestations se multiplient et prennent des asparfois rudes. Les deux exemples les plus marquants sont ceux des villes de Longwy et de Denain, villes sidérurgiques, où se sont produites de véritables émeutes, avec attaques de commissariats de police, que les directions syndicales étaient impuissantes à empê-

On assiste à des explosions locales dans une sympathie générale, mais la tendance à l'élargissement des mouvements ne s'est pas encore pleinement développée. Il est certain que le chômage pèse lourd sur les travailleurs qui ont un emploi, mais le chômage croissant ne suffit pas à expliquer cet état de choses. La défaite électorale n'a pas démoralisé la classe ouvrière ni entamé ses aspirations unitaires: les électeurs ignorent les querelles du PS et du PCF quand il y a un second tour. Ce qui pèse le plus sur les travailleurs, c'est que la perspective politique que constitua l'espoir de la victoire de l'Union de la gauche a disparu sans être remplacée par une autre perspective. Comme nous le verrons plus loin, les deux partis traditionnels sont à présent largement repliés sur eux-mêmes, chacun dans ses ditticultés intérieures et dans son crétinisme parlementaire. LES DIVISIONS DE LA BOURGEOISIE

Sur le plan politique, la bourgeoisie est divisée. On connaît le différend Giscard-Chirac. A peine étouffé pour la période qui précéda les élections de mars 1978, il a vite repris et devient de plus en plus aigu. A la base se trouvent deux conceptions politiques différentes pour l'avenir. Chirac veut conserver la division majeure qui existait du temps de De Gaulle, à savoir les gaullistes d'une part, les communistes de l'autre, avec un écrasement des formations intermédiaires, y compris du PS, de sorte que la formation gaulliste reste éternellement dominante. Giscard veut aboutir, le temps et les circonstances aidant, à un effritement des gaul-

Run isolement des communistes, et à une coalition du bourgeois avec une aile des socialistes qui seraient convaincus qu'il n'y aurait pour eux aucun espoir de parvenir au gouverement en restant alliés aux communistes. Ce conflit Giscard-Chirac mûrissait assez lentement, les deux antagonistes se préparant pour une contestation ouverte lors de l'élecprésidentielle de 1981. Mais à la suite du mécontente-

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ment montant des masses, RPR de Chirac veut se délimiter autant que faire se peut de la politique Giscard-Barre. Mais il est gêné dans ses manœuvres, le Président de la République menaçant de procéder à une dissolution de l'Assemblée nationale et à de nouvelles élections si celle-ci mettait en minorité le gouvernement. Aussi Chirac cherche-t-il à agiter l'opinion publique sur des termes ultranationalistes en vue des élections européennes, des thèmes qui trouvent un écho dans les masses ouvrières et petites-bourgeoises arriérées. NAISSANCE ET MORT DE L'UNION DE LA GAUCHE

Pour mieux saisir les problèmes qui seront traités aux deux congrès, il faut rappeler succintement pourquoi l'Union de la constituée 1972 et pourquoi elle s'est rompue de facto en 1977. Le processus de politisation de la classe ouvrière engendré par Mai 68 dépassait tout ce qui avait été connu dans le passé; il tendait à mettre en cause le régime capitaliste - l'exemple de Lip en était un symptôme. Les organisations ouvrières de masse pouvaient seules parvenir à le canaliser dans des canaux parlementaires, pour éviter de mettre en cause le capitalisme. Depuis des années, le PCF avait lancé l'idée d'une union des partis de gauche sur un programme réformiste; il avait donc une orientation toute prête, bien qu'il n'ait ni prévu Mai 68, ni soutenu ce mouvement. Au Ps, le proble me était plus compliqué. Guy Mollet avait pratiqué des années durant la politique de «la troi-

(collaboration avec le centre bourgeois) et en avait payé le prix fort lourd de pertes croissantes, aboutissant à un désastre à l'élection présidentielle de 1969 (environ 5% de voix à son candidat). La crise du PS fut dénouée au congrès d'Epinay en 1971, qui décida la création d'un « nouveau parti socialiste », dont le dirigeant était Mitterrand, souvent ministre pendant la IVe République. Après Mai 68, il avait proposé une politique qui paraissait audacieuse aux membres du Parti socialiste : pour que le PS devienne fort, il fallait - disait-il -renoncer à toute tactique de «troisième force», et constituer au contraire une alliance avec le PCF en vue de gagner une majorité électorale dans le pays. Il allait donc dans le sens de la politique proposée par le PCF, quitte à discuter avec lui le contenu du programme de l'Union de la gauche. A ceux qui objectaient qu'un parti aussi affaibli ne pouvait songer à s'entendre avec un parti aussi discipliné et fort que le PCF, qu'on ne peut aller diner avec le Diable si l'on ne possède pas une grande cuiller, il répondait que sa politique était la seule qui renforcerait le rapport de forces avec le PCF. Il l'emporta à Epinay parce que la politique de Guy Mollet était condamnée par tous et parce que personne ne formulait une autre politique que lui.

Les prédictions de Mitterand se vérifièrent bientôt. A l'élection présidentielle de 1974 (entre Giscard et Mitterrand la différence des voix était inférieure à 1%), aux élections cantonales de 1976 et, surtout, aux élections municipales de 1977, la montée des voix de l'Union de la gauche apparaissait irrésistible. Mais, alors qu'au moment de l'adoption du programme commun en 1972, on était en conjoncture économique, celle-ci avait fait place à la économique. Il fallait donc réviser ce programme pour les élections de 1978. C'est alors qu'apparurent les tensions menèrent à la rupture.

Les dirigeants du PS vouréduire certaines messes du programme sans toutefois l'annoncer bruyamment. La direction des préoccupations d'un autre

Dans la montée de l'Union de la gauche, le PS rattrapait et dépassait le score du PCF, qui était plutôt stagnant et baissait même un peu les vieux bastions de la banlieue parisienne. Dès les premières manifestations d'une telle tendance, la direction du PCF s'en inquiéta car, lors des grands accords passés avec le PS - pour le Front populaire et au lendemain de la Libération - c'était lui, le PCF, qui en avait été le grand bénéficiaire. Les élections municipales de mars 1977 l'alarmèrent : sur sa droite le PS se développait et gagnait même un peu à ses dépens; sur sa gauche, d'extrême-gauche avaient obtenu des résultats reimpressionnants, dans des quartiers ouvriers, y recueillant près de un million de voix pour toute la France. Nous savons qu'au Bureau politique, cet aspect de la situation, non mentionné publiquement, fut examiné avec soin.

Quand les discussions sur la mise à jour du programme commun commencèrent, tion du PCF était prête à faire des concessions à la direction du PS à condition de recevoir en échange des garanties concernant le nombre et la nature des ministères qui seraient attribués au parti, des postes qu'il obtiendrait dans les entreprises nationalisées, et le maintien de gouvernementale en cas de désaccords. Autrement dit, le PCF était prêt à

June politique gouverementale à la Callaghan, et à faire face à des offensives sur sa gauche, mais à condition d'avoir la certitude d'être solidement installée dans l'appareil étatique et para-étatique. La direction du PS faisant la sourde oreille aux demandes de la direction du PCF, cette demière découvrit alors un « virage droite» du PS et engagea le combat contre son «associé» de nibie de la cissimule pour objectif d'enrayer et si possible de faire refluer sa progression torale en vue d'améliorer son rapport de forces avec lui. On en connaît le résultat.

Depuis la défaite électorale, les rapports entre les deux partis n'ont fait que se détériorer davantage et c'est dans ces conditions que les deux congrès vont se tenir. LES FRACTIONS AUX PRISES DANS LE PS

Formellement, sept motions de politique générale ont été déposées pour les votes qui auront lieu au congrès du PS

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qui se tiendra à Metz. Les principales d'entre elles, au nombre de quatre, ont été présentées respectivement par Mitterrand, Rocard, Mauroy et le CERES Les autres ont surtout objectif la préparation et l'exécution de manœuvres, savantes ou non, au cours du congrès. Bien que le PS continue à progresser électoralement - la litique gouvernementale suffisant à y contribuer -, il se pose à lui un problème essentiel qui à l'origine de ses luttes intestines présentes, mais qu'il ne présente pas sous une forme claire. Quel est ce me ? Devenu le premier parti de France, le PS ne peut éternellement rester un parti d'opposition; mais comment pourra-t-il parvenir au gouvernement ? Ne pouvant espérer obtenir la majorité absolue à lui seul, il nécessairement des alliés pour avoir une majorité parlementaire et une majorité présidentielle, des alliés autres quarteron de « radicaux de gauche» qui sont des parasites sur son corps. Il ne peut songer à revenir directement à politique force», c'est-à-dire d'alliance avec un parti bourgeois sans provoquer du même perte de la plus grande partie du terrain qu'il a reconquis grâce à l'Union de la gauche et presque certainement aussi une scission dans ses rangs. Ce serait un résultat inévitable dans les conditions politiques actuelles de la France. Il ne peut pas non plus passer par les fourches caudines du PCF, car agir ainsi serait réduire son audience dans des milieux qui veulent bien voter pour un bloc du PS et du PCF à conditions que le PCF n'y occupe qu'une place subalterne. Aucun courant ou tendance ou fraction du PS ne propose aujourd'hui une alliance avec un parti bourgeois, tous dans ce parti se déclarent partisans du maintien d'une alliance de la «gauche», mais pourront le faire que s'ils trouvent le moyen d'amener le PCF à résipiscence grâce à un meilleur rapport de forces par rapport à celui-ci. C'est ce problème qui est à la base de la lutte intérieure du PS, mais il n'est pas formulé aussi explicitement.

En outre, les réponses sont obspar d'autres considérations d'ordre organisationnel ou personnel.

Le combat au congrès se polarisera autour de Mitterrand et de Rocard. Mauroy met l'accent sur la nécessité de maintenir l'unité du parti autour de Mitterrand, mais demande de ce demier un comportement de dirigeant moins absolu. Le CERES dénonce le sectarisme du PCF, mais défend des positions politiques proches de celles de ce parti. Quelles sont les divergences entre Mitterrand et Rocard, telles qu'elles semblent apparaître au-delà de ce qu'ils ont dit jusqu'à présent, de ce qu'ils ont écrit dans leurs motions. Ro-

Use présente avant tout comme l'économiste qualifié, réaliste, qui n'oublierait pas que

A LIRE EGALEMENT

Depuis la défaite de l'Union de la gauche par Pierre Frank; numéro 36, 19 octobre 1978.

Le mouvement syndical depuis les élections; numéro38, 16 novembre 1978. Le congrès du PS français -

Des bilans douloureux pour des choix difficiles; numéro

46, ler mars 1979.

les revendications ne peuvent être satisfaites dans la économique actuelle. Autrement dit, il veut faire croire que c'est lui, et non Barre, qui est l'économiste numéro du pays, le seul qui peut apporter des remèdes à ses maux. Ce langage est destiné à être entendu, en dehors du PS, des nouvelles couches moyennes et des couches ouvrières influencées par des arguments technocratiques, comme on en trouve dans une partie de la CFDT. Rocard paraît donc chercher à étendre l'influence du PS sur sa droite, en ignorant l'électorat communiste qu'il doit penser irréductison plafond

La motion Miterrand se situe politiquement « à gauche ». Elle dénonce la politique Giscard-Barre d'une façon qui donne à son orientation une apparence proche de celle du PCF. Elle aussi une critique des positions de Rocard sans nommer celui-ci, en dénonçant les «'prétendues' lois économiques » qui...« ne sont en fait que les principes de gestion du système capitaliste». Il recule peu sur le programme de 1972. Ainsi sa motion doit lui permettre de s'assurer au congrès l'appui des votes du CERES sans lesquels il ne pourrait probablement pas obtenir une direction majoritaire. C'est là, pour lui, son objectif à très court terme, mais il vise autre chose à plus long terme. A la différence du CERES, loin de pencher vers le PCF, il a introduit dans sa motion des critiques extrêmement dures du PCF sur tous les points où celui-ci est extrêmement vul-

Les socialistes diront haut les manquements du PO Ils poseront des questions précises sur les contradictions entre le centralisme démocratique (1) et la revendication autogestionnaire, l'internationalisme théorique et les pratiques nationalistes, le ralliement au pluralisme et la réalité soviétique, le discours de gauche et le sabotage de l'alliance de gauche, etc. Restera au Parti communiste soit à s'enfermer davantage dans ses refus sectaires, soit à comprendre son devoir. Lorsque ce jour sera venu, le PS dira comment il entend engager le dialogue.»

Mitterrand met aussi l'accent sur la nécessité de renforcer l'incrustation du PS dans les entreprises. Ainsi, à plus long terme, Mitterand veut renforcer son parti en contestant au PCF sa prétention à être le seul parti ouvrier, en mordant dans l'audience et même dans les rangs du PCF. Il n'y a pas très longtemps, il avait déclaré que, selon lui, le PCF s'était débarrassé de ses «oripeaux léninistes» (à savoir la dictature du prolétariat, n'avait pas «coupé le cordon ombilical avec les structures, les méthodes de pensée et d'organisation qui produisent le stalinisme.» En fin de compte, il semble que Mitterrand chercherait à renforcer et à consolider son parti sur sa gauche aux dé-

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pens du PCF, poursuivant le calcul qu'il avait exprimé au congrès d'Epinay.

Le congrès de Metz, rappelons-le, ne sera pas appelé à se prononcer aussi clairement que nous présentons les divergences réelles. Les manœuvres ont déjà commencé et vont se poursuivre. Mitterrand va chercher à isoler Rocard; à peu près sûr dès maintenant de l'appui du CERES, il tournera ses ettorts du côté de Mauroy. Les mass media sont plutôt favorables à Rocard. Nous verrons plus loin l'attitude de la direction du PCF sur les luttes intestines du LA POLITIQUE ACTUELLE DU PCF

Les textes présentés par le Comité central du PCF pour le prochain congrès - qui ne seront certainement pas modifiés dans leur contenu essentiel - n'apportent aucun changement par rapport à la ligne que ce parti défend publiquement depuis l'automne 1977, à savoir : feu ininterrompu contre le PS, à tout propos et même hors de propos. Comme c'est de plus en plus le cas pour les documents du PCF, le projet de résolution contient beaucoup moins de démonstrations que d'affirmations péremptoires, selon le principe qu'une affirmation répétée de nombreuses fois équivaut finalement à une démonstration. «La crise qui, bien qu'elle ne se limite pas au cadre de notre pays, est avant tout nationale... La crise est aussi internationale...» Nous verrons bientôt le pourquoi de « avant tout nationale ».

Sur la situation politique française, les différences entre les formations bourgeoises et le PS sont gommées dans toute la mesure du possible. RPR et UDF sont englobés sous un même vocable, le giscardisme, les forces giscardiennes, alors que ces formaconsidérables. Le projet de résolution va plus loin encore, en parlant d'une « entreprise de rapprochement» forces giscardiennes avec le Ps, «en vue d'une application commune de la politique du capital» à laquelle seul le PCF constitue un obstacle. Les divergences au sein du PS, le CERES compris, ne seraient, aux dires du projet, que des querelles pour savoir comment applquer «l'orientation de droite». Ainsi la direction du PCF présente la situation politique française sous la forme d'une concerta-

Gallant de l'extrême-droite au PS inclus, pour mener une campagne par tous, contre le PCF tout seul. Nous retrouvons là une conception bien vieille dans le mouvement ouvrier, selon laquelle le parti de la classe ouvrière, en l'occurence le PCF, aurait en face de lui une « masse réactionnaire unique». De cette analyse la direction du PCF concut qu'elle ne renonce pas à la politique de l'Union de la gauche, qu'elle reste inscrite dans son programme, mais que sa réalisation dépend de l'existence d'un PCF fort et que de nouveaux accords d'Union de la pourront qu'à partir de Taction en bas' qui a et conservera toujours un caractère décisif». On retrouve done ici le fameux « front unique à la base » qui, une longue expérience l'a montré, signifie le contraire du front unique. De fait, la politique présente du PCF rappelle quelque-chose de

«troisième période », qu'il n'est pas du tout question d'une politique révolutionnaire ultragauche, mais d'une politique réformiste dirigée en premier lieu contre le PS (2). Les cellules du PCF ont pour consigne de ne pas s'adresser aux sections du PS et de se précipiter les premières dans toute lutte, pour s'y présenter comme le «seul défenseur» des travailleurs, coupant l'herbe sous le pied même à la CGT.

Le PCF seul contre tous? Il est une question sur laquelle il ne l'est pas et se retrouve... avec Chirac, sur des thèmes patriotards, nationalistes, allemands qui rappellent les manifestations de la bourgeoisie française entre la guerre de 1870 et la signature du Traité de Versailles. « L'indépendance nationale» menacée, France soumise à l'Allemagne, etc. La campagne du PCF en vue des élections européennes se mènera sur une liste où se trouveront des éléments bourgeois (3). Ce nationalisme éhonté, ces «cocoricos» en direction de couches de travailleurs politiquement arriérés sont particulièrement dangereux en ce temps de chômage parce qu'ils apportent, que le direction du PCF le veuille ou non, de l'eau au moulin des campagnes xénophobes et racistes qui s'ampli-

Sur le contenu du projet de résolution, on peut noter confirmation de l'abandon de la dictature du prolétariat par le congrès précédent, un silence sur le «léninisme», le remplacede «l'internationalisme prolétarien », qui avait signifié pour la direction l'alignement sur la politique du Kremlin, par l'expression « solidarité internationaliste» dont le sens est aussi vague que possible et peut être à l'usage de cun. Ce prétendu internationalisme est, par contre, très catégorique sur un point : il faut à

MITTERPAN

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la France « une défense nationale indépendante qui ne peut... avoir de réalité qu'en s'appuyant sur la maintenance de la force nucléaire de dissuasion». «l'appel de Stockholm» ?

Sachant qu'elle traîne comme un boulet le passé suiviste du parti envers l'Union soviétique, la direction du PCF cherche à s'en débarrasser au moyen de quelques formules, comme si elle pouvait s'absoudre elle-mêde péchés qu'elle présente comme étant véniels. A propos des pays prétendûment socialistes, le projet de résolution affirme que « le socialisme existe » et que « le bilan des pays socialistes est globalement tif». Tout au plus subsiste-t-il du passé « des pratiques et des défauts» non autrement caractérisés, qui n'impliquent en aucune manière la moindre idée de « rupture avec les pays socialistes». Il n'est évidemment pas la moindre question d'une quelconque campagne à mener contre ces « pratiques» inadmissibles, pas même contre la peine mort infligée récemment pour un attentat à des Arméniens, dont la culpabilité n'a pas été prouvée.

Après avoir signalé quelques points politiques importants, voyons comment se prépare le congrès. On se souvient que la vague contestataire du lendemain de la défaite électorale avait mis en cause le régime non démocratique dans le parti. Le texte soumis à la discussion déclare avec un sérieux imperturbable que la vie intérieure du

Best « la vie la plus démocratique» que l'on peut observer en France, mais omet de mentionner toutes les critiques que des membres lui ont faites. La seule concession perceptible à ces critiques est la possibilité donnée au Comité central par les nouveaux statuts de décider tribunes de discussion hors des périodes de préparation d'un congrès. Il est vrai qu'aucun de ceux qui avaient exprimé leurs critiques dans a presse bourgeoise n'a été sanctionné, la direction ayant même dit qu'elle n'exclurait personne (4). Dans la tribune de discussion qui vient d'être ouverte, on a inséré quelques interventions critiques des positions présentées par la direction, mais elles étaient bien timides, plus défensives qu'offensive, et des permanents y ont aussitôt répondu. Une cellule de province ayant envoyé au Comité central un contre-prode résolution, s'est vue sa publication et, au nom du Secrétariat du parti, Plissonnier, qui depuis de longues années est chargé de contrôler l'appareil, lui a envoyé une lettre dans laquelle on peut

« La méthode qui consiste à préparer un congrès sur la base de plusieurs textes porte atteinte au droit de chaque adhérent de participer à part entière à la détermination de la politique du parti et de se prononcer en connaissance de cause. reste plus dans ce cas à l'adhérent qu'à se ranger telle ou telle bannière, sans savoir ce que sera en définitive la politique de son parti... Au surplus cette demande est d'autant plus irrecevable que votre projet de résolution tend, dans son contenu, à remettre en cause les décisions prises par le (précédent) congrès, que le Comité central a reçu mandat de mettre en applica-

Ce texte est une belle illustration de «la vie la plus démocratique» qui sévit dans le parti. On comprend que la cellule en question ait décidé de diffuser elle-même son texte. D'ailleurs la plupart des contestataires de l'an dernier ne se font pas d'illusions quant à leurs possibilités de franchir les barrages qui sont placés pour parvenir à la ne même du congrès et publient leurs textes hors de la tribune de discussion. Une épuration s'étend parmi les permanents. Des rédacteurs de France nouvelle, le principal hebdomadaire du PCF, ont été amenés à donner leur démission, après que l'on ait fait savoir, comme l'indique l'un d'eux, que « mon attitude, mon opinion, mes discours, mes problèmes étaient bons pour une communiste de la 'base'. , mais pas pour une permanente, encore moins pour une responsable». (Le Monde, 10 mars 1979). Autre exemple : la contestation qui s'était élevée l'an dernier avait quelque peu influencé la direction de la Fé dération de Paris qui avait laissé passer des échos sur les discussions intérieures dans son organe Paris-Hebdo. Celui-ci n'avait pas tardé à être supprimé... pour des raisons financières. En outre, à la veille de l'ouverture de la discussion dans le parti, le secrétaire de la Fédération de Paris, Fizbin, membre du Comité central, a été autorisé à «'abandonner' sa fonction ... pour rai son de santé», à un autre membre du Comité central bien connu pour sa vigilance (5).

Une question se pose encore au sujet de la politique du PCF : jusqu'à quand la direction poursuivra-t-elle cette politique sectaire et qu'est-ce qui pourrait la faire changer? L'objectif princi pal de cette politique, avons-nous dit, est de rétablir un rapforces favorable pour le PCF envers le PS. La direction n'aura donc pas tendance à modifier sa politique aussi longtemps qu'elle n'aura pas atteint cet objectif, éventualité qui ne paraît pas proche, bien au contraire (6). Mais la situation ne pas uniquement des plans et des calculs des directions. Les tendances unitaires des masses sont fortes et l'offensive gouvernementale et patronale ne peut que les renforcer. Aucune direction ne pourra toujours les ingorer. Déjà, lors du congrès de la CGT, on a pu observer des courants qui ne sont pas disposés à suivre la politique sectaire du PCF; et la direction de la CGT, du moins certains de ses membres, a affecté de tenir compte de ces courants. La politique présente du PCF ne peut aboutir qu'à une impasse. PERSPECTIVE : LA GREVE GENERALE

En résumé, au cours des deux à trois mois à venir, les deux partis ouvriers de masse vont chacun se déterminer ou réaffirmer leur orientation. Dans la motion Mitterrand et dans le

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projet du PCF, on trouve d'im- à la Sécurité sociale; arrêt du portantes revendications communes aux deux textes, à commencer par la semaine de 35 heures sans diminution de salaire. Mais, au lieu de préparer une bataille commune pour arracher cette revendication - qui est aussi, aujourd'hui, la revendication commune à tous les travailleurs d'Europe occidentale -, ces deux directions œuvrent avant tout qui à renforcer leur progression aux dépens de l'autre, qui à l'endià la réduire. Les intérêts de boutique ont chez toutes deux la priorité sur les intérêts de la classe ouvrière. On peut dire que, à l'exception des militants les plus politisés, les travailleurs ne suivent pas ces

Get qu'ils ne comprennent pas les mobiles et les aboutissements des querelles, aussi bien au sein des partis qu'entre ces partis. Ils n'y voient pas une indication, une politique qui leur offre une perspective politique sur laquelle déboucherait leur résistance aux agressions du gouverement et du patro-

Cette perspective existe pourtant et n'a rien d'illusoire : c'est la grève générale. Il n'est évidemment pas question de la proclamer arbitrairement, s'agit d'ores et déjà de placer tous les combats présents dans le cadre d'une propagande pour cette perspective, d'un mouvement généralisé qui aurait pour objectif de balayer le gouvernement, d'imposer un gouvernement du PCet du PS et d'ouvrir la voie au pouvoir des travailleurs. Ce n'est pas une perspective illusoire, en France moins qu allleurs ou la memore des travalleurs conserve encore très frais Juin 36 et Mai 68, sans oublier aussi les mouvements généralisés de l'après-guerre (1946-48). Ce n'est pas non plus une perspective illusoire parce qu'à la différence de Mai 68, qui a éclaté en l'absence d'un programme de revendications générales préalablement connu, un tel programme existe dès à présent : semaine de 35 heures sans diminution de salaire; élévation substantielle du SMIG; fermeture de l'éventail des salaires et traitements; aucune atteinte programme nucléaire; augmenbudgets d'équipements sociaux, etc. - le étant vu comme une transition vers la construction d'une ciété socialiste. C'est là la substance des débats dans le mouvement ouvrier français depuis plusieurs années. Les difficultés à faire avancer cette perspective se trouvent moins que jamais dans les aspirations et la volonté de combat des masses travailleuses; elles résident au contraire dans le conformisme et la couardise des directions traditionnelles. Mais, malgré celles-ci, le tourant de la situation se produira. Il est impossible de dire dès maintenant quand, mais les signes se multiplient qui l'annoncent. Longwy Denain rappellent Brest et Toulon annonçant Juin 36; Caen, Redon, etc. annonçant Mai 68. On peut être certain non seulement que le prochain assaut se produira inéluctablement, mais qu'il sera beaucoup plus puissant que ceux que les travailleurs ont menés dans le passé.

11 mars 1979 NOTES 1) A l'instar de beaucoup, pour Mit centralisme démocratique sert à désigner le régime de centrabureaucratique temps de Staline dans les partis communistes, régime maintenu à présent avec quelques accomodements et qui n'a rien de commun avec le véritable centralisme démocratique qui élaboration la plus démocratique et discipline seulement dans l'action. 2) Cependant les élections partielles de l'année écoulée ont donné matière à la direction du PCF Elle a vu que se maintenir au second tour contre un candidat socialiste arrivé en tête n'est pas admis par les électeurs et lui coûterait bien des central a-t-il adopté comme règle générale qu'aux prochaines élections cantonales et aux élections partielles ultérieures, le PCF se désisterait au second tour pour le candidat de gauche arrivé en tête au premier tour. 3) Un responsable du PCF a déclaré publiquement que les élus communistes à l'Assemblée européenne constisi le réglement de cette Assemblée le permet, un groupe distinet, y compris des élus communis«l'indépendance nationale» de la di-

4) Marchais, qui ne craint pas le ridicule, a été jusqu'à dire que Tillon n'avait jamais été exclu du PCF et qu'il pouvait done venir quand il le voulait, discuter avec les « organismes appropriés» de son retour dans le parti. Pourquoi ne demande-t-il pas aussi à Marty de sortir de sa tombe pour en faire autant ? Des contestataires ont posé la question de la réhabilitation de Marty, exclu comme flie, mais la direction du PCF a gardé 5) Plusieurs oppositions à la direction, encore très faibles numériqueapparues depuis mars 1978. Elles se sont jusqu'ici surtout développées parmi les secteurs de la jeunesse étudiante et des intellectuels du PCF. C'est le cas des étudiants de l'UEC (Union des étudiants commudu courant ou encore des journalistes et intellectuels des diverses revues du PCF. Mais une nouvelle oprécemment, composée essentiellement à l'origine de travailleurs, qui publie un bulletin

«Luttes et Débats». Ce nouveau courant oppositionnel se caractérise par son souci d'opposer à la direction du parti une alternative politique de lutte de classes.

par exemple, tout démocratie du PCF, et son lien avec l'héritage stalinien, et son sectarisme vis-à-vis social-démocratie; ou d'autres cantonnent à des critiques plus ou moins parti sans ébaucher de ligne politique

Il y aura lieu de revenir sur la discussion - intérieure et extérieure - elle-même, son contenu, ses thèmes et révélera, lors qu'elle sera plus développée. 6) Un organisme qui suit les ventes des journaux dans Paris a récemment fait connaitre les chiffres de vente quotidienne moyenne de «l'Humanité» (comme les autres quotidiens) pour «Paris-surface», c'est-à-dire les kiosques. On lit :

1978 1979 janvier 20 849 17148

(soit - 3701) février 21574 18210

(soit - 3364) (reproduit dans «Le Monde» du 7 mars 1979)

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