Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

La politique de la gauche syndicale italienne

Inprecor n° 52, 10 mai 1979 · p. 14-17 · 1 817 mots

Syndicalisme Italie

Au cours des dix dernières années, un des éléments importants de la vie politique et syndicale en Italie a été l'existence de ce qu'on appelle communément la gauche syndicale. Afin de comprendre le rôle et le poids qu'a eu la gausyndicale, il faut remonter à la longue phase de lutte ouverte en 1968, à ses caractéalienne ristiques et à ses effets sur la vie des syndicats.

Si la phase de lutte qui s'est ouverte en 1968 a joué un rôle fondamental pour l'évolution de la gauche syndicale, certaines de ses composantes ont une origine antérieure; on peut en donner les composantes suivantes : 1. des secteurs liés au PSIUP (1):

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ce parti avec le PCI, il obtient une représentation significative à la direction de la CGIL (2) et des syndicats des principales catégories, de même que dans l'appareil. Une partie de ceux-ci entreront en 1972 (date de dissolution du PSUIP (3), au PCI.

2. Les secteurs de la CISL (4)

qui rompent avec la subordination traditionnelle de ce syndicat à la Démocratie chrétienne et cherchent à instaurer un rapport unitaire avec la CGIL.

Ces secteurs sont plus forts à l'intérieur des fédérations syndicales de l'industrie.

Au cours de la grande phase de lutte ouverte en 1968, ces composantes verront leur poids s'accroître parallèlement, naîtra une gauche syndicale bien plus large et complexe qui comprend également des secteurs liés au PCI.

Les luttes de ces années furent marquées par des éléments de forte rupture avec la tradition précédente des syndicats, que ce soit sur le plan du contenu des revendications, celui des formes de lutte ou sur le plan organisationnel.

Cette phase de lutte sera très longue, large et profonde et laissera une marque importante sur les organisations syndicales. Les syndicats italiens connaîtront une croissance impétueuse, consistante et rapide. Ceci est dû au choix que firent leurs directions de ne pas s'opposer au mouvement de lutte et, au contraire, de chercher a s'y adapter afin de le contrôler et de l'orienter vers une direction correspondant aux intérêts de la bureaucratie; pour faire ceci cependant il était nécessaire de répondre, bien que de façon manœuvrière, à une partie des aspirations de la base.

Le syndicat a connu un grand renouvellement organisationnel avec le démarrage du processus d'unification syndicale et, encore plus, avec l'affirmation des conseils d'usine comme structure de base du syndicat.

Parallèlement à cela, l'appareil syndical lui-même se développa et se renouvela large- che syndicale.

ment : de nombreux cadres jeunes et combatifs, avant-gardes réelles dans les luttes vont assumer des rôles de direction intermédiaire du syndicat. Ce phénomène se manifestera avant tout dans les catégories de l'industrie. Ces cadres formeront la base de la nouvelle gauche syndicale qui se gonflera jusqu'à coïncider à certains moments avec certaines catégories, comme les métallos, qui ont le plus connu ce processus de renouvellement, impliquant même des secteurs de la bureaucratie liés traditionnellement aux grands partis ouvriers (par exemple Bruno Trentin et Giorgio Benvenuto).

Le ciment politique de cette gauche syndicale est fourni par sa conception plus dure de la lutte contre les réformes et contre les gouvernements ayant comme axe la Démocratie chrétienne, par son appui à des formes de luttes plus dures et combatives. par l'impulsion qu'elle donne aux luttes d'entreprises sur l'ambiance, les cadences, les catégories et l'organisation du

La croissance même de ces luttes et le fait que, avec la crise économique de 1974-75, elles assument un caractère plus nettement politique, sont à l'origine de la crise de cette gau-

A partir de 1975 on assiste à une contre-offensive plus nette de la bourgeoisie, contre-offensive qui se prévalait des positions «responsables» envers l'économie nationale adoptées par le PCI et le PSI. Dans cette situation, on assista à une nette baisse des luttes d'entreprises alors que venait à manquer toute marge pour une politique réformiste et en conséquence pour une conception plus dure et mordante de celle-ci.

On assista alors à un processus de baisse du poids et du rôle de la gauche syndicale, une partie de celle-ci tendant toujours plus à rentrer dans le rang tandis que l'autre se montrait incapable d'offrir une alternative aux propositions des secteurs hégémoniques de la bureaucrasyndicale, liés aux grands après les élections du 20 juin 1976 et la mise en place de la politique d'union nationale (5).

Les secteurs de la bureaucratie liés au PCI et au PSI visent à une nette subordination du syndicat aux plans du gouvernement, et cherchent à dessiner un véritable pacte social aux frais des travailleurs.

La plateforme de l'EUR (6) est la tentative la plus organique dans cette direction.

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Face à ces processus, la gauche syndicale apparaît totalement désarmée, incapable d'offrir une alternative stratégique et ceci, justement au moment où cette capacité représente la condition pour apparaître crédible à la classe ouvrière.

Et pourtant la gauche syndicale continue à survivre et à conserver une certaine à jouer un rôle autonome et souvent significatif, comme lors de la grève du 2 décembre 1977 et de la manifestation de Rome (7) qui détermina la première gouvernement dreotti, et, plus récemment, lors de la discussion sur la plateforme pour le contrat des métallos (8).

On peut expliquer cette siments : 1. la persistance d'une forte combativité de la classe ouvrière qui maintient encore ses forces et ses conquêtes antérieures pratiquement intactes. 2. Le processus de politisation qui marque la classe ouvrière, processus certes contradictoire et non linéaire, mais très profond et qui a des répercussions au sein même du PCI. 3. Le maintien des caractéristiques nouvelles du syndicat italien (conseils d'usines, unité au niveau de la base, etc) et également des milliers de cadres combatifs qui ont conflue dans l'appareil syndical. 4. L'absence d'un pôle politique alternatif crédible au PCI et aux réformistes qui fait que les travailleurs tendent à exprimer leur opposition à la politique de ces derniers principalement au niveau syndical.

Ces raisons font que la gauche syndicale continuera à être pour une période prolongée une composante importante du syndicat qui influe sur l'évolution de la situation politique, et surtout un élément dont les marxistes révolutionnaires doivent tenir compte dans leur bataille pour la construction d'un parti revolutionnaire, comme le montrent tous les récents évé. nements politiques.

Une partie de la gauche syndicale a eu, au cours des dernières années, des liens profonds avec les principaux groupes centristes, cherchant à faire de ceux-ci ses porte-parole politiques. La crise des principaux groupes centristes, la disparition de Lotta Continua, et la nette perte d'influence de Democracia Proletaria et du PDVD ont marqué l'échec de ce projet et entraîné un éloignement entre ces groupes et la gauche syndicale.

Il ne faut cependant absolument pas exclure la possibilité dans un futur rapproché que la gauche syndicale revienne à la charge sur ce terrain en tentant de regrouper une formation politique centriste plus crédible et plus consistante. Au contraire il existe déjà de nombreux signes allant dans ce sens (9). En plus de cela il ne faut pas oublier que de nombreux cadres de base du syndicat, souvent les plus combatifs, voient dans la gauche syndicale un point de référence. Et il s'agit des cadres qui, potentiellement, peuvent former la base d'une tendance de classe dans le syndicat.

Le problème du rapport avec la gauche syndicale est donc un aspect important pour la construction du parti révolutionnaire et, plus en général, pour le développement du processus ré. volutionnaire en Italie.

Ceci est particulièrement le cas pour les CGR (10), c'est-à-dire pour une organisation encore petite, mais dont l'implantation la plus forte se situe dans les usines, particulièrement dans les grandes usines de la métallurgie.

Le rapport que les marxistes-révolutionnaires doivent avoir avee la gauche syndicale ne peut être qu'un rapport dialectique, d'unité et de lutte, qui saisisse le rôle contradictoire joué par la gauche syndicale.

Unité dans toute une série de batailles que la gauche syndicale est, bon an mal an, contrainte d'engager contre les secteurs hégémoniques des directions

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syndicales, à la fois sous la poussée de la classe ouvrière, et par l'exigence sauvegarder propre place.

Lutte dans la mesure où la d'offir une alternative stratégique aux réformistes, auxquels elle reste, en dernière analyse, subordonnée et finit donc par bloquer le processus de développement de la conscience de la classe ouvrière.

Une telle attitude des marxistes-révolutionnaires pose qu'ils se montrent capables de s'implanter dans la classe ouvrière, de se lier à ses luttes et à son évolution; cela présuppose également une capacité à offrir un réel programme alternatif à celui des réformistes, qui exprime les exigences de la classe ouvriere et indique un débouché politique à la crise du système capitaliste. NOTES 1. PSUIP - Parti socialiste d'unité prolétarienne, scission du PSI au début des années WON UNITE ANP

SUPPORT

THE STRIKE soixante, à la suite de l'entrée de celui-ci dans le gouvernement de centre gauche avec la Démocratie chrétien-

2. CGIL - Confédération générale itale syndicale participation présupchrétienne.

que d'unité nationale.

6. La «plateforme tint l'assemblée se tion syndicale unitaire concernent : les «limitations» l'acceptation des italien ne d'une vre ».

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grève ment lienne du Travail, première centradirigée par Luciano les dominée par le PCI, avec la

3. Le PSIUP disparut en 1972, une partie formant avec le groupe « Il

Manifesto » le Parti d'unité prolétarienne (PDUP), le reste entrant au

4. CISL - Confédération italienne des syndicats de travailleurs, d'origine

5. Voir article précédent sur la politide l'EUR» (dénommée ainsi à cause du lieu où me la qui syndicale hebdomadaires.

l'adopta, le Palais de l'EUR à Rome).

adoptée en janvier 1978 par la direcmarque le tournant de celle-ci vers l'acceptation de l'austérité. Ses principaux points taille des hausses salariales, le refus de la réduction du temps de travail et surtout licenciements rebaptisés « mobilité de la main-d'œuternationale.

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7. Le 2 décembre 1977 eut lieu une générale de la métallurgie qui rassembla une manifestation de 200000 métallos à Rome contre la politique d'austérité du gouverne soutenue par le PCI. Durant tout le mois de novembre, le PCI et directions syndicales s'opposérent à cette grève qui fut organisée malgré tout par les secteurs de la gauche syndicale. L'ampleur du mécontentement qu'elle traduisait contraignit le PCI à «durcir» le ton face au gouvernement Andreotti. 8. L'élaboration de la plateforme revendicative pour le renouvellement - en cours - des contrats collectifs de la métallurgie donna lieu à une importante bataille sur la réduction du temps de travail qui contraignit finalement les directions syndicales - qui la refusaient fermement au départ - à inclure dans la plateforrevendication de 38 heures 9. Ces dernières semaines, par exemple, des secteurs de la gauche syndicale ont été à l'origine d'une bapour une présentation unitaire de toutes les forces et courants à la gauche du PCI. 10. Gruppi Comunisti Revolucionari - Section italienne de la IVe In-

IRN E53 a WEX

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1E THE BOSSES.

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