Face au déchaînement de collaboration de classe et de nationalisme des organisations majoritaires de la classe ouvrière, la voix de l'internationalisme a du mal à se faire entendre. D'autant plus que tous les chantres de l'Europe «démocratique» se sont bien assurés de mettre en place des systèmes électoraux qui rendent très difficile la présence de courants révolutionnaires dans la compétition électorale. Cela ne diminue pas la nécessité de mener une virulente campagne internationaliste et, pour ce faire, de débattre, sans sectarisme et sans opportunisme, de toutes les possibilités de mener cette campagne en commun avec d'autres forces.
Avec les organisations qui se réclament du trotskysme, nous n'avons pas de divergences de principe sur l'analyse du Marche Commun capitaliste et la nécessité de lutter pour les Etats-Unis socialistes d'Europe. Une divergence tactique nous sépare cependant des camarades du CORQI (dont la principale organisation est l'OCI en France). Ces camarades ont en effet appelé au boycott des élections européennes. Ils affirment que le Parlement européen n'est pas un vrai parlement et que les élections européennes ne sont pas de vraies élections. Il s'agirait plutôt d'un plébiscite, tendant à légitimer les institutions
Europe
L'enjeu des
de juin 1979 (3)
de l'Europe capitaliste et la division de l'Europe décidée à Yalta et Postdam. En participant aux élections, selon eux, la IVe Internationale apporterait à son tour son aval à ces institutions. Cette argumentation n'est n'est guère convaincante. La participation des marxistes révolutionnaires à des élections pour des institutions bourgeoises n'implique jamais la reconnais- ce de ces institutons band il faudrait élever le boycott au niveau d'un principe car pour nous aucun parlement bourgeois n'est jamais légitime.
Il est exact que le Parlement européen n'a pas de véritables pouvoirs et n'est donc pas une institution parlementaire au sens traditionnel du terme. Mais tel était aussi le cas de la 4e Douma, élue en 1912 en Russie tsariste. Cela n'empêcha point la participation des bolchéviks aux élections pour cette Douma.
La question de la participation des révolutionnaires élections est une question tactique dont la réponse est essentiellement fonction de la possibilité pour eux de faire une propagande et/ou une agitation plus efficace - touchant plus de travailleurs que par leurs activités courantes -, et des réactions générales du mouvement ouvrier. Ces facteurs plaident auélections européennes
Faire entendre la voix
de l'internationalisme
jourd'hui en faveur de la participation de la IVe Interationale aux élections européennes, ce qui permettrait de dénoncer plus efficacement le caractère bourgeois et anti-ouvrier des institutions européennes et d'amplifier la propagande en faveur des Etats-Unis socialistes d'Europe.
Un boycott isolé de la part des trotskystes alors que toutes les organisations de masse du mouvement ouvrier participent aux élections européennes pourrait qu'isoler notre mouvement des couches croissantes de la classe ouvrière qui deviennent de plus en plus critiques à l'égard des directions bureaucratiques en général et de leur politique européenne en particulier.
Différentes organisations centristes européennes (Democrazia Proletaria, OCT, le PSU, le PT et le MC, Pour le socialisme, le
KB) ont élaboré une plate-forme pour cette campagne européenne avec laquelle nous avons de sérieux désaccords. On ne saurait, selon nous, offrir une alternative quelconque dans une telle campagne en tentant de réunir, sur le plus petit dénominateur commun, ceux qui sont
«cohtre» l'Europe, sans proposer de réponses stratégiques tant à la crise capitaliste qu'à la politique des directions tradi-
tionnelles de la classe ouvrière. La IVe Internationale a exprimé dans une «lettre ouverte» à ces organisations les divergences qu'elle avait avec leur plateforme, et nous reproduisons ici les points essentiels de cette critique. 1. L'EXPLICATION DE LA CRISE
«... Afin de présenter une réponse concrète aux travailleurs frappés par la crise que traversent tous les pays européens, il est nécessaire de partir d'une explications sérieuse de la nature et des causes de cette crise. Or, non seulement une telle explication n'apparait pas dans votre plateforme, mais les éléments d'explication qui sont donnés sont extrêmement partiels et, en conséquence, erro-
Vous écrivez en effet, comme seule explication des difficultés impérialistes : «La crise du système capitaliste est liée aux difficultés croissantes qu'il a de maintenir le pillage du Tiersmonde sous ses formes antérieures et à la forte montée des luttes ouvrières dans les pays capitalistes de l'Europe de l'Ouest depuis le début des années soixante.». Et vous concluez que «l'accélération actuelle de l'intégration du capitalisme eurocapacité d'agression et d'exploitation des impérialismes européens, tamment contre les peuples du Tiers-monde».
Si, bien sûr, il s'agit d'éléments d'explication de la crise qui touche l'économie péenne et mondiale, l'élément fondamental - que vous taisez -réside dans le fait qu'il s'agit d'une crise classique de l'économie capitaliste, produit de la du taux de profit, crise liée aux mécanismes mêmes de production capitaliste (basés sur le marché et la concurrence). Pour sortir de cette crise, l'objectif de la bourgeoisie est de frapper les travailleurs afin de relancer le taux de profit. La concentration et la centralisation accentuées du capital, la réorganisation de son appareil de production au niveau européen visent à tenter de réponl'intérêt des grands groupes capitalistes européens, à cette crise en créant de meilleures conditions de concurrence face aux trusts américains et japonais, à la fois sur le marché européen et mondial. Les institutions politiques mises en place doivent permettre de faciliter ces opérations et d'harmoniser les politiques anti-ouvrieres.
Il s'agit donc d'une crise dont seule issue pour les leurs réside dans l'établissement d'une économie démocratiquement et internationalement pladonc dans le reversement du capitalisme et de son Etat.
En insistant essentiellement sur la modification des rapports de forces entre les métropoles impérialistes et les pays «Tiers-monde », vous pas un danger combiné : ce faisant, en effet, vous vous gardez bien de préciser quelles classes profitent, dans certains pays du Tiers-monde, de cette modification des rapports de forces (et nous l'espérons, d'accord pour reconnaître qu'il ne s'agit pas des « peuples» du Tiers-monde, mais des capitalistes de ces pays) et votre explication épouse donc implicitement - et, en tout cas, ne permet pas de répondre à - celle que donnent les « eurocommunistes» (et en tout premier lieu le PCI) pour justifier leur choix de l'austérité (en donnant une couverture idéologique aux sacrifices des travailleurs d'un pays industrialisé par suite des progrès des « peuples» du Tiersmonde). Vous introduisez aussi par là une division dans la classe ouvrière à l'échelle mondiale et tombez dans le piège de la bourgeoisie qui explique la crise par la concurrence des bas salaires du Tiers-monde (sans parler de son explication antérieure de la crise à partir de la hausse des coûts du pétrole).
Expliquer la crise par cette cause ne tient pas car il faut rappeler que la plus-value extraite par les classes exploiteuses dans les quelques pays qui détiennent le monopole du pétrole est largement redistribuée sous forme d'investissements et biens manifacturés dans les pays capitalistes. outre, il se forme une coalition les bourgeoisies pays et les bourgeoisies impérialistes pour assurer l'exploitation des peuples du Tiers-monde.
Ne donnant pas la cause fondamentale de la crise que traverse l'économie capitaliste, votre plateforme ne permet donc pas, en conséquence, de montrer la voie d'une issue à cette crise en faveur des travailleurs, car, pour ce faire il faut s'attaquer à sa racine même. 2. AUCUNE DENONCIATION DE LA POLITIQUE DE COLLABORATION DE CLASSE A L'OEUVRE DANS LA PLUPART DES PAYS EUROPEENS
Votre plateforme reste aussi silencieuse sur l'autre aspect essentiel de la période actuelle : la politique de collaboration de classe menée par les organisations majoritaires de la classe ouvrière (que ce soit la gestion du système et de la crise comme en RFA ou en Angleterre, par des gouvernements sociaux-déimposant l'austérité aux travailleurs; que ce soit par des accords comme les Pactes de la Moncloa ou le « compromis historique» en Espagne et en Italie; que ce soit la division et le sabordage des mobilisations en France). Cette politique reflète deux éléments essentiels : d'une part que la bourgeoisie, vu les rapports de forces sociaux qui ne se sont pas modifiés en sa faveur depuis 1968 (et
Les éditions La Brèche viennent de publier une cassette de formation
«Les Etats Unis socialistes d'Europe», par J.M. Freyssat.
К7 по 23 La Brèche 99 rue de l'Ouest, 75014 Paris
ceci malgré quelques succès politiques partiels), ne dispose pas des moyens pour imposer ses solutions à la crise sans s'assurer la collaboration des directions ouvrières traditionnelles (partis socialistes, communistes, organisations syndicales) afin de faire passer sa politique d'austérité et de normalisation politique et sociale; d'autre part, que les directions réformistes, dans une période d'affrontements exigent une issue révolutionnaire, tentent de bloquer tout développement des luttes ouvrières en dévoyant le mouvement de masse dans les ornières de la collaboration de classe et en l'enfermant dans le carcan de de l'Etat bourgeois national et maintenant des institutions supra-nationales européennes.
Est-il besoin de rappeler les formes les plus criantes que collaboration ? L'unité nationale en Italie avec l'appel du PCI à une stricte politique d'austérité et de répression contre les travailleurs; le blocage des salaires et l'accroissement massif du chômage en Grande-Bretagne à l'initiative gouvernement travailliste; le sabordage par le PCF, la CGT et les autres organisations, de la mobilisation de toute la population en Lorraine en défense des sidérurgistes licenciés; l'oppodu gouvernement cial-démocrate à la revendication des 35 heures mise avant dans leur lutte par les travailleurs de la RFA, alors que le SPD prétend défendre cette revendication dans sa plateforme européenne : on pourrait allonger la liste.
Telles sont donc les deux caractéristiques essentielles du contexte politique dans lequel vont se dérouler les élections européennes : une profonde crise économique, une politique générale d'austérité et une politique de collaboration de classes des organisations de la classe ouvrière qui va jusqu'au soutien proclamé à cette austérité bourgeoise.
C'est par rapport à ces deux éléments que doit s'articuler une solution de rechange révolutionnaire à la politique capitaliste et aux institutions capi«démocratisation» de cette Europe proposée par les réformistes et staliniens. En effet, la crise que connaît le mouvement ouvrier européen aujourd'hui est fondamentalement une crise de stratégie (mise par l'échec de l'Union de la gauche en France, les avatars du « compromis historique» en Italie, etc.) et c'est au niveau stratégique qu'une réponse révolutionnaire doit se porter.
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR Articles sur la RFA 1. Les sidérurgistes pour les
35 heures, numéro 40, 14 décembre 1978. 2. Six semaines de grève dans la sidérurgie - premier bilan, numéro 40, 14 décembre
1978.
Articles sur la Grande-Bretagne 1. Au sortir de plusieurs défaites et à la veille d'une année électorale, de Brian
Grogan et de Rich Palser;
paru dans Inprecor no 22, du 17 février 1978. 2. Callaghan et Ford contre la classe ouvrière, de Brian
Grogan;
paru dans Inprecor no 36, du 19 octobre 1978. 3. La dernière année du gouvernement Callaghan, de
Rich Palser;
paru dans Inprecor no 40, du 14 décembre 1978.
4. Le gouvernement travailliste passera-t-il l'hiver? par
Brian Grogan; numéro 45,
15 février 1979.
En ne faisant pas cela, votre plateforme n'apporte aucune réponse aux travailleurs influencés et organisés par les partis communistes et les partis socialistes, aux militants syndicaux qui, toujours plus nombreux aujourd'hui se posent des questions sur la politique de leurs directions et ont perdu leurs illusions dans celles-ci (voir la crise qui investit la presque totalité des organisations traditionnelles dans les pays européens; voir aussi les mouvements de grève contre la politique de leurs directions que mènent les travailleurs anglais, qu'ont mené les travailleurs allemands, etc.).
De plus, le refus de vous placer au départ sur ce terrain vous développer des positions de plus en plus ambiguës sur toute une série de points que nous reprendrons par la suite. 3. AUCUNE STRATEGIE ALTERNATIVE
En effet, dans la situation actuelle de crise, on ne saurait se limiter à affirmer la nécessité de rencontres et de solidarité internationales des travailleurs -bien qu'il faille le faire. Les directions réformistes elles-mêmes parlent, de façon souvent démagogique certes, de la nécessité de rencontres - et pas seulement au sommet - entre syndicats de branches ou sur des thèmes particuliers (voir par exemple la proposition de Séguy, début février, d'une rencontre syndicale européenne sur les 35 heures). Mais ces propositions s'inscrivent, comme au plan national, dans une logique de pression syndicale sur les patrons et les institutions européennes et non dans une stratégie de lutte anticapitaliste.
Pour nous il s'agit de tracer la voie pour la lutte européenne des travailleurs, pour la mobilisation contre le capital son Etat, dans la perspective de la prise du pouvoir par les travailleurs.
Ceci implique de pouvoir combiner la mise en avant de revendications qui répondent aux besoins les plus immédiats des travailleurs et permettent d'unir les plus larges couches exploitées (la revendication des 35 heures est exemplaire à ce sujet), l'organisation de la lutte sur ces revendications (aujourd'hui par exemple une grève européenne de la sidérurgie s'impose) et l'élaboration d'un programme ouvrier européen con-
UNE CAMPAGNE REVOLUTIONNAIRE POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE
La IVe Internationale, seul courant organisé au niveau européen, participe à la campagne pour l'élection du Parlement européen sur une plate-forme unique pour tous les pays (voir Inprecor no 45, 15 février 1979). Dans tous les pays elle a recherché les possibilités de présenter des listes de candidats trotskystes afin d'utiliser la tribune des élections pour dénoncer l'Europe capitaliste et son parlement. Mais, dans presque tous les pays, les conditions mises par la bourgeoisie à la participation de listes rendent très difficile une telle participation. Dans dizaines de milliers de signatures, dans d'autres les conditions financières sont prohibitives. Tout a été consciemment fait pour mettre des entraves à la présentation des réponses révolutionnaires dans cette campagne électorale. Ce qui n'empêche bien sûr pas les patrons de l'Europe de se gargariser de «démocratie» et de «libertés».
D'ores et déjà, les sections belge et luxembourgeoise - qui jouissent de conditions moins draconiennes - ont annoncé qu'elles présenteraient des listes à ces élections. En France, des discussions sont en cours entre la LCR et Lutte Ouvrière afin de voir les possibilités de présenter une liste commune. Un accord politique substantiel existe sur la question de l'Europe entre ces deux organisations, l'obstacle principal à une présentation de liste résidant dans les conditions matérielles imposées par la bourgeoisie française.
Dans les autres pays, nos sections ont été contraintes, par les conditions matérielles, à renoncer à la présentation de listes aux élections européennes (de plus la section britannique et probablement la section italienne vont être confrontées dans les semaines venir à des élections nationales).
UN RASSEMBLEMENT DE LA IVe INTERNATIONALE
A TURIN
Cette situation, que nous dénonçons vigoureusement, ne doit pas nous empêcher de présenter nos réponses internationalistes aux travailleurs européens. Déjà toutes nos sections planifient des initiatives dont nous rendrons compte régulièrement. initiatives centrales de la IVe Internationale sont également en prépa-
Il s'agit tout d'abord d'un rassemblement militant à Turin en Italie, les 19 et 20 mai. Le choix de l'Italie se justifie amplement par le rôle de ce pays dans les luttes ouvrières de ces dix dernières années, et celui de Turin comme un des principaux centres prolétariens d'Europe. Des militants et sympathisants de la IVe Internationale se retrouveront donc à Turin, pour débattre avec d'autres forces de la lutte pour l'Europe des travailleurs. Le samedi, plusieurs grands forums de discussion auront lieu, sur la construction de l'Europe des travailleurs, sur les luttes ouvrières, les luttes des femmes et les luttes de la jeunesse. Dans tous ces forums nous inviterons d'autres courants venir présenter leurs positions et confronter leurs expériences. Ce rassemblement se terminera le dimanche en fin de matinée par un grand meeting de la IVe Internationale. Les 19 et 20
Turin : un rendez-vous internationaliste à ne pas manquer!
UNE CONFERENCE
OUVRIERE A ANVERS
Quiaze jours plus tard, une conférence de militants ouvriers de la IVe Internationale se réunira à Anvers, en Belgique, les 2 et 3 juin. L'Europe travailleurs existe et se construit dès aujourd'hui dans les luttes : c'est ce que montreront à Anvers des militants et militantes des trusts automobiles FIAT, SEAT. Ford, British
Leyland, Renault, Volvo; des travailleurs de la sidérurgie française, allemande, luxembourgeoise et italienne, des travailleurs et travailleuses du secteur public britannique ou belge, de la métallurgie espagnole ou italienne, etc.
Afin de permettre à l'ensemble des militants ouvriers de la IVe Internationale et à leurs sympathisants de préparer cette conférence, le prochain numéro d'Inprecor sera entièrement consacré à sa • préparation. Au niveau des différents pays des rassemblements internationalistes sont en préparation. L'un d'entre eux aura une importance particulière : il s'agit d'un grand rassemblement en Grande Bretagne pour lauto-détermination du peuple irlandais. L'Europe «démocratique» dont on nous rabat les oreilles renferme l'une des dernières puissances coloniales du monde, la Grande Bretagne (l'autre étant la France qui veut faire des Antilles et de la Nouvelle Calédonie des colonies d'Europe) qui mène depuis dix ans une lutte impérialiste contre le peuple irlandais. Souvenons-nous à ce sujet que la Cour Internationale de Strasbourg refusait, l'an dernier, de condamner la Grande Bretagne pour usage de la torture contre les Républicains irlandais alors qu'il y a deux semaines un rapport rendu public à Londres donnait un verdict sans nuance: la torture est pratique commune à Long Kesh et dans les autres camps britanniques en Irlande du Nord. La solidarité avec la lutte du peuple irlandais pour son auto-détermination devra avoir une place d'honneur dans toutes les initiatives des sections de la IVe Internationale.
La lutte contre l'Europe capitaliste et son parlement, la solidarité des luttes des travailleurs, des femmes, des jeunes, des minorités et des peuples opprimés d'Europe; tel sera le contenu de la campagne de la IVe Internationale pour les Etats-Unis socialistes d'Europe
tre la crise par l'ensemble des organisations ouvrières sans exclusives; la lutte au sein des organisations syndicales des travailleurs contre leurs directions réformistes et pour le remplacement de celles-ci par des directions lutte de classe; la lutte pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière et le front unique de ses organisations, contre toutes les solutions de collaboration de classe, et pour un gouvernement des travailleurs.
Seul un tel projet permet effectivement de répondre a la nécessité brûlante de l'heure, de lutter contre les conséquences immédiates de la crise en plaçant cette riposte dans la perspective de la lutte pour l'instauration du pouvoir des travailleurs. 4. SILENCE SUR LA LUTTE CONTRE L'APPAREIL absence de réponse stratégique de votre part a des conséquences, à notre avis graves, sur les différents points que vous soulevez dans votre plateforme. A aucun moment, en effet, vous ne soulignez la nécessité de lutter contre l'Etat bourgeois dans la perspective de son renversement; cela donne un
«autogestionnaire» gradualiste - même si le terme «autogestion» n'est pas employé - à certaines de vos propositions. C'est le cas par exemple quand vous écrivez : «Nous nous proposons aussi de faire aboutir des choix de production imposés par les travailleurs et répondant aux besoins collectifs. » ou plus loin «Face à cette situation, nous devons développer une culture ouvrière et populaire authentique, mémoire et plaisir du peuple, compagne de
Comment proposez-vous de faire aboutir de tels projets sans lier leur réalisation à la lutte pour la nationalisation des secteurs-clé de l'économie, pour le contrôle ouvrier et pour le renversement de l'Etat bourgeois ? Ou bien pensez-vous que l'on puisse développer des flots socialistes de culture populaire ou de production alternative dans la société capitaliste ?
5. SILENCE AMBIGU SUR LA POLITIQUE DES PARTIS COMMUNISTES
Un autre point qui ne laisse pas de surprendre dans votre plateforme, c'est le silence, qui frise l'opportunisme, au sujet de la politique des partis communistes européens. Vous soulignez en effet: «La tentative ambitieuse d'hégémonie sur la CEE des partis sociaux-démocrates de la Ile Internationale, sous l'impulsion du SPD (...). Les forces de la Ile Internationale ont pour objectif de constituer l'axe d'une construction européenne, marginalisant les partis communistes occidentaux et les forces révolutionnaires anticapitalistes et anti-impérialistes. ». Et pas un mot sur la politique des partis communistes !
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe - manifeste adopté par les sections européennes de la Vle Internationale; numéro 45, 15 février 1979.
On notera avec étonnement la mise sur le même plan des partis communistes et des «forces révolutionnaires» victimes de l'offensive social-démocrate qui ne peut laisser penser qu'à une vélléité d'accord privi légié avec les partis communisn'ont pas à choisir entre les forces réformistes; celles-ci, qu'elles s'appellent social-démocrates ou communistes n'offrent que des impasses aux travailleurs. Votre appréciation vous amène à ne pas faire ressortir la politique et la stratégie contre-révolutionnaires des partis commudes partis soquelles que soient les formes différentes sous lesquelles elles peuvent s'exprimer. Vous passez sous silence le fait que le PCI et le PCE par exemple, partagent tout à fait les projets « cogestionnaires» européens de la titutions européennes social-démocratie (le PCI a même passe un accord avec les partis socialistes européens) en s'alignant sur les projets européens de leurs bourgeoisies respectives. Vous passez aussi sous silence - ce qui est un comble pour une plateforme qui se veut internationaliste - la politique nationaliste chauvine du PCF qui bat campagne, drapeau tricolore au vent. Un tel silence, couplé à l'absence de dénonciation de la politique de collaboration de classe ne peut que nous inquiéter. 6. AUCUNE POSITION CLAIRE SUR L'ELARGISSEMENT DU MARCHE COMMUN
Alors que vous soulignez à juste titre que l'élargissement de la CEE à l'Espagne, au Portugal et à la Grèce va frapper les travailleurs et paysans de ces pays en les soumettant aux impératifs de la rationalisation capitaliste européenne, vous donnez aucune position sur cette question alors que sont signataires de la plateforme plusieurs organisations dont le pays demande l'adhésion au Marché commun. Nous pensons que, dans ces pays, les révolutionnaires doivent dire clairement 'non' à l'entrée dans le Marché commun qui représente avant tout un renforcement des capacités d'exploitation des capitalistes de ces pays contre les travailleurs. Aucune ambiguité ne peut être laissée sur cette question. Une claire position de refus de l'adhésion dans ces pays est aussi la seule qui permette effectivement mener une campagne internationaliste condivision des travailleurs des différents pays de la CEE et autres, qui découle du renforcement de l'exploitation dans 7. SUR LES MINORITES NATIONALES
Plusieurs ambiguités nous paraissent lourdes de risque de dérapage. Le premier paragraphe de ce point de votre plateforme n'est en effet pas clair quand il dit: «Dans chaque Etat, le combat contre les ins-
Best aussi
celui des identités nationales. Il appartient à chacune d'elles, conformément aux droits des peuples à l'auto-détermination, développer tions propres». En effet, en parlant en général des « identités nationales», vous ne faites aucune différence entre nation opprimée (comme l'Irlande, les Basques, la Catalogne) et nations impérialistes (la majorité des pays européens). Si les travailleurs doivent défendre inconditionnellement le droit à l'auto-détermination des premiers, ils pénètrent sur un terrain glissant s'ils commencent à défendre «l'identité nationale » des seconds. Derrière cette défense de l'«identité nationale » se dessine en effet la défense des institutions de l'Etat bourgeois et de sa défense nationale. Comme vous le voyez, les dangers de votre position ne sont pas superficiels et la clarification de ce point est indispensable. Notre inquiétude nous semble d'autant plus fondée quand nous apprenons que l'une des organisations signatalres de la plateforme de Bruxelles, VS/Danemark, a signé un accord - qu'elle «technique» - avec le «mouvement populaire», organisation bourgeoise anti-Marché commun, pour une répartition des votes (les votes de VS allant à cette organisation au cas où VS n'en aurait pas assez pour avoir un élu). Tout accord - qui est bien sûr fondamentalement politique sous couvert d'un arrangement technique - entre des forces qui défendent des intérêts de classe antagoniques est impossible.
En ce qui concerne le droit à l'auto-détermination tionalités opprimées de l'Europe, pour lequel nous combattons égalemont, il nous semble important de souligner le lien nécessaire entre lutte pour l'auto-détermination et lutte pour le socialisme. Non seulement la véritable libération de ces régions ne pourra se réaliser que dans le cadre d'une fédération européenne socialiste, vu l'étape de développement des forces productives, mais souligner ce lien est aussi le seul moyen de mettre en garde contre les dangers collaborationnistes des idéologies nationalistes. Ceci nous semble d'autant plus important que des courants nationalistes importants sont fort séduits par les projets réformistes, comme vient encore de le montrer la toute récente offensive du PCF à Béziers, auprès des chefs de file du mouvement occitan (en proposant de prendre un de ses principaux representants sur sa liste, en bonne position). 8. AU SUJET DE LA LIBERATION DES FEMMES
Ce passage de votre plateforme nous semble particuliè rement confus en ce qu'il ne souligne ni la nécessité de construire un mouvement autonome des femmes pour lutter contre leur oppression spécifique, ni la nécessité de la reprise en charge par les organisations de masse du mouvement ouvrier des revendications et des luttes des femmes. On trouve ainsi la formule du soutien «au droit à l'auto-détermination des femmes» qui vous permet de faire l'économie d'une position claire sur ces deux questions, mais ne propose aucun axe de bataille pour les femmes (quant à savoir ce qu'elle signifie exactement, mystère!).
Enfin la réserve du Sinn Fein sur la question de l'avortement mériterait plus ample explication : comment peut-on défendre en effet qu'une revendication qui va dans le sens de la libération des femmes pourrait affaiblir un mouvement de libération anti-impérialiste? 9. SUR LES LIBERTES DEMOCRATIQUES
Vous introduisez une confusion lourde de conséquences dans ce paragraphe en mettant sur le même plan toutes les mesures répressives mises en place par la bourgeoisie européenne et ses Etats et la « pratique d'exmettez sur le même plan la lutte pour les libertés démocratiques envers l'Etat bourgeois et la lutte pour la démocratie ouvrière au sein des organisations syndicales, ce qui laisse supposer que ces dernières sont des institutions de l'Etat bourgeois les autres. Allez-vous demander à l'Etat bourgeois de garantir le maintien des révolutionnaires dans les syndicats; allez-vous lutter pour la destruction de l'institution-syncomme des autres institutions de l'Etat bourgeois? Comment avec position allez-vous amener la masse des travailleurs à prendre lutter contre les directions réformistes de leurs organisations - qui affaiblissent ces organisations par leurs méthodes antidémocratiques ? Pour ce faire, il faut lier clairement la lutte contre la pratique anti-démocratique des directions à la défense des organisations de masse des travailleurs contre toute attaque de l'Etat bourgeois, ce qui ne permet évidemment pas de faire le mélange que vous faites dans le chapitre sur les libertés démocratiques. Ceci est d'autant plus important à une époque où des anti-syndicales ou d'intégration des organisations syndicales font partie de l'arsenal de la bourgeoisie contre la classe ouvrière.
Pour toutes les raisons que nous venons d'exposer, pensons que la plateforme de Bruxelles ne permet pas de mener une campagne anticapitaliste et internationaliste l'Europe des multinationales et ses institutions. Ceci nous semble confirmé par le fait qu'une série des organisations signataires (c'est déjà le cas officiellement pour VS/Danemark et PLS/Belgique) ont déjà annoncé qu'elles mèneraient campagne dans leurs pays sur une planationale-