Résolution du Secrétariat unifié de la IVe Internationale
Le renversement du «Shah des
Shahs, lumière des Aryens » et de son régime dictatorial exécré par une des mobilisations de masse les plus puissantes et acharnées de l'Histoire est plein d'enseignements pour l'ensemble des travailleurs et des masses laborieuses du monde.
Le régime du Shah paraissait invincible. Washington avait contribué à faire de son armée la cinquième force militaire du monde. La CIA participa à l'organisation de la SAVAK, puissante police secrète et véritable machine à torturer dont les tentacules pénétraient dans toutes les usines, les bureaux, les universités, les quartiers. Elle exerçait une répression particulière sur les nationalités opprimées.
Jusqu'au dernier moment, toutes les puissances impérialistes ont assuré le régime du Shah de leur appui contre le peuple iranien. Moscou et Pékin, tous deux afin de préserver la «coexistence pacifique» avec l'impérialisme, lui apportèrent leur soutien.
Ce n'est qu'au moment où il fut évident que le Shah n'avait plus aucune chance que Moscou reconnut Khomeini. Enfin, le Shah disposait de milliards de pétro-dollars et promettait des progrès rapides sur le plan économique et social.
Les masses iraniennes ont surmonté tous ces obstacles grâce l'extraordinaire force des mobilisations unitaires réunissant des millions de gens. Les continuent u masses laborieuses du monde entier peuvent s'identifier avec ces méthodes prolétariennes de combat - manifestations massives, formation de larges comités de lutte, grève générale, appels en direction des soldats qui rejoignent la lutte, insurrection populaire - qui ont été amplement propagées dans le monde grâce aux grands moyens d'information. C'est la puissance des masses qui a conduit à la désintégration du pouvoir apparemment invincible du Shah. Si cela fut possible en Iran, cela peut l'être partout ailleurs.
L'expérience de la dictature a entraîné des couches de plus en plus nombreuses de la population à comprendre que le ré gime ne pouvait pas être réformé, qu'il ne pouvait qu'être balayé.
En dernière analyse, la dictature du Shah reposait non pas sur son appareil de répression, mais sur le sentiment diffus parmi les masses qu'elles n'avaient pas d'autre solution que de se plier au régime. Une fois que l'immense majorité de la société, après des mois d'une lutte acharnée et de gigantesques sacrifices, eût perdu cette impression, répression militaire ne pouvait arrêter la montée impérieuse du mouvement de
Fusils et tanks, aussi sophistiqués soient-ils, ne sont sûrs pour le pouvoir que dans la mesure où les mains qui les manient et les conduisent lui obéissent. Or, ces mains sont celles de travailleurs et de paysans sous l'uniforme. Quand les soldats du contingent passèrent du côté de la révolution, les unités d'élite furent neutralisées ou brisées; dès lors, le destin du Shah était fixé.
Tout au long de l'année de mobilisations qui a abouti au soulèvement du 9 au 12 février, la classe ouvrière a été la colonne vertébrale du combat des larges couches populaires. Ceci reflète la tendance s'exprimant au niveau international, au renforcement de l'influence du prolétariat dans les luttes politiques des masses, même dans les pavs semi-coloniaux comme l'Iran. Les travailleurs ont commencé à s'organiser en comités pour diriger la lutte, c'est-à-dire à mettre en place des formes prolétariennes d'organisation qui peuvent aboutir à la construction de conseils (soviets).
Le renversement du régime du Shah a enclenché un processus de révolution permanente en Iran : il a ouvert la voie à la troisième révolution iranienne.
Cette révolution a démontré, une fois de plus, le rôle clé joué par les revendications démocratiques et anti-impérialistes dans les pays semi-coloniaux. Quelles que soient les contradictions existant entre l'impérialisme et la classe capitaliste iranienne, cette dernière en reste dépendante. Il ne peut y avoir en Iran une «étape» de développement capitaliste indépendant par rapport à l'impérialisme. De même, la bourgeoisie iranienne ne peut mener à bien des tâches démocratiques telles que la distribution de la terre aux paysans, en leur donnant en même temps les moyens de la travailler, la liberté pour les minorités opprimées ou l'égalité pour les femmes.
Pour des raisons historiques spécifiques, les mobilisations qui ont abattu la monarchie se sont développées sous l'hégémonie politique d'un mouvement nationaliste petit-bourgeois à direction bourgeoise, celle de la hiérarchie chiite à la tête de laquelle se trouvait Khomeini.
Le prestige de cette direction représente la principale carte que peut jouer la classe dominante iranienne pour accomplir son projet : restaurer un appareil d'Etat bourgeois stable et installer une direction politique bourgeoise pour freiner, puis briser le processus révolutionnaire et pour relancer un développement capitaliste «rationalisé» en Iran. Voilà le cours dans lequel s'est engagée la classe dominante avec l'appui de l'impérialisme.
La dynamique de la révolution iranienne conserve un caractère explosif parce que l'ampleur des mobilisations de masse et la victoire de l'insurrection populaire ont créé d'énormes espoirs parmi les travailleurs, les couches urbaines paupérisées, les paysans pauvres, les minorités opprimées et les femmes. Ni la direction Khomeini-Bazargan, ni tout autre type de régime bourgeois ne peuvent répondre à ces aspirations ni écraser rapidement le mouvement de
Pour obtenir la satisfaction de leurs revendications et pour s'engager sur la voie d'un développement économique libéré des distorsions imposées par la domination impérialiste, la classe ouvrière et les masses laborieuses devront avancer vers l'établissement d'un Etat ouvrier, briser le pouvoir de l'impérialisme et de ses partenaires cadets iraniens, exproprier la bourgeoisie et s'engager dans la perspective de construction du socialisme.
Ainsi, à long terme, il n'existe que deux issues possibles : soit l'établissement de la dictature du prolétariat, en alliance avec les pauvres des villes et des qui peut seul campagnes, ce garantir le triomphe de la révolution, soit la victoire de la contre-révolution. Dans ce cas, la bourgeoisie imposera à nouveau brutalement «la loi et l'ordre » capitalistes et permettra à l'impérialisme de rétablir sa domination, comme il le fit en écrasant la révolution constitutionnelle de 1906-1911 ou lorsque la CIA fomenta le coup d'Etat de 1953, qui mit fin à la seconde révolution.
La réalisation de l'une ou l'autre de ces deux perspectives dépend du déroulement de l'affrontement entre les classes dans les mois et années à venir; dans le cours de ces luttes les masses laborieuses peuvent ériger un vaste système de conseils (soviets) et la maturation politique du prolétariat peut lui permettre de resserrer ses liens avec tous ses alliés. Les travail-
Get leurs alliés peuvent gagner ce combat historique, si un parti marxiste-révolutionnaire de masse peut être construit à temps, dans le feu même de la lutte.
A LIRE AUSSI DANS INPRECOR
Numéro 40, du 14 décembre 1978 :
«Pour une république ouvrière et paysanne», de Jevad Sadeeg
Azar Tabari.
Numéro 43, du 18 janvier 1979 :
«Réformer ou liquider la monarchie», de Mohsen Sabour;
«Pourquoi Khomeini ?», de Saber
Nickbin.
Numéro 45, du 15 février 1979 : «Trois jours qui balayèrent l'ancien régime»;
république ouvrière et paysanne», déclaration du PST Numéro 46, du ler mars 1979 : «La bataille Doshan Tappeh», interview d'un homofar; «La nouvelle phase de la révolution iranienne», de Michel Rovere. Numéro 48/49, du 30 mars 1979 : «Lettre ouverte aux militants du PST iranien», du Comité central uni de la Ligue communiste révo lutionnaire d'Israël/Groupe communiste palestinien. Numéro 50. du 12 avril 1979: «Après le référendum sur la République islamique : les principales épreuves de force restent à venir», de Michel Rovere.
La révolution iranienne se produit dans un contexte marqué par un changement des rapports de forces entre les classes à l'échelle mondiale, modification qui s'effectue au détriment de l'impérialisme et en faveur de la classe ouvrière, suite à la défaite de l'impérialisme américain en Indochine et vu la première récession généralisée de l'économie capitaliste internationale depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Bien qu'ayant tenté par tous les moyens de maintenir le Shah au pouvoir, Washington n'a pas pu envoyer des troupes contre le peuple iranien à cause du sentiment anti-guerre largement répandu chez les travailleurs d'Amérique du Nord. Aucune autre puissance impérialiste ne pouvait se substituer aux Etats-Unis. De plus, existait la possibilité l'URSS. Vu l'importance de sa frontière commune avec l'Iran, elle aurait été en effet directement menacée par une invasion impérialiste. Que l'impérialisme n'ait pas été capable d'intervenir directement pour sauver le Shah ne peut qu'encourager les masses laborieuses dans le monde entier.
Dans le même temps, la révolution iranienne a porté un nouveau coup à l'impérialisme. Elle a entraîné une nouvelle modification des rapports de forces entre classes au niveau international. Le régime du Shah et son armée constituaient le fer de lance de l'impérialisme contre la révolution arabe, le garant de ses intérêts dans cette région riche en pétrole et le bastion du capitalisme dans toute la région de la Turquie, de l'Afghanistan et du Pakistan, qui borde la frontière méridionale de l'Union soviétique. Les masses iraniennes ont brisé ce fer de lance et disloqué ce bastion. La révolution iranienne offre un exemple à l'ensemble des masses de la région. La bourgeoisie, du Maroc au Pakistan, en passant par l'Egypte, l'Arabie saoudite et la Turquie, tremble à l'idée que cet exemple pourrait être suivi.
Enfin, le renversement de la dictature du Shah a permis une renaissance des luttes des nationalités opprimées en Iran, qui représentent 60% de la population; les plus significatives sont les minorités kurde, azerbaïdjanaise, balouchi, turkmène et arabe. Beaucoup de ces groupes ethniques sont dispersés le long des frontières. La renaissance de leurs luttes aura donc une influence directe en Irak, en Turquie, au Pakistan et en Afghanistan. Cela vaut aussi pour l'Union soviétique, où les luttes
des nationalités opprimées font partie de la révolution politique contre la bureaucratie stalinienne. La lutte du peuple palestinien a reçu un gigantesque encouragement. L'allié robuste et dévoué et le principal fournisseur de pétrole d'Israël qu'était l'Iran, s'est transformé en ennemi pour cette tête de pont de l'impérialisme au Proche-Orient. Il lui a même coupé les robinets du pétrole.
La révolution iranienne a déjà eu un impact politique en Afrique du Sud, en stoppant les livraisons de pétrole au régime raciste de l'Apartheid.
L'impérialisme a riposté en soutenant fermement les régimes qui, dans la région, lui sont proches, en accroissant sa présence militaire et en cherchant des points d'appui en Iran pour tenter d'arrêter la dynamique anti-impérialiste de la révolution. Toutes les principales puissances impérialistes se sont unies pour lancer un plan d'aide massive à la Turquie, où un renouveau des luttes se manifestait. Au moment même de l'insurrection populaire en Iran, Brown, Secrétaire d'Etat à la Défense des Etats-Unis, fit le tour des pays arabes et se rendit en Israël en promettant d'accroître l'aide militaire. Mais, comme l'a souligné Begin, les événements iraniens ont fait la démonstration qu'aucun pays semi-colonial - pas même l'Egypte ou l'Arabie Saoudite - ne peut jouer de façon durable le rôle de base de l'impérialisme dans la région, comme le peut Israël. Dès lors, Washington doit plus que jamais compter sur Tel-Aviv. Carter a accru les pressions sur Sadate pour lui faire accepter un accord avec Israël, en des termes qui garantissent le renforcement de la puissance sioniste dans la nouvelle situation créée par la révolution iranienne. Washington envoie aussi des conseillers militaires au Yémen du Nord, et accroît sa présence navale dans l'océan Indien. En même temps, les puissances impérialistes en sont venues à apporter leur appui au régime capitaliste de Mehdi Bazargan, en espérant qu'il puisse contenir la vague révolutionnaire. Elles espèrent de même rétablir les liens économiques avec l'Iran et réaffirmer leur contrôle. L'ECHEC DE LA REVOLUTION BLANCHE
L'arrière-fond de la crise de la monarchie iranienne est formé par l'échec de la dite «révolution blanche» que le avait lancée en 1962-1963. La «réforme agraire», les projets d'industrialisation impulsés par les revenus liés à l'augmentation du prix du pétrole dans les années 70, l'arrivée massive de pétro-dollars, tout cela n'a résolu aucun des problèmes fondasous-développement produit par de longues d'exploitation impéria-
Au contraire, tous ces tacteurs n'ont servi qu'à exacerber les difficultés. L'industrialisation partielle n'a pas éliminé la dépendance vis-à-vis de l'impérialisme; elle en a transformé les formes. Les lignes de force du développement industriel obéissaient aux besoins des multinationales impérialistes et non pas aux exigences d'un développement harmonieux de l'économie iranienne. Les biens de production devaient être importés des pays impérialistes. Et, dans la plupart des branches industrielles, l'investissement tendait à se concentrer dans des usines de de production des firmes impérialistes. Un puissant consortium de grandes compagnies pétrolières contrôlait la distribution du pétrole iranien, cette manne qui tombait sur l'économie du pays. L'échec de l'industrialisation partielle a encore été accentué par les effets de l'exploitation impérialiste.
La «réforme agraire» a détruit l'agriculture traditionnelle, contre l'intérêt des paysans et au profit du capital national et impérialiste. De grandes firmes de l'agrobusiness ont pris la relève, elles produisent pour l'exportation et les besoins d'un marché mondial dominé par l'impérialisme. Ceci a abouti à une destruction massive des forces productives, due à la disparition des modes de culture et d'irrigation traditionnels (les ganats). Autrefois, l'Iran était exportateur de produits agricoles; aujourd'hui il doit importer 60% des biens vivriers consommés sur le marché interne.
La «réforme agraire» a expulsé des millions de paysans de leurs terres. L'exode massif de la campagne vers les villes ne s'est pas accompagné de la création d'un nombre suffisant d'emplois dans le secteur industriel. La conséquence : une croissance monstrueuse des bidonvilles dans les zones urbaines, la constitution d'une immense armée de réserve industrielle utilisée par l'impérialisme et le capitalisme national pour imposer à la classe ouvrière une brutale exploitation. Dans ce pays de 34 millions d'habitants, 63% de la population est analphabète.
Il y a trois millions et demi de chômeurs pour une population active de onze millions de personnes; 54% des familles vivent en-deçà du «seuil de pauvreté », selon les normes iraniennes. Voilà le bilan de 15 ans d'application du program-
«modernisation» Shah. La récession capitaliste internationale et ses conséquences ont encore accentué la crise de l'économie iranienne. L'inflation a atteint 30% par an. Le prix des biens de production importés des métropoles impérialistes a augmenté plus rapidement que le prix du pétrole, qui a été de plus en plus affecté par la dépréciation du dollar. L'Iran Le chah d'Iran et J. Carter.
a commencé à s'endetter vis-àvis des puissances impérialistes.
Le tapage organisé par la monarchie autour de la «libération» des femmes était abject. Bien qu'elle ait accordé aux femmes certaines concessions au niveau de la législation, qui supprimaient quelques lois barbares codifiant l'oppression des femmes, leur oppression est demeurée fondamentalement identique.
Les minorités nationales étaient sauvagement réprimées par le Shah, qui leur refusait absolument tout droit culturel et linguistique et les maintenait dans un statut de citoyens de second rang par rapport aux Persans parlant le Farsi. Vu qu'une grande partie de la paysannerie appartient à des nationalités opprimées, l'oppression nationale se combine avec l'exploitation des paysans pauvres et d'un grand nombre de travailleurs, ainsi que des masses paupérisées des villes ayant été chassées de leurs terres.
Tous ces faits réfutent les théories de la transformation de l'Iran en un «sous-impérialisme» grâce aux revenus du pétrole. Au contraire, les revenus du pétrole accentuèrent les contradictions d'une économie maintenue sous la domination impérialiste. DES PREMIERES LEZARDES A L'INSURRECTION GENERALE
La façade solide de la monarchie dictatoriale commença à se lézarder en 1976 : des scandales éclatèrent et dévoilèrent la corruption de hauts personnages du régime comme de * Octobre 1977 : l'association des écrivains organise 10 soirées de poésie dirigées contre la censure. Plus de 10000 personnes assistent à chacune de ces soirées. * Novembre-décembre 1977 : grève des étudiants et des enseignants pour le retrait des troupes du campus et l'arrêt de la répression.
quelques-unes des 50 familles ayant profité de la révolution blanche; pour la première fois éclatèrent des divergences parmi les hommes au pouvoir sur la politique à adopter face à
Le soutien du Shah au développement de certains secteurs industriels heurtait les intérêts d'une partie des artisans. Au cours de la récession économique et après, le régime augmenta les impôts frappant les marchands du «bazar», les taux d'intérêt et les droits de douane; ces mesures favorisèrent les impérialistes et les 50 familles qui détenaient le pouvoir économique. La monarchie attaqua de même la classe ouvrière en imposant un blocage des salaires et un livret de travail. Toutes ces mesures ont accru l'isolement social de la monarchie; ce qui se reflétait dans l'échec du projet de constitution d'un parti monarchique à partir de la «révolution blanche».
L'année 1977 a marqué un tournant dans la crise du régime. Encouragée par les campagnes internationales de défense des droits de l'homme en Iran, une partie de l'intelligentsia et de l'opposition bourgeoise libérale de l'ancien Front national a commencé à se mobiliser. Elrespect de la Constitution de 1906, encore formellement en vigueur, et l'application garanties qu'elle contient : en particulier, la liberté de la presse, l'indépendance de la justice, etc. Face au succès des premières manifestations de masse, aux «soirées poétiques» qui se transformaient rapidement en manifestation contre le régime, et suite aux révoltes étudiantes, le Shah et son gouvernement, * 9 janvier 1978 : vague de manifestations après la parution d'articles gouvernementaux insultant l'Ayatollah Khomeini alors en exil en Irak. La troupe ouvre le feu et fait plusieurs morts, notamment à Qom.
18 février : nouvelles manifestations pour la fin du deuil de 40 jours après les massacres de janvier. Massacres commis par l'armée à Tabriz.
avec l'accord de Washington, décidèrent de réprimer vigoureusement tous courants oppositionnels qui étaient apparus.
Dans la situation d'isolement où se trouvait la monarchie, l'offensive répressive du régime eut pour effet d'élargir le mouvement pour les droits démocratiques. Une dynamique s'enclencha qui marqua le mouvement dans son ensemble : à la répression répondaient des mobilisations de plus en plus larges, révélant l'ampleur de la haine pour cette répression sauvage, pour l'exploitation et pour l'oppression inhérentes au régime du Shah. Le désir croissant de se battre jusqu'au bout contre lui s'affirmait de plus en plus.
Le 9 janvier 1978, une manifestation de masse a envahi les rues de la cité religieuse de Qom pour protester contre les attaques, publiées dans un journal gouvernemental, visant l'ayatollah Khomeini en exil. La police a ouvert le feu. Elle fit de nombreux morts. Suivant un schéma caractéristique de ce mouvement, une nouvelle vague de manifestations s'est développée quarante jours plus tard; en effet, la tradition musulmane fixe les périodes de deuil au troisième jour, puis au septième jour, et enfin au quarantième jour après la mort.
Il y eut même un soulèvement de pratiquement toute la population azerbaïdjanaise de Tabriz. Travailleurs, petits commerçants et paysans déracinés ont afflué mouvement. Dans le soulèvement de Tabriz, on retrouve les éléments propres de l'évolution postérieure de la révolution. Pour la première fois, le mot d'ordre «mort au Shah» a été massivement repris. La garnison de Tabriz s'est désintégrée et l'armée a été incapable d'écraser les masses. Pendant toute la journée, la population a eu la maîtrise de la ville. Le régime du Shah a subi une défaite politique. Il a été contraint d'évacuer quelques-uns de ses fonctionnaires d'Azerbaïdjan. Pour reprendre la ville
en mains, il a dû envoyer des troupes venant d'autres garnisons.
Le soulèvement de Tabriz a également souligné l'importance de la question nationale pour la révolution iranienne. Des manifestations ont aussi eu lieu à Shiraz et dans la cité pétrolière d'Ahwaz. La répression qui y fit suite provoqua de même une nouvelle vague de mobilisations.
Les manifestations se regroupaient le plus souvent devant les mosquées, seuls centres d'activipas entièrement contrôlés par le régime et sa police. Ce tait explique aussi le rôle de la hiérarchie chiite.
Le chiisme, en Iran, a une longue tradition d'initiatives politiques et d'affrontement avec l'Etat central : la participation des Mollahs aux premières manifestations contre la pénétration impérialiste à la fin du XIXe siècle; leur rôle dans la révolution constitutionnelle de 1906; le soutien qu'une partie d'entre eux avaient apporté au gouvernement de Mossadegh.
L'indépendance financière du chiisme vis-à-vis de l'Etat contraste avec la situation de la hiérarchie sunnite des autres pays islamiques. Ses liens avec la petite-bourgeoisie urbaine et le bazar étaient aussi une raison de son opposition au régime. Quelles que soient les luttes engagées contre le Shah, cette hiérarchie religieuse représente néanmoins une force sociale bourgeoise.
Le régime du Shah a contribué à la politisation de la hiérarchie chiite en exilant Khomeini en 1963, en attaquant continuellement la hiérarchie dont il espérait ainsi réduire l'influence, et en tentant d'en prendre le contrôle. Disposant d'une structure organisationnelle importante ( 180000 Mollahs, 80000 mosquées et 60000 étudiants des écoles et universités religieuses), la hiérarchie a pu mettre à profit la faiblesse de l'ancienne opposition bourgeoise, en particulier de celle du Front national.
Comme cela s'est produit dans d'autres pays à l'étape de la montée de la révolution coloniale et du nationalisme des opprimés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l'Islam est vu par de larges secteurs de la population d'affirmer leurs valeurs culturelles nationales et leur propre identité face à l'emprise de l'impérialisme.
L'influence de la hiérarchie sur les mobilisations des masses s'explique aussi par la faiblesse du mouvement ouvrier organisé, due en particulier aux trahisons des staliniens. La politique du parti Toudeh lors de la seconde révolution iranienne, le soutien du Shah par Pékin et le Kremlin, la répression des minorités politiques et religieuses dans les Etats ouvriers bureaucratisés constituent des éléments qui ont conduit beaucoup de jeunes combatifs et dévoués, de travailleurs et d'intellectuels à se tourner vers des formes de socialis-
Mise à bas de la statue du père du Shah me utopique ou réformiste aux couleurs de l'Islam, mises en avant par le théologien Chariati ou par les organisations de guérilla des Moudjahadines.
L'arrivée dans les zones urbaines de larges masses venant des sur lesquelles l'influence religieuse était traditionnellement plus forte donna à la hiérarchie chiite une plus large base populaire dans
Mais il ne fait aucun doute que le rôle joué par Khomeini est la principale explication de la façon dont les masses ont considéré la hiérarchie chiite. L'audience du dirigeant chiite repose sur le fait qu'il a refusé tout compromis avec le Shah et la monarchie, même quand des personnalités du Front na-
You certains religieux se sont montrés prêts à en passer.
Le cycle des mobilisations était marqué non seulement par leur élargissement numérique, mais par leur extention géographique et sociale. Elles ont gagné tous les coins du pays. La paysannerie venait se joindre aux manifestations se déroulant dans les cités voisines. Les masses urbaines paupérisées, liées socialement aux travailleurs, les marchands du bazar, les étudiants et les écoliers, les femmes, qui se mobilisèrent comme cela ne s'était jamais vu, et les minorités nationales opprimées, se mobilisèrent de plus en plus.
Quand, en août 1978, l'ampleur des manifestations s'est accrue, le shah a imposé la loi martiale à Ispahan. Après le nouveau déferlement de mobilisations contre le Shah, qui a suivi l'incendie par des provocateurs policiers d'un cinéma Abadan, le Shah dut promettre quelques réformes et remanier son cabinet. Mais ces mesures et quelques autres concessions n'ont fait que renforcer la décommencèrent à exiger le renversement complet de la monarchie. Début septembre 1978, les protestations ont atteint leur quatre millions de personnes ont participé aux manitestations du 4 septembre. Un demi-million de personnes envahirent les rues de Téhéran le 7 septembre et fraternisèrent avec les soldats.
Le gouvernement a riposté en décrétant la loi martiale et le couvre-feu dans douze villes. Le 8 septembre, aujourd'hui appelé le « vendredi sanglant », a vu des milliers de personnes descendre dans la rue.
2 avril : manifestations dans 55 villes pour la fin du deuil de 40 jours après le massacre de Tabriz.
* De nouvelles journées de deuil ont neu en mai puis le 17 juin, où pour la première fois un mot d'ordre de grève générale est lancé et observé par le «bazar» et les magasins.
* 5 août 1978 : discours du Shah à la télévision; il promet la démocratie à l'occidentale.
de 10 niestamons dans ensemble
du pays.
Jusqu'à cette date, les travailleurs avaient participé en tant qu'individus aux manifestations. Mais dans les dernières semaines de septembre, la classe ouvrière en tant que telle commença à entrer dans la bataille avec ses propres moyens de lutte et ses spécifiques d'organisation. Les premières grèves n'ont aucun répit au régime après le «vendredi sanglant». D'un coup, les grèves se sont étendues aux travailleurs des banques, des téléphones, l'administration d'Etat, des assurances, aux mineurs de cuivre, aux dockers, aux travailleurs du textile, des chemins de fer, des postes, des autobus, des compagnies aériennes, de la radio, de la télévision et de la presse. Le 31 octobre, une grève nationale des travailleurs ébranlé le régime.
Des manifestations d'une ampleur encore jamais vue ont déferlé sur le pays le 5 novembre. Le lendemain, le Shah plaça le pays sous régime militaire constitua le gouvernement du général Azari . Cette offensive répressive a été mise en échec par le ralentissement des acti'vités et par la fermeture du bazar. Les manifestations ont continué. Début décembre, les grè-
Sont repris, d'abord dans l'industrie du pétrole. Ces grèves se sont de fait transformées en générale révolutionnaire contre la monarchie et ont lancé contre elle l'assaut final.
La vague d'industrialisation des années 1960 et 1970 a donné naissance à une nouvelle et jeune classe ouvrière. De larges secteurs de cette classe ouvrière viennent directement de la cam* 11 août : barricades à Ispahan. * 12 août : proclamation de la loi martiale à Ispahan et dans plusieurs autres villes. * 19 août : incendie criminel du cinéma Rex d'Abadan. 600 morts. * 26 août : les funérailles des victimes d'Abadan se transforment en manifestation contre le régime aux cris de «Mort au Shah». * 27 août : démission du gouvernement Amounzegar et nomination de Cherif Emami comme Premier ministre.
pagne et sont concentrés dans des villes telles que Téhéran, Tabriz, Ispahan, Abadan Ahwaz. Ces travailleurs sont étroitement liés aux couches urbaines paupérisées dans la mesure où des groupes familiaux ont émigré vers la ville. Les travailleurs du secteur industriel représentent aujourd'hui un quart de la population active. Ils se trouvent essentiellement dans les branches suivantes : le pétrole, la pétrochimie, la construction, la sidérurgie et l'industrie automobile, etc. Une partie importante de la classe ouvrière - trois travailleurs sur quatre - est employée par des entreprises de moins de dix salariés.
Il y a eu en 1973-1975 une explosion de grèves sur des revendications économiques. Elles n'ont duré que quelques heures ou deux à trois jours. Elles n'ont pas entraîné la constitution d'un mouvement ouvrier organisé clandestin.
Malgré l'absence d'organisations et l'inexistence de partis ouvriers de masse au début de la crise révolutionnaire, malgré la répression sauvage de la SAVAK - qui tenait des «syndicats jaunes» dans toutes les usines -, une des caractéristiques de la vague de grèves fut la rapidité avec laquelle elle se propagea et se politisa ainsi que le degré d'organisation que masses se donnèrent.
Dans ce mouvement de grèves, des revendications salariales combinées revendications directement politiques, telles que la suppression de la loi martiale, la libération de tous les prisonniers politiques, le retour sans conditions ni représailles de tous les exilés, la suppression de la censure, le droit de constituer des syndicats indépendants.
Au cours de ces luttes, s'est exprimée la tendance au contrôle ouvrier. Les travailleurs du secteur de la communication ont demandé l'ouverture des livres de comptes pour dénoncer la corruption et les contrats favorisant les monopoles impérialistes. Les employés de la Banque centrale ont publié une
liste de 144 hauts fonctionnaires du régime qui avaient transféré des sommes importantes à l'étranger. Les travailleurs de l'industrie du pétrole et du nucléaire, du secteur des communications, ont réclamé le départ des «experts étrangers» et une «réelle nationalisation» du pétrole pour supprimer la mainmise des trusts impérialistes du pétrole. Dans tous les secteurs, des comités de grève ont été constitués pour organiser la
La puissance de cette grève générale révolutionnaire a bloqué toutes les tentatives des personnalités bourgeoises libérales du Front national et de quelques dirigeants religieux pour trouver un compromis avec la monarchie. La participation sans faille des travailleurs du pétrole, qui contrôlaient le secteur clé de l'économie, était essentielle. C'est l'ampleur de leur mobilisation qui a entraîné les marchands du bazar et les autres couches sociales. l'impulsion de la grève générale, les manifestations ont continué
Les grèves ouvrières ont marqué une nouvelle vague massive de l'offensive contre le régime. C'est elle qui a finalement contraint l'opposition bourgeoise et l'ensemble de la hiérarchie religieuse à s'aligner derrière Khomeini et à accepter son exigence : chasser la monarchie. Cette perspective et la crainte d'être débordé par le mouvement de masses ont conduit Khomeini à refuser tout compromis avec Chapour Bakhtiar, le dernier premier ministre du Shah, sur le maintien sous une forme ou sous une autre. Pour les masses, net Bakhtiar, l'armée, la SAVAK, le parlement fantoche du Shah - l'ensemble des institutions du régime - devaient être éliminés. Bakhtiar n'était rien d'autre que le dernier bastion du Shah, soutenu par l'impérialisme (la social-démocratie européenne avait, elle aussi, tenté par son soutien de réhabiliter l'image de Bakhtiar).
Avant même le retour de Khomeini - retour qui a accéléré la désintégration du gouvernement Bakhtiar - des personnalités de l'opposition bourgeoise cherchaient un accord avec la haute hiérarchie militaire, accord dans lequel ils auraient annoncé qu'ils retiraient leur soutien à la monarchie. Ceci poussa Khomeini et le reste de l'opposition bourgeoise à refuser de lancer un à l'insurrection contre le régime, y compris après le début du soulèvement armé à Téhéran. Cette tentative de les institutions l'Etat bourgeois annonçait le projet fondamental des forces pro-capitalistes après l'insurrection.
Les tentatives de trouver un compromis avec le noyau dur de l'armée furent mises échec par ces trois éléments : 1) L'impérialisme et des fractions importantes de la bourà soutenir les institutions de la monarchie, en espérant que le maintien du gouvernement Bapermettrait finalement de démobiliser les masses. 2) La permanence de la mobilimouvement de masse qui s'est avant, pendant et après le retour de Khomeini, et par la solidité de la grève générale. 3) Le début de désintégration de l'armée, comme conséquence des mobilisations de
Quand les grandes manifestations des 11 et 12 décembre et la continuation du mouvement de grève confirmèrent l'échec des mesures répressives prises par le Shah le 7 novembre - avec la constitution du gouvernement militaire du général Azhari -, la crise a commencé à pénétrer dans l'armée. Des désertions, des actes de sabotage et de résistance individuelle se sont multipliés et les premières formes d'organisation de la lutte sont apparues dans certaines unités de l'armée. Plus d'une fois furent rapportées des initiatives de soldats tirant sur des officiers qui essayaient de les contraindre à ouvrir le feu sur le peuple.
Ce processus, la chute du cabinet Azhari, a abouti à un arrêt complet de la production de pétrole, puis au départ du Shah en illimitées» et, l'incapacité du gouvernement Bakhtiar à démobiliser les masses malgré le soutien des puissances impérialistes, du noyau dur de l'armée et d'une partie de la bourgeoisie.
C'est dans l'armée de l'air, en particulier avec les homofars, techniciens par leur formation et leurs conditions de travail du prolétariat industriel qualifié, que la résistance a atteint son niveau ma-
En janvier lutte des homofars s'est étendue à l'ensemble du pays avec grèves de la faim et participation manifestations
DEATH
To AmERIE and CHAI
C'est la riposte des homofars aux attaques de la Garde impériale, le 9 février 1979, qui a impulsé la mobilisation et l'armement des masses pauvres de Téhéran et le début de l'insurrection populaire victorieuse. Au deuxième jour de la bataille, le commandement général - incapable d'envoyer les soldats du contingent pour écraser les mas-
Run coup d'Etat - a commencé à reculer, tout compromis avec l'opposition libérale et religieuse pour préserver de la contagion et de la désintégration le maximum d'unités et ce qu'on pouvait des institu-
Cependant, il a fallu démobiliser les soldats du contingent et les renvoyer dans leurs foyers.
A Téhéran, avec le soutien des masses populaires qui passaient outre le couvre-feu, une partie des masses plébéiennes et des étudiants qui s'étaient procuré des armes en occupant les casernes, des aviateurs et quelques soldats, des groupes appartenant aux organisations de la guérilla, ont attaqué les bastions de la Garde impériale et de la SAVAK et les dernières places encore aux mains de l'ancien régime. L'insurrection s'est étendue aux autres villes, et la monarchie fut chassée du pays. APRES L'INSURRECTION
Après le renversement de la monarchie, le gouvernement de Mehdi Bazargan, nommé par Khomeini, se retrouva au pouvoir et chercha tout de suite à reconstruire l'armée et à fai-
* 29 août: Hua Guofeng, qui a décidé de prolonger sa visite en Iran de 48 heures, porte un toast en l'honneur du Shah pour sa résistance «à la politique d'expansionnisme et d'hégémonisme des grandes puissances».
* 29-31 août: importantes manifestations à Qom et à Mashad. * 4 septembre : pour la fin du jeûne de Ramadan, manifestations de 3 à 4 millions de personnes dans les principales villes d'Iran.
re appliquer «la loi et l'ordre» capitalistes. Le projet de Khomeini, visant à installer un gouvernement bourgeois alternatif à celui du Shah, prenait mains quasi nues, les masses avaient renversé le régime répressif. La gabegie la plus régnait dans l'armée, avant tout à Téhéran. Bien que certaines unités soient
Men province, ni l'armée ni la police ne pouvaient être utilisées pour des raisons politiques. La grève continuait, y compris dans l'administration publique, tionnement de l'Etat.
De nombreux jeunes, armés et organisés au sein des comités de quartier à Téhéran et dans d'autres villes, utilisant les barricades érigées pendant l'insurrection, exerçaient une étroite surveillance sur le trafic urbain durant toute la nuit. Certains des criminels de l'ancien régime, responsables d'un nombre incalculable de meurtres, été capturés pendant l'insurrection; que des milliers d'agents de la SAVAK, furent arrêtés par ces milices de quartier.
Les comités de quartier se formèrent autour des mosquées au moment de la grève générale des travailleurs du pétrole, à la fin du mois de décembre 1978. Ils le furent souvent à l'initiative des autorités religieuses locales. Ils prirent en charge la distribution du pétrole, du gaz et de la nourriture. De même, ils organisèrent les mobilisations liées au retour de Khomeini, et en fournirent le service d'ordre. Il était donc logique que de * 7 septembre : à Téhéran, 500000 personnes manifestent contre l'interdiction gouvernementale des réunions publiques. * 8 septembre : le gouvernement proclame la loi martiale à Téhéran et dans deux villes d'Iran pour six mois. La troupe tire près de la place Jaleh sur des manifestants désarmés : 3 800 morts. * 10 septembre : pendant le sommet de Camp David, Carter téléphone au Shah pour lui réaffirmer son appui.
des pauvres des villes, des étudiants et des travailleurs, organisés en groupes de défense, participent massivement à l'insurrection, malgré les appels au calme lancés par la hiérarchie religieuse s'arment pour continuer à assurer la fonction de milices armées de la révolution.
Une semaine après l'insurrection, à l'appel de Khomeini, les travailleurs retournèrent au travail. Quelques entreprises, particulier celles appartenant à des firmes impérialistes, ne réouvrirent pas leurs portes. Là où ils le purent, les travailleurs tinrent des assemblées dans les usines et les bureaux pour discuter de leurs revendications et pour établir des comités permanents, soit en maintenant les comités de grève, soit en en élisant de nouveaux. Outre leurs revendications économiques, les travailleurs discutèrent de la construction des syndicats, du contrôle sur les salaires des directeurs. Les fonctionnaires avancèrent des revendications semblables. S'étant battus très durement pour les droits démocratiles travailleurs revendiquaient la démocratie sur le lieu de travail, l'épuration des agents de la SAVAK et de tous ceux qui étaient liés à l'ancien régime. Pour dénoncer les directeurs corrompus, ainsi que les contrats favorisant les monopoles impérialistes, l'exigence de l'ouverture des livres de comptes se fit jour. Cette tendance au contrôle ouvrier fut renforcée par la fuite hors du pays de beaucoup de ceux qui s'étaient compromis avec la monarchie, par le sabotage de l'économie par les capitalistes et par le départ de dizaines de milliers d'«experts étrangers ».
Quelques soldats du rang, renvoyés chez eux pendant l'insurrection, ont participé aux comités de quartier. Les homofars se trouvèrent à l'avant-garde de l'organisation des soldats. Dans la semaine qui suivit l'insurrection, ils organisèrent deux manifestations pour protester contre la nomination par le gouvernement de hauts officiers de l'/armée royale. Bazargan fut contraint de reculer et dut en
écarter un certain nombre. Au cours de cette lutte, les homo-.
fars et les soldats qui les soutenaient avancèrent des revendications de plus en plus radicales : élection des officiers, libre exercice des droits politiques dans l'armée, fin de l'encadrement de par des «conseillers» américains, et maintien des milices populaires.
Dans cette situation d'affaiblissement et de paralysie de l'appareil d'Etat, et de montée mouvement de masse, la possibilité objective d'effectuer un pas en avant décisif vers l'organisation des ouvriers et de toutes les couches laborieuses, c'est-à-dire vers la création de conseils (de soviets). Ce qui manquait, c'était un parti révolutionnaire de masse, implanté dans la classe ouvrière et capable de lui offrir une direcLE REGIME CAPITALISTE TENTE DE SE CONSOLIDER FACE AUX ASPIRATIONS ET AUX MOBILISATIONS DES MASSES
La nature de la mobilisation contre le Shah pendant toute une année, va déterminer le contexte dans lequel la lutte des classes se développera dans la période à venir. Les masses renversèrent le régime en s'appuyant sur leurs seules forces, ce qui leur a donné une grande confiance dans leurs capacités de lutte. Elles espèrent la satisfaction de leurs principales revendications sur le plan économique, social et politique.
L'approfondissement de la crise économique, qui s'ajoute aux coups portés par les mobilisations de l'année précédente, fournit le cadre contraignant dans lequel doivent agir les forces capitalistes. Les fuites massives de capitaux ont encore réduit le marché interne. La bourgeoisie, aussi bien nationale qu'impé. rialiste, hésite à investir dans plusieurs secteurs tels que l'acier, la construction, les plastiques et d'autres branches. Beaucoup de travailleurs retournèrent à leurs soit pour congédiés, soit pour constater la fermeture de l'entreprise. Ils ont rejoint l'armée des chômeurs déjà importante.
En même temps qu'il faisaient de menues concessions - telle que la distribution de médicaments gratuits dans certains endroits - , le gouvernement Bazargan a annoncé aux travailleurs que leurs revendications ne seraient pas satisfaites. Simultanément, il a offert des prêts à bas taux d'intérêt aux capitalistes, dans l'espoir d'une relance des investissements. Il est possible que ces fonds prennent aussi le chemin de l'exil! Le Shah avait dû admettre que les revenus du pétrole ne pouvaient résoudre la crise. Dans la situation présente, où la production et l'exportation de pétrole sont fortement réduites, cela devient encore plus évident.
Dans le cadre de la crise du système capitaliste international et d'instabilité sociale en Iran, la crise de l'économie iranienne va vraisemblablement s'intensifier, même si la politique du nouveau régime consiste à tenter de corriger les distorsions extrêmes du développement capitaliste iranien induites par les options politico-économiques de la monarchie. Dès lors, le régime n'est pas en condition de faire des concessions substantielles aux masses, quand bien même il peut être contraint d'en accorder quelques-unes. Au contraire, il devra essayer de porter de dures attaques contre les travailleurs et l'ensemble des masses laborieuses, pour créer les conditions d'un redémarrage
June grande échelle. Cela l'entraînera à s'affronter de manière croissante aux masses, qui, non sęulement n'ont_pas été défaites, mais ont encore confiance en elles-mêmes, en raison de leur lutte victorieuse contre la monarchie.
Dans ce contexte, la dynamique même de la lutte de classe met en relief la combinaison entre les revendications immédiates, démocratiques et tran-
Après les gigantesques mobilisations passées, les vriers et les masses laborieuses ont dû réorienter dispositif de combat. De manière fragmentée, ils avancent des revendications portant sur des questions telles que le logement, les salaires, les travail, la législation du travail. Ils posent de plus en plus la question du chômage. Dans diverses villes, se sont déjà organiles premières tions de chômeurs réclamant un emploi. La conscience de la néde continuer le combat pour faire aboutir leurs revendications apparaît au sein d'une couche de travailleurs avancés. La profonde instabilité et politique et le potentiel de luttes explosives que cela comporte restent les traits dominants de la situation. * Le premier heurt important entre la révolution et la contre-révolution survint dans le Kurdistan iranien, au moment du Nouvel An iranien, le 21 mars 1979. Au cours de l'insurrection, les Kurdes s'étaient massivement armés, ils avaient constitué des comités kurdes dans tout le Kurdistan iranien. Quand le gouvernement iranien de rétablir son autorité en lançant l'armée contre le peuple de Sanandaj, les Kurdes opposèrent une résistance farouche face aux mitraillettes, aux baaux hélicoptères et
* 25 septembre : début du mouvement de grève dans les banques et les administrations.
•ment au secteur nationalise o du moudérurgie puis pétrole). * Fin octobre : deuxième vague de grèves, cette fois sur des revendications politiques (libération des prisonniers politiques, abrogation de la loi martiale). * 29 octobre - 4 novembre : semaine de solidarité à l'Université de Téhéran avec les prisonniers politiques; plusieurs dizaines de milliers de personnes écoutent les récits de rescapés des prisons du Shah.
aux avions Phantom. Malgré le massacre de centaines d'entre eux, les Kurdes ont fait échouer la tentative du gouvernement.
Au cours de la bataille, la mobilisation du peuple kurde s'est intensifiée. La crédibilité et l'autorité de Khomeini et de la hiérarchie chiite furent minées. C'est l'indication de ce qui arrivera avec l'avance de la révolution dans d'autres secteurs et régions.
Le succès de la résistance kurde a inspiré et stimulé la lutte d'autres minorités opprimées dans l'Azerbaïdjan et le Balouchistan voisins. Il y a eu de larges manifestations de solidarité parmi les résidents kurdes dans l'Azerbaïdjan et à Zahedan dans le Balouchistan.
Les minorités opprimées ont commencé à s'affirmer; maintenant le joug de la dictature haïe des Pahalavi est brisé. Ceci vaut pour les Turkmènes et les Arabes de la côte du Golfe qui subissent les plus grandes discriminations. Pourtant, gouvernement capitaliste une fois de plus faire peser son joug sur ces minorités, s'il veut stable. La question nationale va donc rester explosive et sera une des batailles centrales de la période à venir, même si le gouvernement tente de désamorcer cette bombe en proposant de façon démagogique une « autonomie » dans le cadre d'un renforcement de la main-mise de l'Etat central. * 5 novembre : la troupe tire sur les étudiants; plus de 40 morts. * 6 novembre : «dimanche rouge» de Téhéran. Pendant plusieurs heures, 100000 manifestants occupent le centre de la capitale et y détruisent les symboles de la présence impérialiste et des bâtiments administratifs.
7 novembre : nomination du gou vernement militair du général Azhari. * Novembre-décembre : face à vague de répression, le pays s'installe dans la résistance passive : la production, du fait des grèves perlées, baisse de 50%.
Le combat des nationalités avec la lutte de la classe ouvriède la paysannerie, des ouLes mobilisations des minorités opprimées tendront à acquérir de plus en plus un contenu de classe direct. Le lien entre ces luttes et la question agraire est visible chez les Turkmènes. Au début de l'insurrection, les paysans turkmènes et les ouvriers agricoles balouchi du Turkmensarah. une des régions clés de l'agriculture industrielle, ont occupé une grande partie des terres. Apres le succes des Kurdes, ils se sont emparés des postes de police et des bases militaires, ce qui a conduit à des affrontements armés avec le gouvernement central. Ce dernier a envoyé ses représentants pour essayer de forcer les paysans et les ouvriers agricoles à rendre les terres à leurs anciens propriétaires. Jusqu'à présent, ces gouvernementaux sont restés sans succès.
L'émigration vers les villes a produit d'importantes concentrations de minorités nationales opprimées parmi les masses paupérisées et les travailleurs des zones urbaines. C'est une des raisons pour lesgouvernement n'a pas réussi à exploiter le chauvinisme farsi dans les villes ments de Sanandaj. Au contraire, une évolution inverse s'est manifestée : le chauvinisme farsi s'est affaibli. * Dans le cadre de sa tentative pour imposer son autorité, le gouvernement capitaliste a lancé une série d'attaques contre les droits démocratiques. La première difficulté à laquelle il s'attaqua était l'armement d'une grande partie de la population urbaine. Khomeini déclara que tous ceux qui gardaient des armes saisies durant l'insurrection commettaient un grave «péché». Le régime a obtenu un succès partiel dans la récupération des armes, et ceci grâce au contrôle exercé par les mosquées sur l'armement des comités de quartier. Cependant, une grande quantité d'armes reste encore aux mains de
la population et de groupes tels que les Fedayins et les Moudjahidines, qui ont refusé de s'en
L'autorité de Khomeini et de son Conseil de la Révolution islamique a aussi été utilisée pour mettre fin aux manifestations des homofars dans la semaine qui a suivi l'insurrection. Le sens de l'attaque contre les homofars est apparu clairement lorsque Khomeini a interdit une manifestation appelée par les Fedayins et d'autres groupes. Elle se tenait en soutien aux revendications des homofars et des travailleurs qui réclamaient le droit d'élire les directeurs des entreprises et des bureaux. Les Fedayins, avec l'appui d'autres groupes dont le Parti socialiste des travailleurs iraniens, ont appelé à un rassemblement de protestation à Téhéran. Il a regroupé environ 50000 person-
Pendant l'insurrection, personnel de la Radio et de la Télévision a occupé la station de diffusion et a commencé à l'utiliser pour organiser la lutte et diffuser les positions de tous les groupes politiques. Immédiatement, le gouvernement Bazargan réagissait et nommait Ghotbzadeh à la tête de la Radio et de la Télévision pour imposer la censure. La presse quotidienne fut soumise à la censure et aux intimidations du gouvernement. Cette main-mise sur les moyens de communication a permis de lancer une vaste offensive de propagande contre les masses laborieuses, en faveur de la propriété privée et de l'ordre capitaliste.
Les initiatives prises par la hiérarchie religieuse, au début du mois de mars, pour imposer aux femmes le code islamique réactionnaire, provoquèrent une riposte des femmes, pour la dépays islamique. Néanmoins, ces manitestations ne regroupèrent qu'une minorité de femmes. La pleine participation des femmes à la lutte contre la monarchie leur permit d'acquérir une première expérience dans l'action politique et créa les pré-conditions de cette contre-offensive tons de cette contre-oltensive.
Face à elles, le gouvernement recula momentanément. Il renonça à imposer des restrictions légales aux droits des femmes, mais il organisa une ample campagne de propagande contre les femmes. Cependant, dans le cours futur de la révolution, de nouvelles mobilisations des femmes sont plus que jamais possipersonnes d'appartenir à la SAVAK, des officiers supérieurs de l'armée du Shah, et d'autres figures de l'ancien régime, responsables de crimes innombrables, furent arrêtés par les comités de quartier. Ils furent conduits devant le Conseil de la Révolution islamique ou devant des structures équivalentes - connues nom de «Comités d'iman» -existant au niveau des différentes villes. Partout, de nombreux agents de la SAVAK et serviteurs de l'ancien régime furent libérés. Sous la pression des masses, quelques-uns des personnages les plus hais ont été exécutés, après des procès secrets devant des «cours islamiques». En ordonnant le huis-clos pour ces procès et en refusant de rendre publics les dossiers de la SAVAK, le gouvernement vise à empêcher que soient mis au grand jour les liens entre les criminels et l'ensemble de l'appareil d'Etat - y compris des fonctionnaires du nouveau rérapports qu'entretenaient les capitalistes avec cette pègre de l'ancien régime.
Les « cours islamiques» jugèrent aussi des personnes accusées d'immoralité; ainsi certaines d'entre elles ont été exécutés pour avoir eu des rapports homosexuels ou flagellées pour avoir commis l'adultère ou consommé de l'alccol. Bien que de telles initiatives ne soient pas courantes, elles représentent des tentatives d'intimidation de la population. L'opposition qui qui s'est manifestée contre ce genre de pratiques tend à les limiter. Des mesures de répression sélectives contre la gauche sont probables dans la période à venir. Néanmoins, visant l'avant-garde, elles seront insuffisantes pour faire reculer de façon décisive les masses laborieuses. La possibilité d'une riposte efficace existe donc. * Un des facteurs déterminants de l'évolution future de la révolution réside dans l'avenir des comités constitués au cours de la lutte contre la monarchie. La hiérarchie religieuse, le gouvernement, et le Conseil de la Révolution islamique tentent non seulement de réduire leur base sociale, mais aussi de les l'appareil d'Etat bourgeois. Pourtant, en fonction du rôle qu'ils ont joué dans le combat contre l'ancien régime, ils sont toujours considérés par les masses comme des instruments de lutte pouvant enCette double tendance se reflète dans les contradictions internes
En utilisant la hiérarchie religieuse et les mosquées, le Conseil de la Révolution islamique chercha immédiatement à soumettre les comités de quartier. Les discussions dans les mosquées furent limitées et ainsi la base sociale des comités se
Exécution d'un membre de la SAVAK
rétrécit. Cependant, ils regroupent encore des gens qui ont participé à la lutte contre le Shah, et ils traduisent dans une certaine mesure les conflits qui se développent dans la société.
Même dans les «Comités d'iman», nommés par la hiérarchie et dirigeant les comités de quartier, on retrouve ces mêmes contradictions, bien qu'ils réunissent en leur sein des éléments conscients de la droite, y compris d'anciens agents de la SAVAK. Ce dernier fait a provoqué plus d'une lutte pour les en chasser.
Des forces bourgeoises ont également essayé de contrôler les comités de travailleurs, s'y faisant nommer par les « Comités d'iman». Dès le début, les de travailleurs fraient de certaines faiblesses. Par exemple le conseil des travailleurs du pétrole, à Ahwaz, attribue une représentation disproportionnée aux employés et ne donne que deux ou trois délégués aux ouvriers de la production, ceci sur un total de 120 délégués. La propagande anti-communiste du gouvernement et du Conseil de la Révolution islamique a obtenu quelques succès, en limitant la liberté d'expression des courants politiques discussions dans ces conseils et en émousrevendications ayant une dimension de contrôle ou-
Au sein de ces comités de travailleurs, sont aussi réapparues, avec le soutien du gouverd'inam », des personnes liées aux anciens « syndicats launes». Elles apportent leur avec des méthodes violentes, au
* 10 et 11 décembre : 6 à 7 millions d'Iraniens manifestent chacun de ces deux jours contre le régime à l'occasion de la fin du deuil chiite de Moharram.
* Mi-décembre : début de la deuxième vague répressive du gouvernement Azhari. Les 30 et 31 décembre, la soldatesque fait plus de 700 morts dans la seule ville de Mashad.
Reprise de la grève totale dans l'incombat mené combat mené par le gouvernement contre la constitution de syndicats. En effet, selon gouvernement, sous une « république islamique», les travailleurs n'auraient pas besoin de syndicats. Cependant, la volonté de construire des syndicats est largement répandue dans les masses. L'opposition du régime à leur formation vient non seulement de sa crainte de les voir devenir une base pour un renouveau de comités de travailleurs ayant une audience de masse, mais aussi de sa compréhension qu'une relance capitaliste dans un pays semi-colonial ne peut pas se faire sans une exploitation brutale des travailleurs.
La constitution de syndicats indépendants par rapport à l'Etat est une des questions essentielles pour le développement de la lutte des classes dans la période actuelle.
Néanmoins, à travers l'expérience de la lutte contre le Shah, l'idée selon laquelle il faut s'organiser en comités pour lutter est devenue populaire au sein de larges masses et de la classe ouvrière.
On peut s'attendre à ce que les futures mobilisations soient accompagnées d'une renaissance des comités de travailleurs et structures, telles que les comités de quartier. Cela se manifestera, soit par un renforcement des comités de quartier, soit par la création de nouvelles * Le régime devra chercher à reconstruire un appareil d'Etat bourgeois stable. C'est dans ce but qu'il protège les agents de la SAVAK et qu'il essaie d'étouffer les liens de certaines persondustrie pétrolière. Chute de 95% de la production pétrolière. * 4 janvier 1979 : Chapour Bakhpremier ministre. * 11 janvier : Washington lâche le Shah et annonce son départ «vacances». * 13 janvier : tandis qu'un conseil de régence est formé à Téhéran, l'Ayatollah Khomeini nomme un Conseil de la Révolution islamique.
nalités avec la monarchie. Il tente de présenter l'armée et la police sous des traits nouveaux. Ces deux institutions se placeraient aujourd'hui du côté du peuple. Il essaie prudemment de redonner ses attributions traditionnelles à la police.
Simultanément, l'un des objectifs du nouveau régime bourgeois consiste à rationaliser le fonctionnement d'un appareil d'Etat distordu par les besoins spécifiques de la monarchie Pahlavi.
Comme l'indique l'attaque lancée par l'armée contre la population de Sanandaj, certaines unités d'élite sont demeurées intactes. Le régime veut reconstruire cette armée de haut en bas. Un obstacle se dresse devant ce projet : la défaite politique des forces armées du Shah.
En outre, de très nombreux contingent - surtout dans la région de Téhéran, où l'écroulement de l'armée, comme initiatives de fraternisation avecle étaient le avancées - n'ont pas repris le chemin des casernes. Afin de démobiliser la jeunesse, qui dispose d'armes, le régime tente de l'intégrer dans une «Garde nationale islamique». Celle-ci pourrait être utilisée en attendant que la reconstitution de l'armée soit achevée. Cette «Garde nationale islamique » ne souffrira pas de la haine populaire qui se déverse encore contre l'armée. Le régime cherche aussi à contrôler la situation par le biais de son influence sur les comités de quartier et de travailleurs. Pourtant, vu que ces structures peuvent être utilisées par les masses au cours de diverses mobilisations, elles ne représentent pas une base solide pour le pouvoir bourgeois. Dès qu'il le pourra, il essaiera de les dissoudre ou de les absorber complètement dans son propre appareil d'Etat.
Un élément essentiel du plan de stabilisation du régime était le référendum pour la «République islamique». Ce plébiscite, sous forme de référendum, avait pour fonction, non seule-
ment de limiter le choix entre pour ou contre la « République islamique », mais aussi d'empêcher la constitution d'une assemblée constituante souveraine, car cela supposait l'ouverture d'un large débat sur les formes et la nature du gouvernement, comme sur les problèmes sociaux et économiques importants qui se posent aux masses. De larges secteurs de la population mettent leurs espoirs dans la « République islamique». Les forces bourgeoises utilisèrent et utilisent abondamment ce thème pour canaliser le mouvement de masse dans un cadre compatible avec le maintien du capitalisme. Elles espéraient qu'un vote massif en faveur de la «République islamique» établissait solidement leur autorité et leur permettrait de défendre le système capitaliste et ses besoins contre ceux des masses.
La religion sert d'argument supplémentaire en faveur de la « République islamique». En outre, les classes dominantes tentaient de justitier le référendum et les autres mesures qu'elles ont prises par la nécessité d'éliminer tous les vestiges de la monarchie et de liquider l'emprise de l'impérialisme. En fait, elles cherchent à interrompre le processus de désintégration de l'ancien appareil d'Etat et préparent la voie pour un retour en force de l'impérialisme.
Dans ce contexte, la campagne pour une « République islamique» fut dirigée contre la gauche et le «communisme». Sous ce couvert, les forces bourgeoises ont engagé une campagne pour «l'unité nationale» contre les mobilisations indépendantes des travailleurs, des paysans, des nationalités opprimées et de l'ensemble des masses laborieuses.
Les véritables débats politiques ont été étouffés au cours de la campagne pour le référendum. La menace plane de restriction encore plus grande des droits démocratiques après l'installation de la « République islamique». Des bandes armées se sont constituées pour attaquer les manifestations de gauche, les mobilisations de femmes et pour réduire pour réduire au silence des opposants dans les usines. Aucun parti politique, Parti républicain islamique, n'a été reconnu. Des militants de gauche, dont certains du Hezbe Karagane Socialist - HZS, Parti socialiste des travailleurs, Section iranienne de la IVe Internationale - ont attaqués. L'explosion des luttes des Kurdes, des Turkmènes et d'autres minorités opprimées, avec y compris des heurts frontaux avec les forces armées, minèrent l'autorité du référendum dans l'ensemble du pays et l'interdirent pratiquement dans certaines régions. Quels que soient les succès dont se réclame le
Best évident que l'opération du référendum n'a pas abouti à stabiliser la situation sociale, comme il pouvait l'espérer. * L'autorité est un élément central qui dépossibilité une bourgeoisie faible de réaliser ses Son autorité repose sur son opposition intransigeante à la dy-
Actuellement, il use de ce prestige pour bloquer tout essor de la révolution et fortifier les bases du nouveau régime. Sans cette protection et cet appui, le gouvernement ne pourrait faire avancer sa politique contre-révolutionnaire.
L'ascendant de Khomeini a aussi contribué à accroître l'influence de la hiérarchie religieuse et de la religion en général, arme servant à désorienter les masses. Néanmoins, la religion ne sera pas en mesure de fournir un soubassement idéologique ferme à un Etat capitaliste moderne. Les tentatives faites pour imposer les lois islamiques peuvent susciter de vives réactions. Au cours de la période à venir, l'influence de Khomeini sera mise à l'épreuve de la lutte des classes. Elle s'érodera, si elle est utilisée directement contre la volonté des masses.
Le Conseil de la Révolution islamique, qui se place au-dessus du gouvernement, est le véritable détenteur du pouvoir. Sa composition exacte est gardée secrète. Aux côtés de Khomeini et des autres chefs religieux, il semble que siègent des politides militaires réactionnaires.
La direction Khomeini aime rait imposer un régime contrôlé par la hiérarchie religieuse islamique, dans lequel le rôle des partis politiques serait réduit ou inexistant. Cependant, ce projet est déjà ébranlé par la dynamique des forces sociales.
Bien qu'encore faibles, les organisations liées à la classe ouvrière se développent. Le Front national démocratique de Daftery, petit-fils de Mossadegh, marque aussi des points. Dans de larges secteurs des masses, il
y a une aspiration profonde à la démocratie et même au socialisme, compris comme la réalisation de l'égalité et de la démocratie. Néanmoins, le «communisme » tend toujours à être assimilé au stalinisme. Ces aspirations ne peuvent que conduire à ce que soit posée la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Sous la pression des puissantes mobilisations et de l'élan anti-impérialiste du peuple, le nouveau régime a pris quelques mesures à l'encontre des intérêts impérialistes : expulsion des bases militaires nord-américaines, expulsion des « experts étrangers», rupture des liens diplomatiques avec Israël et l'Afrique du Sud. Tout cela a rehaussé son image de marque parmi les masses. Alors que ces dernières soutiennent et soutiendraient toutes initiatives de ce genre, les tentatives mêmes du gouvernement de faire redémarrer l'économie sur une base capitaliste le contraindront à renouer avec l'impérialisme international.
Les difficultés rencontrées par le nouveau régime pour canaliser la montée du mouvement de masse le poussent à prendre des décisions contradictoires. Dès lors, des divergences se font jour au sein du gouvernement et du Conseil de la Révolution islamique, entre ces deux organes.
Les adaptations, les reculs et les incertitudes du gouvernement face à l'explosion des lut* 16 janvier : le Shah quitte Téhémanifestations de liesse populaire se déroulent à Téhéran, où la population fraternise avec les militaires. Ces derniers reçoivent l'ordre de regagner leurs cal'Ayatollah Khomeini annonce qu'il entend former un «gouvernement provisoire» qui se présentera devant une «assemblée constituante» de ratifier la «nouvelle Constitution islamique». me qu'il rentrera à Téhéran au «premier moment opportun».
invite Ayanan roman carter.
Usa chance» au gouvernement Bakhtiar.
tes et, surtout à l'heure actuelopprimées, révèlent sa fragilité. La démagogie, dont il fait un large usage, en est aussi un signe. Son existence repose en fait sur les illusions des masses, quant à sa volonté et à sa capacité de répondre à leurs besoins fondamentaux. A l'heure actuelle, la répression ne pourra pas suffire à assurer son assise. Au cours des luttes de classe à venir, les illusions des masses s'estomperont; dès lors se produiront des crises et des tournants brusques dans la politique du gouvernement et du Conseil révolutionnaire islamique. Ceci peut conduire à la mise en place de nouvelles formules gouvernementales. LE PARTI TOUDEH, LES FEDAYINS ET LES MOUDJAHIDINS
Le parti stalinien Toudeh (parti des masses, est le pr i politique le mieux organisé du mouvement ouvrier. Aujourd'hui, cependant, il a beaucoup moins de force qu'il n'en avait dans la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Les raisons du déclin de son influen1. sa responsabilité dans les défaites de 1945-46 en Azerbaïdjan et au Kurdistan, ainsi que dans celle de la grève du pétrole dans le sud; et avant tout, son refus de combattre le coup d'Etat de 1953; * 18 janvier : moins de 48 heures après le départ du Shah, le gouvernement Bakhtiar se trouve confronté à une grave crise à la suite des sanglants incidents d'Ahwaz, qui auraient fait, selon la presse iranienne, «plusieurs centaines de * 19 janvier : plusieurs millions de manifestants défilent dans les rues de Téhéran pour exiger l'instauration d'une «république islamique» et la démission de Bakhtiar et du * 21 janvier : Tehrani, président dure qui de reene donne d te. Khomeini annonce qu'il regagnera l'Iran le 26 janvier.
2. son soutien apporté à la bureaucratie du Kremlin lorsqu'elle a exigé en 1946-47 d'excessives concessions pétrolières, à une époque où le mouvement anti-impérialiste se développait en Iran;
3. les illusions qu'il a répandues sur les réformes entreprises par le Shah en 1960-63, illusions qui furent balayées par le renforcement de la dictature des Pahlavi; 4. le soutien accordé au Shah par le Kremlin depuis 1953 et qui devint éclatant de janvier à décembre 1978. politique de « coexistence pacifique » menée par le Kremlin, le Parti Toudeh a défendu pendant une longue période une ligne de «démocratisation» de la monarchie. Ce n'est qu'en août-septembre 1978 qu'il a effectué un tournant. A partir de ce moment, il a été suiviste vis-à-vis de Khomeini. Il n'est intervenu en aucune façon lors de l'insurrection. Immédiatement après, il a déclaré qu'il soutenait le gouvernement Bazargan, le Conseil de la Révolution islamique et Khomeini. Et il s'est révélé un partisan de la «République islamique».
Cette allégeance à un gouvernement capitaliste - qui se fait le champion de « la reconstruction de l'économie iranienne» et de l'Etat bourgeois comme de «l'unité nationale » en Iran -s'est traduite pour le Parti Toudeh par une mise en sourdine des revendications économiques et sociales des masses, par un refus, pour l'instant, de se battre pour la construction du mouvement syndical et par une minimisation des luttes des minorités opprimées. * La direction qui a constitué le Fedayin i Kalq - Combattants du Peuple - est issue en parti du Toudeh, et dans une moir dre mesure, du Front national. Les leçons que ces militants ont tirées de l'absence de résistance
au coup d'Etat de 1953 et des réformes trompeuses de 1960-63 les ont conduits à adopter une stratégie de guérilla. Sous l'influence de la Résistance palestinienne, ils ont entamé une campagne de guérilla dans les années 1970-71. Ces militants révolutionnaires ont payé très cher leur engagement politique. Ils ont été sauvagement traqués, torturés et exécutés par la SAVAK et l'armée.
En septembre-octobre 1978, les Fedayins ont connu un renouveau. Aujourd'hui, ce sont eux, de tous les groupes qui se réclament du marxisme-léninisme, qui ont la plus large audience. Après leur participation active à l'insurrection, que ni les dirigeants de l'opposition libérale bourgeoise, ni ceux de l'opposition religieuse n'avaient organisée, la sympathie qu'ils suscitaient s'est encore élargie, y compris dans les rangs des travailleurs.
Après l'insurrection, les Fedayins ont adopté une orientation vacillante : ils se sont, de façon correcte, opposés au désarmement de la population réclamé par le gouvernement et Khomeini. Ils ont demandé une vraie purge de l'armée. Ils ont également rejoint la lutte des Kurdes. Ils ont émis des critiques correctes à l'encontre du gouvernement et de ses manœuvres pour organiser un référendum sur la «République islamique». Cependant, en raison de certaines positions staliniennes qu'ils ont conservées et de leur incapacité à tirer un bilan critique de leur stratégie de guérilla, ils font preuve d'un manque de compréhension quant à l'importance que revêt l'indépendance politique de la classe ouvrière et quant à la nature de classe du gouvernement. Ceci les a conduits à accorder un soutien critique au gouvernement Bazargan et à faire l'impasse sur le contenu de classe de la politique de la hiérarchie religieuse. C'est pourquoi ils ne sont pas capables de jouer le rôle qu'ils pourraient tenir, vu leur influence, dans l'organisation et la direction politique de la classe ouvrière et de ses alliés.
tion en cours et de l'intervention des marxistes-révolutionnaires, un processus de différenciation politique va probablement s'opérer dans cette organisation et nombre de ses militants pourront être gagnés à une politique révolutionnaire * Les Mudiahidins i Kalq-
Les Guerriers du Peuple - sont nés dans le même contexte que les Fedayins. A la fin des années soixante, ils ont lancé leur propre campagne de guérilla.
direction est issue du Mouvement iranien de libération, une opposition bourgeoise religieuse, elle-même issue du vieux
Front national. Ses racines idéologiques plongent dans le terreau de l'interprétation « tiersmondiste» et «anti-impérialiste» de l'Islam. En 1975, une aile mao-stalinienne a essayé de prendre la direction du mouvement par un putsch, ce qui a mené à une scission. Ce groupe mao-stalinien n'a plus pu, en 1978, prétendre représenter les Moudjahidins. C'est pourquoi c'est le courant le plus lié à l'Islam qui a surgi dans les mobilisations l'automne
1978 et lors de l'insurrection. A cause de leur passé d'ennemis actifs de la dictature, ils bénéficient d'un grand prestige auprès des masses. Leur fondement idéologique et leur orientation nationaliste-populiste les a conduits à accorder un soutien critique au gouvernement et à suivre Khomeini, même s'ils ont émis des critiques correctes à l'égard des méthodes anti-démocratiques du gouvernement. Ils se sont prononcés pour la « République islamique», occultant la nature capitaliste d'un tel régime, qui est au service de la bourgeoisie et des grands propriétaires. S'ils ne rompent pas avec leur programme, ils ne joueront aucun rôle dans la lutte pour l'indépendance politique des masses laborieuses. Néanmoins, ils demeurent une force importante qui peut jouer un rôle dans les mobilisations anti-impérialistes et dans certaines luttes sociales, ce qui peut avoir un effet sur les militants et les amener à des positions marxistes.
Après des décennies de dictature et après les trahisons des staliniens, le mouvement ouvrier iranien est politiquement et organisationnellement faible. Mais, simultanément, cette faiblesse organisationnelle impli que qu'il n'existe aucune bureaucratie endurcie se dressant devant les travailleurs. Des explo-
sions de lutte semi-spontanées peuvent conduire à un brusque bond en avant dans l'organisation des comités de travailleurs et dans l'apparition de syndicats de combat. POUR LES COMBATS FUTURS
La période à venir sera une période d'approfondissement de la lutte des classes et une période te des classes et une période d'affrontements aigus parce que les forces capitalistes tentent de raffermir leur domination en faisant payer la crise aux travailleurs.
* 22 janvier : le chef d'état-major de l'armée, le général Gharabaghi, déclare que l'armée soutient le gouvernement Bakhtiar et maintiendra l'ordre lors du retour de l'Ayatollah Khomeini. «Il est totalement exclus», ajoute-t-il, «que militaires fassent un coup d'Etat».
* 24 janvier : Khomeini repousse la requête du premier ministre de retarder son retour en Iran de trois semaines. L'armée iranienne investit dans la nuit l'aéroport de Téhéran et y arrête tout trafic en invoquant des «raisons techniques».
sanglants entre l'armée et les manifestants qui exigent le retour de l'Ayatollah font une vingtaine de morts dans le quartier de l'univer-
* 27 janvier : plus d'un million de manifestants défilent dans le centre de Téhéran aux cris de «Khomeini, nous t'attendons». L'armée semble vouloir éviter le renouvellement des affrontements meurtriers
La lutte des classes prendra la forme d'une inter-relation entre les luttes de la classe ouvrière, celles des minorités nationales, des paysans, des masses plébéiennes urbaines et des femmes, ceci en liaison avec des mouvements qui se développeront autour de problèmes tels que le chômage massif, le logement et les conditions sanitaires ou pour les droits démocratiques. Il n'y aura pas de dénouement à court terme; des progrès et des reculs significatifs se produiront, mais les affrontements décisifs ne se profilent pas encore.
Dans une telle situation, le facteur le plus important - qui fait défaut aujourd'hui et empêche une victoire de la classe ouvrière - est l'existence d'un tionnaire masse pouvant jouer pleinement son rôle de dirévolutionnaire. construction d'une telle organisation est la tâche que se sont fixés la Quatrième Internationale et le Hezbe Karagane Socialist. Aujourd'hui, le HKS se bat autour des axes suivants: * pour la défense de toutes les conquêtes de la révolution contre la réaction intérieure et impérialiste, pour la suppression des bases américaines, pour veille. De violentes émeutes éclatent cependant à Téhéran le 28 janvier, et font au moins quarante tués et plus de deux cent blessés. Le voyage à Paris de Bakhtiar pour y rencontrer l'Ayatollah est annulé. * 31 janvier : les derniers obstacles au retour de Khomeini en Iran sont levés tandis que des unités de l'armée iranienne se livrent à une impressionnante manifestation de force dans les rues de la capitale pour marquer l'intention de centaines de militaires d'appuyer le gouvernement légal de Bakhtiar contre le «pouvoir révolutionnaire». * 1er février : retour triomphal montre décidé à engager l'épreuve de force avec le gouvernement « illégal» de Bakhtiar, dont il exige la démission. Il appelle de nouveau les militaires «à rejoindre les rangs du peuple». * 3 février : Khomeini annonce de la qu'un Conseil révolutionnaire islala rupture des liens diplomatiques et l'arrêt de l'approvisionnement en pétrole de l'Afrique du Sud et d'Israël, pour l'annulation des énormes commandes d'armements passées par le Shah aux gouvernements impéaccords de distribution du pé. trole conclus avec le cartel des monopoles impérialistes.
Pour le retour de la fortune que le Shah a déposée dans les banques impérialistes et des autres capitaux placés à l'étranger; pour l'annulation de la dette envers les puissances impérialistes qui ont exploité fort longtemps les travailleurs et les ressources de l'Iran. Pour l'expropriation de tout ce qui appartient aux impérialistes; pour l'annulation de tous les contrats avec l'impérialisme qui se sont faits au détriment du peuple iranien. Pour la solidarité avec la révolution palestinienne, avec les luttes des masses laborieuses au Proche-Orient, dans toute la région et dans le monde entier. * Le référendum-plébiscite pour la « République islamique » est une tentative d'instauration d'un gouvernement et d'une Constitution capitalistes capitalistes imposés d'en haut à la populamique a été formé et que sa composition sera révélée «très prochainement». * 5 février : l'Ayatollah Khomeini charge Mehdi Bazargan, qu'il nomme «premier ministre», de former un «gouvernement provisoire». Le lendemain, Bakhtiar annonce qu'il est décidé à rester à son poste. * 8 février : des manifestations de soutien à Bazargan se déroulent à
Téhéran. Pour la première fois, des militaires en tenue y participent.
* 9 février : Bazargan estime que les forces armées «veulent la même chose que nous», mais fustige les généraux qui «veulent le retour du Shah». Dans la soirée, des unités de la garde impériale attaquent la caserne des «homofars» de l'armée de l'air dans le quartier de Farahabad. * 10 février : l'insurrection s'étend à toute la capitale. Appuyés par des militaires, les partisans en armes de l'Ayatollah Khomeini s'emparent des ministères et des services du premier ministre. tion. Pour la convocation d'une assemblée constituante souveraine, libre de toute ingérence du gouvernement ou du Conseil de la Révolution islamique, et dans des conditions de totale liberté politique lui permettant de prendre des décisions sur l'ensemble des questions concernant le peuple. * Le HKS est prêt à s'unir à toutes les forces démocratiques qui défendent les conquêtes de la révolution contre les tentatives du gouvernement et du Conseil de la Révolution islamique
d'imposer la censure et de restreindre les droits démocratiques. Pour le respect absolu des droits des partis politiques, pour une totale liberté d'expression de la presse, de la radio et de la télévision, pour le droit de réunion. Séparation de l'Eglise et de l'Etat, liberté de religion et de pensée en général. * Pour contrecarrer les effets de l'inflation et du chômage massif, réduction des heures de travail sans perte de salaire afin de répartir le travail entre toutes les mains, augmentation des salaires alignée automatiquement sur le coût de la vie. Paiement rétroactif de tous les salaires dus aux travailleurs qui ont participé à la grève générale.
Un vaste programme de travaux publics et de développement des infrastructures sociales est immédiatement nécessaire pour combattre le chômage et fournir à la population des services de première nécessité : dans le domaine de la santé, de la distribution de nourriture aux sous-alimentés; construction de logements, d'un système d'adduction d'eau et d'égoûts; développement de la scolarisation et campagne contre l'analphabétisme; irrigation dans les campagnes. * Pour un système de santé et de sécurité sociale publics et gratuits. Ouverture des livres de comptes pour et par les travailleurs et la population, de façon à ce que la vérité soit faite sur l'économie, les liens avec l'impérialisme et la corruption. Expropriation immédiate de toutes les propriétés du Shah et de la famille impériale, des capitalistes qui refusent de mettre en marche leurs usines ou qui se sont enfuis.
Halte à la fuite des capitaux. Expropriation des banques, de l'industrie pétrolière et des autres secteurs clés de l'économie. Contrôle des travailleurs sur les entreprises expropriées. Elaboration par les organisations et les comités ouvriers et paysans, à travers un large débat démocratique, d'un plan d'urgence pour surmonter la crise économique.
* Les paysans ont besoin de terres, de crédit bon marché, de machines et d'engrais en quantité suffisante et de débouchés assurés pour leurs produits.
Ils ont besoin d'un réseau d'irri- Lies posten des ban
ques et des industries clés peut permettre de leur fournir les moyens de satisfaire ces besoins et peut ainsi contibuer à forger l'alliance entre les ouvriers et les paysans. * La question de l'émancipa tion des minorités opprimées, qui ont été à l'avant-garde de la lutte contre le Shah, est intimement liée au combat pour la satisfaction des besoins sociaux des paysans.
Réinstauration complète des droits linguistiques et culturels des Kurdes, des Azerbaïdjanais, des Balouchi, des Turcs, des Arabes et des autres peuples opprimés en Iran. Droit des minorités opprimées à l'auto-détermination et y compris à d'indépendance. * Les femmes ont joué un rô. le clé dans le renversement du Shah; leur participation aux manifestations de masse et aux grèves a été plus importante que jamais dans l'histoire de l'Iran. Halte aux tentatives du gouvernement et de la hiérarchie religieuse de restreindre leurs droits.
A travail égal, salaire égal. Pour des services sociaux et sanitaires adéquats pour les enfants. Egalité avec les hommes dans toutes les organisations de masse et dans toute la société.
* Dissolution des corps de répression spécialisés de l'ancien régime, y compris la SAVAK, la Garde impériale, etc. Publication des archives pour mettre à jour tous les crimes contre le peuple iranien et désigner les coupables. Lutte contre toute tentative de reconstituer ces corps répressifs sous quelque forme que ce soit. * Le gouvernement devrait garantir les droits élémentaires pour toutes les organisations de masse, y compris les partis politiques. Les organisations de masse ont le droit de se défen•dre elles-mêmes contre les bandes armées et les agents de la SAVAK déguisés en révolutionnaires. * Respect absolu des droits politiques des soldats, y compris la liberté d'expression et de réunion, la liberté de lire toutes les publications, la liberté d'appartenir à des partis politiques, etc.
Les soldats du contingent devraient pouvoir élire tous les officiers et tisser des liens avec les comités d'ouvriers afin de construire une milice populaire sous contrôle des délégués des conseils d'ouvriers, de soldats et de paysans. Une telle milice populaire serait la meilleure garantie contre toute tentative par les forces de droite, soutenues par l'impérialisme, de fomenter un coup d'Etat. * Les travailleurs des usines et des bureaux ont besoin de syndicats démocratiques afin de
médiats contre les patrons. Les syndicats devraient être construits sur la base des branches industrielles, fédérées au sein industrielles, d'une centrale démocratique unique et indépendante de l'Etat.
Pour la syndicalisation des ouvriers agricoles, des femmes travailleuses et des immigrés. * Pour la réanimation et l'élargissement des comités que les masses se sont données dans le combat contre le Shah. Pour la construction de comités ouvriers, de quartier, là où ils n'existent pas.
Pour l'organisation de comités de soldats et de paysans. Ces comités sont le meilleur instrument pour forger l'unité des masses dans la lutte. Pour lutter efficacement en faveur des intérêt des ouvriers, des pauvres des villes, des soldats, des paysans et de tous les travailleurs, ces comités doivent être indépendants de l'Etat et de la hiérarchie religieuse.
Les agents de la SAVAK doivent en être écartés. Ils doivent être animés de façon totalement démocratique, être représentatifs de tous les travailleurs et élus par eux; les délégués doivent être révocables; un droit d'expression égal doit être assuré pour tous les partis politiques.
L'objectif fondamental est la formation de conseils (sode délégués d'ouvriers, de soldats et de paysans ayant une base de masse, ainsi que de comités de quartier. Ils dirigeraient la lutte d'ensemble globale des masses pour leurs revendications, leurs intérêts et leurs droits. * Afin de se battre pour toute la série de revendications sus-mentionnées, les travailleurs devront combattre pour établir leur propre contrôle sur le lieu de travail, par le biais des comi* Aucun gouvernement capitaliste ne peut satisfaire les besoins des masses laborieuses. Au contraire, il défendra les intérêts des patrons contre ceux de la classe ouvrière. Pour une « République des ouvriers et des paysans», c'est-à-dire un gouvernement fondé sur les larges conseils (soviets) démocratiques des masses laborieuses. gouvernement consolidera les liens entre les ouvriers et les paysans pauvres et mobilisera les couches laborieuses pour l'expropriation des principales branches industrielles et des banques, pour briser le pouvoir des impérialistes et de leurs alliés indigènes, pour instaurer tariat ouvrant la voie au socialisme.
La Quatrième Internationale et le Hezbe Karagane Socialist se déclarent prêts à réaliser l'unité d'action avec d'autres forces autour des revendications des travailleurs.
Suivre un chemin opposé à celui qui vient d'être tracé signifierait s'opposer aux aspirations des travailleurs, des nationalités opprimées, des pauvres des villes, des paysans, des soldats, des femmes et conduirait inévitablement à leur démobilisation. Ce serait alors la porte ouverte à une réinstauration de la réaction nationale et de l'impérialisme, à la mise en place, à nouveau, d'un régime dictatorial à la botte de l'impérialisme. Nous affrontons les batailles dans les mois et les années qui viennent avec optimisme, avec un optimisme fondé sur le courage éprouvé au combat des ouvriers iraniens et des masses de
Le HKS, la Quatrième Internationale et toutes les sections appellent les travailleurs du monde entier à faire leur la révolution iranienne !
Défendons la révolution iranienne !
Impérialistes, bas les pattes devant l'Iran ! 3 avril 1979