Lecontit au de gros intérêts en jeu
L'impérialisme américain cherche à « donner une leçon » aux masses du David FRANKEL
A pas comptés, le Président Carter pousse à une nouvelle et dangereuse frontation militaire au Moyen-
Invoquant des « intérêts de sécurité nationale» et une procédure d'urgence pour éviter de passer par le Congrès, Carter a ordonné le 9 mars au Pentagone de livrer immédiatement douze avions de combat F-5, soixante-quatre tanks M-60 et cinquante camions blindés pour le transport de troupes, à l'Arabie saoudite. L'ensemble de ce matériel est destiné à être envoyé au Yémen du Nord.
Le Département d'Etat avait le terrain aux décibelliqueuses de Carter en annonçant le 28 février que l'éclatement d'un conflit entre le Yémen du Nord et le Yémen du Sud mettrait en jeu les « intérêts nationaux» des EtatsUnis. Le même jour, le régime d'Arabie saoudite mettait son armée en alerte et rappelait ses 4500 hommes de troupes stationnés au Liban.
Vèmen : Proche-Orient.
A partir de là, les mesures se sont rapidement succédées :
* des avions de transport de l'US Air Force ont livré 7000 fusées anti-tanks et trente canons anti-aériens à San'a, capitale du Yémen du Nord;
* Le 6 mars, un destroyer et deux frégates US sont arrivés dans le port de Djibouti, seulement à quelques heures de mer du Yémen; * le 6 mars également, de hauts fonctionnaires ont que le porte-avions Constellation, un croiseur et un destroyer lance-missiles faisaient route vers la région: * le 7 mars, la Maison Blanche a offert publiquement d'envoyer un escadron de chasseurs F-15 à l'Arabie saoudite. Désireux de pousser le régime saoudien à la guerre, de hauts fonctionnaires américains ont noncé que cette offre «était destinée à faciliter une possible intervention saoudienne dans le a fait une nouvelle démarche visant à pousser les Saoudiens à deux avions spécialement équipés de radars de détection à l'Arabie saoudite - de tels avions servent de centres d'information, de commande de combats aériens et d'opérations de soutien au LA SOIF DE PETROLE
Comme dans toutes les initiatives de l'impérialisme américain au Moyen-Orient, le souci de garder le contrôle des énormes richesses pétrolières de la région est fondamental dans les manœuvres actuelles de Carter au Yémen.
«En temps normal», rappelait le journal britannique l'Economist dans son numéro du 3 mars, « le monde industriel non communiste consomme environ 35 millions de barrils de pétrole par jour. Il en est venu à dépendre, à un degré complètement extraordinaire, de cinq pays du Moyen-Orient pour la satisfaction régulière de cette soif hargneuse et jamais étan-
Avec la révolution iranienne, les dirigeants US ont réalisé qu'un soulèvement similaire en Arabie saoudite et dans les petits Etats pétroliers de la péninsule arabique était loin d'être à exclure. Cette crainte n'avait d'ailleurs cessé d'augmenter depuis le renversement de la monarchie éthiopienne en 1974 par un soulèvement révolution-
naire de masse, dans un pays situé en face de l'Arabie saoudite, sur l'autre rive de la mer Rouge. Elle a été accentuée par l'échec, l'an dernier, de l'invasion de lOgaden par les Somalis, soutenus par l'impérialisme. Cet échec a été dû principalement à la réponse rapide des troupes cubaines stationnées en Ethiopie et au Yémen du Sud.
Dans cette situation, et alors que les forces révolutionnaires cubaines sont également engagées dans l'aide à la lutte pour la libération des Noirs qui se développe en Afrique du Sud, Washington cherche cyniquement à réaffirmer sa puissance armée.
La classe dirigeante américaine est convaincue que le Moyen-Orient est le meilleur endroit pour entraîner son appareil militaire, non seulement à cause de ses intérêts objectifs, mais aussi parce qu'elle espère que des années de propagande raciste à propos du conflit arabo-israélien et de la «crise de l'énergie » ont mieux préparé le peuple américain à accepter une action militaire au Moyen-Orient qu'en Afrique du Sud ou en Indochine.
Dans leurs tentatives pour renforcer les manœuvres de Carter, les éditorialistes du Wall Street Journal demandaient rhétoriquement le 8 mars : «Pouvons-nous oser espérer que le Président Carter est finalement en train de tracer une ligne de démarcation au Moyen-Orient, en organisant la defense du Yémen du Nord contre les armées sud-yéménites conseillées par les Soviétiques?"
Ceux qui avaient critiqué Carter pour ses hésitations à faire peser le poids militaire US « devraient saluer comme il se doit les mesures du Président», déclarait le Journal. Revenant le lendemain à son thème favori, ce porte-parole de la finance américaine écrivait qu'« il n'y a pas de substitut possible à une présence US réelle dans la région.».
Le Journal continuait en constatant qu'«un Yémen du Sud contrôlé par le Nord ou par un régime local ami serait un acquis stratégique énorme; nous ne pouvons rien imaginer qui stabiliserait mieux les transports pétrole qu'un porte-avions américain opérant à partir du port d'Aden...».
Les éditorialistes du Washington Post ont aussi soutenu les initiatives militaristes de Cater. Le 8 mars, ils ont évoqué le spectre de '«l'expansionnisme soviétique sur les arrières» de l'Arabie saoudite. Connu comme le principal porte-parole du libéralisme, le Washington Post écrit que Carter a « sagement» décidé qu'«il n'était pas suffisant d'avertir les Russes (et qu') il était (également) nécessaire de s'assurer que leurs alliés sud-yéménites reçoivent une le-
Comme un membre du Congrès, cité dans le numéro du 7 mars du Washington Post l'a déclaré : «On a le sentiment que Carter trace une ligne de démarcation, afin de bloquer les Russes et les Cubains, au Yémen du Nord. Il semble penser que leur progression depuis l'Angola, en l'Ethiopie, être arrêtée là.»
Le 10 mars, pas un seul politicien capitaliste important n'avait murmuré un seul mot de protestation contre les préparatifs de guerre de Carter. Bien sûr, tous savent très bien ce qui est en jeu. POURQUOI LE YEMEN ?
Bien que le Yémen ne dispose pas de réserves de pétrole importantes, sa place est fondamentale la politique de la péninsule arabique. Ses montagnes bloquent la mousson de l'océan Indien, et en font ainsi une des rares régions de la péninsule à recevoir des chutes de pluie régulières. Il en résulte qu'environ la moitié des habitants de la péninsule sont concentrés au Yémen.
Sur la population de l'Arabie saoudite, estimée à environ millions de personnes, et qui de toute façon ne dépasse certainement pas les 9 millions, plus d'un million sont des travailleurs immigrés venus du Yémen, du Nord ou du Sud.
, immigrés yéménites (ainsi que les centaines de milliers de Palestiniens, d"Egyptiens, etc.) ont toujours considérés par le régime comme une source potentielle de rébellion. Lors des derniers événements, Ned Temko écrivait dans le Christian Science Monitor du 6 mars que «... les autorités saoudiennes ont commencé à s'attaquer aux immigrants illégaux (dont beausont des yéménites) installant des postes de contrôle expulsant ceux n'avaient pas de visas valides.» l'agitation potentielle des travailleurs immigrés n'est pas un problème limité à l'Arabie saoudite. Plus de la moitié de la population du Koweit, par
Best composée d'une main-d'œuvre expatriée. Plus important encore, la rélui-même a menacé la stabilité de la domination impérialiste dans la
C'est au début des années 60 que le Yémen a commencé à devenir un problème aux yeux de l'impérialisme. Jusqu'alors, le Yémen du Nord avait été gouverné par des Imams, dirigeants politico-religieux tionnels. Le Yémen du Sud avait rompu avec l'Imamat en 1728, mais il avait été repris par les Britanniques en 1839.
Les Britanniques s'intéressaient au Yémen avant tout pour deux raisons. D'abord, ils voulaient le port d'Aden, le meilleur port naturel de la péninsule arabique, et un élément SPRAE Irak
IRAN Jordanie Canal de Suez Koweit Egypte
MANHAM Arabie GATAR saoudite DHOFAR Yémen Yémen du Nord du Sud
précieux de la chaîne de bases reliant la Grande-Bretagne à Pinde. Ensuite, ils visaient à assurer la stabilité politique de leur domination, et pour diriger plus facilement que le Yémen dans son britannique en Inde. Ils ont occupé militairement le port, et ils ont renforcé leur pouvoir en s'adossant au me tribal traditionnel. Ils se sont attachés les Sheikhs rivaux par la corruption et ont consolidé leurs positions grâce à d'importantes foumitures d'armes. En même temps, le développement économique a été d'Aden lui-même. La préservation de l'Imamat du Yémen du Nord cadrait parfaitement avec cette politique.
Néanmoins, pour le peuple yéménite, la préservation des intérêts impériaux britanniques coûtait cher. En 1962, le Yémen du Nord - dont la population était alors estimée à environ 5 millions de personnes - n'avait que 15 médecins (tous des étrangers) et 600 lits d'hôpitaux ! Le gouvernement ne dépensait absolument pas un sou pour l'édu-
Les choses n'allaient pas beaucoup mieux au Yémen du Sud. «Jusqu'en 1940». écrit Fred Halliday dans « L'Arabie sans sultants », « pas un penny n'a été dépensé dans l'arrière-pays, et ensuite, les dépenses ont été misérables et lâchées goutte à goutsouligne que «même en 1967, quand les Britanniques sont partis, le pays n'avait que 14 miles de routes l'extérieur d'Aden, 3 médecins yéménites et 950 lits d'hôpitaux. équipements d'enseignement n'existaient pratiquement pas à l'extérieur d'Aden.» LES MASSES SE REBELLENT
Il n'est pas surprenant que de telles conditions aient conduit à une rébellion de masse. En septembre 1962, un groupe de jeunes officiers de l'armée, influencé par les idées nationalistes arabes du nassérisme, a pris le contrôle de San'a, la capitale du Yémen du Nord, et a proclamé la République arabe du Yémen. Des foules enthousiastes ont accueilli le renversement de l'Imamat dans les villes principales : Taiz, San'a et Hodeida. Des soulèvements paysans se sont produits dans certaines zones rurales.
Néanmoins, avec l'aide de la Grande-Bretagne et de l'Arabie Saoudite, l'Imam a pu rallier une armée royaliste basée sur les tribus de la montagne- la base traditionnelle de l'Imamat. En même temps, la République recevait l'aide du régime de Nasser en Egypte. Il en a résulté une guerre civile qui a duré huit ans et dont on estime qu'elle a tué 200000 personnes.
Si les républicains avaient avancé un programme social défendant les intérêts de la paysannerie, ils auraient pu gagner à eux les soldats de l'armée royaliste. Sous l'Imamat, 80% des récoltes étaient volées aux paysans pauvres par le propriétaire foncier et par diverses taxes féodales. L'hymne de l'armée de l'Imam contenait cette phrase : «Nous, les soldats du Roi, nous sommes plus forts que tous les paysans."
Mais la direction républicaine, qui comprenait de riches marchands propriétaires fonciers et quelques dirigeants tribaux dissidents, s'est refusée à engager une réforme agraire. Les forces de gauche qui essayaient d'avancer des mesures sociales radicales ont été réprimées avec l'aide des troupes égyptiennes.
Dans ces conditions, les combats militaires se sont enlisés. Finalement Nasser et la monarchie saoudienne, avec l'appui des forces les plus conservatrices du camp républicain, ont conclu un accord. L'Imam et sa famille ont été exilés et l'Imamat a été aboli. Mais un Etat central faible et dominé par les marchands et par la bourgeoisie montante devait coexister avec le maintien de la domination des Sheikhs tribaux dans les montagnes.
L'Etat nord-yéménite né de cet accord n'était pas très différent d'un satellite de l'Arabie saoudite. Les subventions saoudiennes aux tribus de la montagne ont continué d'affaiblir le gouvernement central et ont encouragé des conflits internes constants.
La guerre civile au Yémen du Nord a néanmoins contribué à la destabilisation du pouvoir britannique au Yémen du Sud. En octobre 1963, des nationalistes combattant pour la libération contre la domination coloniale britannique ont engagé une guerre de guérilla dans les montagnes du Sud. En août 1964, la lutte armée s'est étendue à Aden. Les victoires militaires des forces yéménites, alliées aux autres difficultés politiques et économiques de la Grande-Bretagne, ont conduit au retrait des troupes britanniques du Yémen du Sud en novembre 1967.
Une période de conflit entre l'aile gauche et l'aile droite du mouvement de libération nationale, et entre le nouveau gouvernement et les forces ouvertement pro-impérialistes, a suivi. Finalement, en juin 1969, les forces nationalistes les plus radicales - qui déclaraient mêmes être «marxistes-léninistes» - l'ont emporté. En novembre 1970, la République démocratique populaire du Yémen a été fondée.
A l'intérieur du pays, le gouvernement du Yémen du Sud a réalisé une réforme nationalisé les banques, compagnies d'assurance, les maisons de commerce et quelques autres entreprises; il a promulgué des lois améliorant le statut une loi sur le divorce a interdit les mariages d'enfants et la polygamie, conditions de divorce. Une campagne pour combattre l'analphabétisme légué par le colonialisme britannique a aussi été entreprise. UNE ATTAQUE INSPIREE PAR LES USA
Dans sa politique étrangère, le nouveau régime a suivi un fortement anti-impérialiste. Il a cherché à aider le à aider le développement des forces d'op-
position en Arabie Saoudite et au Yémen du Nord; il a soutenu activement la rébellion du peuple opprimé du Dhofar dans le sultanat voisin d'Oman, et il a demandé aide et soutien aux
Cuba a été parmi les pays qui ont répondu favorablement aux demandes d'aide du Yémen du Sud, et la présence de conseillers cubains dans le pays a été signalée dès 1973.
Le régime du Yémen du Sud était un épine plantée dans le pied de l'impérialisme. Mais, Washington, occupé au Vietnam, a décidé de ne pas y intervenir ouvertement. Une telle intervention n'apparaissait en effet pas urgente et indispensable, particulièrement lorsque l'armée d'Oman, à commandement britannique, aidée par environ 4000 hommes de troupes iraniens, a réussi à écraser la rébellion du Dhofar en 1975.
Mais la politique régionale de Washington a été mise en question début 1978 par l'arrivée d'un nombre important de soldats cubains en Ethiopie et par leur succès dans la défense de la révolution éthiopienne contre l'invasion de l'armée somalienne. La défaite de cette invasion, inspirée par l'impérialisme, a été un échec sévère pour le gouvernement améri- bout de la au od iranienne.
A des fins de propagande, la classe dirigeante US prétend qu'au Yémen elle réplique à une invasion organisée par le Sud et appuyée par les Soviétiques et les Cubains. Mais il n'y a pas l'ombre d'une preuve apporter à la thèse selon laquelle des forces soviétiques ou cubaines auraient été impliquées dans les combats entre le Yémen du Nord et le Yémen du Sud. En fait, les preuves existantes tendent au contraire à mettre en lumière une provocation du régime du Yémen du Nord inspirée par l'impérialisme.
Juste après l'éclatement des hostilités, le jouraliste du New - ancien conseiller de Nixon qui continue à être bien informé par des contacts à un haut niveau dans les cercles gouvernementaux - a écrit le 26 février qu'«on rapporte que le Yémen a attaqué l'Etat marxiste du Yémen du Sud». Demandant à ses lecteurs de prendre néanmoins le côté du Yémen du Nord, Safire dit : «Ils sont peut-être les agresseurs, et notre Département d'Etat les réprimandera pour cela, mais les communistes du Yémen du Sud sont un danger pour nous.»
Un communiqué du 8 mars de l'Associated Press venant du Koweit disait que d'après le journal conservateur Al Seyassa, près de 3000 hommes de troupe cubains et des conseillers militaires soviétiques avaient été envoyés d'Ethiopie à Aden pour «aider à prévenir une attaque contre le Yémen du Sud à laquelle participeraient les EtatsUnis».
Sous le prétexte de combattre «l'expansionnisme soviétique», Carter s'est précipité vers une confrontation militaire au Yémen. Néanmoins, les Saoudiens n'ont pas encore accepté l'offre qu'il leur a faite d'envoyer des F-15 dans le royaume, et les communiqués de Washington sont beaucoup plus belliqueux que ceux de Riyadh.
Les Saoudiens, qui ont une certaine expérience du Yémen, ont peut-être peur d'échouer et de se retrouver face à une insurrection dans le Nord en plus d'une guerre dans le Sud Leur propre territoire n'est pas sûr non plus. Et - comme les dirigeants sud-africains et somaliens s'en sont rendus compte - s'en prendre à l'armée révolutionnaire cubaine peut amener un retour de manivelle.
Néanmoins, la classe dirigeante US a clairement décidé Times, James Reston a résumé la façon dont les impérialistes voient le problème : «La question critique pour la politique étrangère de Washington maintenant est de savoir si les EtatsUnis, si peu de temps après l'expérience décevante du Vietsont prêts à s'engager nam, politiquement et militairement à une défense économique et militaire du Moyen-Orient.»
Le pétrole, bien sür, est la première préoccupation impérialistes Ils cherchent à étouffer tout soulèvement inspiré par la révolution iranienne, surtout dans la péninsule arabique. En même temps, Carter espère « donner une leçon» aux Cubains, et si possible utiliser une victoire au Yémen comme un premier pas pour menacer la révolution éthiopienne et les Cubains dans la Corne de l'Afrique. Finalement, Carter veut convaincre la classe ouvrière américaine, sceptique et encore opposée à la guerre, que les forces militaires US doivent être utilisées contre «l'expansionnisme soviétique».
La difficulté est de taille. Comme l'a écrit Reston «L'état d'esprit du peuple américain est contre tout nouvel engagement à l'étranger. Il est véritablement... presque isolationniste.»
Les éditorialistes du Washington Post ont eux aussi coupé leur appui aux manœuvres guerde Carter d'une nette mise en garde : «Le Yémen du Nord est un pays invraisemblable et, pourrait-on dire, indigne tel poids géopolitique. Il est petit, arriéré, instable et n'est pas largement connu comme un champion des droits de l'homme.» Mais c'est ce que les impérialistes ont à leur disposition dans la région, et c'est ce qu'ils vont utiliser.