Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

La bataille pour l'unité ouvrière

Inprecor n° 52, 10 mai 1979 · p. 18-22 · 2 255 mots

France Syndicalisme

mobilisations ouvrières aux pers- élections sur leur propre pro-

France

La bataille pour

l'unité ouvrière

Au lendemain de Mai 68, politiques sont restées polarisées par l'expérience concrète d'être vécue de l'irruption du mouvement de masse sur la scèpolitique. mais non écrasé, la classe ouvrière recherchait, à travers ses luttes, sa recomposition en prola maturation de sa conscience politique, les voies et moyens de l'affirmation de son unité et de son indépendance. Sous cette poussée, le système de domination politique la bourgeoisie ébranlé et le régime en place engagé dans une crise irréversible : la bourgeoisie, dès 1969, décidait d'écarter mais ni Pompidou ni Giscard ne pouvaient faire autre chose, dans le cadre du nouveau rapport de forces entre les classes, que de chercher les aménagements qui devaient permettre au régime de durer. De leur côté, les directions réformistes ont compris que cette situation nouvelle faisait que c'était à elles qu'incombait au premier chef la responsabilité de contenir le mouvement de masse, d'empêcher la classe ouvrière de s'affirmer comme sujet politique autonome à travers un affrontement central avec le régime qui poserait le problème du pouvoir. L'UNITE DEVOYEE

La réponse des directions ré. formistes à Mai 68, ce fut, en 1972, la signature du Programme commun de gouvernement qui scellait l'Union de la gauche. C'est-à-dire l'alliance PCF et du PS avec le groupuscule bourgeois des Radicaux de gauche, sur la base d'un programme bourgeois, dans la perspective de leur accession gouvernement dans le cadre du respect de l'économie de marché et des institutions bour-

Cette politique permettait au PS et au PCF d'opposer à l'asunitaire des masses leur unité bureaucratique de collaboration de classes. Dans ces conditions, les directions de la CGT et de la CFDT, les deux principales centrales syndicales françaises, pouvaient s'engager, bien que la CFDT n'ait pas signé le Programme commun, dans un pacte d'unité d'action qui visait à soumettre les pectives politiques de l'Union de la gauche.

Dès lors, chaque lutte se heurtait à l'intransigeance d'une classe dirigeante qui savait pouvoir compter sur les directions ouvrières pour empêcher que l'action revendicative des travailleurs se transforme en lutte politique pour chasser le gouvernement. L'expérience en fut faite pour la première fois à une échelle de masse avec la grande grève des PTT d'octobre-novembre 1974. Lorsque, face au refus du gouvernement Chirac de céder aux revendications des postiers, le problème était posé de l'élargissement de la lutte à l'ensemble de la Fonction publique, directement concernée par la plateforme revendicative des travailleurs des PTT, les directions syndicales laisserent la grève isolée afin qu'elle s'use faute de perspectives. Ainsi, conduisant à l'échec bon nombre de luttes, contenant et vaporisant la combativité ouvrière en journées nationales d'actions ont permis au régime de tenir. Par là même, elles ont permis au pouvoir en place d'appliquer ses plans d'austérité anti-ouvriers.

leur a été possible que dans la mesure où elles ont pu présenter l'Union de la gauche comme la seule perspective politique possible : celle d'un changement gouvernemental, sur la base d'une victoire électorale qui porterait les partis ouvriers au pouvoir. Perspective qui gagnait d'autant plus en cré dibilite que chaque élection voyait l'audience des partis vriers progresser.

Cette dynamique unitaire, les l'utilisaient pour justifier leur projet de collaboration de classes. En même temps, la direction du PCF ne se privait pas de chercher à discréditer les révolutionnaires qui, refusant de la logique du front populaire, se voyaient accusés d'être étrangers au moucaractérisés qu'ils osaient se présenter aux L'ARME DE LA DIVISION

Quelques mois avant l'échéance de mars 1978, il apparaissait que les travailleurs exigeraient le paiement de la longue attente que les directions leur avaient imposée, qu'ils exigeraient satisfaction par rapport à des revendications longtemps contenues. Le score non négligeable des listes révolutionnaires dans plusieurs villes ouvrières lors des Municipales était un signe que bon nombre de travailleurs ne faisaient pas une

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confiance aveugle à l'Union de la gauche et exigeraient que les promesses faites soient tenues.

C'est une situation délicate qui s'annonçait pour les futurs ministres des partis ouvriers : il leur faudrait à la fois tenter de conserver l'assentiment des travailleurs et de gagner la con fiance du patronat. La crise économique et la volonté des réformistes de respecter les intérêts de la bourgeoisie signifiaient que les directions, une fois au gouvernement, allaient devoir endosser une politique d'austérité et de chômage et se heurter à la classe ouvrière pour éviter une déstabilisation sociale.

Pour sa part, c'est à une telle perspective que se préparait le PS. Ajuster les promesses aux réalités de l'austérité, tel devait être, aux yeux de Mitterrand, une des fonctions de la « réactualisation du Programme commun». Persuadé que le PCF cèderait sans problème aux exigences du « réalisme gouvernemental», comme il l'avait fait lors des élections présidentielles, le PS considérait ces négociations comme une simple formalité.

Bien évidemment incapable, dans ces conditions, d'en appeler aux travailleurs, le PS s'est trouvé très rapidement en situation de faiblesse face à un PCF qui prétextait un refus de réviser en baisse les données du Programme commun, pour passer à l'offensive contre le PS, en l'accusant de trahir l'accord de 1972 et de «virer à droite».

D'abord perçue comme une simple polémique sur le montant du SMIC et le nombre des nationalisations, la « crise de l'Union de la gauche» s'est vite révélée être une vaste opération de division menée par la directions du PCF et permise par le programme de gestion de l'austérité défendu ouvertement par

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ment qui apparaissait assuré, mais travaillée en profondeur par le ferment de la division.

En effet, PS et PCF poursuivaient une polémique sans fin visant à imputer à l'autre la responsabilité de l'échec et à persuader les travailleurs du report sine die du « changement». La direction du PCF s'est faite le champion de cette politique de division en expliquant que le PS, au terme de son tournant à droite, se retrouvait être le plus sûr allié de la bourgeoisie et de Giscard, et représentait le premier obstacle sur la voie du changement.

Les élections européennes exacerbent cette politique: le part, la CFDT, au lendemain de Mars 1978, s'est convertie au «réalisme syndical» et combat toute perspective d'action unitaire nationale avec la CGT.

C'est ainsi que, depuis Mars 1978, les directions ouvrières ont ajourné l'organisation de toute riposte unitaire aux attaques du gouvernement. Le PCF, au nom de la « reconstruction de l'union à la base», se présente comme le seul parti de la classe ouvrière, la seule organisation politique qui défende les intérêts des travailleurs. Le PS peut profiter de ce sectarisme pour se donner à bon compte une image unitaire. D'autant qu'au plan syndical l'inversion des rôles offre une garantie assez ciale (manifestation du 21 décembre) et licencie massivement dans la sidérurgie (marche sur Paris du 23 mars).

La manifestation du 23 mars a constitué une remarquable démonstration de la politique de division menée par les directions. L'idée de la «marche sur

Paris » avait d'abord été présentée comme une perspective pour les régions concernées, au lendemain de la grève nationale de la sidérurgie. Mais l'impact des affrontements de Longwy et de Denain et le mécontentement profond que suscite dans tout le pays l'aggravation du

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chômage ont fait que l'idée a recueilli un très large écho. La perspective qui se dessinait, et pour laquelle se sont battus les militants de la LCR, était celle d'une manifestation nationale, de masse et interprofesionnelle, contre le chômage et le gouvernement; qui pouvait constituer une démonstration de force sans préde la classe ouvrière contre le gouvernement. La direction de la CFDT s'est chargée de casser cette dynamique en obligeant ses Unions régionales du Nord et de Lorraine à se désimpliquer et en dénonçant la marche comme une opération politique du PCF à la veille des cantonales; elle est allée jusqu'à laisser planer la manace d'organiser une marche concurrente à celle de la CGT. C'est donc organisée par la seule CGT que la manifestation a rassemblé plus de cent mille personnes à Paris, ce qui donne une idée de ce qu'il en aurait été si l'unité avait pu être réalisée. UNIQUE OUVRIER

Face à la politique de l'Union de la gauche, puis à la division PCF-PS, les révolutionnaires se sont trouvés confrontés à la question centrale de l'unité ouvrière. C'est-à-dire à la question de savoir quelle alternative pro-dans leur large masse à l'influence des directions traditionnelles. La crise de l'extrême-gauche française est aujourd'hui déterminée par les difficultés rencontrées, à des degrés divers, par les différentes organisations pour répondre à cette question.

Le premier problème est cede la capacité à prendre concrètement en compte l'obstacle central que représente la politique des directions pour y apporter une réponse adéquate. Impuissantes à y répondre, bien des organisations sont tombées ou dans la dénonciation abstraite ou dans l'adaptation opportuniste. C'est ainsi que les groupes maoïstes qui caractérisent les PC et les PS comme des organisations bourgeoises sont amenées à se cantonner dans l'exhortation verbale des capacités de lutte du prolétariat et dans l'autoaffirmation sectaire. A l'autre bout de l'échiquier, le PSU s'est, pour sa part, très vite retrouvé satellisé par l'Union de la gauche.

Mais, à des degrés moindres, on retrouve cette double mepour d'autres organisations. Ainsi, Lutte ouvrière, qui se réclame du trotskysme mais fait l'analyse que la disproportion des forces entre révolutionnaires et réformistes lui interdit toute mise en œuvre d'une tactique de front unique, s'est contentée d'entretenir la défiance des travailleurs à l'égard de l'Union de la gauche, quitte à mettre sur le même plan « gouvernement de droite» et «gouvernement de gauche». Par ailleurs, une organisation centriste comme l'OCT, qui se refuse à caractériser le PS comme parti ouvrier, s'est trouvée dans l'inde distinguer tactique de front unique en direction des partis ouvriers PCF et le PS à l'exclusion des radicaux, appel à rompre avec la bourgeoisie et à se porter candidats du gouvernement) et soutien critique à l'Union de la gauche. Le risque est grand dans ce cas d'osciller entre la dénonciation et la surenchère verbales et le soutien de fait à la politique des directions; le tout à partir de l'idée que leur accession au gouvernement représenAvant un débordement semi-spontané des masses.

problème, fois comprises la véritable nature de la politique des partis ouvriers et la nécessité de mettre en œuvre une tactique de front unique, est lié à la définition concrète de cette politique.

des difficultés majeures est celle qui consiste à savoir articuler l'affirmation et la défense du programme révolutionnaire dans son intégralité et les initiatives précises prendre organisations ouvrières sur certains points de ce programme.

Ainsi, en Mars 1978, POCI a consacré toutes ses forces à la bataille pour arracher au PCF un engagement au désistement pour le second tour. Il s'agissait d'une bataille correcte, sur ce point précis du désistement, décisif dans le climat de division qui était créé. Mais, à partir du se doublait pas d'une critique claire du programme de gestion de l'austérité préconisée ouvertement par le PS, d'une défense intransigeante du programme révolutionnaire, et de propositions d'action contre l'austérité, en particulier à travers la pré sentation de candidats, la camprenait inévitablement une allure opportuniste par rapport au PS qui lui, pour ses propres raisons, s'engageait au dé sistement... Au nom de la « discipline républicaine» ! La LCR, pour sa part, tout en appelant au désistement inconditionnel et au vote de classe, n'a pas su mener une campagne d'agitation de masse sur cette question comme il était possible de le fai-

En fait, la bataille pour l'unité ouvrière doit se livrer à un double niveau. D'une part la défense de l'ensemble du programme marxiste-révolutionnaire qui seul peut permettre aux masses, à partir du moment où elles s'en saisissent, de construire leur unité et leur indépendance. Tel est le sens de la propagande pour l'auto-organisation vers la démocratie ouvrière, la formation de comités de greve et de comités unitaires, la lutte pour le contrôle ouvrier doit mener les travailleurs à poser eux-mêmes, à tous les niveaux, le problème du pouvoir et son débouché central: le gouvernement ouvrier.

D'autre part, des propositions immédiates qui vont dans le sens du front unique de la classe ouvrière sa lutte contre les attaques de la bourgeoisie. C'est ainsi que, dans le contexte actuel, la ECR se bat contre la division, pour l'unité des partis et des syndicats ouvriers sur la base d'un plan d'action contre l'austérité, contre le gouvernement. plan doit prendre en compte les revendications unifiantes qui sont celles que les travailleurs eux-mêmes mettent en avant dans leurs luttes : la défense du pouvoir d'achat et des acquis,

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l'échelle mobile des salaires, le refus des licenciements, les heures hebdomadaires immédiatement sans diminution de salaire. Pour faire face au gouvernement, pour s'opposer à ses plans d'austérité, c'est une lutte « tous ensemble » qui s'impose : la grève générale. Il faut, pour ce faire, l'unité; et en premier lieu l'unité syndicale, dessinant la perspective d'une centrale uniFrance que et démocratique des travailleurs. L'alternative au pouvoir en place existe : c'est celle d'un gouvernement des partis des partis ouvriers majoritaires, un gouvernement du PCF et du PS.

C'est autour de tels axes que se prépare aujourd'hui la riposte ouvrière contre l'austérité et le gouvernement en place. C'est en menant cette bataille pour le front unique que les militants trotskystes seront reconnus par les travailleurs comme les meilleurs défenseurs des intérêts de la classe ouvrière et que, par là, se construira le parti révolutionnaire, élément indispensable pour que cette bataille centrale, inévitable, soit vietorieuse. - 1977: «Plan Barre», 1,8 milliard subvention,

16000 emplois supprimés.

Au total ce sont 9 milliards

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